La folie érotique/L’excitation sexuelle/Les Exhibitionnistes

Librairie J.-B. Baillière et Fils (p. 82-86).

IV

les exhibitionnistes


Nous rangerons auprès des sujets de cette espèce ceux que Lasègue appelait des exhibitionnistes[1]. Sans être réduits à l’impuissance, ces individus, qui sont quelquefois des hommes encore jeunes, prennent un plaisir étrange à exhiber aux yeux des femmes et des jeunes filles leurs parties sexuelles sans autre résultat que celui de choquer la pudeur publique.

Tel insensé se cache derrière les piliers d’une église pour scandaliser, pendant le culte, les femmes occupées à leurs dévotions.

Tel autre, dans les corridors d’une maison habitée, guette au passage les jeunes filles pour se montrer à leurs yeux dans une attitude indécente.

Un troisième se cache dans les endroits peu fréquentés du bois de Boulogne ou des jardins publics pour ofïrir aux personnes qu’il rencontre un spectacle obscène.

On s’expose ainsi à de graves pénalités, sans l’ombre d’une jouissance et c’est bien certainement une aberration d’esprit qui mène à des actes tellement insensés des hommes raisonnables en apparence. L’hôpital de la Charité était autrefois entouré par des hôtels dont les fenêtres avaient vue sur l’intérieur des bâtiments. Un employé que ses fonctions appelaient à se rendre dans cet hôpital pour les épreuves cliniques du doctorat, avait l’habitude, pendant que les examinateurs et les candidats étaient aux prises, de choisir une attitude indécente dans un endroit d’où il pouvait être vu par les jeunes personnes qui se mettaient aux fenêtres. Et là il s’efforçait à plusieurs reprises de leur montrer ses organes génitaux purement et simplement sans autre provocation. Il fut dénoncé, poursuivi et condamné, il perdit naturellement sa place. Ainsi, pour se donner un plaisir ridicule, il sacrifia de la manière la plus inepte sa réputation, son honneur et ses intérêts. Nous avons encore, en ce moment même, à la Clinique, un malade que l’on pourrait considérer comme un type classique d’exhibitionniste.

C’est un homme de trente-cinq ans, de taille moyenne, mais d’intelligence très-médiocre.

Dès l’âge de neuf ans, il se masturbait ; à dix-huit ans, il fut arrêté et condamné à trois mois de prison pour avoir montré ses organes génitaux en plein jour à des dames qui passaient dans la rue de Richelieu.

Quelques temps après sa mise en liberté, pendant un repas, chez ses parents, son père le surprit se masturbant à table. Depuis cette époque, il fut arrêté plusieurs fois dans les rues pour outrages à la morale publique.

Il s’est toujours contenté d’exhiber ses organes génitaux dans les rues, sur les places publiques, sans autre provocation que cet acte stupide et insensé.

C’est encore pour un délit de ce genre qu’il vient d’être arrêté et c’est de l’infirmerie du Dépôt qu’il nous vient.

Des faits de ce genre ne peuvent relever que de l’aliénation mentale. Ces actes sont tellement dépourvus de sens commun, de réflexion intelligente qu’on ne peut donner à ces malades d’autre excuse.

  1. Lasègue, Études médicales.