Le Laurier noir/V/L’Ambassadeur

Société de la Revue Le Feu (p. 105-106).

L’AMBASSADEUR


Dans sa villa posée entre les fleurs de Rome,
Jouant de son esprit et de sa dignité,
Amoureux comme un chat, mais patient comme un homme,
L’Ambassadeur défend sa propre liberté.

S’il songe à l’Empereur c’est surtout pour lui-même,
Le ciel du Palatin a trop vu son regard
Et du jardin Borghèse il sait trop les emblêmes
Pour qu’il ose penser à son prochain départ.


Le vin de Tivoli lui couronne la bouche.
Quelle bière du Rhin en chasserait le goût ?
Ô si du Quirinal, politique et farouche,
Il pouvait, de ses mains, enfoncer les verrous !

Penché sur son balcon, il jette sur la ville
Une pluie de mensonge et des orages d’or.
Il sourit à César dont les yeux immobiles
Dominent le Forum et l’écrasent encor.

Pourra-t-il repasser sur la route où Livie
Venait, dans les lauriers, rêver à ses amours ?
La Sybille est muette, et tragique sa vie.
Peut-être ce couchant est-il son dernier jour.