L’Encyclopédie/1re édition/GRÊLE

◄  GREGORIEN
GRÊLEAU  ►

GRÊLE, s. f. (Physique.) La grêle est de même nature que la glace ordinaire ; ce sont des glaçons d’une figure qui approche le plus souvent de la sphérique, formés par des gouttes de pluie qui s’étant gelées dans l’air, tombent sur la terre avant que d’avoir pu se dégeler. Voyez Glace & Pluie.

La neige dont les différences d’avec la grêle sont visibles & connues de tout le monde, n’est aussi que de l’eau qui s’est glacée dans l’air. Lorsque les molécules aqueuses qui se sont élevées dans l’atmosphere en forme de vapeurs, retombent en bruine ou en pluie, il arrive souvent que le froid est assez considérable pour les geler ; elles se changent alors en neige ou en grêle ; en neige, si la congelation les saisit avant qu’elles se soient réunies en grosses gouttes ; en grêle, si les particules d’eau ont le tems de se joindre avant que d’être prises par la gelée. Voyez Neige.

Les petits glaçons dont la neige est composée s’unissant mal entre eux, les floccons qui résultent de cette union imparfaite sont fort rares & fort legers ; il n’en est pas de même des grains de grêle, dont le tissu est compact & serré, la dureté grande, & qui en un mot sont semblables à la glace ordinaire.

On remarque d’ailleurs dans les grains de grêle une assez grande variété ; ils different par la grosseur, par la figure, par la couleur : examinons en particulier toutes ces différences.

La grosseur de la grêle dépend beaucoup de celle des gouttes de pluie dont elle est formée ; cela est évident. Ainsi les mêmes variétés qu’on observe dans les gouttes de pluie quant à la grosseur, se seront remarquer dans les grains de grêle. On sait que la pluie est fort menue à une certaine hauteur dans l’atmosphere, & qu’elle devient toûjours plus grosse à-mesure qu’elle tombe, plusieurs petites gouttes s’unissant en une seule. Il n’est donc pas surprenant que la grêle qui tombe sur le haut des montagnes, soit plus petite, toutes choses d’ailleurs égales, que celle qui tombe dans les vallées, comme Scheuchzer, Fromond, & plusieurs autres physiciens & naturalistes l’ont observé.

Il semble d’abord que la grêle ne devroit jamais être plus grosse que des gouttes de pluie : mais si l’on fait réflexion qu’un grain de grêle déjà formé par un degré de froid considérable, gele toutes les particules d’eau qu’il touche dans sa chûte, on concevra aisément comment il peut devenir le noyau d’une ou de plusieurs couches de glace, qui augmenteront considérablement son volume & son poids : ce qui prouve que la grosse grêle se forme de cette maniere, c’est qu’elle n’est jamais d’une densité uniforme depuis la surface jusqu’au centre.

Les gouttes de pluie ont rarement plus de trois lignes de diametre, ce n’est que dans certaines pluies extraordinaires qu’on a vû tomber des gouttes dont le diametre étoit de près d’un pouce : on voit par-là jusqu’où peut aller la grosseur des grains de grêle, lorsqu’elle n’excede point celle des gouttes de pluie ; ce qui est le cas le plus fréquent.

Lorsque par les causes que nous avons exposées, ou par quelque autre semblable, le volume & le poids de la grêle sont plus grands qu’ils ne devroient être naturellement, il arrive quelquefois que la grêle est d’une grosseur prodigieuse ; on en a vû dont les grains étoient aussi gros que des œufs de poule & d’oie, d’autres qui pesoient une demi-livre, trois quarts, & une livre : dans les mêmes orages comme dans les orages différens, les grains de grêle ne sont pas tous de même grosseur. L’histoire de l’académie des Sciences parle d’une grêle qui ravagea le Perche en 1703 ; les moindres grains étoient comme des noix, les moyens comme des œufs de poule, les autres étoient comme le poing, & pesoient cinq quarterons. Ce n’est pas dans les seuls écrits des physiciens, qu’il faut chercher des détails sur ces sortes de phénomenes ; les historiens dans tous les tems ont pris soin de nous en transmettre le souvenir. Aujourd’hui, lorsqu’une de ces grêles extraordinaires desole quelque contrée, les nouvelles publiques ne manquent guere d’en faire mention.

Nous avons dit que la figure des grains de grêle approchoit ordinairement de la sphérique ; cette rondeur est une suite de celle qu’affectent naturellement les gouttes de pluie, comme toutes les autres gouttes d’eau, tant par l’attraction mutuelle des particules qui les composent, que parce que l’eau s’unit difficilement avec l’air ; plusieurs causes peuvent empêcher que cette rondeur ne soit parfaite ; le vent en est une des principales, il comprime les gouttes de pluie, il les applatit, il les rend concaves ou anguleuses dans certaines portions de leurs surfaces. Les gouttes en se convertissant en grêle, conservent ces mêmes figures, & de-là vient qu’il est si rare de voir des grains de grêle parfaitement sphériques, principalement quand leur chûte est accompagnée d’un vent violent.

La grosse grêle formée par la réunion des différentes couches de glace, est tantôt conique ou piramydale, quelquefois hémi-sphérique, souvent fort anguleuse. Une chose assez constante parmi toutes ces variétés, c’est que les grains qui tombent dans le même orage sont tous à-peu-près de même figure ; dans certains orages, par exemple, ils sont tous coniques, dans d’autres hémi-sphériques, &c.

La transparence & la couleur de la grêle ne sont pas plus exemptes de variations que sa grosseur & que sa figure. Si l’on voit tomber des grains de grêle dont la transparence est seulement un peu moindre que celle de l’eau dont ils sont formés, on en observe assez communément qui sont opaques & blanchâtres. Souvent le noyau qu’on apperçoit au milieu de certains grains de grêle, est fort blanc, tandis que les couches de glace qui l’environnent sont transparentes : en découvrant ce noyau, on le trouve semblable à de la neige ramassée.

Il y a une sorte de menue grêle connue sous le nom de grésil, dont la blancheur égale celle de la neige. Le grésil est dur & peut être comparé à de la coriandre sucrée.

On ne doit pas confondre le grésil avec une autre sorte de grêle fort menue aussi, qu’on voit quelquefois tomber par un tems calme, humide & tempéré, & qui se fond presque toûjours en tombant ; elle a peu de consistance, & paroît comme saupoudrée d’une espece de farine : on peut dite qu’elle tient en quelque sorte le milieu entre la neige & la grêle ordinaire.

La chûte de la grêle est accompagnée de plusieurs circonstances la plûpart assez connues. 1°. Le tems est fort sombre, couvert & orageux. 2°. Toutes les fois que la grêle est un peu grosse, l’orage qui la donne est excité par un vent d’ordinaire assez impétueux & qui continue de souffler avec violence pendant qu’elle tombe. 3°. Le vent n’a quelquefois aucune direction bien déterminée, & il paroît souffler indifféremment de tous les points de l’horison : ce qu’on remarque assez constamment, c’est qu’avant la chûte de la grêle il y a toûjours du changement dans les vents ; si, par exemple, le vent de midi a chassé vers nous l’orage, il ne grêlera que quand le vent de nord aura commencé à souffler. 4°. Quand il grêle, & même avant que la grêle tombe, on entend souvent un bruit dans l’air causé par le choc des grains de grêle que le vent pousse les uns contre les autres avec impétuosité. 5°. La grêle tombe seule ou mêlée avec la pluie, & dans le premier cas, la pluie la précede ou la suit. 6°. Lorsque la grêle est un peu considérable, elle est presque toûjours accompagnée de tonnerre. Plusieurs auteurs vont plus loin, car ils assûrent comme une chose indubitable, qu’il ne grêle jamais sans qu’il tonne ; je crois qu’il seroit difficile de le prouver. A Montpellier où la grêle n’est pas fréquente à beaucoup près, si l’on en juge par comparaison à ce qu’il en tombe chaque année à Paris, j’ai vû grêler plus d’une fois sans entendre le moindre coup de tonnerre. On dira peut-être qu’il tonnoit alors à quelques lieues de Montpellier dans les endroits où étoit le fort de l’orage : cela peut être vrai, mais le contraire pourroit l’être aussi. Ne donnons pas à la nature des lois générales qu’elle desavoue : arrêtons-nous à ce qu’il y a de certain sur cette matiere, c’est que le tonnerre accompagne toûjours la grêle qui est un peu considérable. Jamais le tonnerre ne gronde & n’éclate avec plus de force que dans ces grêles extraordinaires dont nous avons parlé, dont les grains sont d’une grosseur si prodigieuse ; les éclairs, les foudres, se succedent sans interruption, le ciel est tout en feu, l’obscurité de l’air est d’ailleurs effroyable, on diroit que l’univers va se replonger dans son premier cahos. 7°. Quoique les orages qui donnent la grêle soient quelquefois précédés de chaleurs étouffantes, on remarque néanmoins qu’aux approches de l’orage, & plus encore après qu’il a grêlé, l’air se refroidit considérablement.

Des physiciens célebres paroissent persuadés qu’il ne grêle jamais que pendant le jour : M. Hamberger dit à cette occasion qu’un de ses amis âgé de soixante-dix ans l’a assûré qu’il n’avoit jamais vû grêler la nuit. Elém. physiq. n°. 520. Tout jeune que je suis, je puis assûrer le contraire ; j’ai vû plus d’une fois tomber de la grêle à Montpellier pendant la nuit & à différentes heures de la nuit.

La grêle est plus fréquente à la fin du printems & pendant l’été, qu’en aucun autre tems de l’année ; elle est moins fréquente en autonne & assez rare en hyver. Le grésil tombe communément au commencement du printems.

Quand on dit que la grêle est rare en hyver, on ne prétend point que ce soit un phénomene tout-à-fait extraordinaire d’en voir dans cette saison. A Montpellier, où l’on passe quelquefois des années entieres sans avoir de la grêle, j’en ai vû tomber quatre fois pendant l’hyver dans l’intervalle de huit années consécutives. Le 30 Janvier 1741 fut à cet égard singulierement remarquable : la grêle qui tomba ce jour-là s’amassa en moins d’une demi-heure dans les rues & sur les toîts des maisons à la hauteur de plusieurs pouces ; celle qui étoit sur les toîts fut plus de vingt-quatre heures à se fondre, on ne se souvenoit pas d’en avoir jamais tant vû en aucune saison de l’année : pendant qu’elle tomboit, le tonnerre gronda sans interruption comme dans les plus grands orages de l’été. On doit remarquer qu’elle tomba vers les neuf heures du soir ; ce qui fortifie ce qu’on a déjà dit contre ceux qui prétendent qu’il ne grêle que pendant le jour.

Les funestes effets de la grêle ne sont malheureusement que trop connus : celle dont les grains égalent en grosseur des œufs de poule & pesent jusqu’à une livre, fait des ravages affreux ; elle détruit sans ressource les moissons, les vendanges, & les fruits ; elle coupe les branches d’arbre, tue les oiseaux dans l’air & les troupeaux dans les pâturages ; les hommes même en sont quelquefois blessés mortellement.

Quelque terribles que soient ces effets, la grêle en produiroit de plus funestes encore, si la vîtesse qu’elle acquiert dans sa chûte n’étoit diminuée par la résistance de l’air.

Tous les pays ne sont pas également sujets à la grêle, les nuages qui la donnent se forment & s’arrêtent par préférence, si l’on peut s’exprimer ainsi, sur certaines contrées : rarement ces nuages parviennent jusqu’au sommet de certaines montagnes fort élevées, mais les montagnes les rompent, comme on dit, & les attirent sur les vallons voisins. L’exposition à de certains vents, les bois, les étangs, les rivieres qui se trouvent dans un pays, doivent être considérés. Indépendamment des variétés qui naissent de la situation des lieux, il en est d’autres d’un autre genre, dont nous sommes tous les jours les témoins ; de deux champs voisins exposés au même orage, l’un sera ravagé par la grêle, l’autre sera épargné : c’est que toutes les nues dont la réunion forme l’orage sur une certaine étendue de pays, ne donnent pas de la grêle ; il grêlera fortement ici, & à quatre pas on n’aura que de la pluie. Tout ceci est assez connu.

La grêle, comme tous les autres météores, présente dans le méchanisme de sa formation des difficultés considérables, des mysteres profonds, que toute la sagacité des physiciens n’a pû encore pénétrer.

Descartes suppose que les nues, où elle se forme, sont composées de très-petites parcelles de neige ou de glace, qui se fondent à-demi, & qui se réunissent ; un vent froid qui survient acheve de les geler ; d’autres fois la neige se fond totalement, & alors le vent doit être extrèmement froid pour convertir ces gouttes d’eau en grêle. Tract. de meteor. cap. vj.

Tout le monde sait aujourd’hui que les nuages ne sont pas des amas de glaçons, mais des brouillards semblables à ceux que nous voyons si souvent s’élever & se répandre sur la superficie de la terre. Voyez Nuage. L’hypothèse de Descartes est donc insoûtenable dans sa totalité : il n’y a que le vent froid que plusieurs physiciens continuent d’admettre sans trop rechercher les différentes causes, qui peuvent la produire.

D’autres philosophes, sans avoir recours au vent froid, imaginent simplement qu’à la hauteur où se forme la grêle, le froid de l’atmosphere est toûjours assez considérable, au milieu même de l’été, pour convertir l’eau en glace : cette opinion est sujette à de grandes difficultés. On a vû souvent la grêle se former au-dessus d’un vallon à une hauteur fort inférieure à celle des montagnes voisines, qui joüissoient pendant ce tems-là d’une douce température. C’est d’ailleurs sans beaucoup de fondement qu’on se représente les nuages comme si fort élevés au-dessus de nos têtes ; ils sont au contraire très-voisins de nous dans les grands orages. Nous avons remarqué que le tonnerre accompagne ordinairement la grêle ; on peut donc imaginer que ces deux météores se forment à peu-près à la même distance de la terre. Or quand le tonnerre est perpendiculaire sur quelque lieu & qu’il éclate fortement, l’intervalle d’une ou deux secondes qu’on observe entre l’éclair & le bruit, fait juger que la matiere de la foudre n’est guere qu’à 180 ou tout au plus à 360 toises de distance. Croira-t-on qu’à cet éloignement de la terre il regne naturellement pendant l’été un froid assez grand pour geler l’eau ? Ce dernier raisonnement est pris d’une dissertation sur le sujet que nous traitons, couronnée par l’académie de Bordeaux en 1752.

M. Musschenbroeck attribue la formation de la grêle aux particules congelantes, qui répandues dans l’air en certaines circonstances glacent les gouttes de pluie. Essai de Physique, tome II. chap. xxxjx. Selon M. Hamberger, quand la partie supérieure d’un gros nuage est directement exposée aux rayons du soleil & que l’inférieure est à l’ombre, celle-ci se refroidit au point, que toutes les gouttes d’eau qui la composent & celles qui leur succedent, se convertissent en glace. Elém. physic. n°. 520. Si c’étoit-là la véritable origine de la grêle, on n’en verroit jamais tomber que pendant le jour. Dissert. sur la glace, pp. 259 & 260.

M. de Mairan ayant observé que de l’eau exposée à un courant d’air se refroidit de deux degrés au-delà de la température actuelle de cet air environnant, croit que le même effet doit avoir lieu à l’égard des vapeurs aqueuses suspendues dans un air agité, & qu’il doit être plus considérable à raison de la ténuité de ces molécules. Voilà d’où naissent selon lui certaines grêles d’été [1].

Un sentiment fort différent de tous ceux que nous venons d’exposer, est celui de l’auteur de la dissertation déjà citée, qui a remporté le prix au jugement de l’académie de Bordeaux. La grêle est selon lui un mélange d’eau glacée, de sel volatil, de sel concret, & de soufre : c’est le résultat d’une congelation artificielle pareille à celle que nous faisons tous les jours par le moyen des sels : les idées de l’auteur sur les sels répandus dans l’air, ne sont pas toûjours conformes aux principes de la bonne Chimie. On peut se passer d’admettre avec lui des parties frigorifiques proprement dites : il y a d’ailleurs des vûes très-ingénieuses dans sa dissertation.

Toutes ces explications roulent visiblement sur quelques idées principales qui ne paroissent pas devoir refuser de s’unir. Peut-être suffira-t-il de les combiner d’une certaine maniere, pour approcher beaucoup du système de la nature.

A la hauteur où se forme la grêle dans notre atmosphere, la température de l’air est souvent exprimée par 10 ou 8 degrés du thermometre de M. de Réaumur au-dessus de la congelation. Ce premier point sera facilement accordé.

Un vent médiocrement froid, tel qu’il s’en éleve au commencement de presque tous les orages, diminuera cette température de trois ou quatre degrés.

Les gouttes d’eau refroidies au cinquieme ou sixieme degré par la communication du froid de l’atmosphere, recevront encore deux degrés de froideur, par cela seul qu’elles seront exposées à un courant d’air, à un air incessamment renouvellé.

Encore quelques degrés de froid, & les gouttes d’eau perdant leur liquidité, se convertiront en glace.

Ici je pense avec l’auteur de la dissertation couronnée par l’académie de Bordeaux, qu’il faut avoir recours à quelque opération chimique semblable à une infinité d’autres que nous mettons tous les jours sur le compte de la nature.

Nous avons vû que le tonnerre accompagnoit le plus souvent la grêle ; le seules vapeurs aqueuses ne paroissent donc pas devoir suffire pour faire naître ce météore : il faut que l’air soit chargé de plusieurs sortes d’exhalaisons.

Les parties propres de l’air qui nous environne & que nous respirons, sont mêlées avec plusieurs substances hétérogenes. Notre atmosphere contient de l’eau, un acide vitriolique connu sous le nom d’acide universel, des matieres oléagineuses, grasses & inflammables fournies par la plûpart des corps terrestres, des alkalis volatils qui s’exhalent des animaux & des végétaux putréfiés.

Je ne parle point du nitre aérien ni de tous ces autres sels fixes qu’on ne faisoit pas difficulté d’admettre autrefois comme abondamment répandus dans notre atmosphere. Ces sortes de sels ne sauroient s’y élever en grande quantité, moins encore s’y soûtenir à une certaine hauteur.

Les alkalis volatils dissous dans l’eau la refroidissent sans la glacer, ils font avec l’acide vitriolique des effervescences froides : ces dissolutions & ces effervescences font descendre le thermometre de plusieurs degrés. Il suit évidemment de-là qu’une certaine quantité d’alkalis volatils combinés avec l’eau & l’acide vitriolique dans une nuée, y exciteront un froid considérable.

Ce froid ne glacera point les gouttes d’eau intimement mêlées avec l’alkali volatil, mais il pourra glacer les gouttes voisines auxquelles il se communiquera. Toutes les gouttes d’eau qui composent une nuée destituée d’alkali volatil, se glaceront par le froid d’une nuée voisine dans laquelle la présence des sels volatils aura excité des dissolutions & effervescences froides.

Les alkalis volatils s’élevent dans l’air avec les matieres inflammables ; & quand celles-ci sont abondamment répandues dans l’atmosphere, les premiers s’y trouvent pareillement en grande quantité : voilà pourquoi le tonnerre accompagne si souvent la grêle. On explique aussi par-là pourquoi il grêle plus fréquemment sur la fin du printems & pendant l’été, qu’en aucun autre tems de l’année, toutes ces sortes d’exhalaisons ne s’élevant qu’à un certain degré de chaleur.

Tous les autres phénomenes de la grêle s’expliqueront avec la même facilité, un plus long détail seroit inutile ; ceux qui se plaisent à la recherche des causes physiques, pourront appliquer d’eux-mêmes les principes que nous avons exposés ; & à l’égard de ceux qui n’exigent de nous que le simple récit des faits, peut-être trouveront-ils que nous en avons trop dit. Musschenbroeck, essai de Physiq. tome II. chap. xxxjx. De Challes, de meteoris ; Nollet, leçons de Physiq. tome III. &c. Article de M. de Ratte.

Grêle, terme de Chirurgie, maladie des paupieres ; c’est une petite tumeur ronde, mobile, dure, blanche, assez semblable à un grain de grêle.

La matiere qui forme ces sortes de tumeurs est si épaisse, qu’on ne doit rien espérer des remedes qu’on proposeroit pour ramollir cette humeur : ce n’est point une maladie dangereuse, mais elle est très-incommode quand la grêle est sous la membrane interne des paupieres. L’opération est l’unique ressource, & elle doit se pratiquer différemment suivant le siége de la tumeur.

Quand elle est à la superficie extérieure de l’une ou de l’autre paupiere, on étend avec les doigts la peau de la paupiere d’un angle à l’autre, afin d’affermir la grêle sur laquelle on fait une incision suffisante selon la longueur de la paupiere. On fait sauter le grain avec une petite curette. Le pansement doit être des plus simples, c’est une plaie qui se réunit d’elle-même, & qui seroit indifférente au bon ou au mauvais traitement. Lorsque la grêle est en-dedans, après avoir situé commodément le malade, on renverse la paupiere pour découvrir la maladie ; il faut inciser jusqu’au grain : mais à la paupiere inférieure, la direction de l’incision doit être d’un angle à l’autre, comme pour l’extérieur : au contraire à la paupiere supérieure, l’incision doit être longitudinale. Ce sont les connoissances anatomiques qui prescrivent ces différences : par une incision transversale, on pourroit couper les fibres du releveur de la paupiere supérieure, en opérant sans attention sous cette partie. Le pansement consiste à défendre l’œil de l’inflammation : ce qu’on obtient aisément par le régime, & par l’application des collyres convenables. (Y)

Grêle, s. f. (Tabletier-Cornetier.) c’est une lame d’acier plate & dentelée, dont on se sert pour grêler les dents de peigne. Voyez Grêler.

Grêle, adj. il se dit des corps qui ont beaucoup plus de longueur & de fragilité qu’ils n’en doivent avoir naturellement. Un cerf a le merrien grêle : on dit aussi des châtrés & de ceux qui en ont la voix, qu’ils ont la voix grêle. La même épithete se donne à une partie du canal intestinal. Voyez l’article suivant & l’article Intestin.

Grêle, en Anatomie, c’est un muscle de la jambe ainsi nommé à cause de sa forme grêle. Voyez les Pl. anatomiques.

Il prend son origine par un tendon plat de la branche de l’os pubis & de l’ischium, descend sur le côté interne du fémur, se retrécit & devient tendineux un peu au-dessous du couturier, à la partie supérieure de la face interne du tibia. Lorsqu’il est parvenu à la partie latérale interne du condyle interne de cet os, il se contourne & va s’attacher à la partie latérale interne de la tubérosité antérieure du tibia.

On donne encore le nom de grêle antérieur à un muscle de la jambe qui s’appelle aussi droit antérieur. Voyez Droit. (L)

Grêlé, adj. on appelle, en terme de Blason, couronnes grêlées, celles qui sont chargées d’un rang de perles grosses & rondes, comme les couronnes des comtes & des marquis.


  1. N’est-ce pas en facilitant l’évaporation de l’eau, que l’air agité la refroidit ? Les expériences communiquées depuis peu à l’académie des Sciences par M. Beaumer, maître apothicaire de Paris, ne permettent guere d’en douter.