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Bibliothèque de l’Action française (p. 65-68).


CHRISTOPHE COLOMB




Quand tu vins sur la mer, cinglant vers l’Amérique,
O Colomb, tu voyais déjà dans le lointain
Un pays riche d’or, une côte féerique,
Des caps resplendissants dans l’air pur du matin.

Tu voyais une terre insoupçonnée et belle,
Des monts neigeux, gardiens d’un riche continent,
Cependant que filaient la barque d’Isabelle,
Et le noble vaisseau du bon roi Ferdinand.


Scrutant les horizons où le destin se joue,
Heureux, tu t’en allais vers l’immense inconnu,
Cependant que ton œil montait loin de la proue
Et que l’aube du ciel éclairait ton front nu !…

Devant tes yeux profonds passaient les silhouettes
D’un monde sans limite, aux multiples climats,
Et tes regards ardents — comme un vol de mouettes —
Doraient de leurs rayons les drisses et les mâts.

Mais tout geste éclatant suscite une âme vile.
L’envie est rugissante dans l’ombre. Et voilà
Que tu vis apparaître un Perras de Séville,
Et l’œil sinistre d’un Cenell Bovadilla !…


Et dans ces jours de pleurs que le doute accompagne,
Brisé de trahison, de douleur, de péril.
Tu rêvais au soleil de la France et d’Espagne,
Et ton âme saignait sur le dard de l’exil…

Au fond du vaisseau noir battu par les tempêtes,
L’œil encore ébloui du jour qui se voila,
Parmi les flots dressés comme d’horribles bêtes,
Tu songeais au regard si pur d’Isabella…

Ton esprit magnifique, à l’ardeur éternelle,
Sombre, se replia dans les murs du passé
Le cœur plein de pardon, tu refermas ton aile,
Triste dans 1 ombre, ainsi qu’un bel oiseau blessé…


Et tandis que le vent rugissait dans les voiles,
O martyr, couronné de tous les maux soufferts,
Tu priais le Seigneur, levant vers les étoiles,
Ton front chargé d’opprobre et tes bras lourds de fers…

Tandis que s’éloignaient la côte et tous ses charmes,
Captif, tu gémissais, parmi le vent amer,
Les vagues recevaient le torrent de tes larmes,
Et ton grand cœur était plus amer que la mer !…