L’Abîme (Rollinat)/L’Heure incertaine

L’Abîme : poésie
G. Charpentier et Cie, éditeurs (p. 276-277).


L’HEURE INCERTAINE


Devant tout grand projet où l’Esprit nous embarque
On guette le Trépas, on flaire son arrêt,
Et calme à la surface, on demeure en secret
Le sujet défiant de ce brusque monarque.

On vit toujours plus vite, et rien ne nous distrait
De cette impitoyable et lugubre remarque ;
En tâtant son déclin, peut-être qu’on saurait
Ce qui reste de fil au fuseau de la Parque !…


Misérables calculs de la Peur, à quoi bon !
Puisque la Mort surprend même le moribond.
Le temps inerte et lourd glisse comme une anguille

Des mains de l’espérance et des doigts de l’ennui ;
L’existence est pour l’homme un cadran plein de nuit
Dont il s’obstine en vain à voir tourner l’aiguille.