La force noire/Conclusion

Hachette (p. 342-355).


CONCLUSION




L’organisation des troupes noires a pour but immédiat le maintien de nos électifs actuels, compromis par l’abaissement de la natalité française ; il permet l’augmentation de nos régiments de tirailleurs algériens, qui coopéreront au même but, et l’utilisation complète des ressources arabes et berbères.

Dès le temps de paix, environ trente mille soldats français, actuellement en Algérie, peuvent être ramenés en France. Notre armée s’allégera des malingres qui l’encombrent, candidats à toutes les maladies, dont la présence dans les rangs est un danger pour leurs camarades ; les repris de justice seront relégués dans des corps spéciaux et l’assainissement moral accompagnera l’assainissement physique ; la création des nouvelles batteries d’artillerie ne sera plus retardée par la pénurie d’effectifs.

Très utiles hier, nécessaires aujourd’hui, indispensables demain, les Troupes noires ne nous donneront pas seulement le nombre ; elles sont composées de soldats de métier, habitués à toutes les privations et à tous les dangers, ayant vu le feu et tels qu’aucune puissance n’en possède en Europe elles ont précisément les qualités que réclament les longues luttes de la guerre moderne : la rusticité, l’endurance, la ténacité, l’instinct du combat, l’absence de nervosité, et une incomparable puissance de choc. Leur arrivée sur le champ de bataille produira sur l’adversaire un effet moral considérable.

Ces précieux avantages de nombre et de qualité sont des facteurs importants qui entreront en ligne dès la première bataille ; mais si la lutte se prolonge, nos forces africaines nous constituent des réserves presque indéfinies dont la source est hors de la portée de l’adversaire et qui permettent de continuer la lutte jusqu’à ce que nous obtenions un premier succès, et, le succès obtenu, de la poursuivre jusqu’au triomphe définitif.

Sans doute l’emploi de la Force noire ne dispense pas la France d’avoir des alliés, ni les Français de se préparer tous à la défendre ; mais la France apparaît singulièrement agrandie et fortifiée par l’annexion militaire de l’Afrique septentrionale, opérée dans le but unique de garder ses forces actuelles, de l’Afrique occidentale, qui gagne autant que la France à être organisée militairement, de l’Afrique équatoriale, que peu à peu nous civiliserons par l’armée en incorporant ses contingents. Les trois Afriques, provinces de la plus grande France, celle qui va de la mer du Nord aux bouches du Congo, seront prêtes à défendre la patrie commune. Cloisonné par la Méditerranée et le Sahara, le territoire national est inattaquable.

L’Afrique septentrionale est le camp de l’armée africaine, où stationnent quatre corps d’armée renforcés. C’est pour les besoins de notre organisation que nous y plaçons de telles forces, et non pour sa garde, qui se trouve assurée par surcroît. Cette augmentation d’effectifs aura des conséquences considérables dans la solution de la question indigène. Vis-à-vis de nos protégés musulmans, il faut éviter avant tout que toute concession soit prise pour une marque de faiblesse ; et en présence de telles forces, comment nous croiraient-ils faibles ? La population européenne s’oppose à ces mêmes concessions en invoquant les risques d’insurrection ; ces risques seront désormais écartés. Il sera donc possible d’envisager en commun, avec une parfaite liberté d’esprit, l’établissement d’un régime plus libéral, qui tienne compte de la crise que traversent à notre époque tous les pays d’Islam et dont la création des Parlements ottoman et persan et le mouvement jeune-égyptien sont les principaux symptômes.

Il est probable qu’un certain nombre de Sénégalais, séduits par le pays où ils auront transporté leurs pénates, se feront libérer sur place. Ils fourniront à la colonisation la main-d’œuvre qu’elle réclame et rétabliront les prix que l’enrôlement des tirailleurs appelés pourrait avoir pour conséquence de trop élever. Enfin les régiments eux-mêmes serviront à la mise en valeur de la colonie. Quand il s’agira d’établir de nouveaux camps, on pourra se placer à ce point de vue et chercher des emplacements d’où, tout en assurant la protection des colons, on commencerait le défrichement de terres vierges, et les adductions d’eau. Les ruines des anciens camps romains donneront d’utiles indications.

La présence des troupes noires assure le retour des réservistes dans les régiments indigènes et le départ des troupes sans le moindre danger d’insurrection. En effet, en cas de mobilisation, 4 corps d’armée africains sont transportés en France. L’Amérique du Nord reste gardée par ses troupes européennes territoriales (16 bataillons de zouaves, etc.), 3 et peut-être 4 régiments étrangers, 6 ou 8 bataillons d’Afrique, 4 brigades de tirailleurs sénégalais, des goums de cavalerie sénégalaise, 4 régiments de spahis sénégalais, une artillerie à déterminer, ainsi que les services auxiliaires. Vingt ou vingt-cinq mille recrues noires viennent s’y instruire pour former dans le quatrième mois deux divisions de marche. Les effectifs qui y demeurent sont plus considérables que ceux qui y sont stationnés en ce moment. La sécurité est absolue.

En Afrique occidentale, la création de l’Armée noire aura d’immenses résultats. Avant 1905, il fallait 23 ans de services au soldat indigène pour lui donner droit à une pension ; presque aucun d’eux n’atteignait cette retraite. L’ancien tirailleur, déraciné, cherchait un emploi dans l’administration, ou bien se faisait colporteur, manœuvre, et émigrait même dans les colonies étrangères. C’était une force perdue pour nous. Mais le tirailleur retraité, attaché à une caisse, qu’il faudra lui laisser choisir, mais qui le fixera, plus instruit qu’autrefois, sera un précieux agent pour notre influence.

Habitué à nos produits, il en répandra l’usage. Déjà les importations de farine[1] et de vin augmentent en Afrique occidentale, qui deviendra de plus en plus un débouché pour notre agriculture. Tous nos objets manufacturés seront de plus en plus répandus. Notre commerce aura dans l’ancien tirailleur un agent intelligent et sûr.

Les entreprises qui se fondent en Afrique occidentale ont besoin d’un intermédiaire entre l’indigène et leurs agents européens. Ce n’est pas la main-d’œuvre qui manque, c’est le moyen de la manier. Dans ces climats meurtriers, l’Européen ne peut exercer qu’un rôle de direction générale ; la station permanente au soleil lui est interdite. C’est l’élément contremaître qui fait défaut : Le tirailleur retraité sera un merveilleux contremaître. C’est lui qui ira chercher le caoutchouc et apprendra à l’indigène à le récolter sans tuer la plante ; qui enseignera le repiquage du riz, la sélection du coton, qui dirigera de près les travaux des mines d’or et de pétrole, des chantiers de chemins de fer.

Mais il y a des considérations plus hautes.

Les tirailleurs retraités fourniront à la société indigène les cadres dont elle a besoin. Nous avons délivré les populations des dominations oppressives et nous avons brisé les cadres qui l’enserraient cruellement ; nous les avons remplacés par une administration paternelle mais lointaine : entre les rares administrateurs et les indigènes il faut un intermédiaire ; nous tomberions sans cet élément dans les inconvénients du fonctionnarisme français et de l’administration directe, ou bien nous laisserions le pays dans une véritable anarchie.

Ce n’est pas tout de détruire l’édifice malsain et incommode, il faut le reconstruire. Les anciens soldats formeront les pierres d’angle et la charpente, et pour réunir tous les éléments de l’édifice, nous avons tout prêt le patriotisme, « le ciment social », suivant la belle expression de Gustave Lebon.

Est-ce là une idée nouvelle ?

Non : Herbert Spencer est certainement le philosophe qui a le plus profondément étudié l’organisation des sociétés humaines et leur développement dans l’histoire ; nul plus que lui n’est l’ennemi de la guerre moderne ; il méconnaît même la vertu éducatrice qu’elle possède à toutes les phases de la vie nationale par la trempe des caractères, la surexcitation des énergies et le développement de l’esprit de sacrifice ; il ne lui attribue qu’un rôle de régression, parce qu’elle tend à ramener les sociétés à forme industrielle vers la forme militaire. Mais, dans ses Principes de Sociologie, Spencer revient sans cesse sur l’influence civilisatrice de la guerre au début des sociétés c’est elle qui a forcé les hommes à se grouper pour l’attaque et pour la défense, à sortir de l’anarchie en se donnant des chefs militaires qui sont devenus des chefs politiques. « Lorsque aucune subordination n’existe, dit-il, la guerre l’inaugure. » Il remarque aussi la lenteur qui préside aux transformations sociales et l’impossibilité de les activer à coups de lois ou de décrets prématurés : « Vouloir imposer une organisation perfectionnée à des primitifs, dit-il, c’est chercher à entrer une main pourvue de ses cinq doigts dans un gant qui n’en aurait que quatre. » Et M. Hanotaux, à propos des troupes noires, répète le mot du cardinal Lavigerie : « Nous ne civiliserons l’Afrique que par les Africains. » — Car c’est bien une œuvre de civilisation que nous avons poursuivie depuis plus d’un demi-siècle avec une ténacité capable de faire réfléchir ceux qui désespèrent de l’avenir de notre pays.

Sans doute, nous avons été parfois entrainés par cette impossibilité pour une nation européenne de garder une frontière avec des peuplades à demi sauvages, par cette loi rappelée dernièrement encore par lord Cromer[2] dans son « Impérialisme ancien et moderne », qui veut que tout peuple ayant pris pied sur un continent barbare aille jusqu’à la mer ou jusqu’aux frontières d’un autre peuple civilisé ; parfois le gouvernement central essaie d’arrêter la pénétration, mais il se trouve dans la situation d’un homme qui voudrait maintenir une lourde masse sphérique sur une pente rapide : il faut déployer beaucoup plus d’efforts pour enrayer le mouvement en avant que pour le diriger. Mais dans notre Afrique noire, le mouvement n’a jamais été livré aux cahots du hasard, une volonté supérieure et agissante l’a toujours conduit.

Le lieutenant de vaisseau Mage, envoyé en 1863 sur le Niger par le général Faidherbe, dédie à son chef le récit de sa mission, qui dura trois ans. Faidherbe lui répond :

« … Vous faites partie de cette petite phalange d’hommes qui a cru depuis quinze ans et qui croit plus que jamais à l’avenir de notre établissement à la côte d’Afrique et à l’utilité de la race noire sur la surface du globe, sans qu’il soit nécessaire de la priver de ses droits imprescriptibles à la famille et à la liberté individuelle. »

Et Mage dit dans sa préface :

« … Si je réussis par ce livre à intéresser mes lecteurs à l’avenir des pays que j’ai parcourus, à leur en faire apprécier les ressources immenses, à faire comprendre quelques-unes des belles qualités du nègre, si différent chez lui de ce qu’on est habitué à le voir dans les types dégénères de nos colonies, si, en un mot, j’ai avancé d’un jour, d’une heure ou d’un moment l’époque à laquelle l’Afrique sera régénérée, mon but sera rempli. »

Or, en épigraphe du dernier rapport que le colonel Archinard, lieutenant-gouverneur du Soudan, a adressé au ministre en 1894, ces deux citations se trouvent reproduites. Elles forment comme la trame de toute notre œuvre africaine, et la délivrance s’est poursuivie sans heurt, par la suppression de la guerre, qui a fermé les sources de l’esclavage, de la traite qui a enrayé le commerce des captifs, enfin de l’esclavage lui-même, par le décret pris en 1903 sur l’initiative de M. le gouverneur général Roume, dont son successeur, M. le gouverneur général Ponty, continue énergiquement l’application.

L’organisation des troupes noires, c’est la civilisation de l’Afrique régénérée, c’est le couronnement de notre œuvre. Quand une nation a commencé à écrire un tel chapitre dans l’histoire de l’humanité, elle a le devoir de l’achever ; elle a le droit d’appeler à sa défense tous ses enfants, même ses enfants adoptifs, sans distinction de race. Elle écoute les accusations de barbarie en souriant, sans même lever les épaules.


En 1868, Prévost-Paradol écrivait : « La France approche de l’épreuve la plus redoutable qu’elle ait encore traversée… la France et la Prusse ont été de loin lancées, pour ainsi dire, l’une contre l’autre, à peu près comme deux convois de chemin de fer qui, partant de points opposés et éloignés, seraient placés sur la même voie par une erreur funeste. Après de longs détours, moins longs pourtant qu’on ne pensait, ces deux trains sont en vue l’un de l’autre. Hélas ! ils ne sont pas seulement chargés de richesses ; bien des cœurs battent qui ne sont animés d’aucune colère et qui ne sentent que la douceur de vivre ; combien ce sang qui va couler coûtera-t-il de larmes ! Personne ne veut ce choc terrible. On s’écrie, on s’empresse, la vapeur est renversée, les freins grincent à se briser ; effort inutile, l’impulsion vient de trop loin… » Il s’élevait contre les optimistes de l’époque, qui se consolaient de la déchéance prochaine en répétant que « du moins l’on n’envahira pas la France. Qui n’a souvent entendu cette naïve parole comme le dernier et le plus fort argument de ceux qui veulent à tout prix ne pas s’alarmer de l’état nouveau de l’Europe ».

Examinant le rang de la France parmi les grandes puissances qui se partagent le monde, il prévoyait que le moment pourrait venir où la France ne compterait pas plus, dans le monde anglo-saxon, que la Grèce dans le monde romain, et il ajoutait : « Lorsqu’il s’agit de nations également civilisées et de citoyens courageux, également soutenus par le sentiment de l’honneur, c’est à la nation la plus nombreuse qu’appartient inévitablement l’ascendant militaire et politique avec tous les avantages matériels et moraux qui en découlent. Il faut donc considérer comme absolument chimérique tout projet et toute espérance de conserver à la France son rang relatif dans le monde, si ces espérances, si ces projets ne prennent pas pour point de départ cette maxime : Le nombre des Français doit s’augmenter assez rapidement pour maintenir un certain équilibre entre notre puissance et celle des autres grandes nations de la terre. »

Il tournait ses espérances vers l’Algérie, qui était alors notre seule colonie africaine connue, et il terminait ainsi :

« Il n’y a que deux façons de concevoir la destinée future de la France : ou bien nous resterons ce que nous sommes, nous consumant sur place dans une agitation intermittente et impuissante, au milieu de la rapide transformation de tout ce qui nous entoure, et nous tomberons dans une honteuse insignifiance, sur ce globe occupé par la postérité de nos anciens rivaux, parlant leur langue, dominé par leurs usages et rempli de leurs affaires, soit qu’ils vivent unis pour exploiter en commun le reste de la race humaine, soit qu’ils se jalousent et se combattent au-dessus de nos têtes : ou bien de quatre-vingts à cent millions de Français, fortement établis sur les deux rives de la Méditerranée, au cœur de l’ancien continent, maintiendront à travers les temps, le nom, la langue et la légitime considération de la France. Qu’on en soit pourtant bien persuadé : ce n’est pas à un moindre prix, ni avec de moindres forces qu’on pourra être compté pour quelque chose et suffisamment respecté dans ce monde nouveau, que nous ne verrons pas, mais qui s’approche assez pour projeter déjà sur nous son ombre et dans lequel vivront nos petits-fils, Puisse la préoccupation de ce redoutable avenir nous faire estimer à leur juste prix nos misérables querelles, et nous unir enfin dans un vœu ardent et dans un généreux effort pour la perpétuité et pour l’honneur du nom français[3] ! »

Aujourd’hui comme à cette époque, il semble que des forces aveugles ont lancé les nations les unes contre les autres : tous les trains sont sur la même voie, le nôtre en tête, poussé en queue par le suivant, ayant devant lui plusieurs autres convois qui marchent dans le sens opposé. Les mêmes rencontres vont se produire, dans les mêmes parages, entre des masses plus fortes, animées de vitesses plus grandes. Et ce sont les mêmes cris impuissants, les mêmes menaces inutiles, les mêmes propos optimistes et naïfs. Préparons-nous.

Prévost-Paradol avait cru trouver, dans les terres vierges et fertiles de l’Algérie, la régénération de notre race qui devait se multiplier pour les peuples. L’avenir a transformé cette espérance.

Sous l’égide de la France, de riches moissons couvrent le sol de l’Afrique ; mais les Français ne sont pas en nombre. Les Berbères avaient reçu l’empreinte romaine, mais l’Islam est venu, qui l’a effacée et les a marqués de son sceau indélébile. La France aura chez eux des protégés soumis et de braves soldats, elle ne peut compter sur leur dévouement. Ils évolueront dans le sillage de l’Islam, non dans celui de notre civilisation.

Il faut regarder plus loin, par delà le Sahara, vers le monde noir, celui des primitifs nets de toute marque, prêts pour la nôtre. Ils sont 20 millions d’hommes ils doublent à chaque génération. Au milieu du siècle, ils seront 50 millions ; là est l’avenir[4].

Sans doute, rien ne peut nous épargner les grands efforts que nécessite une légère augmentation dans la population métropolitaine, menacée là d’une très forte diminution : mais il y a entre l’expansion et la natalité des relations réciproques de cause à effet ; le développement de notre commerce, de notre industrie et de notre marine marchande, les places vacantes aux colonies, favoriseront le mouvement de régénération, compléteront l’effet de lois devenues indispensables. C’est au dehors que, libérée des mesquines contraintes, l’énergie nationale retrouvera, dans toute leur saine plénitude, les joies de l’action et un renouveau de force.

Vainement on publie des chiffres éloquents qui démontrent la part sans cesse plus grande que les colonies tiennent dans la vie nationale ; ces statistiques n’atteignent que quelques personnes déjà renseignées sur les premiers effets de l’expansion coloniale visibles à leurs yeux depuis longtemps. Si l’attention publique était vraiment attirée par les questions coloniales, l’expansion décuplerait d’intensité. L’Afrique équatoriale, par exemple, n’attendrait pas longtemps les 4000 ou 8000 tirailleurs et les 80 millions dont elle a besoin pour ses chemins de fer.

La création de l’armée noire démontrera l’unité du domaine national ; tous les Français comprendront que la France ne s’arrête ni à la Méditerranée, ni au Sahara ; qu’elle s’étend jusqu’au Congo ; qu’elle constitue un empire plus vaste que l’Europe et qui, dans un demi-siècle, aura 100 millions d’habitants, et que les peuples valent par le nombre et par l’élite, beaucoup plus que par la moyenne.

Cet empire contient les régions les plus favorisées de l’Europe centrale et de l’Afrique tropicale ; il produit, non seulement le blé, le vin et l’huile, mais le coton, le riz et le caoutchouc. Assurément son unité n’est pas parfaite : mais, dans un demi-siècle, le chemin de fer transnigérien aura coupé la Boucle de Bamako à Say, et les lignes côtières seront venues s’y brancher depuis longtemps ; le rail venant du sud sera à Tombouctou ; alors ce transsaharien qui apparaît encore comme chimérique à quelques esprits timorés, sera chose faite, et nos enfants s’étonneront que nous ayons attendu si longtemps. Mais, si nous avons su discipliner la Force Noire et civiliser l’Afrique, ils reconnaîtront du moins que nous leur laissons la France plus grande et plus forte que nous ne l’avons reçue de nos pères.

  1. Une fabrique de biscuits s’est créée à Rufisque en 1908.
  2. Maspéro avait déjà dit :
    « C’est on vain que les États policés prétendent demeurer en paix avec les nations barbares auxquelles ils touchent. Sitôt qu’ils ont décidé d’enrayer leurs progrès et de s’imposer des bornes qu’ils ne dépasseront plus, leur modération prend couleur de faiblesse ou d’impuissance, les vaincus reviennent à l’assaut et ramènent la civilisation en arrière ou l’obligent à marcher outre. Les Pharaons n’échappèrent pas à cette fatalité de la conquête… » Histoire ancienne des Peuples de l’Orient classique, t. I, p. 490 (le premier Empire thébain).
  3. Prévost-Paradol, la France nouvelle, chapitre de l’Avenir, p. 373. Voir aussi Fachoda, par M. Gabriel Hanotaux, Notre Empire africain, p. 179.
  4. C’est ce qu’exprimait si vivement et si justement un des plus grands économistes de la France (M. Leroy-Beaulieu) après avoir fait ressortir la situation dans le monde entier des Slaves, des Anglo-Saxons et des Allemands : « La colonisation est pour la France une question de vie ou de mort. Ou la France deviendra une grande puissance africaine, ou elle ne sera dans un siècle ou deux qu’une puissance européenne secondaire : elle comptera dans le monde à peu près autant que la Grèce ou la Roumanie comptent en Europe. Nous ambitionnons pour notre patrie des destinées plus hautes. Que la France devienne une nation colonisatrice, alors s’ouvriraient devant elles les longs espoirs et les vaste pensées.
    « Avec nos efforts au Soudan, l’avenir nous paiera largement de nos peines, et dans quelques années se trouvera réalisée la prédiction d’Élisée Reclus : « Longtemps on nous a jeté le nom de Sénégal à la face. Mais ce vieux témoin de notre impuissance en Afrique, ce pays décrié, fournaise et marais, est à la veille de s’étendre au loin vers l’Orient. Riez : pauvre comptoir, il sera demain vaste empire. Après l’Algérie, nous n’avons rien qui soit aussi digne de la France. » La France dans l’Afrique. occidentale (1883), publication officielle du ministère de la Marine, p. 401 (attribué au général Borgnis-Desbordes).
    La population nègre des États-Unis d’Amérique a doublé en trente-sept ans, de 1863 à 1900. Mais elle était dans des conditions peu favorables au début, à cause du petit nombre des femmes, et elle est à l’étroit dans la vie civilisée. À Saint-Domingue il y avait 500 000 noirs en 1789, 300 000 seulement en 1807, à la suite d’une longue période de guerre ; il y en a 1 500 000 : la population a quintuplé en un siècle.