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Librairie Payot & Cie (p. 40-42).

POURQUOI DONC, CETTE MANIE DE NUDITÉ ?…

C’est en ces termes que beaucoup de parents s’expriment au sujet d’une pratique qui leur apparaît comme une des formes du maboulisme contemporain et qu’ils s’étonnent de ne pas voir emporter par le vent de la mode aussi vite qu’elle était venue.

Jadis, les Grecs l’avaient instaurée… Affaire de climat, disent volontiers les inexperts, sans se rendre compte que, précisément, les terres de soleil ne sont pas les plus propices à cet égard. Cette fois, du reste, la nudité nous est arrivée du Nord. C’est à un Danois, l’ingénieur J. P. Muller, qu’on en doit la réapparition. En quelques années, il a conquis la Scandinavie et fait école en Allemagne et en Amérique. Son petit volume détient, si je ne m’abuse, le record tant en ce qui concerne le total des exemplaires vendus que le nombre des idiomes en lesquels il fut traduit : chiffres fabuleux qui établissent nettement que le caprice de la mode n’a rien à voir ici.

Entraînés par leur enthousiasme, des disciples exaltés ont, toutefois, perdu de vue le point central de la question. Pour eux, la nudité serait l’état normal de l’homme dont l’aurait détourné l’erreur d’une civilisation inintelligente. Ceci est simplement absurde. La nature couvre de poil ou de plume les animaux qui ne savent point confectionner leurs vêtements et si l’homme s’avisait de vivre désormais dépouillé des siens, elle aurait tôt fait de le recouvrir d’une pareille toison. Le premier luxe du sauvage qui se civilise est de se loger et de se vêtir, de chercher l’abri contre les intempéries et de bien clore sa demeure.

Il est aussi ridicule de prétendre que l’homme doit vivre exposé à l’air que de vouloir le faire vivre dans l’eau. L’analogie est parfaite entre les deux cas, car il en est de l’usage bienfaisant de l’aérothérapie comme il en est de celui de l’hydrothérapie. Seulement, la seconde n’est jamais complètement sortie de nos mœurs alors que nous avions oublié la première.

Le vrai terme à employer serait donc celui d’aérothérapie qui répond à un raffinement de civilisé et non celui de nudité qui évoque l’idée d’une régression barbare. Mais, question de mots, question vaine.

Venons à l’examen de la chose en elle-même. L’homme y puise : de la force, du plaisir, du perfectionnement.

De la force, on la sent venir tout de suite. Le bien portant a à peine besoin d’accoutumance. Les effets physiologiques ont été abondamment décrits depuis deux ou trois ans. Ils se résument en ce résultat général : l’oxydation du corps, partant : la circulation activée, le sang enrichi, les tissus fortifiés, toute l’usine humaine mise à même de recevoir plus de matières premières et de les utiliser totalement. Et ce sont alors des quantités de petites misères, de petits malaises contre lesquels on est prémuni ou qui disparaissent et, en cas de maladie, l’assurance d’une convalescence hâtive, d’une réfection plus rapide.

Le plaisir est exquis. Une course dans l’herbe encore humide de rosée avec la caresse de la brise sur la poitrine et sur les bras est une des plus parfaites voluptés qui soient au monde. La nature entière semble pénétrer en vous : tous vos membres respirent à la fois. Vous éprouvez, en quelque sorte, l’œuvre chimique qui s’accomplit et la joie de vivre s’en trouve accrue jusqu’au diapason inespéré.

Le perfectionnement corporel est indéniable encore qu’il ne soit pas très facile d’en donner les motifs, scientifiquement parlant. La source, sans doute, en réside dans l’aisance assurée aux mouvements. J’indiquais, il y a neuf ans, dans la Revue olympique, qu’en entraînant, l’un vêtu, l’autre nu, deux jeunes gens de forces et de conditions égales, on arriverait très vite à établir une différenciation considérable au profit du second. L’expérience est en train de confirmer cette thèse, sinon en ce qui concerne un champion doué d’avantages exceptionnels, du moins dès qu’il s’agit de la moyenne des sujets. Tout garçon, tout jeune homme qui s’entraînera, à quelque exercice que ce soit, sans vêtements, y progressera plus vite que celui qui s’entraînera vêtu.

L’aérothérapie, plus douce que l’hydrothérapie, n’exige pas les mêmes restrictions. Nous n’irons pas jusqu’à prétendre, pourtant, qu’il faille l’aborder sans précaution aucune et qu’aucun abus n’en puisse jamais résulter. Mais, d’une façon générale, elle apparaît à la fois admirablement agissante et douée d’une singulière innocuité. Les difficultés qui s’opposent volontiers à sa diffusion sont d’un ordre tel qu’il appartient à l’opinion publique d’en avoir raison. Cette évolution s’accomplira d’elle-même et très aisément.

Et que les moralistes se rassurent : la morale, aucunement, n’en souffrira.