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Félix Alcan (Volume Ip. 43-47).

IV

LE TIR

Le tir se subdivise, avons-nous dit, en tir à la cible et tir au vol ; on tirera à la cible à balle, avec le fusil ou le revolver ; on tirera au vol à plomb, avec le fusil seul.

Psychologiquement ce sont le revolver et le fusil qui se différencient entre eux bien plus que la cible et le vol. Cette différence vient du fait d’épauler.

Épauler c’est faire corps avec l’arme, se transformer soi-même en affût, supprimer les solutions de continuité. Ce geste est sans doute un de ceux que nos ancêtres ont le plus fréquemment exécuté ; par la s’explique la jouissance que procure la sensation de l’arme pesante, bien appuyée à l’épaule et bien équilibrée sur la main gauche ; jouissance qui ne s’exerce pas seulement sur l’entraîné mais sur le tireur occasionnel et cela dès le premier contact. Une espèce d’exaltation interne en résulte qui, bien contrôlée, ne nuit pas, loin de là, à l’adresse du tireur. Rien de pareil n’existe dans le tir au revolver qui, si l’on peut ainsi dire, est et doit rester pour réussir, un acte à froid.

Tir à la cible.

La Confédération suisse qui dépense 818.000 fr. par an en subventions fédérales et cantonales pour ses sociétés de tir n’est pas la seule à proclamer l’utilité d’un pareil effort ; car l’Angleterre dépense pour le même objet plus de douze millions, l’Allemagne près de deux, l’Italie un million, tandis que la France, chose étrange, n’a pas cru devoir aller au-delà de 50.000 fr. Mais en Suisse l’organisation du tir à la cible est généralement considérée comme étant l’une des plus parfaites. Il est donc naturel que nous citions le programme suisse comme un programme modèle.

Il comporte les trois positions : debout, à genou, couché ; les cibles ont 1m80 de côté. Le tir à genou et le tir debout se font sur 300 mètres ; le tir couché sur 400. En outre, il y a un tir à genou à 300 mètres sur mannequin debout. Le nombre maximum des coups à tirer en une séance est de 30, non compris le tir facultatif à répétition qui est annexé d’ordinaire au programme obligatoire. Le tir au revolver se fait sur des distances de 30 et de 60 mètres ; les cibles sont les mêmes.

L’établissement d’un stand pourvu des armes et des munitions nécessaires étant difficile et dispendieux, il faudra se conformer en chaque lien aux usages et aux ressources de la société de tir la plus voisine ; mais rien n’empêche qu’en tous les cas on ne commence par des exercices préparatoires de mise en joue et de pointage et qu’on exerce les jeunes tireurs dans les trois positions ; ces points sont essentiels.

Tir au vol.

Pour apprendre à tirer au vol on ne connaissait naguère qu’un moyen, c’était de chasser. Plus tard, on organisa les tirs aux pigeons, puis on inventa les ball-trapps ; installations compliquées qui n’étaient point faites pour démocratiser ce sport ; la chasse demeura l’école la moins coûteuse et la plus facile à fréquenter. C’est tout dire.

Les circonstances ont changé. Des appareils ingénieux, bon marché et presque inusables lancent aujourd’hui dans toutes les directions ce qu’on nomme assez improprement le pigeon d’argile, sorte de petite poterie noirâtre que quelques grains de plomb suffisent à briser mais dont la superficie en l’air représente à peine celle du corps de l’oiseau, moins ses plumes ; ce sont là d’excellentes cibles qui se vendent à raison de quelques francs le mille et avec lesquelles on arrive à imiter assez exactement le vol des différents gibiers.

Cette nouveauté est venue à son heure. La chasse qui n’était plus qu’un passe-temps retourne vers ses origines.

Nombreux sont aujourd’hui les hommes auxquels elle peut être appelée à fournir un appréciable supplément d’alimentation : explorateurs, archéologues, ingénieurs, tous ceux qui campent au loin, en quête de quelque progrès ou de quelque découverte. Cela ne vaudrait peut-être pas d’inscrire le tir an vol tout seul parmi les exercices utilitaires ; mais du moment que l’on y inscrit le tir à la cible, pourquoi négliger l’autre ?

L’installation en est simple ; sans atteindre à la perfection réalisée par l’école de Malden près de Londres, où le chasseur artificiel peut faire près de cinq cents mètres en abattant plus de vingt-cinq pièces qui se lèvent à l’improviste de chacun des fourrés au milieu desquels il avance, rien de plus facile que de dissimuler les ficelles à l’aide desquelles le jet se produit et de les tirer derrière le chasseur et à son insu. Aucune leçon ne vaut celle-là.

Ce serait, à moins de dispositions spéciales, perdre son temps que de s’exercer à tirer au vol de la main gauche ; à la cible, on se bornera à en faire l’essai avec le fusil mais, avec le revolver, il est fort utile de s’y exercer quelque peu.

Nous avons déjà mentionné le tir à l’arc ; il n’y a pas à y insister. Ce n’est plus qu’une distraction, fort intéressante et recommandable assurément, mais ne pouvant prendre un rang sérieux parmi les exercices de défense.