La Vénus des aveugles/La Vierge aux tapis

La Vénus des AveuglesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 85-86).

LA VIERGE AU TAPIS



 Pâle et mélancolique ainsi qu’une malade,
Un tapis fondu languit sous tes pieds.
— Plus majestueux qu’un temple de jade,
Les magnolias et les tulipiers
Ont laissé pleuvoir la nuit de leur voûte. —
Tramé dans un soir aux bleus inconnus
Par de brunes mains que l’été veloute,
Un fragile tapis languit sous tes pieds nus.


Le tapis déployé sous tes pieds de malade
Déroule ses plis fanés, mariant
L’ombre d’une rose ou d’une grenade
Sanglante, à des blancs lépreux d’Orient.
Et ses verts d’eau morte et de pré funèbre
S’éteignent, plus doux qu’un rêve terni,
Tandis que l’automne exalte et célèbre
Monna Lisa, souriant à San Giovanni.