L’Encyclopédie/1re édition/URETRE de l’homme

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URETRE de l’homme, (Anat.) canal membraneux presque cylindrique, continu au col de la vessie, prolongé jusqu’à l’extrémité du gland ; il faut y remarquer,

1°. La situation dans un sillon formé par l’interstice, que les deux corps caverneux laissent entr’eux inférieurement.

2°. Le cours qui ne suit pas une ligne droite, il y a une courbure particuliere.

3°. La longueur qui est de douze ou treize pouces.

4°. La grosseur qui approche de celle d’une plume à écrire.

5°. La substance qui est composée de deux membranes fortes, l’une est interne & l’autre externe ; il y a dans l’entre-deux une substance caverneuse, où quelques auteurs ont remarqué qu’il y a de glandes.

6°. Le bulbe ou la protubérance de l’uretre est la partie postérieure, qui est plus épaisse que le reste, située auprès des prostates, large d’un pouce, & semblable en quelque maniere à un oignon.

7°. La surface interne, qui est percée de divers trous ; les uns sont ronds, & les autres oblongs, il en sort une liqueur visqueuse.

8°. Les trois glandes décrites par Cowper. Il y en a une à chaque côté de l’uretre, entre les muscles accélérateurs & le bulbe de l’uretre ; elles ont une figure ovoïde, elles sont un peu applaties, leur grandeur est comme celle d’une petite feve ; il y a pour chacune un tuyau particulier de la longueur de deux doigts, qui perce la double tunique de l’uretre ; c’est par ce canal qu’elles envoient dans la cavité de l’uretre une liqueur transparente, visqueuse ou muqueuse. Il y a une troisieme glande, qui est dans l’angle formé par la courbure de l’uretre sous les os pubis ; elle est, à ce qu’on prétend, dans le tissu spongieux ou caverneux de l’uretre. Cowper l’a représenté comme ayant la figure d’une lentille.

9°. La petite glande de M. Litre, qui est entre les deux membranes de l’uretre presque au-dessous des prostates ; elle est d’une couleur rouge foncée, large d’un pouce, de l’épaisseur de deux lignes ; elle environne la membrane interne de l’uretre comme une ceinture, & la perce de plusieurs petits trous qui donnent passage à une liqueur mucilagineuse destinée à humecter l’uretre.

Il faut encore remarquer les vaisseaux & les nerfs de l’uretre. Les vaisseaux sanguins viennent des vaisseaux hypogastriques. Les vaisseaux lymphatiques sont parfaitement représentés dans les planches de Cowper & de Dracke. Les nerfs viennent des derniers nerfs de l’os sacrum. Voilà ce qu’on doit remarquer en général dans l’uretre ; voici maintenant l’exposition de la structure détaillée de cette partie, faite pour les gens de l’art.

L’uretre de l’homme est un canal rond, recourbé du côté du ventre depuis le col de la vessie où elle commence, jusqu’à la partie inférieure des os pubis, & pendant depuis les os pubis jusqu’à l’extrémité du gland où il finit. Ce canal est long de douze à treize pouces ; il est placé sous les deux corps caverneux, depuis l’endroit de leur union jusqu’au bout de la verge ; il est couvert de la même peau que les corps caverneux, & forme trois tumeurs, dont l’une est située en son commencement, & se nomme la glande prostate ; la seconde est un pouce en-deçà de la premiere, & s’appelle le bulbe de l’uretre ; on donne le nom de gland à la troisieme, qui termine ce canal.

L’uretre est composé de membranes, de glandes, de substance spongieuse, de muscles & de vaisseaux.

L’uretre a deux membranes, qui sont minces & d’un tissu fort serré. La membrane extérieure couvre le dehors de l’uretre, & le dedans du prépuce ; & l’intérieure tapisse seulement le dedans de ce canal. Ces deux membranes laissent entr’elles une espace qui est rempli de glandes, & d’une substance spongieuse.

La premiere glande renfermée entre les membranes de l’uretre du côté de la vessie est la glande prostate. Cette glande n’est pas double comme on dit, puisqu’elle est continue en toutes ses parties. Elle est placée à la racine de l’uretre ; sa figure est conique, & ressemble à un petit cœur ; elle est longue d’un pouce trois lignes, & enveloppe ce canal dans toute sa longueur, & elle est épaisse de sept lignes ; sa base qui est du côté de la vessie est large d’un pouce quatre lignes, & sa pointe, qui est du côté du gland, a neuf lignes de largeur ; elle est enveloppée de fibres musculeuses, & composées d’environ douze petits sacs, qui n’ont entr’eux aucune communication par leur cavité, & qui se terminent dans le canal de l’uretre autour du verumontanum par autant de tuyaux, gros comme de soies des porc.

Il y a dans chacun de ces sacs quantité de petits grains glanduleux, dont les conduits excrétoires (qui ont chacun un sphincter à leur extrémité) s’ouvrent dans la cavité de ces sacs, & y déposent la liqueur qu’ils filtrent, comme dans autant de réservoirs. Cette liqueur est peut-être de quelque usage pour la génération, en se mêlant avec la semence dans le bassin de l’uretre pendant le coït ; elle peut sur-tout servir à enduire la superficie intérieure du canal de l’uretre, pour rendre à l’urine ce passage plus coulant & plus aisé, & le garantir de l’acrimonie de cette liqueur.

La deuxieme glande, placée entre les deux membranes de l’uretre immédiatement après la glande prostate du côté du gland, est une glande qu’on appelle la glande de Litre. Cette glande est d’une couleur rouge-foncée ; elle forme autour de l’uretre une espece de bande unie large d’un pouce, épaisse de deux lignes, & perce la membrane intérieure de l’uretre dans toute sa circonférence par un grand nombre de conduits excrétoires, qui versent dans ce canal la liqueur que la glande filtre. Cette liqueur est un peu mucilagineuse, & par conséquent propre à enduire le canal de l’uretre.

L’espace qui reste entre les deux membranes de l’uretre, depuis la derniere glande, dont je viens de parler, jusqu’à la fin de ce canal, est occupé par une substance spongieuse, composée d’un très-grand nombre de fibres musculaires. Ces fibres s’entrecroisent en différentes manieres, & laissent entr’elles quantité de petites cellules, dans lesquelles une grande partie des arteres capillaires se terminent, & d’où naît un pareil nombre de veines. Cette substance spongieuse en son commencement s’éleve en-dehors, principalement par la partie inférieure ; elle forme une tumeur ou bulbe longue d’environ un pouce, de figure conique, dont la base, qui est du côté de la vessie, a huit lignes d’épaisseur, & la pointe, qui est du côté du gland, en a quatre ; depuis cette tumeur jusqu’au gland, elle est épaisse d’une ligne & demie dans les deux côtés & au-dessous, & d’une demi-ligne seulement le long de la partie supérieure.

Enfin la substance spongieuse contenue entre les deux membranes de l’uretre a dans le gland cinq lignes d’épaisseur à l’endroit de sa base, qu’on appelle couronne, & deux lignes dans le bout opposé.

La substance spongieuse de l’uretre, de même que celle des corps caverneux, en se remplissant de sang & d’esprits animaux, donne à la verge toute la roideur & toute la tension dont elle a besoin pour être propre à la génération.

La membrane qui couvre le dehors du gland, est extrèmement fine, apparemment parce qu’elle se sépare au commencement du gland en deux parties, dont l’extérieure tapisse le dedans du prépuce. Le frein qui attache fortement le gland au prépuce par sa partie inférieure, n’est autre chose que la membrane extérieure du gland qui est double en cet endroit. La partie de l’uretre qui fait portion du gland, est retroussée par sa partie postérieure sur l’extrémité antérieure des deux corps caverneux, & les couvre exactement de tous côtés.

On remarque autour de la couronne des corps gros comme une soie fine de porc, longs d’une demi-ligne, de figure presque cylindrique, posés parallelement sur cette couronne, selon la direction du gland, & éloignés les uns des autres d’un tiers de ligne. On entrevoit à l’extrémité posterieure de chacun de ces corps un petit trou, d’où l’on peut faire sortir quelquefois une matiere blanche & épaisse, qui en sortant se forme en filets, comme celles qu’on exprime des glandes des paupieres.

Ce méchanisme semble prouver que les petits corps de la couronne du gland sont des glandes aussi bien que celles des paupieres, & non pas les mamelons de la peau gonflée, puisqu’il ne sort aucune matiere par les mamelons de la peau. D’ailleurs ils sont quatre fois plus épais que la membrane qui couvre le dehors du gland, & ils sont toujours fort sensibles dans tous les glands de l’homme autour de la couronne, jamais autre part & toujours à-peu-près dans le même nombre. D’où on peut conclure que ces petits corps sont dans l’homme la véritable source de la matiere blanche & onctueuse, qu’on remarque entre la couronne du gland & la racine du prépuce ; d’autant plus qu’avec le microscope même, on n’apperçoit dans le prépuce rien qui ait la moindre apparence de glande. D’ailleurs toutes les filtrations connues se faisant par des glandes, il faut absolument qu’il y en ait dans le prépuce ou dans le gland pour filtrer la matiere blanche & onctueuse, dont on vient de parler, laquelle en huilant le gland & le prépuce empêche que ces deux parties ne se dessechent & ne se collent l’une à l’autre.

La superficie intérieure du canal de l’uretre est lisse & uniforme par-tout, hormis vers sa racine où l’on trouve une petite éminence & deux petites cannelures.

La petite éminence est située verticalement au milieu de la partie inférieure de la racine de ce canal, à six lignes du cou de la vessie ; elle ressemble à une petite crête de coq, & on l’appelle communément le veru-montanum. On remarque à chacun des deux côtés de cette éminence un trou, de figure un peu ovale & large d’environ une ligne. Ces trous ne sont autre chose que l’embouchure des deux conduits excrétoires communs des vésicules séminales, lesquels, après avoir traversé la partie supérieure de la glande prostate, se terminent dans la cavité de l’uretre pour y verser la semence dans le tems du coït.

Les deux cannelures de l’uretre sont aussi placées à la partie inférieure de ce canal, de sorte que le commencement de chacune répond à un des trous du veru-montanum ; elles sont séparées l’une de l’autre par une simple ligne formée par l’alongement du veru-montanum ; leur profondeur est superficielle ; elles ont huit lignes de longueur sur une de largeur, & se portent du côté du gland en diminuant peu-à-peu de leur largeur & de leur profondeur.

Le canal de l’uretre forme en son commencement une espece de bassin, qui a environ un pouce de longueur sur cinq lignes de largeur. Le pouce suivant de la cavité de ce canal n’est large que de deux lignes, & le reste l’est de près de trois.

Entre la membrane extérieure de l’uretre & les muscles accélérateurs de la verge, on trouve deux glandes, une de chaque côté, que M. Cowper a décrites. Ces glandes ont chacun un conduit excrétoire commun, long de deux pouces, & gros d’une demi-ligne ; ces conduits des leur naissance percent la membrane extérieure de l’uretre ; ensuite ils rampent dans son tissu spongieux, & percent enfin la membrane intérieure de ce canal par sa partie inférieure un pouce huit lignes en-deçà du veru-montanum, & environ une ligne à côté l’un de l’autre. Il suit de-là que la liqueur que ces glandes filtrent ne coule pas dans la cavité de l’uretre, dans le tems de l’érection de la verge ; parce que leurs conduits contenus dans le tissu spongieux de l’uretre sont affaissés par le sang & les esprits animaux, dont alors ce tissu est beaucoup plus rempli que hors du tems de l’érection. Par conséquent la liqueur filtrée par ces glandes n’est pas destinée pour la génération, mais pour humecter & enduire le canal de l’uretre. On trouvera dans le livre de M. Cowper la description d’une troisieme glande qui appartient aussi à l’uretre.

L’uretre est dilatée par trois muscles, & resserrée par deux. L’un des muscles dilatateurs de l’uretre naît tle la partie inférieure & antérieure du rectum, & s’attache par son autre extrémité à la partie inférieure & postérieure de l’uretre. Les deux autres muscles dilatateurs naissent chacun de la partie intérieure de la tubérosité d’un des os ischium, & s’inserent chacun de son côté à la partie latérale & postérieure de l’uretre.

L’uretre est resserrée par les deux muscles accélérateurs, dont une partie naît du sphincter de l’anus, & l’autre, qui est beaucoup plus considérable, naît de la partie inférieure & postérieure de l’uretre ; ils s’inserent chacun à la partie latérale inférieure du corps caverneux de son côté vers la racine de la verge.

On a remarqué dans plusieurs cadavres qu’il se détache de la partie antérieure de chaque muscle accélérateur quelques fibres charnues, qui, après avoir rampé sur les côtés de la verge, se terminent au prépuce. Ainsi dans le coït & lorsqu’on urine, ces fibres se mettant en contraction, tirent le prépuce du côté de la racine de la verge & découvrent le trou de l’uretre, pendant que le reste de ces muscles en se contractant aussi en même tems, pousse l’urine ou la semence pour les chasser hors de ce canal.

L’uretre reçoit ses nerfs des dernieres paires sacrées ; ses arteres viennent des hypogastriques, & les veines vont se rendre dans les hypogastriques. Les tuniques des veines de l’uretre & celles des veines des corps caverneux dans leur tissu spongieux sont percées de quantité de petits trous, de même que les tuniques des veines de la rate, principalement de veau, vraissemblablement pour faciliter le retour du sang dans le tems de l’érection, parce qu’alors il est difficile à cause de l’extrème tension de la verge.

L’uretre n’est pas exempte des jeux de la nature. Palfyn a vu en 1707 un enfant âgé d’environ trois mois, dont l’uretre se terminoit à la partie antérieure & supérieure du scrotum, & toute la verge au-delà du scrotum en étoit destituée par un vice singulier de conformation, qui a dû rendre dans la suite cet enfant inhabile à la génération, & lui causer beaucoup d’incommodité pour évacuer son urine.

Fabrice de Hilden rapporte avoir vu un enfant âgé de douzé ans qui avoit un double uretre par où l’urine sortoit sans aucune difficulté ; ils étoient situés l’un au-dessus de l’autre dans leur lieu ordinaire, & séparés par une membrane fort mince, mais l’intérieur étoit un peu courbé, de maniere que l’urine ne sortoit pas en droite ligne, mais vers le bas.

Quelquefois l’extrémité de l’uretre est fermée dans les enfans nouveaux-nés, ou n est point ouverte dans l’endroit ordinaire. (Le chevalier de Jaucourt.)

Uretre de la femme, (Anat. & Chirurg.) conduit de l’urine ; il faut remarquer plusieurs choses dans l’uretre de la femme, ou le conduit de leur urine ; savoir,

1°. La situation au-dessous du clitoris ; il y a une petite éminence qui la découvre.

2°. La longueur, qui est de deux travers de doigt.

3°. La capacité, qui est plus considérable que dans les hommes ; ce canal peut se dilater beaucoup, comme il paroît quand on tire la pierre de la vessie.

4°. Les conduits qui y portent, de même que dans l’homme, une liqueur muqueuse qui vient des glandes.

5°. Les lacunes de Graaf, ou les petites fosses qui paroissent autour de l’uretre ; elles sont les orifices des conduits qui versent une liqueur pour humecter le vagin : ces conduits viennent de petites glandes.

Cabrole rapporte un cas bien rare d’une jeune fille de 18 ans, qui eut l’uretre tellement bouché par une membrane qui s’y forma, que l’urine vint à sortir par le nombril, lequel pendoit de la longeur de trois pouces, comme la crête d’un coq-d’inde, & jettoit une odeur insupportable.

Pour remédier à cette incommodité, il fit une incision à cette membrane, & introduisit une canule de plomb jusqu’à la vessie pour entretenir le passage de l’urine ouvert. Il fit le lendemain une ligature à la partie saillante du nombril, par où l’urine avoit pris son cours jusqu’à lors, & il l’extirpa au-dessous de la ligature ; enfin, il traita l’ulcere, le cicatrisa avec des dessicatifs, & la cure sut achevée au bout de 12 jours. (D. J.)

Uretre, Maladies de l’(Médec.) 1°. Ce canal membraneux très-sensible, & intérieurement lubréfié par une humeur mucilagineuse, est sujet à différentes maladies ; on sait que ce canal prend son origine au col de la vessie, que dans les deux sexes il est destiné à l’évacuation de l’urine, & de plus dans les hommes à celle de la semence.

2. Lorsqu’une mucosité trop épaisse obstrue ce canal, on doit tâcher de l’ouvrir par des injections détersives ; ensuite dès qu’il est débarrassé des corps étrangers, il convient d’y laisser une sonde, pour obvier à la suppression de l’urine ; mais il est nécessaire de recourir à l’art pour tirer la pierre qui s’y trouveroit. Lorsqu’une caroncule, un tubercule, ou un ulcere arrête l’écoulement de l’urine, ou y porte obstacle, il faut introduire une tente balsamique dans cette partie pour diminuer l’accident, & le traiter ensuite suivant les regles. Le défaut de mucosité, ou sa trop grande acrimonie, demande l’usage des injections balsamiques & mucilagineuses. La paralysie qui produit la suppression d’urine, ou qui est cause qu’elle ne vient que goutte-à-goutte, requiert l’application des corroborans sur le périnée. Ces mêmes remedes sont encore nécessaires, quand les femmes, après l’extraction du calcul, sont attaquées d’une incontinence d’urine, par la trop grande dilatation du conduit urinaire ; mais s’il arrive une hémorrhagie, c’est le cas de recourir aux astringens.

3°. Quand l’uretre est affecté dans les hommes, par sympathie l’intestin droit l’est aussi ; & dans les femmes l’indisposition du canal urinaire produit celle du vagin. Suivant les différentes maladies de cette partie, il en résulte un pissement de sang, la dysurie, la strangurie, le diabète & quelques autres accidens dont on a parlé sous leurs articles respectifs. (D. J.)