L’Envers de la guerre/I/01

Texte établi par Ernest Flammarion,  (Tome I : 1914-1916p. 9-20).

L’envers de la guerre


AOÛT-SEPTEMBRE 1914


Pendant les trois premières semaines de la guerre, je suis malade à la chambre, au bord de la mer. Je n’ai d’autres échos des événements que les journaux et le double coup de téléphone quotidien de nos amis Thomson. M. Thomson est ministre du Commerce et des Postes. Tout ce que déchaîne la guerre — actes et sentiments — atteint et ruine en moi mon unique croyance : le progrès continu de l’espèce, vers plus de bonheur. Je ne croyais pas que cela serait. C’est une faillite de ma foi. C’est le réveil d’un rêve que je caresse depuis que je pense. Voilà ce qui domine en moi. Chaque matin, il me faut réapprendre que c’est vrai, qu’il y a la guerre. Le reste, ma participation sincère à notre cause, vient ensuite. Français, je reste humain. Je me réjouirais de la victoire, mais je déplore avant tout la bataille. Et je garde ma haine de la haine.

J’essaye d’échapper à la hantise par des lectures à haute dose : morphine inoffensive. Mais la guerre reste ma préoccupation. Je voudrais en délier les causes. Puis je sens qu’il est trop tôt. Les journaux, les téléphonages clament la confiance et l’allégresse. On annonce la résistance de Liège, la marche triomphante en Alsace. Joffre lance un ordre du jour où il baptise cette conquête : « le premier geste de la revanche ». Les Allemands seraient affamés, ils se rendraient pour une brioche. Ils tirent trop bas et leurs obus n’éclatent pas. Le trait le plus net de la vie locale, c’est l’espionnite. On voit des traîtres partout. Santos-Dumont, précurseur en dirigeable et en aviation, brésilien de naissance et qui certainement a donné bien des gages d’attachement à notre pays, est mis en suspicion. N’a-t-on pas trouvé dans sa villa de Deauville une chambre claire, jouet scientifique, où se projette la rade du Havre ? De ma fenêtre, je vois un détachement d’artilleurs qui part en chantant. J’éclate en sanglots.

Enfin, j’ai la permission de sortir un peu. Le rythme de la mer, l’impassibilité de l’horizon, soulignent la monstruosité de la catastrophe. Sur la plage, des enfants jouent à la guerre. Les filles veulent âprement être infirmières. Les garçons timides font les blessés.

Nous quittons la mer en auto le 22 août. Déjeuner à Mantes chez les Victor Margueritte. Les faces sont graves. On est dans l’événement : on ne le voit pas, comme un aéronaute ne voit pas le contour du nuage qu’il traverse.

Nous arrivons à Paris pour la bataille de Charleroi. Chaque soir, M. Thomson, rentrant du ministère de la Guerre, annonce : « Ça va mal. » Il garde de la prestance, de l’enjouement, de la force dans la belle humeur. Le 26, ne me signe-t-il pas la première carte postale militaire de ce mot : « Confiance ! »

On commente sans la comprendre la dépêche de Joffre : « Les cartes sont abattues, la parole est au Gouvernement. » Puis arrive le fameux communiqué : « De la Somme à la Meuse, nous tenons, etc… ». C’est une stupeur. Beaucoup croient à une erreur. On a voulu dire : « De la Sambre à la Meuse. » Mais il faut s’y résoudre : on nous apprend de cette singulière façon la retraite.

De ma fenêtre je vois passer les réfugiés belges recueillis au Cirque de Paris. Affreux cortège de vieux, de petits, en pantoufles, surchargés de ballots. Une fourmilière qui déménage. Le croirait-on ? Ces malheureux réclament le cinéma, dont l’écran se dresse dans le cirque. On le leur donne et ils oublient un moment leur misère.

Les taubes apparaissent. Dans la foule ignorante, plus de curiosité que de crainte. D’ailleurs, on cache les morts. « Dégâts insignifiants », écrit-on. Car la censure règne. Le soir, Paris est sinistre, dans une obscurité opaque, où l’on marche à tâtons. Seuls, deux rayons de projecteurs balaient la nuit.

L’invasion continue. Un soir, le bruit court qu’on a coupé l’armée allemande à Guise. Un officier, sortant du Ministère, embrasse une jeune femme dans la rue : « Nous les avons coupés ! »

Cependant on s’aperçoit que les forts de Paris datent de 1876 et ne résisteraient pas, que le camp retranché est à peine ébauché, que les canons des forts n’ont pas de réglettes de tir. Malgré un important parti qui veut la guerre de rues, la résolution se dessine de déclarer Paris ville ouverte, après une bataille honorable vers Pontoise. Le 2 septembre, on croit toujours à la marche des Allemands sur Paris, à l’enveloppement même par le sud-est. Ce sont alors d’énormes départs, où l’on s’écrase dans les gares comme dans un incendie de théâtre.

Le Gouvernement part pour Bordeaux. Nous quittons Paris en auto, un soir, Vergniaud — le chef de cabinet de M. Thomson — et moi qui suis, à titre honorifique, chef-adjoint. Deux avions se poursuivent dans le crépuscule, parmi la fusillade, la foule aux fronts levés, les petits nuages ronds de fumée des obus éclatés.

Nous arrivons le 4 septembre à Bordeaux, où le ministère du Commerce est installé à l’Institution des Sourdes-Muettes, rue Saint-Sernin. Très vite, l’espoir renaît, avec les premiers engagements sur l’Ourcq.

Les Notes qui suivent, et qui ont été écrites au jour le jour, partent de ce moment.

— De Paris à Bordeaux. Nous n’avons trouvé de chaînes en travers de la route qu’à partir du Centre. Plus on descend, plus la garde veille. Terribles, ces gardes civiques à trois francs par jour, qui jouent pour un rien de la baïonnette ou du fusil. Ils sont saouls « le pouvoir. À Étampes, un homme fouille les voitures, avec des commentaires insolents. Il culmine, il jouit. À l’escale du dîner, je bavarde avec l’américain Jaccacie, qui fait route avec nous. Il n’admet pas qu’on critique les militaires. Ils font leur métier. On réglera les comptes après.

— La victoire de la Marne cause une stupeur heureuse. Elle ne se révèle que lentement aux esprits. David, devant Goliath étendu, dut connaître cet étonnement ravi. Le Grand Quartier Général (G. Q. G.) envoie aux ministres, à Bordeaux, un communiqué où il parle d’une « retraite sans exemple dans l’histoire ». Le Conseil des ministres remplace par : « une retraite sans exemple par son étendue ».

— Des territoriaux, près de Reims, couraient abattre un de nos dirigeables : le Fleurus.

— Parfois quand on téléphone de Bordeaux, le soir, au G. Q. G., on répond que Joffre dort.

— Il y a, dans les hôtels, nombre de pimpants officiers d’État-Major, diaprés comme des aras. Une jeune femme en ayant pris un pour un chasseur d’hôtel, elle s’attira le regard le plus mitraillant…

— Chacun se préoccupe de justifier, de légitimer sa situation au point de vue militaire.

— L’excellent et le pire éclatent. Il y a des dévouements infinis et nombre de Bordelais spéculent sur la location des chambres aux Parisiens.

— Une jeune femme case à Bordeaux les réfugiées recueillies d’abord dans ses ouvroirs parisiens. Le premier soir, elle ne sait où les coucher. Elles sont sur un bateau-cantine qu’elles doivent évacuer. Un agent de police vient à son aide, se fait ouvrir de louches petits hôtels de rendez-vous où il parle en maître. En un quart d’heure, tout le monde est logé. Et le lendemain c’est, de la part de ces entremetteuses, de petits soins, le café au lait…

— Viviani, président du Conseil, se plaint des façons de Mme Poincaré. Il dit : « C’est une emmerdeuse. »

— Au Conseil, on dit devant Briand qu’on a détruit les ponts de la Meuse pour couper la retraite aux Allemands. Lui s’indigne : « Au contraire ! Qu’on leur foute des ponts, nom de Dieu ! »

— Pierre Loti veut reprendre du service. Mal reçu à la Guerre et à la Marine, il parle de s’engager comme brancardier.

— Chacun affiche des sentiments cornéliens et tremble en même temps pour ses proches.

— Un télégramme allemand, daté du 8 septembre, envoyé de Berne, mande aux Américain de vider Paris.

— Poincaré veut souvent adresser des proclamations au pays. On doit le refréner.

— Deux femmes causent dans la rue. Elles parlent de Guillaume II : « Il faut le faire mourir. — De faim. — Oui, mais pas tout de suite. À petit feu. »

— Distribution de cigarettes aux blessés à l’hôpital. Des cultivateurs, des ouvriers, très peu de bourgeois. Ils gardent dans leur porte-monnaie, sous leur traversin, la balle qui les a frappés.

— Un renouveau catholique se manifeste dans les hôpitaux, dans les journaux.

— On a caché les morts provoquées à Paris par les balles françaises tirées sur les avions et qui retombent à la vitesse même du départ.

Mme Ménard-Dorian dit qu’elle a vu des train de blessés, sans infirmiers, où les hommes, dans l’impossibilité de satisfaire leurs besoins naturels, disaient qu’ils auraient préféré la mort dans la bataille.

— Il semble qu’il y ait une insensibilisation générale : charniers, ruines, tueries, ne sont plus que des mots qui n’entrent pas ans le cœur.

— Beaucoup de femmes — pas toutes — ont cessé de se peindre et de se teindre.

— Les Bônois réclament la faveur d’emprisonner chez eux le kronprinz. D’autres veulent l’envoyer à l’Ile du Diable, où fut Dreyfus.

— Une mère dit : « Je ne voudrais pour rien au mode que mes deux fils fussent à l’abri. » Ainsi la foi patriotique l’emporte sur l’amour maternel. Quelle est la part du respect humain ?

— On a mis dans un train des turcos blessés et des Allemands blessés. Il paraît qu’à l’escale, les turcos avaient décapité les Allemands.

— Bonté, humanité, tout cela est aboli. Un garçon cultivé écrit « qu’il rêve d’en descendre ». Plus on a tué, plus on est couvert d’honneur et de gloire.

— Chacun s’héroïse. Je n’ose pas dire à une proche parente que son mari ne court aucun danger. Car il me démentira à son retour des armées.

— Curieux tableau d’Arcachon où les blessés occupent la terrasse d’un fastueux hôtel, juste au-dessus d’une plage grouillante de petits enfants.

Mme X… veut qu’on ne pleure pas ceux qui partent et qu’on plaigne au contraire ceux qui sont ajournés, exemptés, etc.

— On se signale, de ville à ville, une auto qui emporte deux bombes. Ce sont des bouteilles à air liquide pour gonfler les pneus !

— M. Thomson va voir Lille, Arras, Lens, qui ont été occupés au début de septembre. Il en rapporte particulièrement le souvenir de la folle audace du lieutenant allemand Von Oppel qui, avec quelques hommes, a terrorisé et voulu taxer ces villes.

— Les journaux publient des lettres du front. Mais on en lit d’autres qui ne sont pas si claironnantes, où l’auteur prend conscience de la valeur de la vie, regrette les querelles familiales, s’émeut sur des souvenirs menus et précieux, avoue des tendresses tenues cachées. Un ami écrit : « Adieu, petit. Je t’embrasse comme je t’ai aimé. »

— À opposer à d’indéniables cruautés : des majors allemands assistent des femmes en couches.

Mme Marcelin Pelet, fille de Scheurer-Kestner, femme de notre ministre à La Haye, conte son voyage de Thann à La Haye au début d’août (du 1er au 3). Elle dit l’Alsace vide, la gare de Strasbourg littéralement déserte et, peu à peu, à mesure qu’elle remontait vers le Nord, la mobilisation toute prête.

— Il est singulier que la mentalité guerrière admette l’homme qui se constitue prisonnier, puisqu’en somme il a préféré la vie à la mort.

— Notre ministre va chaque soir au Quartier Général, à Bordeaux, pour savoir les nouvelles. Et il prétend qu’à l’examen du nez du colonel Buat, chef de cabinet de Millerand, il voit la tournure des opérations.

— Dans les environs de Bordeaux, nous tombons chez des gens qui ont collectionné les atrocités dans les journaux. Ils les savent par cœur, se les renvoient avec frénésie. Ils citent aussi des faits locaux inédits. Cet Allemand, dans un hôpital de Bordeaux, qui dit qu’il préférerait un bol de sang français à sa tisane. Ils ajoutent : on l’a tué.

— À l’hôpital, un turco rôde autour d’un blessé allemand. On se méfie qu’il ne le tue. On veut l’éloigner. Il répond : « Sois tranquille. J’attends qu’il soit guéri. »

— On dit : « Dans quelle haine de nous a-t-on dû les élever ! » N’y avait-il pas aussi chez nous des professeurs de haine, des professionnels de la haine ?

— On dit : « Quelle atroce façon de faire la guerre ! » L’atroce, c’est de faire la guerre.

— Il y a une coquetterie du costume d’infirmière. Celles auquel il sied le gardent pour déjeuner en ville.

— Oh ! L’immense respect humain, le souci du voisin dans cette sinistre aventure. D’un blessé on n’ose même pas dire qu’il souhaite un congé de convalescence. On héroïse tout. De quiconque est ramené en arrière, on dit : « Il est furieux. Il veut retourner au front », même s’il n’en a point envie.

— Tristan Bernard, disant la part du hasard dans les batailles, prétend que l’organisateur de la victoire aurait dû s’appeler, non pas Lazare Carnot, mais le Hasard Carnot.

— Du même Tristan, né à Besançon en 1866 et réfugié actuellement à Bordeaux : « J’avais quatre ans en 1870, et j’avais déjà trouvé moyen de quitter la ville où j’habitais. »

— L’homme qui tombe malade au front est infiniment moins coté que le blessé. Cela se sent dans les visites d’hôpital. Le haut personnage qui distribue des cigarettes et des félicitations ne sait que dire devant un rhumatisme.

— Le jardinier de notre maison de l’Yonne écrit : « Nous avons été à deux doigts de la guerre. » Lisez : à deux doigts qu’elle s’étendît jusqu’au village.

— Quand on déplore l’atrocité de la guerre, on vous jette à la tête : « Vous voulez être Allemand ? »

— Il y a déjà un certain nombre de généraux et de politiciens qui sont les parrains de la bataille de la Marne.

— On a exalté l’armée de caserne et nous avons en somme sous les yeux la nation armée. Il y a des territoriaux de 45 ans dans les tranchées. Et cependant on célèbre encore l’armée, organe supérieur et distinct.

— Un prince allemand habita le château du constructeur d’autos Clément, à Pierrefonds, et lui écrivit : « Cela sera peut-être profitable à votre marque d’automobiles. »

— Beaucoup voient dans cette guerre le triomphe de la loi de 1913 portant à trois ans la durée du service militaire. Sans elle, disent-ils, c’était l’attaque brusquée par l’Est, nous n’avions pas la résistance belge. On ne se convaincra pas. Comment prouver que, sans cette loi, les Allemands n’auraient pas envahi la Belgique ?

— Pierre Mille écrit qu’à la faveur de la guerre, il est touché par la grâce catholique. Il se convertit.

— On raconte qu’une dame eut son auto réquisitionnée, la vit devant une pâtisserie bordelaise, demanda au chauffeur le nom de la personne qui s’en servait. Il lui nomma une actrice.

— Il est impossible d’exprimer des sentiments humains.

— M. Marcelin Pelet dit de bonne foi que les prisonniers allemands sont des lâches. Et il m’apprend qu’il a été prisonnier en 1870.

— Oh ! ce goût du « qu’en dira-t-on », qui pousse tous les gens à se vêtir d’un uniforme. Après Loti, c’est Anatole France qui veut s’engager, à 71 ans.

— Il est comique de penser qu’un général républicain est une exception en République. Voit-on un général allemand dont on murmurerait : « On dit qu’il est impérialiste ! »

— Quelle énorme comédie ce serait, si ce n’était pas un drame.

— Briand, ministre de la Justice, raconte que le directeur des affaires criminelles, voulant faire exécuter trois condamnés à mort, insiste sur le caractère exemplaire de l’exécution. Et Briand lui réplique : « Qu’est-ce que c’est que cela, trois morts ! Et qu’est-ce que c’est que la guillotine à côté du 75 ! »

— Briand parle d’ailleurs de la guerre avec cette blague spirituelle qui est dans sa nature. Il dira que le soldat est perdu pour toujours parce qu’on lui a appris la propreté. Il racontera son avancement rapide, quotidien, au début de la guerre, où il passe de simple soldat à lieutenant porte-drapeau. Barthou est promu aux mêmes honneurs et ils s’interrogent sur leurs fonctions toutes fraîches : « Ce drapeau ? Ce n’est pas trop lourd ?… Dans le vent ? »

Il dit aussi qu’au transfert de la prison de Saint-Quentin, il y eut un condamné à mort qui, loin de s’échapper, aida fort honnêtement au déménagement.

Il peint le Conseil des ministres, se plaint des bavardages. « Nous sommes là trois heures à palabrer sans prendre de décisions… » Et il ajoute : « Heureusement ! »

Il prétend que le ministre Messimy (remplacé le 26 août par Millerand à la Guerre) avait mis sous ses yeux le buste de Marceau dont il s’efforçait d’imiter le calme.

— Je retrouve à Bordeaux un ami ancien, C… Sur la guerre elle-même, il estime que nous aurions dû être plus forts ou plus concluants. Dans les circonstances présentes, il fallait l’éviter. Il s’imagine que ceux qui ont préparé, excité l’état d’esprit qui lui-même prépara la guerre, il s’imagine que ceux-là sont poursuivis de remords !

C… vit le champ de bataille de la Marne peu après que les Allemands l’eurent abandonné. Excursion très suivie. Il dit les deux cents hommes fauchés dans l’attitude de la charge — les porte-monnaie éventrés, cependant — d’autres, atteints au ventre, ont ouvert leur culotte d’un geste instinctif. Tous sont noirs, la tête comme des citrouilles, pareils à de gigantesques sénégalais. Sur le tableau noir d’une école qui fut une ambulance allemande, il lut, parmi des éclaboussures de sang : « La politesse est le premier devoir… »

Enfin, il m’assure que trois jours avant l’ultimatum serbe, notre consul à Francfort lui écrivait de venir en Allemagne en toute sécurité.

— Chaque fois que je lis un article de journal où l’on exhorte à la victoire, je ne peux m’empêcher de penser que celui qui écrit cela est dans un fauteuil au moment où il crie : « Marchons ! ».

— On nous dit que les soldats ont adopté le «  Boutez-les dehors » de Jeanne d’Arc. Seulement, elle parlait des Anglais. C’est charmant pour nos Alliés.

— On soupçonne les civils qui se disent malades de feindre pour se dérober aux charges militaires. Leur mort seule prouve leur sincérité.

— Crozier, ancien ambassadeur de France à Vienne, dit des Balkaniques que c’est une race admirable pour la guerre : aussi prête à la mort qu’à l’assassinat.

— Un médecin me dit qu’il ne peut pas concevoir qu’on abîme ingénieusement le corps humain et qu’on leur demande de le raccommoder ingénieusement. Il soignait des blessés allemands. C’était bien les mêmes qu’on démolissait et qu’on réparait.

— L’ambassadeur d’Amérique était au restaurant. À une table voisine, un monsieur de ses amis, qui ne se croyait pas entendu, déplore que l’ambassadeur n’eût pas été tué par une bombe de Taube, car l’Amérique eût été entraînée dans le conflit. L’ambassadeur lui fit passer un petit papier où il constatait que le patriotisme de cet ami dépassait vraiment trop son affection.

— On ne peut même pas maudire (dire du mal de) la guerre. C’est devenu une divinité.