La Chanson française du XVe au XXe siècle/Le Chant des ouvriers

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Le Chant des ouvriers
La Chanson française du XVe au XXe siècle, Texte établi par Jean GillequinLa Renaissance du livre (p. 245-246).


LE CHANT DES OUVRIERS

1846


Nous dont la lampe, le matin,
Au clairon du coq se rallume,
Nous tous qu’un salaire incertain
Ramène avant l’aube à l’enclume,
Nous qui des bras, des pieds, des mains,
De tout le corps luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse,

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
            Buvons,
À l’indépendance du monde !

Nos bras, sans relâche tendus,
Aux flots jaloux, au sol avare,
Ravissent leurs trésors perdus ;
Ce qui nourrit et ce qui pare :

Perles, diamants et métaux,
Fruit du coteau, grain de la plaine ;
Pauvres moutons, quels bons manteaux
Il se tisse avec notre laine !

Aimons-nous, etc.

Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres échines ?
Où vont les flots de nos sueurs ?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu’au ciel,
La terre nous doit ses merveilles :
Dès qu’elles ont fini le miel,
Le maître chasse les abeilles.

Aimons-nous, etc.

Mal vêtus, logés dans des trous,
Sous les combles, dans les décombres
Nous vivons avec les hiboux
Et les larrons amis des ombres ;
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos veines ;
Nous nous plairions au grand soleil,
Et sous les rameaux verts des chênes.

Aimons-nous, etc.

À chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C’est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosée est féconde ;
Ménageons-la dorénavant,
L’amour est plus fort que la guerre ;
En attendant qu’un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre,

Aimons-nous, etc.

Pierre Dupont.


LE CHANT DES OUVRIERS


Paroles et Musique de Pierre Dupont.



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Nous dont la lam -- pe, le ma -- tin,
Au clai -- ron du coq se ral -- lu -- me,
Nous tous qu’un sa -- laire in -- cer -- tain
Ra -- mène a -- vant l’aube à l’en -- clu -- me,
Nous qui des bras, des pieds, des mains,
De tout le corps lut -- tons sans ces -- se,
Sans a -- bri -- ter nos len -- de -- mains
Con -- tre le froid de la vieil -- les -- se,

Ai -- mons- nous, et quand nous pou -- vons
Nous u -- nir pour boire à la ron -- de,
Que le ca -- non se taise ou gron -- de,
Bu -- vons, bu -- bons, bu -- vons,
À l’in -- dé -- pen -- dan -- ce du mon -- de.
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