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LA FLORE DE VICHY[1]


Nous devons tous de la reconnaissance à M. Pascal Jourdan pour ses recherches botaniques en France et en Afrique. Les habitants de Vichy, comme ceux de la province d’Alger, lui en doivent une très-grande et très-sérieuse pour les heureux résultats de ses travaux de garde-mines et d’ingénieur civil ; mais ils doivent aussi aimer en lui l’ami de la nature qui crée pour les touristes et les buveurs d’eau thermale des plaisirs sûrs et durables, La vogue des villes d’eau est souvent une affaire de mode. Vichy a peu à craindre de ce côté-là, surtout depuis que le rendement de ses précieuses sources a été centuplé ; mais une localité si célèbre ne doit pas mettre toute sa gloire dans l’argent que lui apporte une nombreuse clientèle. Elle doit souhaiter d’être un petit foyer de lumières, et nous avons tort de dire petit, rien n’est petit dans cet ordre d’efforts. Elle doit se garder des mauvais moyens d’attirer la foule, laisser aux pays dont l’action curative est douteuse l’attraction funeste des jeux de hasard. Vichy doit demander aux sciences et aux arts l’affection et la fidélité de ses visiteurs.

Voici un livre dont l’éditeur doit être encouragé et l’auteur remercié, car il rentre dans ce mouvement civilisateur qui honore une ville et une province. Ce livre est un appel et un stimulant à l’étude poétique et positive de la nature ; on voit qu’il a été fait avec amour, avec passion même, puisqu’il a pu être fait sans préjudice des travaux simultanés d’utilité publique que l’auteur, géologue et mineur praticien, a su mener à bien.

Cet aimable travail est remarquable surtout en ce qu’il est dominé par une idée neuve qui doit s’imposer désormais à nos idées sur la distribution géologique et géographique des végétaux. Il s’agit de déterminer l’habitat des plantes diverses et de s’en rendre raison sans invoquer le hasard qui n’explique rien, ou la prodigalité des ressources fécondatrices, prodigalité merveilleuse il est vrai, mais nullement miraculeuse, puisque la logique préside toujours à ses opérations.

M. Pascal Jourdan n’a pas la prétention de s’être occupé le premier des causes de cette détermination naturelle ; mais, comme elle est encore bien imparfaitement signalée et que les travaux en ce genre sont loin d’être complets, rien n’est plus utile que d’entrer dans cette voie d’examen et de choisir un espace délimité pour l’approfondir. Tout amateur peut devenir utile à la science et faire de véritables découvertes, en observant ainsi les habitudes, les stations, les déplacements ou les installations motivées des végétaux connus.


Nohant. 1er juillet 1872.



  1. Par Pascal Jourdan.