La Nouvelle Thérèse, ou la Protestante philosophe/00

de l’impr. de J. Desbordes (Londres) (p. 5-7).
Avant-Propos.

La Nouvelle Thérèse, ou la Protestante philosophe, 1774, bandeau

AVANT-PROPOS.

On ne ſera peut-être pas moins ſurpris du ton de morale qui regne dans cet Ouvrage, que de la licence avec laquelle certains endroits ſont écrits.

Perſonne n’ignore que l’âge de la jeuneſſe eſt l’âge du délire, & que c’eſt préciſément le temps, pour peu que notre conſtitution annonce du tempérament, où l’on s’abandonne avec plaiſir au néant de l’indolence & aux fatigues de la volupté.

C’eſt en vain que je voudrois me déguiſer qu’une peinture trop exacte peut être non-ſeulement regardée comme un défaut d’équité, mais que c’eſt encore mal édifier le Public, que d’oſer ſecouer ouvertement le joug de la pudeur.

J’aurois pu, je le ſais, ne pas tant bleſſer la modeſtie, en broyant moins mes couleurs dans le narré de mes avantures ; mais ſi les charmes de l’amour ſe ſont fait ſentir à mon cœur d’une maniere trop vive, pourquoi me feroit-on un crime de les exprimer de même ?

Quant aux ſages réflexions qui ſe trouvent ſemées dans cet écrit, ou plutôt ce recueil d’anecdotes galantes, il ne ſera pas difficile d’en deviner la cauſe. Les perſonnes verſées dans l’hiſtoire du cœur humain, comprendront ſans peine que c’eſt le propre, des filles du monde, de donner dans la morale, lorſqu’elles ſont revenues de la bagatelle.