La Doctrine du fascisme/21

Traduction par Charles Belin.
Vallecchi (p. 36-39).


8. Contre les Doctrines libérales


Vis-à-vis des doctrines libérales, le fascisme est dans un état d’opposition absolue, et dans le domaine politique et dans le domaine économique. Il ne faut pas exagérer — pour de simples raisons de polémique actuelle — l’importance du libéralisme au siècle dernier, et, alors qu’il ne fut qu’une des nombreuses doctrines écloses en ce siècle, en faire une religion de l’humanité pour tous les temps présents et futurs. Le libéralisme n’eut que quinze ans de faveur. Il naquit en 1830, par réaction contre la Sainte Alliance qui voulait ramener l’Europe au régime antérieur à 1789, et il eut son année de splendeur en 1848, quand Pie IX lui-même fut libéral. Aussitôt après, commença la décadence. Si 1848 fut une année de lumière et de poésie, 1849 fut une année de ténèbres et de tragédie. La république romaine fut tuée par une autre république, la république française. La même année, Marx lançait l’évangile de la religion socialiste, dans son fameux Manifeste des Communistes. En 1851, Napoléon III fait son coup d’État antilibéral et règne sur la France jusqu’en 1870. Il fut renversé par un mouvement populaire, à la suite d’une des plus grandes défaites militaires qu’enregistre l’histoire. Le vainqueur fut Bismarck, qui ignora toujours la religion de la liberté et ses prophètes. Il est symptomatique qu’un peuple de haute civilisation, comme le peuple allemand, ait complètement ignoré, pendant tout le xixe siècle, la religion de la liberté. Il n’y eut qu’une parenthèse, représentée par ce qui a été nommé « le ridicule parlement de Francfort », qui dura une saison. L’Allemagne a réalisé son unité nationale en dehors du libéralisme, contre le libéralisme, doctrine qui semble étrangère à l’esprit allemand, esprit essentiellement monarchique, alors que le libéralisme est l’antichambre historique et logique de l’anarchie. Les étapes de l’unité allemande sont les trois guerres de 1864, de 1866, et de 1870, conduites par des « libéraux » comme Moltke et Bismarck. Quant à l’unité italienne, le libéralisme y a eu une part inférieure à l’apport de Mazzini et de Garibaldi, qui n’étaient pas libéraux. Sans l’intervention de l’antilibéral Napoléon, nous n’aurions pas eu la Lombardie, et, sans l’aide de l’antilibéral Bismarck à Sadowa et à Sedan, il est très probable que nous n’aurions pas eu Venise en 1866 et qu’en 1870 nous ne serions pas entrés dans Rome. Pendant la période 1870-1915, les prêtres même du nouveau Credo accusent le crépuscule de leur religion : elle est battue en brèche, en littérature, par le décadentisme et, dans la pratique, par l’activisme. Activisme : c’est-à-dire nationalisme, futurisme, fascisme. Le siècle « libéral », après avoir accumulé une infinité de nœuds gordiens, cherche à les défaire par l’hécatombe de la guerre mondiale. Mais aucune religion n’impose un sacrifice si terrible. Les dieux du libéralisme avaient-ils soif de sang ? Maintenant, le libéralisme est sur le point de fermer les portes de ses temples déserts, car les peuples sentent que son agnosticisme en matière économique, son indifférentisme en matière politique et morale amèneraient, comme cela s’est déjà produit, une ruine certaine des États. C’est pourquoi toutes les expériences politiques du monde contemporain sont antilibérales et il est suprêmement ridicule de vouloir les classer hors de l’histoire ; comme si l’histoire était une chasse réservée au libéralisme et aux professeurs, comme si le libéralisme était le mot suprême et incomparable de la civilisation.