La vallée de la mort/12

Police Journal Enr (Aventures de cow-boys No. 4p. 25-29).

CHAPITRE XII

ATTAQUE ET DÉFENSE


Onze heure moins 7 minutes a.m.

Le lendemain matin.

La diligence est à la porte de la banque.

Les deux gros chiens dans la voûte aboient à qui mieux mieux.

On charge l’or.

Soudain Verchères dit :

— J’oubliais quelque chose…

Il partit à pas rapides.

Et entra dans la saloune idéale.

Gloria, l’une des 3 pitounes, servait au bar.

Il commanda :

— Un triple gin.

But.

— Paya.

Et sortit.

Quelques minutes plus tard, la diligence s’ébranla sous les légers coups de fouet du cocher perché au dehors.

Dans la diligence il y avait :

Un demi-million.

Des gardes.

Lagueux.

Enfin et surtout :

JEAN-BAPTISTE VERCHÈRES !

x x x

Il y avait environ une heure que la diligence roulait sur le soupçon de route reconnaissable par les deux sillons de brousse écrasée, quand soudain les hommes à l’intérieur de la voiture entendirent le cocher crier, tel que convenu :

— Alerte !

— Quoi ?

— Trois cavaliers s’en viennent au loin…

J. B. regarda à l’un des deux judas situés de chaque côté du siège central du cocher.

En effet…

Ils étaient trois.

L’énorme quantité de poussière qu’ils soulevaient derrière eux démontrait qu’ils poussaient leurs montures à fond…

Au grand galop.

Au galop de courses des rodéos.

Que faire ?

Charlie suggéra :

— Que dirais-tu de commander au cocher de donner au coton le fouet à ses chevaux ?

Verchères répliqua :

— Je dirais non, parce qu’ils ne sont que trois d’abord et que nous et notre bande n’en ferions qu’une bouchée…

— Et ensuite… ?

— Ensuite ce sont peut-être des amis.

Verchères ordonna :

— HALTE !

Le cocher obéit.

J. B. dit alors :

— Restez tous ici. Je sors seul.

Lagueux allait protester.

Mais le chef de Squelletteville le boucha à la mode indienne :

— J’AI DIT !

Il sauta dans la plaine, pendant que deux colts apparaissaient comme par magie dans ses mains.

Les trois cavaliers approchaient…

Approchaient…

Verchères rattacha ses armes à sa ceinture.

Il venait de reconnaître les 3 gars.

— Eh, vous autres dans la diligence, sortez, ce sont des amis qui s’en viennent.

Ils ne se firent pas prier.

Le premier cavalier à arrêter fut Narcisse Rioux.

Suivi de près par son frère Adhémar.

Et par le père Onésiphore.

J. B. demanda :

— Qu’est-ce qui se passe ?

Onésiphore répliqua :

— Nous sommes ruinés…

— Comment ça ?

— On vient de nous voler pratiquement tout notre troupeau de chèvres et de boucs…

— ON ? Qui on ?

— Les Cabby, je suppose…

Onésiphore répondit :

— Peut-être, mais nous n’en savons rien.

Il expliqua son ignorance :

— Ils étaient une vingtaine d’outlaws, tous vêtus de blanc et la tête recouverte d’une cagoule de même teinte.

Adhémar plaça son mot :

— Nous allions justement vous voir, chef Lagueux.

— Bon, fit Verchères, je crois connaître ce qui va se passer d’ici quelques minutes.

— Quoi ?

— Ça, c’est mon secret.

Aux 3 Rioux, il ordonna :

— Suivez la diligence en vous tenant cachés derrière.

Il monta dans la voiture :

— Envoyé, cocher, au petit trot… La tête dans le judas, Verchères regardait en avant.

Quelques minutes passèrent.

Minutes de tension.

Puis soudain des milliers de chèvres et de boucs déferlèrent d’une ondulation de la plaine.

Les bêtes étaient délibérément affolées par la vingtaine de cavaliers vêtus et cagoulés de blanc, qui galopaient…

Gueulaient…

Cravachaient…

J. B. cria :

— Stoppe, cocher !

WHOA.

Les roues de la diligence tournaient encore quand Verchères sauta et se rendit à l’avant des chevaux.

Alors impitoyablement, il abattit ces chevaux à coups de colts…

Le cocher cria :

— Devenez-vous fou ?

— Mais non ! En aspirant l’odeur détestée des boucs, vos bêtes auraient inévitablement pris le mors aux dents et seraient parties à l’épouvante…

— Je comprends…

J. B. ordonna :

— Dehors, vous tous, et apportez vos carabines.

Verchères prit la sienne.

Quand il vit un cavalier blanc au bout de sa mire, il tira.

Et d’un.

Bigne.

Et de deux.

Bang.

Et de trois.

Sligne.

Lagueux venait de faire pirouetter un autre outlaw en bas de sa monture.

La fusillade devint générale.

De même que les gardes.

J. B. et Charlie tiraient.

De même que les gardes.

Sans oublier les 3 Rioux qui y allaient avec un enthousiasme compréhensible.

Bientôt il ne resta plus que deux forbans vivants.

Alors il se passa quelque chose de singulier.

L’un des 2 chenapans s’approcha de son compagnon par en arrière.

Lui passa une cordelette autour du cou.

Serra.

Se mit à construire un tourniquet.

Étouffa sa victime qui tomba de sa monture…

Lagueux s’écria :

— L’ÉTRANGLEUSE BLANCHE !

Ils voulurent tirer.

Mais déjà l’étrangleuse venait de disparaître au grand galop de son cheval, derrière une ondulation.

J. B. dit :

— Il ne me reste qu’un petit détail à régler, et la cause sera prête à soumettre au jury de cowboys

Charlie demanda :

— Tu connais l’Étrangleuse ?

— Oui.

— Qui est-elle ?

— Tu le sauras quand tu l’arrêteras.