L’Éternel Mari/16

Traduction par Nina Halpérine-Kaminsky.
Librairie Plon (p. 254-269).

XVI. Analyse


Un sentiment de joie inouïe, immense, le remplit tout entier ; quelque chose finissait, se dénouait ; une pesanteur effroyable s’en allait, se détachait de lui. Il en avait conscience. Elle avait duré cinq semaines. Il leva sa main, regarda la serviette tachée de sang, et murmura :

— Non, cette fois tout est bien fini !

Et, durant toute cette matinée, pour la première fois depuis trois semaines, il ne songea presque pas à Lisa, comme si ce sang, coulé de ses doigts blessés, l’avait encore affranchi de cette autre obsession.

Il comprenait clairement qu’un terrible danger l’avait menacé. « Ces gens-là, songeait-il, la minute d’avant, ne savent pas s’ils vous égorgeront ou non, et puis, une fois qu’ils tiennent un couteau entre leurs mains tremblantes, et qu’ils sentent le premier jet de sang sur leurs doigts, il ne leur suffit plus de vous égorger, il faut qu’ils vous coupent la tête, tout net : " houp ! " comme disent les forçats. C’est bien cela ! »

Il ne put rester chez lui : il fallait absolument qu’il fît quelque chose tout de suite, ou quelque chose allait inévitablement lui arriver : il sortit, marcha par les rues, et attendit. Il avait une envie extrême de rencontrer quelqu’un, de causer avec quelqu’un, fût-ce un inconnu, et ce désir lui donna l’idée de voir un médecin et de faire panser convenablement sa main. Le médecin, qu’il connaissait depuis longtemps, examina la blessure, et lui demanda curieusement :

— Comment cela a-t-il pu vous arriver ?

Veltchaninov répondit par une plaisanterie, éclata de rire et faillit tout raconter, mais se contint. Le médecin lui tâta le pouls, et, lorsqu’il sut la crise qu’il avait eue la nuit précédente, lui fit prendre sur-le-champ une potion calmante qu’il avait sous la main. Quant à la blessure, il le rassura :

— Cela ne peut avoir de suites bien fâcheuses.

Veltchaninov se remit à rire, et déclara que des suites excellentes s’étaient déjà produites.

Deux fois encore, dans cette même journée, il fut repris d’une envie irrésistible de tout raconter ; une fois, même, ce fut en présence d’un homme qui lui était tout à fait inconnu, et auquel il adressa le premier la parole dans une pâtisserie, — lui qui, jusqu’à ce jour, n’avait jamais pu supporter de causer avec des inconnus dans des endroits publics.

Il entra dans une boutique, acheta un journal, alla chez son tailleur et commanda des vêtements. L’idée d’aller rendre visite aux Pogoreltsev continuait à ne lui donner aucun plaisir ; il ne songeait guère à eux, et, d’ailleurs, il n’était pas possible qu’il allât à leur maison de campagne : il fallait qu’il attendît ici, à la ville, il ne savait quoi.

Il dîna de bon appétit, causa avec le garçon et avec son voisin de table, et vida une demi-bouteille de vin. Il ne songeait même pas qu’un retour de la crise de la veille fût possible ; il était convaincu que son mal avait complètement passé au moment même où, en dépit de son état de faiblesse, il avait, après une heure et demie de sommeil, sauté à bas de son lit, et si vigoureusement jeté à terre son assassin.

Vers le soir pourtant, la tête commença à lui tourner, et, par moments, il sentait monter quelque chose qui ressemblait à son rêve délirant de la nuit. Il rentra chez lui dès le crépuscule, et sa chambre le terrifia presque, lorsqu’il y pénétra. Il se sentait agité et oppressé. Il parcourut plusieurs fois son appartement ; même il alla jusque dans sa cuisine, où jamais il n’entrait. « C’est ici qu’hier ils ont fait chauffer les assiettes », songeait-il. Il ferma la porte au verrou, et, plus tôt que d’habitude, il alluma les bougies. Cependant, il se rappela que tout à l’heure, en passant devant la loge, il avait appelé Mavra et lui avait demandé : « Pavel Pavlovitch n’est-il pas venu en mon absence ? » comme si, en effet, il pouvait être venu.

Une fois qu’il se fut enfermé soigneusement, il prit dans son bureau la boîte à rasoirs et ouvrit le rasoir « d’hier » pour l’examiner. Sur le manche d’ivoire blanc il y avait encore quelques gouttes de sang. Il remit le rasoir dans la boîte, et la replaça dans le bureau. Il désirait dormir : il fallait absolument qu’il se couchât tout de suite ; autrement, « demain il ne serait bon à rien ». Ce lendemain lui apparaissait comme un jour destiné à être en quelque sorte fatal et « définitif ». Mais les mêmes pensées qui, durant toute la journée, tandis qu’il courait par les rues, ne l’avaient pas quitté un seul instant, envahirent tumultueusement sa tête malade, sans qu’il pût y mettre ordre ou les écarter, et il songea, songea, songea, et longtemps encore il lui fut impossible de s’endormir…

« Étant accordé qu’il s’est mis à m’égorger, sans préméditation aucune, pensa-t-il, n’en avait-il jamais eu l’idée auparavant, pas une seule fois, ne l’a-t-il même jamais rêvé dans un de ses mauvais moments ? »

Il trouva une réponse bizarre : « Pavel Pavlovitch voulait le tuer, mais l’idée du meurtre n’était pas venue une seule fois à l’esprit du futur meurtrier. » Plus brièvement : « Pavel Pavlovitch voulait tuer, mais ne savait pas qu’il voulait tuer. C’est incompréhensible, mais c’est comme cela », pensa Veltchaninov. « Ce n’est ni pour chercher une place ni pour Bagaoutov qu’il est venu à Pétersbourg — bien qu’une fois ici, il ait cherché une place et couru après Bagaoutov, et qu’il ait été hors de lui lorsque l’autre est mort — ; il se souciait de Bagaoutov autant que d’une guigne. C’est pour moi qu’il est venu ici, et qu’il est venu avec Lisa… Moi-même, m’attendais-je à quelque chose… »

Il se répondit que décidément oui, qu’il s’y était attendu du jour où il l’avait vu en voiture, à l’enterrement de Bagaoutov :

« Je m’attendais à quelque chose, mais naturellement, pas à cela…, pas, naturellement, à ce qu’il me coupât le cou !…

« Mais voyons, était-ce sincère, — s’écria-t-il encore, en soulevant brusquement sa tête de l’oreiller et en ouvrant les yeux, — était-ce sincère, tout ce que… ce fou me disait hier de sa tendresse pour moi, tandis que son menton tremblait et qu’il se frappait la poitrine du poing. »

— C’était parfaitement sincère, — répondit-il, approfondissant l’analyse sans ordre. — Il était parfaitement assez bête et assez généreux pour s’éprendre de l’amant de sa femme, à la conduite de laquelle il n’a rien trouvé à redire pendant vingt ans ! Il m’a estimé pendant neuf ans, a honoré mon souvenir, et a gardé mes « expressions » dans sa mémoire. Il n’est pas possible qu’il ait menti hier ! Est-ce qu’il ne m’aimait pas hier, lorsqu’il me disait : « Réglons nos comptes. » Parfaitement il m’aimait tout en me haïssant, cet amour est de tous le plus fort…

« Il est possible — c’est même certain — que j’ai fait sur lui, à T…, une impression prodigieuse, oui, prodigieuse, et que je l’ai subjugué ; oui, avec un être pareil, cela a fort bien pu arriver. Il m’a fait cent fois plus grand que je ne suis, parce qu’il s’est senti écrasé devant moi… Je serais bien curieux de savoir exactement ce qui, en moi, lui faisait tant d’effet… Après tout, il est bien possible que ce soient mes gants frais, et la manière dont je les mettais. Les gants, c’est plus qu’il n’en faut pour certaines âmes nobles, surtout pour des âmes d’" éternels maris ". Le reste, ils se l’exagèrent, le multiplient par mille, et ils se battront pour vous, si cela vous fait plaisir… Comme il admirait mes moyens de séduction ! Il est bien possible que ce soit précisément cela qui lui ait fait le plus d’effet… Et son cri, l’autre jour ! Lui aussi ! mais alors il n’y a plus moyen de se fier à personne ! " Quand un homme en est là, c’est fini, ce n’est plus qu’une bête brute !…

« Hum ! Il est venu ici pour "nous embrasser et pleurer ensemble", comme il le déclarait avec son air sournois ; ce qui veut dire qu’il venait pour me couper le cou, et qu’il croyait venir m’embrasser et pleurer… Il a amené Lisa avec lui, peut-être qu’en effet il m’eût pardonné, car il avait terriblement envie de pardonner ! Tout cela a tourné, dès notre première rencontre, en attendrissement d’ivrogne, en niaiseries grotesques et en vilaines piailleries de femme offensée. C’est pour cela qu’il est venu complètement ivre, pour être, avec toutes ses grimaces, en état de parler ; il n’aurait jamais pu, sans être ivre… Et ce qu’il les aimait, les grimaces ! Quelle joie, lorsque je me suis laissé aller à cette embrassade !… Seulement il ne savait pas alors si tout cela finirait par un baiser ou par un coup de couteau. Eh bien ! la solution est venue, la meilleure, la vraie solution : le baiser et le coup de couteau, les deux à la fois. C’est la solution tout à fait logique !…

« Il a été assez bête pour me mener voir sa fiancée… Sa fiancée ! Seigneur ! Il n’y a qu’un être comme lui qui puisse avoir l’idée de "renaître à une vie nouvelle" par ce moyen-là. Pourtant, il a eu des doutes ; il lui a fallu la haute sanction de Veltchaninov, de l’homme dont il faisait si grand cas. Il fallait que Veltchaninov lui donnât l’assurance que le rêve n’était pas rêve, que tout cela était bien réel… Il m’a emmené parce qu’il m’admirait infiniment, parce qu’il avait une confiance sans bornes dans la noblesse de mes sentiments, —et qui sait ? parce qu’il espérait que là-bas, sous la verdure, nous nous embrasserions et nous pleurerions, à deux pas de sa chaste fiancée. — Eh oui ! Il fallait bien qu’une bonne fois cet "éternel mari" se vengeât de tout, et, pour se venger, il a pris en main le rasoir… sans préméditation, c’est vrai, mais enfin, il l’a pris en main !… Voyons, avait-il une arrière-pensée, quand il m’a raconté l’histoire de ce garçon d’honneur ? Tout de même, il lui a donné du couteau dans le ventre ; tout de même, il a fini par lui en donner, et en présence du gouverneur !…" Et avait-il en effet une intention, l’autre nuit quand il s’est relevé, et qu’il est venu là, au milieu de la chambre ? Hum… ; mais non, c’était évidemment pour me faire une farce. Il s’était levé sans mauvaise intention, et puis, quand il a vu que j’avais peur, il est resté là, sans me répondre, pendant dix minutes, parce qu’il s’amusait fort de voir que j’avais peur de lui… Il est bien possible qu’à ce moment-là l’idée lui soit venue pour la première fois, pendant qu’il était là, debout dans l’obscurité.

« Mais voyons, si je n’avais pas oublié hier mes rasoirs sur la table… eh bien ! je crois fort qu’il ne serait rien arrivé du tout. Évidemment ! Évidemment ! Puisqu’il m’a évité tous ces temps-ci ! puisqu’il ne venait plus, depuis quinze jours, par pitié pour moi ! Puisque c’est Bagaoutov qu’il voulait et non pas moi !… Puisqu’il s’est relevé, cette nuit, pour faire chauffer les assiettes, espérant que l’attendrissement écarterait le couteau !… C’est bien clair, il les chauffait pour lui-même autant que pour moi, ses assiettes !… »

Longtemps encore sa tête malade travailla de la sorte à tisser du vide, jusqu’au moment où il s’assoupit. Il se réveilla, le lendemain matin, la tête toujours aussi malade, mais il se sentit en proie à une terreur nouvelle, imprévue…

Cette terreur venait de la conviction soudaine qui s’était faite en lui qu’il devrait, lui, Veltchaninov, ce jour-là, de son propre mouvement, aller chez Pavel Pavlovitch. Pourquoi ? en vue de quoi ? Il n’en savait rien, n’en voulait rien savoir ; ce qu’il savait, c’est qu’il irait.

Sa folie — il ne trouvait pas d’autre nom — grandit à tel point qu’il finit par trouver à cette résolution un air raisonnable et un prétexte plausible : déjà, la veille, il avait été obsédé par l’idée que Pavel Pavlovitch, rentré chez lui, avait dû s’enfermer et se pendre, tout comme le commissaire dont lui avait parlé Maria Sysoevna. Cette hallucination de la veille était devenue peu à peu pour lui une certitude absurde, mais indéracinable. — « Et pourquoi diable cet imbécile s’est-il pendu ? » se demandait-il à tout instant. Il se rappelait les paroles de Lisa… « Au reste, à sa place, moi aussi, je me serais pendu… », songea-t-il une fois.

Enfin il ne put plus y tenir : au lieu d’aller dîner, il se dirigea vers la maison de Pavel Pavlovitch. — « Je me contenterai de demander à Maria Sysoevna », se dit-il. Mais à peine fut-il sous la porte cochère, qu’il s’arrêta.

— Voyons, voyons ! s’écria-t-il, confus et furieux. J’irais me traîner jusque-là pour « nous embrasser et pleurer ensemble » ! Je descendrais à ce degré de honte, à cette bassesse insensée !

Il fut sauvé de « cette bassesse insensée » par la Providence, qui veille sur les hommes comme il faut. À peine fut-il dans la rue qu’il se heurta à Alexandre Lobov. Le jeune homme était hors d’haleine, très agité.

— Ah ! Je venais précisément chez vous ! Eh bien ! et notre ami Pavel Pavlovitch !…

— Il s’est pendu ! murmura Veltchaninov d’un air égaré.

— Comment, pendu ?… Et pourquoi donc ? fit Lobov en ouvrant de grands yeux.

— Rien… ne faites pas attention… Je croyais… Continuez.

— Mais quelle singulière idée !… Il ne s’est pas pendu du tout ! Pourquoi se serait-il pendu ? Au contraire, il est parti. Je viens de le mettre en wagon… Mais ce qu’il boit ! ce qu’il boit ! il chantait à tue-tête dans le wagon ; il s’est souvenu de vous ; il m’a recommandé de vous saluer… Voyons, est-ce une canaille ? qu’en pensez-vous ? dites ?

Le jeune homme était extrêmement surexcité : son visage enluminé, ses yeux étincelants, sa langue pâteuse en témoignaient suffisamment. Veltchaninov éclata de rire, à gorge déployée.

— Alors, eux aussi, ils ont fini par fraterniser ! Ha ! ha ! Ils se sont embrassés et ils ont pleuré ensemble !

— Sachez qu’il a pris congé, là-bas, tout de bon. Il y est allé hier et aujourd’hui aussi… Il nous a dénoncés en plein. On a enfermé Nadia dans la pièce de l’entresol. Des cris et des pleurs, mais nous ne céderons pas !… Mais ce qu’il boit ! ce qu’il boit ! Il parlait tout le temps de vous… mais quelle différence avec vous ! Vous, vous êtes vraiment un homme très bien, et puis, vous avez fait partie de la bonne société, et, si vous êtes forcé de rester à l’écart, à présent, c’est uniquement par pauvreté, n’est-ce pas ?…

— Alors, c’est lui qui vous a dit cela de moi ?

— C’est lui, c’est lui, mais ne vous fâchez pas. Être un bon citoyen, cela vaut mieux que d’être de grand monde. Mon avis à moi, c’est qu’en notre temps on ne sait plus du tout qui estimer en Russie. Et convenez que c’est une affreuse calamité, pour une époque, de ne plus savoir qui estimer… n’est-il pas vrai ?

— C’est fort exact… Mais lui ?

— Lui ? Qui, lui ?… Ah ! parfaitement !… Pourquoi diable disait-il : « Veltchaninov a cinquante ans, mais il est ruiné » ? Pourquoi mais, et non pas et ? Il riait de bon cœur, et il a répété cela plus de mille fois. Il est monté en wagon, il s’est mis à chanter, et il a pleuré… C’était simplement honteux ; c’était même pénible, cet homme ivre !… Ah ! je n’aime pas les imbéciles !… Et puis il jetait de l’argent aux pauvres pour le repos de l’âme de Lisa… C’est sa femme, n’est-ce pas ?

— Sa fille.

— Qu’avez-vous donc à la main ?

— Je me suis coupé.

— Ce n’est rien, cela se passera… Il a bien fait d’aller au diable, mais je gage que là où il va, il se mariera tout de suite… ne croyez-vous pas ?

— Eh bien, mais, vous-même, vous voulez bien vous marier !

— Moi ? oh mais ! c’est autre chose ! … Êtes-vous drôle ! Si vous avez cinquante ans, il en a bien soixante ; et, en pareille matière, il faut de la logique, mon petit père !… Et puis, il faut que je vous dise, dans le temps j’étais un panslaviste farouche, mais à présent nous attendons l’aurore de l’Occident… Allons, au revoir ; je suis bien aise de vous avoir rencontré sans vous avoir cherché. Je ne puis pas monter chez vous ; ne me le demandez pas ; impossible !

Et il reprit sa course.

— Ah ! mais où ai-je donc la tête ? — fit-il en revenant sur ses pas. — Il m’a chargé d’une lettre pour vous ! Voici la lettre… Pourquoi ne l’avez-vous pas accompagné à la gare ?

Veltchaninov remonta chez lui, et déchira l’enveloppe.

Sous l’enveloppe il n’y avait pas une seule ligne de Pavel Pavlovitch ; rien qu’une lettre d’une autre main. Veltchaninov reconnut l’écriture. La lettre était vieille, le temps avait jauni le papier, l’encre avait pâli. Elle avait été écrite pour lui dix ans auparavant, deux mois après son départ de T… Mais elle ne lui était pas parvenue ; elle n’avait pas été envoyée : l’autre lui avait été substituée, il le comprit aussitôt.

Dans cette lettre, Natalia Vassilievna lui disait adieu à jamais — tout comme dans celle qu’il avait reçue — ; elle lui déclarait qu’elle en aimait un autre, à qui elle n’avait pas révélé qu’elle était enceinte. Elle lui promettait, pour le consoler, de lui confier l’enfant qui lui naîtrait, lui rappelait que c’était là pour eux de nouveaux devoirs, que par là même leur amitié se trouvait scellée, pour toujours… En un mot, la lettre était fort peu logique, mais disait fort clairement qu’il fallait qu’il la débarrassât de son amour. Elle lui permettait de revenir à T… au bout d’un an, pour voir l’enfant. — Elle avait réfléchi, et, Dieu sait pourquoi, substitué l’autre lettre à celle-là.

Veltchaninov, en lisant, devint pâle ; mais il se représenta Pavel Pavlovitch, trouvant cette lettre et la lisant pour la première fois, devant le coffret de famille, le coffret d’ébène incrusté de nacre.

« Lui aussi, il a dû devenir pâle comme un mort, — songea-t-il en constatant sa propre pâleur dans la glace ; — oui, certainement, lorsqu’il l’a lue, il a dû fermer les yeux, et puis, les rouvrir brusquement, dans l’espoir que la lettre redeviendrait un simple papier blanc… Oui, il a dû recommencer trois foisl’épreuve !… »