La Doctrine du fascisme/22

Traduction par Charles Belin.
Vallecchi (p. 39-41).


9. Le Fascisme ne revient pas en arrière


Les négations fascistes du socialisme, de la démocratie, du libéralisme, ne doivent cependant pas faire croire que le fascisme entend ramener le monde à ce qu’il était avant 1789, date qui est considérée comme l’année d’inauguration du siècle démo-libéral. On ne revient pas en arrière. La doctrine fasciste n’a pas choisi de Maistre pour prophète. L’absolutisme monarchique a fait son temps, au même titre que l’ecclésiolâtrie, que les privilèges féodaux ou les castes fermées à cloisons étanches. L’idée fasciste d’autorité n’a rien à voir avec l’État policier. Un parti qui gouverne une nation « totalitairement » est un fait nouveau dans l’histoire. Les rapprochements et les comparaisons sont impossibles. Des décombres des doctrines libérales, socialistes, démocratiques, le fascisme extrait les éléments qui ont encore une valeur vitale. Il conserve ce que l’on pourrait appeler les faits acquis de l’histoire, et il rejette tout le reste, c’est-à-dire la conception d’une doctrine bonne pour tous les temps et pour tous les peuples. En admettant que le xixe siècle ait été le siècle du socialisme, du libéralisme, de la démocratie, il n’est pas dit que le xxe siècle doive être également le siècle du socialisme, du libéralisme et de la démocratie. Les doctrines politiques passent, les peuples restent. On peut penser que le siècle actuel est le siècle de l’autorité, de « droite », un siècle fasciste ; et que, si le xixe siècle a été le siècle de l’individu (libéralisme signifie individualisme), on peut penser que le siècle actuel est le siècle « collectif », et par conséquent, le siècle de l’État. Il est parfaitement logique qu’une nouvelle doctrine puisse utiliser les éléments encore vitaux d’autres doctrines. Aucune doctrine ne peut prétendre à une « originalité » absolue. Elle est liée, ne fût-ce qu’historiquement, aux autres doctrines passées, aux autres doctrines à venir. C’est ainsi que le socialisme de Marx est lié au socialisme utopiste des Fourier, des Owen, des Saint-Simon ; c’est ainsi que le libéralisme du xixe siècle se rattache à tout le mouvement des illuminés du xviiie siècle et que les doctrines démocratiques sont liées à l’Encyclopédie. Toute doctrine tend à diriger l’activité des hommes vers un objectif déterminé ; mais l’activité des hommes réagit sur la doctrine, la transforme, l’adapte aux nécessités nouvelles ou la dépasse. La doctrine elle-même doit donc être non un exercice verbal, mais un acte de vie. De là, le caractère pragmatique du fascisme, sa volonté de puissance, sa volonté d’exister, sa position à l’égard du fait « violence » et de sa valeur.