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Mertens et fils (p. 22-24).


AU ROY.


Jeune Mars, à qui les alarmes
Sont des plaisirs délicieux,
Puissent tes belliqueuses armes
Estonner la terre et les cieux !
Que la postérité ravie
Face confesser à l’Envie
Qu’admirables sont tes exploits ;
Ton nom grossisse les histoires.
Et ne s’entretiennent les roys
Que du recit de tes victoires !

Que le rebelle trouble-sceptre,
Puny de sa temerité,
Sçache combien peze la dextre
D’un si grand monarque irrité !
Maudisse à jamais ce rebelle.
Les boute-feux de la Rochelle,
Et que l’heretique insolent,
En son malheur puisse comprendre
La grandeur du feu violent
Par l’abondance de la cendre !

Ecraze ces monstres superbes ;
D’Hercule imitant les travaux.
Trempe les rezoyantes herbes
Du noir venin de ces crapaux ;
Et si ce crocodille pleure.
Te souvienne, mon prince, à l’heure
Qu’en l’an cinq cens soixante et trois.
Cette abominable furie

Fit de tout l’empire françois
Une sanglante boucherie.

Grand roy, ta clémence infinie
Meriteroit quelque guerdon,
Si le crime de felonnie
Estoit capable de pardon,
et si d’un puissant coup d’espée,
Une teste au hidre coupée,
Les autres mouroient peu à peu ;
Mais, d’une sept prennent naissance.
Et ne faut gueres de ce feu
Pour faire un brazier de la France.

Enfin, ta douceur excessive
Tourneroit en rigueur pour nous :
L’ulcère souvent récidive
Quand les remèdes sont trop doux.
Louable est la miséricorde ;
Mais, aussi faut-il qu’on m’accorde
Que plus le serpent est nourry,
Plus son venim est mortifère.
Et qu’il faut au membre pourry
Ou le couteau, ou le cautère.

Que du poinct où Phebus dévale
Chez Thetis pour faire l’amour,
Jusqu’où l’amante de Cephale
Ouvre la barrière du jour.
Et depuis la bouillante Affrique
Jusqu’où le nomade Scitique
Roule ses taudis vagabonds.
En tel estime soient tes armes.
Qu’à jamais le nom des Bourbons
Soit invoqué dans les alarmes !


Tu seras le miroir des princes.
Et désormais les plus grands rois
Ne gouverneront leurs provinces
Qu’au patron de tes justes lois ;
Ta gloire sera sans seconde,
Et si l’on croit encore au monde
A la pluralité des dieux,
Les payens, meuz de tes exemples,
T’erigeront en mille lieux
Autels, sacrifices et temples.

Pourquoy non, puis que tant d’oracles
Prédisent tes futurs lauriers.
Et que l’on voit tant de miracles
Reluire en tes actes guerriers ?
Phœnix des monarques de France,
Si la justice et la vaillance
Mirent Hercule au rang des dieux,
Où sera ta grandeur auguste ?
Y eut-il jamais souz les cieux
Un roy plus vaillant et plus juste ?