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Librairie Payot & Cie (p. 29-31).

À CHEVAL

Quel que soit le degré d’assouplissement spécial auquel un garçon préparé par la gymnastique équestre puisse parvenir, il n’est pas beaucoup plus avancé, cela va sans le dire, que le futur nageur qui a appris les mouvements sur le chevalet. Cette avance, pour être certaine, n’en a quand même que la valeur d’un préambule. Mais quand il s’agit d’un sport coûteux comme l’équitation, le préambule est doublement utile. Venons au sport lui-même. De même qu’en natation la surprise provient de l’impression produite par l’élément liquide et l’inquiétude est causée par la peur d’enfoncer, de même le novice est décontenancé à cheval par les mouvements de l’animal et tenaillé par la crainte de perdre l’équilibre et de tomber.

Pour engendrer l’accoutumance à ces mouvements, on conçoit qu’il faille en assurer la régularité. Or la régularité des allures, le manège la trouble par sa forme même et par ses dimensions beaucoup trop restreintes. Tel qu’il est, le manège est le pire ennemi de l’élève. Le vrai manège serait un champ clos affectant la forme d’un long rectangle terminé par deux hémicycles. Là, le cheval ne prendrait pas les habitudes de trottinage, de cahotement auxquelles, forcément, il est enclin dans le local étroit et renfermé où il sert d’initiateur et l’élève aurait le temps et le moyen de trouver son assiette et d’établir cette « liaison » entre lui et l’animal qui constitue l’alpha et l’oméga du sport équestre.

Le galop en ligne droite ou infléchie : peu de trot, pas d’angles ; telles sont les conditions d’un bon apprentissage de début. Autrement vous êtes à peu près certain que l’élève prendra tout de suite un point d’appui sur les rênes ce qui, non seulement formera un cran d’arrêt dans ses progrès mais deviendra la source première de la plupart des accidents qui lui arriveront par la suite. Combien de cavaliers formés qui « s’appuient » inconsciemment sur les rênes ! Faites-les soudainement trotter et galoper à la longe, les bras croisés : la gêne qu’ils en éprouveront sera intense… Cette leçon à la longe, ce n’est pas pour rien qu’elle était préconisée par les grands maîtres de jadis : seulement elle n’est guère démocratique et nous n’y pouvons plus recourir, sauf pour la voltige où sa pratique continue de s’imposer. Son principal avantage était précisément de permettre au corps d’acquérir le liant, la souplesse spontanée, et cela en dehors du souci de conduire le cheval et de la possibilité de s’accrocher à sa bouche. On peut dire vraiment que le premier problème de l’équitation populaire se ramène à ce simple terme : par quoi remplacer la leçon à la longe ?

Deux solutions se présentent : la leçon couplée et la promenade collective. Il faudrait pouvoir s’étendre un peu sur ces sujets. Mais voici que j’ai déjà donné à l’hippisme deux fois plus d’espace qu’aux autres sports ; je dois donc me borner ici à de très brèves indications.

L’exercice couplé suppose deux élèves de front, le plus avancé tenant, en plus du sien, le cheval voisin sur lequel est placé le novice, les mains libres. Sous la surveillance du maître, cette équitation couplée se déroulera avantageusement dans le vaste espace indiqué ci-dessus comme propre à fournir le meilleur des manèges. Quant à la promenade collective, elle permet d’utiliser, en les neutralisant, certains défauts du « cheval de manège » qui est en promenade solitaire un détestable éducateur alors qu’en troupe, il n’a point d’autre préoccupation que de demeurer avec ses congénères et de régler son allure sur la leur ; ainsi le novice, très peu préoccupé de le conduire et se mouvant d’ailleurs en ligne droite, peut se donner tout entier à sa gymnastique et y faire de plus rapides progrès.

La gymnastique équestre préparatoire forme ainsi un premier stage ; les exercices couplés constituent le second stage ; le troisième sera fourni par la promenade collective. Ensuite, il y aura lieu de ramener l’élève au manège pour lui faire travailler la volte au galop, d’abord sur une circonférence un peu vaste, puis avec un rayon progressivement diminué. Rien ne lui enseignera mieux comment on peut coordonner les effets de jambe avec les effets de main et acquérir ainsi de la précision dans le déplacer du cheval.

Le développement de l’équitation populaire soulève une autre question mais que je ne saurais songer à aborder ici. Diminuer le nombre des leçons, rendre les méthodes plus efficaces et plus rapides, c’est fort bien. Mais ne pourrait-on aussi apporter une aide intelligente à l’industrie privée pour l’achat des chevaux, ce qui permettrait à celle-ci de mettre à la disposition de la clientèle une cavalerie mieux appropriée à sa tâche et susceptible d’obtenir des résultats plus prompts ; car est-il besoin de rappeler que, dans une leçon d’équitation, le talent du maître et l’aptitude de l’élève ne sont pas seuls en jeu et qu’il faut encore considérer le cheval ? Sa structure et ses particularités locomotrices importent fort. Un homme à cheval représente une figure de mécanique qui varie grandement d’un cheval à un autre et ce ne sont pas les établissements à écuries disparates qui produisent les meilleurs élèves.