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L’Association française pour l’avancement des sciences/03

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L’ASSOCIATION FRANÇAISE
POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES.

(Suite et fin. — Voy. premier article et deuxième article.)
2e session. — Congrès de Lyon. — Août 1873.

Pendant la durée de la session, il y eut deux séances générales, le vendredi 22 août et le lundi 25 ; les questions qui y furent traitées ne convenaient peut-être pas toutes à cette nature de séances et auraient pu sans inconvénient être renvoyées aux sections. On entendit successivement, le vendredi, M. l’abbé Ducrest, qui fournit des renseignements sur la station préhistorique de Solutré, que l’on devait visiter en excursion ; M. Gaudry, professeur au Muséum d’histoire naturelle, qui fit connaître le résultat de ses recherches paléontologiques au mont Léberon (Vaucluse) ; le docteur H. Blanc, chirurgien-major de l’armée britannique, qui lut une partie de son travail sur le choléra, dont, nous avons déjà parlé ; M. A. Dumont, ingénieur en chef des ponts et chaussées, qui exposa en quelques mots son projet de canal d’irrigation dérivé du Rhône et ayant spécialement pour but l’inondation des vignes pour arriver à la destruction du phylloxéra. Dans la séance du lundi, M. F. de Lesseps indiqua, malheureusement d’une manière trop vague, la question du chemin de fer qui doit relier l’Europe à l’extrême Orient ; le docteur Bertillon, président de la Société d’anthropologie, présenta un mémoire sur la mortalité en France, mémoire qui, pour être utile aux auditeurs, aurait gagné, croyons-nous, à être simplifié de manière à ce que les conclusions fort intéressantes puissent frapper l’esprit davantage ; enfin, M. F. Papillon lut un travail sur les rapports de la science et de la métaphysique.

Nous pensons que, cette année, les séances n’ont pas été aussi utiles qu’on pourrait le désirer et si elles ne devaient pas avoir à l’avenir un programme dont la composition expliquât mieux la réunion de tous les membres, il serait préférable de les supprimer et de les remplacer par des séances de sections. C’est, en effet, dans ces séances que réside réellement l’intérêt scientifique du congrès ; c’est là seulement que peuvent être présentés les travaux sérieux et complets, c’est là que peuvent avoir lieu de fructueuses discussions.

Les conférences qui ont lieu pendant la durée du congrès ne sont pas exclusivement destinées aux membres de l’association ; par leur nature, elles ont un caractère de vulgarisation qui les rend intéressantes et attrayantes pour ce public, maintenant si nombreux, qui dans les grandes villes éprouve le besoin de s’instruire, le désir de savoir. Aussi ces conférences, qui ont lieu le soir, sont-elles publiques et gratuites ; à Lyon, elles avaient lieu dans la grande salle de la nouvelle Bourse, spécialement disposée à cet effet et brillamment éclairée par des nombreux lustres. Outre la conférence de M. C. Vogt, dont nous avons parlé, il y eut également une conférence de M. Aimé Girard, professeur au Conservatoire des arts et métiers, sur les Progrès récents des industries chimiques : le sujet était des mieux choisis, car à Lyon nombre d’industries s’appuient sur la chimie ; la teinture en particulier est une application en grand des procédés étudiés dans les laboratoires. M. Janssen, membre de l’Institut, fit une conférence sur la constitution physique et l’avenir du soleil ; cette séance dut avoir lieu à la salle de l’ancienne Bourse, à cause des expériences de projection qui l’illustraient ; M. Janssen était connu et fort apprécié à Lyon, où il était venu à plusieurs reprises pour faire des conférences très-suivies ; aussi la foule qui se pressait pour l’entendre était-elle grande. Nous n’avons pas besoin de dire que M. Janssen traita parfaitement et d’une manière fort intéressante le sujet qu’il avait choisi et sur lequel il a une compétence spéciale.

Les excursions qui ont lieu pendant la durée d’un congrès ont un double but : elles permettent d’aller voir sur place des usines, des mines, des coupes géologiques, des stations anthropologiques, etc. ; mais en outre, bien que généralement elles soient la cause d’une véritable fatigue physique, elles n’en constituent pas moins, pour les membres du congrès, un délassement qui vient couper d’une manière agréable et instructive la série des séances fatigantes qui constituent la partie la plus sérieuse de la session ; elles fournissent, en outre, aux savants des diverses sections, l’occasion de se rencontrer, de se connaître, et souvent dans des conversations qui s’y établissent des discussions y prennent fin, des travaux s’y ébauchent.

La première excursion, cette année, avait pour but la visite de la station préhistorique de Solutré, près Mâcon : les excursionnistes, au nombre de 175 environ, partis par un train spécial, furent reçus à Mâcon par une délégation du conseil général de Saône-et-Loire et par le bureau de la Société académique. Il fallut presque aussitôt prendre place dans les voitures rassemblées non sans peine pour parcourir les 10 kilomètres qui séparent Solutré de Mâcon. À Solutré, des drapeaux flottaient aux fenêtres, des arcs de triomphe de verdure étaient dressés sur la route que nous devions suivre : à côté de l’emplacement des fouilles, s’élevait une tente sous laquelle on avait dressé une table autour de laquelle nous prenions place un peu plus tard pour faire honneur à un repas magnifique, préparé par les soins du Comité local de Lyon. La station de Solutré offre au savant des foyers préhistoriques sur lesquels on trouve des squelettes vraisemblablement contemporains de ces foyers (un squelette de femme fut trouvé dans une fouille en présence des membres du Congrès) ; en outre, il existe des os de cheval en quantité considérable ; on n’évalue pas à moins de quarante mille les chevaux dont on trouve les restes : ces animaux ont tous à peu près le même âge, et certains savants qui ont étudié la question pensent qu’ils devaient être domestiqués. Il y a là des problèmes intéressants, mais il faudrait, pour les indiquer d’une manière complète, posséder des connaissances que nous regrettons de ne pas avoir.

Avant de rentrer à Lyon, le train qui nous portait s’arrêta à Neuville, où les excursionnistes furent reçus d’une manière splendide par un membre fondateur de l’Association, M. Guimet ; une table de 200 couverts au moins était dressée dans une salle de spectacle appartenant à M. Guimet, amateur sérieux de musique. Pendant la durée du repas, des solos et des chœurs, dont quelques-uns étaient l’œuvre de notre amphitryon, furent exécutés et ajoutèrent un charme de plus à cette réunion. Disons tout de suite que, le dimanche soir, M. Guimet, offrait une fête splendide aux membres du congrès, dans le parc de la Tête-d’Or. M. Guimet doit à l’application de la science, la fortune dont il jouit (il est propriétaire du bleu-Guimet, découvert par son père) ; mais, on le voit, il sait rendre à la science les honneurs auxquels elle a droit. À l’étranger, de semblables réceptions pendant les congrès scientifiques ne sont pas rares ; nous sommes heureux de constater que, à cet égard, la France ne reste pas en arrière des pays voisins, et nous espérons que l’exemple donné par M. Guimet sera suivi dans les sessions suivantes.

La seconde excursion consistait dans la visite des hauts fourneaux de Terrenoire, à la Voulte ; le trajet eut lieu par bateau à vapeur, et bien qu’il fût assez long, de 6 h. du matin à 1 h., personne ne s’en plaignit ; le voyage est des plus pittoresques et les rives du Rhône présentent les aspects les plus variés et les plus intéressants se succédant d’une manière continue. La visite de l’usine intéressa vivement les excursionnistes ; on étudia d’une façon particulière la fabrication des tuyaux de fonte qui est une spécialité de ces usines ; la culée de deux hauts fourneaux attira l’attention des personnes qui n’étaient pas familières avec cette opération ; le spectacle est attrayant, même pour ceux qui ont déjà eu l’occasion de le voir. Après avoir visité l’usine dans son entier, on se rendit à l’entrée d’une galerie de mines que l’on avait préalablement remplie de gaz délétères en y faisant brûler, pendant vingt-quatre heures, du coke et des pyrites ; des ouvriers munis d’un appareil inventé par M. Fayol, ingénieur de l’usine de Commentry, pénétrèrent dans ses galeries sans éprouver la moindre gêne ; l’un des membres du Congrès, le docteur Gosse, de Genève, emboucha également l’appareil et put entrer aussi dans ces galeries sans être aucunement incommodé, si ce n’est par la température qui était très-élevée (40° environ). Lorsque ces expériences intéressantes et probantes furent terminées, et après une courte visite à l’entrée des galeries en exploitation, nous prîmes quelque repos sur la terrasse de l’ancien château, d’où l’on a une vue magnifique sur la vallée du Rhône. Enfin, après avoir visité la chapelle des ducs de Soubise, l’on dut quitter l’usine, non sans adresser des remerciements sincères au directeur, M. Jacquier.

En se rendant à la station où nous devions prendre le chemin de fer, quelques membres eurent l’occasion de visiter un atelier de dévidage de cocons, et ce ne fut pas là la partie la moins intéressante de l’excursion.

Pendant la durée de la session, le président avait reçu des autorités de la ville et du canton du Genève une invitation de se rendre dans cette ville. Nous n’eûmes garde de manquer une semblable invitation.

Les membres du Congrès furent reçus à Genève par une commission, chargée de leur procurer des logements ; puis il fallut partir presque aussitôt pour se rendre aux environs, à Versex, où un membre fondateur de l’Association, M. Vernes, tenait à recevoir les excursionnistes : illumination, musique, festin, rien ne manquait à cette réception, qui avait lieu dans une splendide propriété au bord du lac et où se trouvait réunie la meilleure société de Genève.

Le lendemain, il y eut promenade sur le lac, à bord d’un bateau à vapeur pavoisé, où les autorités de la ville et du canton nous souhaitèrent la bienvenue avec la plus grande sympathie et firent des vœux pour la prospérité de l’Association. Enfin le reste de la journée fut consacré à la visite des bâtiments académiques, bibliothèques, collections, musées, etc. ; il fallait se hâter, car l’heure du départ approchait et l’on n’eut que le temps d’adresser à nos voisins de chaleureux remerciements. Sans aucun doute tous les membres du Congrès, qui ont participé à cette visite, en conserveront le meilleur souvenir ; on outre, cette invitation, faite par les autorités de Genève, est une preuve de l’intérêt qui s’attache, même à l’étranger, à notre Association et nous la considérons comme un heureux présage. En résumé, la session de Lyon a offert un intérêt réel ; nous ne doutons pas que l’Association française ne soit dès à présent considérée comme une institution importante et essentiellement utile au progrès scientifique.