La Chanoinesse


Œuvres de Boufflers, Texte établi par Arsène Houssaye, E. Didier (p. 242-243).


LA CHANOINESSE[1].


Une superbe chanoinesse
Portait dans ses sourcils altiers
L’orgueil de ses seize quartiers.
Un jour, au sortir de la messe,
En présence de l’Éternel,
En face de tout Israël,
Tandis qu’elle fendait la presse,
Et s’avançait le nez au vent,
Un faux pas fait choir la déesse,
Jambes en l’air, et front devant.
Cette chute fut si traîtresse,
Qu’en dépit de tous ses aïeux,
Qui voulut vit de ses deux yeux
Le premier point de sa noblesse ;
Car, on ne peut nier cela :
Toute noblesse vient de là.
Ce point en valait bien la peine ;
L’ivoire, le rubis, l’ébène,
N’ont rien de plus éblouissant :
Elle avait raison d’être vaine.

Le beau chevalier qui la mène,
Noble et timide adolescent,
La relevait en rougissant,
Et recouvrait d’un air décent,
Mais plein de feu, mais plein de grâce,
La pudeur prise au dépourvu.
« Eh ! monsieur, dit-elle à voix basse,
Ces messieurs bourgeois l’ont-ils vu ? »


  1. Ce conte, que les précédents éditeurs de Boufflers ont compris dans ses Œuvres, a été également recueilli par l’éditeur des Poésies de de Rhulières. Nous laissons le public juge de ce procès en revendication.