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Imprimerie A. Lanier (p. 69-86).

iv

LA RUPTURE

Il y a ceci d’étrange dans le conflit qui s’est élevé en 1904 entre la République française et le Saint-Siège que, depuis longtemps, on pouvait de part et d’autre le prévoir et que, néanmoins, rien n’a été tenté sérieusement, ni d’un côté ni de l’autre, pour le prévenir.

Le voyage du président de la République.

Le roi Victor-Emmanuel et la reine Hélène étant venus à Paris dans les circonstances que l’on sait[1] pour faire une visite solennelle au président de la République, celui-ci était tenu de la leur rendre. L’empereur François-Joseph, il est vrai, n’est jamais venu à Rome rendre aux prédécesseurs du roi actuel les visites qu’il en avait reçues. Mais outre que le souverain autrichien dont les sentiments de haute piété sont connus se trouve par son âge et sa situation à même de prendre avec le protocole certaines libertés, on ne saurait nier que cette anomalie n’ait influé fâcheusement sur les relations de l’Autriche et de l’Italie. Or les Français, jugeant favorable à leurs intérêts un rapprochement avec leurs voisins et ayant vu avec satisfaction ce rapprochement se parfaire par la venue des souverains italiens à Paris, n’étaient rien moins que disposés à en laisser compromettre les résultats par déférence pour les susceptibilités pontificales. De sorte que même si, personnellement, le président Loubet n’avait pas partagé ce sentiment, il eut été obligé en sa qualité de chef d’État élu et irresponsable, d’y conformer sa conduite. On aurait dû savoir ces choses au Vatican et, cela étant, prendre des mesures pour rendre inévitable une visite du président au Saint-Père.

Depuis la chute du pouvoir temporel, une règle est établie à Rome. Le pape consent à recevoir les princes non catholiques venus saluer le roi d’Italie ; mais il ne consent pas à recevoir les princes catholiques. Cette distinction dont on comprend la pensée originelle n’en est pas moins déraisonnable et ses résultats aboutissent à l’absurde. Elle tient éloignés du Vatican ceux qui auraient le plus de droits d’y fréquenter et que le Saint-Siège aurait le plus de motifs d’y attirer ; elle crée d’autre part un privilège en faveur des hérétiques et des schismatiques et fait peser exclusivement sur les puissances catholiques la responsabilité de la prise de Rome en 1870 par les Piémontais, événement auquel tout au contraire ce sont les puissances non catholiques qui ont eu le plus de part. Enfin il suffit de remarquer que, dans certains pays, la religion du souverain n’est pas celle de la majorité de ses sujets ; presque tous les saxons sont protestants et la famille royale professe la religion catholique ; le roi de Saxe, souverain catholique d’un pays protestant, gagnerait donc pour se rapprocher du pape à suivre le vœu de ses sujets et à devenir protestant ; voilà qui est insensé et pourtant logique.

Quelle que soit la portée d’une erreur commise et reconnue, le gouvernement pontifical est moins que tout autre disposé à en faire l’aveu. Mais précisément un tel aveu n’était point nécessaire en l’espèce. Il eut été facile de sortir d’embarras en n’assimilant point le chef élu et temporaire de la République française aux représentants héréditaires et permanents des monarchies européennes ; M. Loubet était un citoyen investi pour sept ans des fonctions de chef d’État et non point un membre d’une famille souveraine. Cette distinction, souhaitait-on à Paris qu’elle fût faite ? Les hommes d’État, les esprits clairvoyants en saisissaient tout l’avantage mais le président du conseil toujours occupé du seul problème de faire durer son pouvoir, considération à laquelle il subordonnait toutes les autres, était d’un avis différent ; il lui importait que Pie x ne reçut pas le président de la République. La question avait été réservée en termes très dignes par M. Delcassé lors du vote des crédits nécessaires au voyage ; certains députés ayant paru exiger l’engagement que M. Loubet n’irait pas au Vatican, le ministre des Affaires Étrangères déclara que le président ne pouvait accepter une pareille mise en demeure et se réservait d’agir au mieux des intérêts du pays. Ceci paraissait impliquer non pas l’ouverture de négociations directes avec le Saint-Siège, mais la résolution de laisser s’entamer ces pourparlers indirects et discrets qui sont dans les traditions et les habitudes de la cour pontificale. Que de tels pourparlers aient eu lieu en effet, on n’en saurait douter. Pourquoi n’ont-ils pas abouti ? C’est, d’une part, parce que le Saint-Siège n’y a pas mis beaucoup de bonne volonté, désireux de provoquer une demande au grand jour et se réservant probablement d’y accéder à la dernière minute sans comprendre qu’une telle démarche aux yeux des Français était incompatible avec la dignité de leur gouvernement ; c’est, d’autre part, que M. Combes multiplia ses efforts pour accentuer le caractère anticlérical de sa politique et faire craindre au Vatican qu’une fois la concession consentie, le président s’abstint d’en profiter. Finalement l’heure du départ sonna sans qu’une décision ferme fut intervenue. Mais, en Italie comme en France, l’opinion commençait à s’habituer à l’idée que la visite au pape n’aurait pas lieu et que, des deux côtés, on s’était mis tacitement d’accord pour qu’il en fut ainsi.

Une triple faute.

Loin de là. Le désappointement fut, au Vatican, considérable. On ne se rendit à l’évidence que lorsque le séjour présidentiel fut aux trois quarts écoulé et l’amertume égala la surprise. Cette solution — si l’on peut employer ce mot pour désigner plutôt une absence de solution — ne contentait personne. Les Italiens, en général, ne l’apprécièrent point. Quelques loges maçonniques en marquèrent un enthousiasme exubérant et tendirent en travers des rues des banderolles incorrectes où se lisaient, par exemple, ces mots : Vive la France anticléricale. Mais la nation ne partagea point leur manière de voir. C’est qu’il lui importe grandement que les hôtes du roi puissent aller librement voir le pape ; rien ne fait mieux ressortir combien l’indépendance pontificale est respectée par le gouvernement. Et puis Rome tient à la double souveraineté qu’elle abrite dans ses murs et ce serait une grande erreur de croire que la popularité de l’une a détruit celle de l’autre. Les hommages rendus à Pie x n’affaiblissent en rien la portée de ceux que reçoit Victor-Emmanuel iii ; ce peut être difficile à comprendre au-delà des Alpes ; en deçà la chose est claire et les particularités du tempérament italien ami des nuances et porté à la subtibilité l’expliquent à merveille. Si, au Quirinal pas plus qu’au Vatican, on ne se trouvait satisfait de la tournure prise par les événements, le cabinet de Paris avait moins de raisons encore de s’en féliciter. Il avait fourni des armes inutiles au parti anti-français tenu à l’écart par Léon xiii et d’autant plus anxieux de prendre sa revanche ; il avait par là fait le jeu de l’Allemagne et perdu l’occasion, toujours bonne à saisir, d’imposer sa volonté et de se faire concéder en une circonstance solennelle un traitement de faveur.

La protestation.

L’ambassadeur de France près le Saint-Siège devait s’attendre à une protestation mais il ne devait pas l’attendre. Pour être plus certain de la contrôler, le meilleur moyen consistait à la provoquer sous une forme anodine. M. Nisard ne sut point le comprendre ; son crédit avait baissé au Vatican depuis qu’il avait commis l’incroyable maladresse d’assister en grand uniforme aux fêtes données à Paris en l’honneur du roi d’Italie ; sa surdité de plus entravait parfois l’exercice de sa mission. Lorsque le papier funeste lui parvint, il accepta de le transmettre à son gouvernement et ne s’inquiéta pas de l’usage que comptait en taire par ailleurs la chancellerie pontificale. Cette protestation, excusable dans le fonds et même moins mal intentionnée à l’égard de la France qu’on aurait pu s’y attendre, était rédigée avec infiniment d’imprudence ; les termes avaient été choisis sans discernement ; ils étaient tels que, publiés dans un journal, leur répercussion sur l’opinion publique serait nécessairement fâcheuse. On ne sait pas exactement comment la chose advint. Le ministre des Affaires Étrangères de France s’était contenté de faire savoir au cardinal secrétaire d’État qu’il tenait la protestation pour nulle et non avenue ; le silence se faisait sur cet incident et l’opinion, en France, se tenait pour satisfaite que le document n’eût pas été accueilli lorsque M. Jaurès vint à s’en procurer le texte et le rendit public. Il le tenait d’une chancellerie étrangère sans doute intéressée à brouiller les cartes. Or ce texte n’était pas conforme à celui qu’on connaissait au quai d’Orsay ; il contenait une phrase supplémentaire d’allures discourtoises dans laquelle le rappel de Paris du nonce apostolique était présenté comme constituant de légitimes représailles auxquelles le souverain Pontife avait eu la bonté de ne point recourir pour cette fois. Langage et procédé étaient également incorrects. Sur l’ordre du ministre des Affaires Étrangères, l’ambassadeur de France demanda au cardinal secrétaire d’État si le texte publié était exact et, sur sa réponse affirmative, l’ambassadeur reçut l’ordre de quitter Rome en congé illimité. Cette mesure parut à ce point justifiée qu’une forte majorité où la droite de la Chambre se trouvait largement représentée approuva la conduite du ministre qui expliqua ses actes avec autant de vigueur que de modération. Son langage d’homme d’État, maître de lui et sachant prévoir, rassura les libéraux qu’eût inquiétés sans cela la parole toujours aggressive que le président du conseil ne manqua pas de faire entendre en cette occasion. Après ce regrettable incident, l’ambassade de France près le Vatican subsistait, privée de son chef et amoindrie par là même, mais sans que cet amoindrissement impliquât une intention de rompre de la part du gouvernement français. Déjà les radicaux avancés, partisans de la rupture, se désolaient qu’on eut laissé passer une si belle occasion d’en finir avec le Pape ! Heureusement pour eux, le Saint-Siège lui-même allait leur fournir le moyen désiré par eux d’atteindre à ce but de leurs efforts.

Le cas des évêques de Laval et de Dijon.

Le 17 mai 1904, Mgr Geay, évêque de Laval, avait reçu du cardinal Vannutelli, agissant au nom du Saint-Office, « d’ordre des Très-éminents cardinaux inquisiteurs généraux », ses collègues, une invitation formelle à résigner ses fonctions dans le délai d’un mois, sous peine de mesures ultérieures au cas où il n’obéirait pas à cette injonction. Mgr Geay était un prélat singulièrement compromettant pour l’Église. Professant des opinions républicaines, ce qui était son droit, il avait eu de ce chef de retentissants démêlés avec une partie de ses administrés, plus préoccupés de politique militante que de religion et moins ardents à la gloire de Dieu qu’à la lutte contre le gouvernement. Les véritables persécutions qu’il avait eu à subir de leur part l’eussent rendu plutôt sympathique si maints scandales d’un autre ordre n’étaient venus porter atteinte à sa dignité de prêtre. Mais tout ceci n’autorisait nullement le Saint-Siège à intervenir autrement qu’en saisissant de l’affaire le gouvernement français. Régulièrement nommé et institué dans des conditions prévues par l’article 5 du Concordat, l’évêque de Laval ne pouvait être déposé sans le consentement du pouvoir civil. Une pareille pression, exercée à l’insu du gouvernement sur un évêque en vue de l’amener à donner sa démission, dépassait en fait d’illégalité tout ce qui avait pu se produire jusque là. Mgr Geay ayant communiqué au président du conseil la lettre du cardinal Vannutelli, celui-ci en écrivit le 25 mai au ministre des Affaires Étrangères et M. de Courcel, chargé d’affaires de France près le Saint-Siège, reçut l’ordre d’exiger que ladite lettre fut retirée.

Peu après, nouvelle communication de M. Combes à M. Delcassé. Il s’agissait cette fois de l’évêque de Dijon, Mgr Le Nordez, prélat contre lequel une cabale éhontée et basée sur des dissentiments politiques avait longtemps sévi. À la date du 11 mars, Mgr Lorenzelli, nonce apostolique à Paris, l’avait invité à suspendre les ordinations dans son diocèse. M. Combes, à la connaissance duquel ce fait était venu tardivement, invitait son collègue à faire parvenir à Rome une énergique protestation basée premièrement sur le fait que le Saint-Siège ne saurait prendre « en dehors du gouvernement et à son insu, à l’égard d’un évêque régulièrement nommé, dans les conditions prévues par le Concordat, des mesures qui ne tendent à rien moins qu’à diminuer les prérogatives de cet évêque et à lui infliger en quelque sorte une déposition partielle » et secondement sur le fait que « le nonce apostolique est sans qualité pour correspondre avec les évêques français. »

Ce dernier point est hors de doute. Le 1er mai 1894, M. Casimir-Périer, alors président du conseil des ministres, s’appuvant sur des documents émanés de M. de Chateaubriand en 1824, du baron de Damas en 1826, de M. Spuller en 1887, rappelait que « sous tous les régimes et dans tous les temps » le nonce n’avait au regard du gouvernement français « qu’une qualité, celle d’ambassadeur. »

Le 13 juillet, M. Combes revenait à la charge, Mgr Geay ayant reçu peu de jours avant, et cette fois sous la signature du cardinal secrétaire d’État, deux sommations d’avoir à se rendre à Rome immédiatement. Il est à remarquer que, d’après la lettre du Concordat, les évêques n’ont pas le droit de quitter leurs diocèses sans la permission du gouvernement, fût-ce pour répondre à un appel du Souverain Pontife. Cette mesure est indéfendable ; le bon sens élémentaire la condamne. Elle n’en subsiste pas moins et M. Combes avait le droit strict de s’en prévaloir pour interdire aux deux prélats de s’absenter.

Les explications du Saint-Siège.

Pour quiconque juge de sang-froid, ce qui résulte le plus clairement de toute cette affaire, c’est le caractère déraisonnable de certaines des dispositions du Concordat — non pas seulement de celle que nous venons de rappeler, mais aussi et surtout de celles qui établissent une confusion incessante entre le spirituel et le temporel. Il est certain que, dans sa réponse à la note de protestation remise le 3 juin, réponse qui fut transmise par le nonce au ministre des Affaires Étrangères, le cardinal secrétaire d’État mettait la logique de son côté, en écrivant les lignes suivantes : « Pour trouver dans les procédés employés à l’égard de l’évêque de Laval une violation quelconque du pacte concordataire, il faudrait soutenir que les évêques français, en vertu du Concordat, sont devenus de simples fonctionnaires de l’État, dégagés absolument des liens qui, de par l’institution divine, rattachent l’épiscopat catholique au chef suprême de l’Église ; ainsi le Pontife romain, nonobstant les plus graves motifs d’ordre moral et religieux, ne pourrait plus, sans le consentement préalable du gouvernement, ni conseiller à un évêque la renonciation libre et spontanée dans l’intérêt de son diocèse et dans son intérêt personnel ni l’appeler à Rome pour se justifier des accusations qu’on porte contre lui. Chacun voit combien tout cela est contraire à la vérité ; cette thèse équivaudrait à dire que les évêques français sont placés par le Concordat hors de l’Église catholique. »

Jamais peut-être le caractère défectueux du Concordat n’avait été mis en relief avec autant de franchise et de netteté. Mais, par là même, le cardinal Merry del Val s’appliquait inconsciemment à élargir le fossé qui se creusait entre les deux pouvoirs car si le gouvernement français avait contre lui la logique et le bon sens, il avait pour lui la précision des termes et l’usage établi.

Poussant plus loin la franchise, le secrétaire d’État eut la malencontreuse idée dans ses deux notes datées des 25 et 26 juillet — les dernières avant la rupture — d’opposer les Articles organiques au Concordat. « En effet, dit-il, le Concordat est bien distinct des Articles organiques ultérieurs qui sont un acte unilatéral du gouvernement français contre lequel le Saint-Siège n’a jamais cessé de protester ; et dans aucun des dix-sept articles du Concordat il n’est dit que le Saint-Siège ne peut pas, sans le consentement préalable du gouvernement, ordonner à un évêque comme mesure de prudence réclamée par les circonstances de s’abstenir temporairement de quelque acte de son ministère ou l’appeler à Rome pour fournir des explications sur sa conduite. » Que le Saint-Siège n’ait « jamais cessé de protester » contre les Articles organiques, cela est fort possible ; il n’en est pas moins vrai que ces protestations ont été quelque peu platoniques car jamais le Saint-Siège n’a exigé sous peine de dénonciation du Concordat, la suppression ou tout au moins la revision des Articles organiques. Certes, aucun moment ne pouvait être plus mal choisi pour réveiller cette querelle. De tous les cabinets qui se sont succédés en France depuis un siècle, aucun n’avait marqué une plus ferme résolution d’appliquer les Articles organiques en les prenant au pied de la lettre. Rappeler solennellement que le Saint-Siège ne les reconnaissait pas c’était tendre, pour ainsi parler, la « perche de rupture » à ceux qui désiraient s’en saisir.

L’ultimatum.

Ils n’y manquèrent pas. Jusqu’alors les fautes commises l’avaient été par le gouvernement pontifical ; à partir de ce moment, la responsabilité incombe au gouvernement français. Un mauvais souffle a passé ; il aspire à précipiter les choses, à créer de l’irréparable ; il le fait avec brutalité, sans réflexion, sans mesure. L’ultimatum remis le 23 juillet a déjà une allure belliqueuse ; le dernier paragraphe sent la poudre et il semble, eu effet, qu’on soit à la veille d’une déclaration de guerre puisqu’on parle de « remettre ses passeports » au nonce apostolique. La remise des passeports signale entre puissances l’ouverture des hostilités ; ici elle ne peut signifier que la cessation des rapports ; elle n’a donc point de sens. Si la rupture s’opère, le nonce cessera d’être un ambassadeur mais rien n’autorise à lui faire quitter le territoire.

Les deux notes du cardinal secrétaire d’État auxquelles nous faisons allusion ci-dessus, pour maladroites qu’elles fussent à plusieurs égards, n’en contenaient pas moins certaines concessions dont on pouvait prendre acte pour poursuivre la discussion ; elles se terminaient en tous les cas par des déclarations dont on ne saurait méconnaître la portée : « De cet acte de déférence, y était-il dit[2], il est aisé de comprendre quel grand intérêt le Saint-Siège attache au maintien des bonnes relations avec le gouvernement de la République, relations fondées sur l’exacte observation des dispositions concordataires. Le Saint Père s’inspirant de l’affection toute particulière qu’à l’exemple de son illustre prédécesseur il nourrit pour la noble nation française, verrait avec la plus grande douleur que le gouvernement de la République se laissât aller à des mesures non justifiées… »

Ces réponses à peine parvenues à Paris, furent de la part du conseil des ministres l’objet d’un examen hâtif et la note de rupture immédiatement télégraphiée. « Obligé de constater par la réponse de S. E. le cardinal secrétaire d’État, en date du 26 juillet courant, que le Saint-Siège maintient les actes accomplis à l’insu du pouvoir avec lequel il a signé le Concordat, le gouvernement de la République a décidé de mettre fin à des relations officielles qui, par la volonté du Saint-Siège, se trouvent être sans objet. »

La remise de cette note eut lieu le 30 juillet à midi. On remarquera la contradiction tacite qui la termine. L’issue logique du conflit eut été la dénonciation du Concordat mais pourquoi la rupture puisque des États que nul concordat n’unit au Saint-Siège entretiennent avec lui des rapports diplomatiques ? Là encore le bon sens ne se trouvait pas du côté de la France. Il est trop tôt pour apprécier les résultats probables d’un événement si considérable mais on peut, dès à présent, penser qu’il éveillera des regrets comme dit le proverbe : « la colère est mauvaise conseillère ».

  1. Voir la Chronique de France de 1903, pages 20 et suivantes.
  2. L’offre de prolonger les délais accordés aux évêques de Laval et de Dijon pour se justifier.