Le Disciple de Pantagruel/1875/Prologue

Attribué à
Texte établi par Paul LacroixLibrairie des bibliophiles (p. --4).
Rabelais ou imitateur - Le Disciple de Pantagruel, éd. Lacroix 1875.djvu

Le voyage &

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PANVRGE DISCIPLE DE PANTAGRUEL,

aux isles incongnues et estranges

de plusieurs choses merueilleuses et diffi-

ciles a croire, qu’il dict auoir veues, dont

il faict narration en ce présent volume,

et plusieurs aultres ioyeusetez, pour in-

citer les lecteurs et auditeurs a rire.


LE PROLOGUE DE L’AUCTEUR


Aprés que j’ay long temps différé d’escripre les grandes et admirables merveilles que j’ay veues et congneues en plusieurs et diverses contrées et regions, tant par mer que par terre, je me suis deliberé de composer ung petit traicté, faisant mention d’icelles contenant aulcune vérité, laquelle je suis deliberé d’ensuyvir, mais non pas de si prés que je luy marche sur les talons, de sorte que luy fisse rompre les courroyes et les brides de ses pantouffles, au moyen dequoy je soye contrainct de les luy reffaire avec mes aguillettes, car je n’en ay pas trop. Toutesfoys mon intention est de la suyvre ung petit à gauche, sans la perdre de veue, si d’advanture je ne tumboye en ung fossé en la suyvant, et que je me rompisse une jambe, au moyen dequoy je fusse contrainct de la suyvre à quatre pattes, ou avecq des potences ou guynettes, comme ce vray prophete Ragot : car mon intention est de ne point eslongner d’elle, pour chose que j’escripve, comme chascun pourra veoir à l’œil, s’il n’est aveugle, pour ce que je suis et veulx estre son principal thresorier et la servir loyaulment, comme il appartient à ung bon loyal serviteur, sans rien prendre ny desrober du sien furtivement ny malicieusement, au moyen dequoy elle n’aura cause de se plaindre de moy, ny de moy faire constituer prisonnier. D’avantaige, je ne suis pas délibéré d’approcher si prés d’elle que je accroche ma robbe à la sienne, comme font les moutons aux ronces, aux espines et aux groseliers quand ilz s’approchent trop prés des hayes, et de peur aussi que je ne luy enfarine sa robe, comme font les meusniers celles des dames de Paris, quand ilz passent au prés d’elles.