L’Esprit souterrain/2/06

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VI


Si je n’agissais jamais que par paresse ― comprenez-vous ? Dieu ! que je m’estimerais ! Car c’est là une qualité positive et assurée. Quand on me demanderait : Qu’es-tu ? je pourrais au moins répondre : Un paresseux. C’est une manière d’être, cela. Je ne plaisante pas, c’est, dis-je, une manière d’être, et qui me donnerait le droit d’entrer dans le premier cercle à la mode. ― J’ai connu un homme qui mettait toute sa gloire à savoir reconnaître le château-laffitte de tout autre vin. Il est mort avec une conscience tranquille : certes, il avait raison. Et, à son exemple, je pourrais, si j’étais l’homme que je rêve, je pourrais boire sans souci à l’honneur de tout ce qui est grand et beau, ― et tout pour moi, même les plus insignifiantes choses, même les plus vides, tout serait beau et grand. Et je vivrais en paix, et je mourrais avec majesté, ― quelle splendide destinée ! Et je prendrais du ventre, un triple menton, et mon nez deviendrait si caractéristique que rien qu’à me voir chacun pourrait dire : Celui-ci est un sage, c’est-à-dire un homme positif. Vous direz tout ce qu’il vous plaira, cela est toujours agréable à entendre dans ce siècle de négation.