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Félix Alcan (Volume Ip. 148-152).

VIII

L’HYGIÈNE

L’hygiène est la compagne obligée de la gymnastique utilitaire. L’enseignement en doit marcher de pair avec l’apprentissage des exercices que nous préconisons et l’entretien ne vaudra qu’appuyé sur une scrupuleuse observance de ses préceptes.

Il est très bizarre que les liens si évidents qui unissent l’hygiène à l’activité musculaire ne se traduisent encore dans la pratique par aucune collaboration régulière. Cette union, tout le monde l’admet et personne n’en tient compte.

L’hygiène n’est pas la médecine ; la vigilance de l’une ne saurait suppléer aux défaillances de l’autre. Cette vigilance d’ailleurs, comment s’exercerait-elle d’une manière continue ? Peut-on ausculter et palper les jeunes gens avant et après chaque séance ? Et, l’apprentissage terminé, imagine-t-on que l’homme, soucieux de son entretien, va courir chez le médecin, si même celui-ci se trouve à portée, pour se faire permettre et doser l’exercice auquel il désire se livrer ?

À un autre point de vue, on doit reconnaître que le recours trop fréquent à la science et à l’autorité médicales, parfois pernicieux pour les malades eux-mêmes, constitue pour les bien-portants un véritable germe de déchéance et ouvre la porte à la pire des inerties, à l’égoïsme, à la poltronnerie.

L’hygiène, telle que nous la concevons, est l’art pour chacun d’entretenir son propre auto, d’en tirer le meilleur rendement possible en puissance et en durée, et de remédier sur place et sans délai aux pannes légères qui surviennent à l’improviste.

Les lavages, les repas et le sommeil sont, hygiéniquement parlant, les actes fondamentaux de notre existence quotidienne. Pourquoi se laver, de quoi se nourrir, comment dormir, voilà des questions dont la solution est à la portée de tout le monde.

La connaissance des doubles fonctions de la peau — respiratoire et éliminatoire, — ainsi que des effets variés produits par l’application de l’eau, selon la température et l’état dans lequel se trouve le corps, permettra à chacun de saisir et d’apprécier la valeur du bain, du tub, de la douche en jet, de la douche en pluie — froids, chauds ou tièdes.

De même l’étude des phénomènes digestifs et nutritifs impliquera la compréhension de ce que doit être une alimentation normale et saine.

De même enfin, quiconque se rendra compte du mécanisme de la décomposition de l’air et de l’émission de produits toxiques par l’être vivant admettra la nécessité d’organiser l’aérage de la chambre où il dort.

Tel est, pour en revenir à notre comparaison automobiliste, le principe de la triple surveillance à exercer par le mécanicien sur sa machine. Quant aux pannes auxquelles ce dernier devra savoir remédier, ce sont : les refroidissements bénins, rhumes de cerveau persistants, rhumes de poitrine et maux de gorge, les courbatures simples, les douleurs névralgiques accidentelles, les migraines, les embarras gastriques, les écorchures, les clous ou furoncles, etc..… Entre recourir au médecin pour de tels bobos ou les traiter par le mépris, il y a un juste milieu.

L’opportunité d’une inhalation au menthol ou d’un gargarisme au borate de soude, la confection d’un cataplasme à la moutarde, l’application d’un rigolo, l’emploi de frictions à l’alcool, tout cela relève de l’initiative individuelle et ne sort pas du domaine qu’elle doit logiquement et raisonnablement se réserver.

Les éléments d’observation courante qui se trouvent à la disposition de chacun sont : la température, le pouls, l’examen des selles et de l’urine. En ce qui concerne notamment l’exploit sportif, l’urine émise dans les vingt heures qui suivent la cessation de l’exercice[1] indique, selon qu’elle demeure limpide ou se trouble et que s’y décèle la présence de dépôts briquetés ou blanchâtres, si la dose d’exercice est restée en proportion avec l’état d’entraînement du sujet.

Il y a encore les procédés anthropométriques. Mais ceux dont on peut faire usage soi-même se restreignent aux mensurations externes et ne présentent par là même qu’un intérêt limité et occasionnel.

Quand et comment trouvera-t-on possible d’organiser sur ces bases un enseignement hygiénique d’un caractère pratique ? Ce n’est pas à nous de le dire. Il pourra être annexé on non à l’enseignement de la gymnastique utilitaire. Les circonstances décideront. Mais l’important c’est qu’on le crée parce que de l’observation intelligente des lois de l’hygiène dépend, pour une large part, le bienfait des méthodes dont ce manuel contient l’exposé.

  1. Voir le Manuel d’hygiène athlétique de l’Union des Sports athlétiques. (Alcan, éditeur).