L’Art de péter/Chapitre cinquiéme

Florent-Q., rue Pet-en-Gueule, au Soufflet (p. 37-43).

CHAPITRE CINQUIÉME.

Malheurs & accidens cauſés par les Pets diphtongues.


Les Pets diphtongues de cette derniére eſpéce, qui s’échappent ſurtout lorſque le ventre eſt rempli de raves, d’ails, de pois, de ſêves, de navets & d’autres alimens venteux, ingrédiens capables de procurer un ſon clair, & ſucceſſif, courts par intervalle, ſont des Pets ſi terribles qu’ils peuvent faire mourir les poulets dans les œufs, tuer le fœtus dans les entrailles de la mere, & faire prendre la fuite au Diable même. Entre pluſieurs Hiſtoires qu’on lit à ce ſujet, je vais en rapporter une dont la vérité eſt conftante.


HISTOIRE
D’un Pet qui fit enfuir le Diable
& le rendit bien ſot.

Un homme que le Diable tourmentoit depuis long-temps afin qu’il ſe donnât à lui, ne put réſiſter aux perſécutions de ce malin eſprit, & il y conſentit, mais ſous trois conditions qu’il entreprit de lui propoſer ſur le champ. 1o. Il lui demanda une grande quantité d’or & d’argent, le Diable lui en apporta tant qu’il voulut. 2o. il éxigea qu’il le rendit inviſible, le Diable lui en enſeigna les moyens. Enfin étant fort embarraſſé de ce qu’il lui propoſeroit pour la troisiéme condition, & voulant mettre le Diable dans l’impoſſibilité de la lui accorder, comme ſon génie ne lui fourniſſoit rien, il fut ſaiſi d’une peur exceſſive, & cette peur le ſervit par hazard fort heureuſement. On rapporte, que, dans ce moment critique il lui échappa un Pet diphtongue, dont le tapage reſſembloit à celui d’une décharge de mouſqueterie ; & ſaiſiſſant avec jugement cette occaſion, il dit au Diable, enfile ſi tu peux ce Pet, & je ſuis à toi, mais le Diable ne le put faire, quoiqu’il preſentât d’un côté le trou de l’aiguille & qu’il tirât de l’autre à belle dents ; épouvanté d’ailleurs par l’effroyable tintammarre de ce Pet que l’echo d’alentour avoit rédupliqué, confus & plus que forcené de ſe voir pris pour dupe il s’enfuit avec viteſſe, & délivra de la ſorte ce malheureux du danger preſſant qu’il courroit.


MAISONS
Délivrées des Diables par la médiation des Pets diphtongues.
Raisons et Axiomes.

Nous liſons encore dans les mêmes livres, les hiſtoires d’une infinité de maiſons délivrées de la poſſeſſion des Diables par le ſecours de ces Pets diphtongues, & nous ne connoiſſons point d’autres raiſons de cette merveille, que celles que nous en apprenons des proverbes uſités, qui diſent que l’Art eſt trompé par l’art, la fourbe par la fourbe ; qu’un clou pouſſe l’autre ; qu’une grande lumiére en efface une petite, & que les ténébres, les odeurs, les ſons, &c. en abſorbent d’autres moins conſidérables.

Quoique le Pet diphtongue ſoit aſſez terrible pour qu’on puiſſe lui donner heureuſement le nom de tonnerre ; on convient toutes fois de ſa ſalubrité, & l’on en parlera dans la ſuite. De-là le Proverbe Romain : qu’un gros Pet vaut un talent.

Ce Pet n’a pas ordinairement de mauvaiſe odeur ; ſi ce n’eſt qu’il ſe ſoit engendré quelque pourriture dans les inteſtins par le trop long ſéjour des vents renfermés & couvés dedans ou deſſous un être mort, qui commençoit à ſe putréfier, ou à moins que les alimens, eux mêmes n’ayent contracté une mauvaiſe odeur. J’en prends l’odorat le plus fin pour en faire le diſcernement ; le mien n’y réüſſiroit pas, & le Lecteur n’eſt peut-être pas enrhumé du cerveau comme moi.