Le Bohême (Guillemot)/02

A. Le Chevalier (p. 16-19).


PARENTHÈSE TOPOGRAPHIQUE.



Pourtant un paragraphe encore, avant de pénétrer dans le vif du sujet.

Au moment d’introduire et de guider le lecteur dans un monde que nous voulons croire nouveau pour lui, il nous paraît indispensable de mettre sous ses yeux la carte du pays inconnu qu’il va parcourir.

De même que la géographie éclaire l’histoire, la topographie éclaire toute narration. On voit mieux les hommes quand on voit du même coup le milieu dans lequel ils se meuvent.

Le Bohême, tel que nous le comprenons, est essentiellement Parisien.

La Province, avec ses habitudes de vie au grand jour, ses curiosités indiscrètes, sa manie d’immixtion dans les affaires de voisin à voisin, ne supporterait pas chez elle un individu dont l’existence demeurât problématique ou fût faite d’expédients.

À Paris seulement se rencontre Le Bohême, — mais non point indifféremment dans tout Paris.

Il est certains quartiers, le plus grand nombre, où le Bohême n’a jamais planté sa tente. L’air n’y est point respirable pour lui. Il n’y trouverait point sa subsistance, et ses théories sur l’emprunt ne s’y pourraient mettre en pratique aisément.

Par exemple, pas de Bohême au Marais. Que ferait-il dans cette zone tranquille, refuge exclusif de petits rentiers égoïstes ? Trouverait-il place Royale les quarante sous dont il a besoin pour dîner ?

Pas de Bohême dans les rues Saint-Denis, Saint-Martin, du Temple, Saint-Antoine, etc., zones commerçantes, ouvrières, laborieuses !…

Le Bohême pullule le long des boulevards, de la rue Montmartre à la rue de la Paix.

Le faubourg Montmartre, les passages, la rue des Martyrs, Notre-Dame-de-Lorette, toute la contrée des désœuvrés, des débauchés, des inutiles, — la contrée vraiment parisienne de l’époque, — fait partie du domaine de la Bohême.

C’est là presque exclusivement son champ d’exploitation…

Un peu aussi la place de la Bourse, le quartier des Tuileries, des Champs-Élysées

Exceptionnellement : le pays latin, son quartier général d’autrefois…