Journal de ma vie (Bassompierre)/Premier tome/Appendice

Journal de ma vie. Mémoires du maréchal de Bassompiere (1665)
Texte établi par le marquis de ChantéracVeuve Jules Renouard, libraire de la Société de l’histoire de France (tome 1p. 379-406).





APPENDICE


I


(Voir p. 23).


Les seigneurs allemands qui venaient combattre pour le roi de France contre leurs compatriotes et leurs coreligionnaires, auxiliaires des protestants français, reçurent à ce sujet des reproches auxquels ils firent une réponse collective, et cette réponse fut imprimée à Lyon, chez Paul Jove, M.D.LXIX, dans les trois langues, allemande, française et latine. Ces seigneurs étaient : Philibert, marquis de Bade ; Jean-Philippe et Frédéric, rhingraves ; George, comte de Linange, Westerburg et Schaumburg ; Christophe, baron de Bassompierre et seigneur d’Haroué ; Albert de Hesse, comte de Dietz. La plupart d’entre eux étaient luthériens ; mais ils ne regardaient pas comme contraire à la confession d’Augsbourg de combattre ceux qui « soubs vmbre de leur faulse et abhominable secte de Caluin », voulaient « esleuer vn autre Roy, qui consentiroit à leur mauuaise volunté. » Ce qu’il y a de curieux, c’est que Christophe de Bassompierre, catholique et futur ligueur, souscrivait aussi cette réponse, et se justifiait envers la confession d’Augsbourg par les mêmes raisons que les autres colonels de reitres.


II


(Voir p. 26).


Les colonels allemands avaient dû faire déjà des levées en 1586, comme on le voit par une déclaration datée de Nancy, le 14 janvier 1586, signée « Caspar de Schomberg, Jorge conte de Westerburgk, Bassompierre, Friedrich conte du Rhein, et d’Eltz, » et commençant ainsi :

« Nous soubzsignez certiffions a tous qu’il appartiendra que le roy a faict mettre en noz mains par le tresorier de l’extraordinaire des guerres soubz nostre quittance en parchemin l’antritgelt[1] pour lever et mener a son service le nombre de neuf cens reitres suivant la capitulation qu’a cest effect Sa Majesté nous a semblablement faict delivrer. » (500 Colb. t. X. fol. 27).

Quant aux levées de 1587, voici ce qu’écrivait Schomberg au roi :

« Sire, je viens d’avoir advis que les reistres du sr de Bassompierre et les miens sortent aujourdhuy du pays de Luxenburg pour s’acheminer tout droict icy, ou ils pourront arriver mardy ou mecredy. Les aultres les suivent de pres..... »

« De Toul, ce 13 de septembre 1587. »

« Sire, samedy fust faict la monstre des reistres qui sont icy : par le dire des capp.nes il y en avoit treze cents. Mais par l’exacte recherche du sr de la Ferriere et de voz commissaires et controleurs des guerres (a laquelle j’ay tenu la main le mieulx qu’il m’a été possible) il ne s’en est treuvé que douze cents trente et tant de chevaulx de service. J’espere que le reste des miens, et ce que manque encores au sr de Bassompierre ne tarderont gueres a venir apres nous, et attends dans aujourdhuy des nouvelles pour sçavoir le lieu ou ils sont pour asteure. »

« De Triocourt ce xix d’octobre 1587. »
(500 Golb. t. X. fol. 213 et 247).




III


(Voir p.29).


L’Inventaire du cabinet et cachettes de Molan, fait à Paris par Mrs de Machault et Solly en la maison dudit Molan, rue St Thomas du Louvre, en mars 1589.


Le samedi 5 mars 1589 a esté pris dans la maison de Mr Molan par Mrs Machault et Solly, asçavoir

Une chaisne d’or pesant 21 onces et demie.

Une sallière et deux cuilliers de cristal.

Un pendant d’oreille en fleurs de lys.

Cinq rubis, trois perles en poires.

Un jacinte hors d’œuvre.

Un petit strin non enchassé : un gros strin enchassé en plomb.

Une grosse amethiste enchassée en anneau d’or, le tout estant dans un coffre de fer.

Trente sept bourses de jettons d’argent, de chacune un cent[2].

Plus quarante quatre mille escus en or, et quelques besongnes singulières ; le tout estant dans un coffre-fort, dans un coin du cabinet.

Plus dedans le recoin dud. cabinet, a esté trouvé 73 marcs et 7 onces de vaisselle d’argent.

Plus quelques pièces d’or faites à plaisir.

Environ 60 demy-escus, et 100 demy-testons.

Au dessus duquel coin de cabinet et faux plancher d’iceluy a esté trouvé par de Vades, qui avoit la charge de la maison, estant accompagné de 4 soldats qui y avoient esté mis en garnison, la somme de 92 mille escus ; les gardes en eurent 20 mille pour la permission qu’ils donnèrent aud. de Vades pour sauver le surplus, asçavoir soixante et douze mille escus ; laquelle somme led. de Vades mit entre les mains de M. de la Perouse, excepté deux mille escus qu’il retint pour faire les affaires dud. Molan, a fin de porter cette somme en la maison de M. de Verdun, beau-frère de Molan, et autres lieux, pour les sauver.

Led. sr de la Perouse à l’aide de Croysé, neveu de M. Barat, porta lad. somme à sçavoir de 22 mille escus dans la maison d’un amy de Molan, et depuis ont esté mis ès mains du duc du Maine ; les autres portions, une chez Verdun, l’autre chez Allamant Guepean ; autre chez Allemant, valet de chambre de la Reyne ; lesquelles portions furent incontinent prises par le commissaire Louchart, et ne resta de tout le reste de cette grande somme que 5 ou 6 mille escus ès mains dud. Croisé, lequel estant decouvert, lorsqu’il les portoit chez l’Allemant, s’en alla à Tours, et a esté depuis dit qu’ils luy furent ostez près les Halles ; ainsi led. Louchart dit avoir trouvé ès mains de Verdun, Alamant et l’Allemant 42 mille escus ; led. de Vades a esté contraint bailler des susdits 2000 escus, la somme de 500 escus à un qui est de la maison de Mad. de Montpensier, et le reste d’icelle, il l’a employé pour les affaires de Molan, dont il luy doit tenir compte.

Le 7 mars fut fait par Maschault et Solly, dans le cabinet de la Mollan, et sous le plancher d’íceluy, 45 mille escus en or.

Le mecredy neuf dud. mois fut pris par les dessus dts dans les armoires du cabinet de Mollan 67 mille escus en or.

Quant aux meubles qui estoient en la maison, Maschault et Solly en firent l’inventaire qui fut signé de Mr le Beau, cap.ne du quartier, et dud. de Vades ; lequel inventaire se pourra trouver conforme au procès-verbal de la vente desdts meubles faite par Maschault et Solly, excepté quelque peu de chose comme il y a toujours quelque deficit ; car il faut mascher, et puis quand on est seul[3], on est plus hardy, puis qu’il y a eu de la faute du costé des gardes qui se sont voulu payer de leurs peines ; mesme un nommé Dangan fut mis en garnison chez Mr Maugis ou il a pris plusieurs meubles, et specialement sept pièces de serviettes non blanchies ni coupées, 12 dras de lin, un tapis de Turquie, quelques habits dud. Maugis, deux petites chaisnes d’or façon de jazeron, une estreinte d’or appartenant à la sœur de Vades, et plusieurs autres hardes ; dont led. de Vades fournira memoire plus ample, quand besoin sera.

Le sr Ancoux a fait inventaire, a plusieurs fois, des meubles de Barat, meubles exquis et précieux, egallants en richesse ceux des Roys et Princes, et durant un mois pour le moins y venant tous les jours, s’en retournoit chargé comme un mulet, avec ceux de sa suite, des meilleurs meubles.

Ut thesauros absconditos ostendere nobis digneris te rogamus, audi nos.

Ajousté par les Seize aux litanies des processions de l’an 1589.


Cette curieuse pièce se trouve à la page 159 (no 41 de la table) d’un volume provenant de la collection de Conrart à la bibliothèque de l’Arsenal, et portant pour titre : Mélanges de vers et prose, FR. Belles-lettres, no 145. Elle est écrite tout entière de la main de Conrart.


IV


(Voir p. 32).


« Traité ou fondation faite par honnoré seigneur Messire Christophe de Bassompierre, chevalier, Baron et seigneur de Bassompierre, d’Harouel, Ormes, Removille, Baudricourt, etc. colonel de cent cinquante chevaux Reistres[4] pour le service de l’Union des princes catholiques, et honnorée Dame Madame Louise de Radeval son espouse d’une part,

Et révérend Père en Dieu frere Guillaume le Bel, provincial des Peres Minimes de la province de France, assisté de frère Nicolas Richard et de frère Claude Sellier, religieux dudit ordre d’autre part,

Contenant la fondation et promesse de fonder et faire ériger à perpétuité un couvent dudit ordre sous les noms et invocations de Nostre-Dame de Lorette et de St Jean Baptiste dans la Ville Neuve de Nancy dans une place vers la porte St Jean contenant en longueur quarante toises sur trente six de large, donnée par lesdits seigneur et dame audit couvent, s’estant chargés d’indemniser les propriétaires possesseurs dudit terrain pour place de fondation dudit couvent et sa construction. En ayant obtenu la permission du Grand Duc Charles de Lorraine, et de Messire Christophe de la Vallée, Evêque de Toul. Ledit couvent fondé par douze religieux qui y feront l’office, deux desquels seront laïcs, c’est-à-dire oblats. Led. couvent fondé moyennant une rente annuelle et perpétuelle de deux mille sept cents francs barrois ; laquelle somme lesdits seigneur et dame fondateurs ont assignée a prendre et recevoir sur pareille rente a eux due par saditte Altesse sur les salines de Moyenvic ; et à cet effect remis auxdits religieux le contract de constitution de laditte rente, avec promesse d’en faire agréer sa ditte Altesse le transport. Moyennant quoy lesdits religieux ont promis faire participer en leurs prières lesdits Seigneur et Dame fondateurs et de bastir incessamment le dit couvent ; s’estant reservé lesdits Seigneur et Dame d’y faire bastir une chapelle en tel lieu et de telle façon et grandeur qu’il leur plaira, et d’y faire faire les deux portes d’entrées tant de l’Eglise que du couvent : et a promis ledit Père provincial tant pour luy que pour ses successeurs Provinciaux d’y faire célébrer tous les ans a perpétuité le jour du trespas dudit Seigneur Christophe de Bassompierre, de laditte Dame de Radeval, de leurs enfants et a chacun d’eux, un obit et service solennels a leurs intentions et de leurs parents et amis, ensemble dire une messe tous les jours un an entier après la mort desdits Seigneur et Dame fondateurs et de leurs successeurs sans aucun deffaut. »


L’original en papier de cet acte de fondation se trouvait aux archives de madame la comtesse de Rouerke[5], en son hôtel de Nancy, parmi d’autres notes concernant le « genuit » de la maison de Bassompierre, dont le Mémoire, fait, clos et achevé par Me Dominique Mahu, notaire et archiviste à Nancy, le 10 juillet 1752, est conservé dans les archives de cette maison.

L’acte est daté du 24 mai 1592.

Le couvent des Minimes de Nancy n’existe plus aujourd’hui. L’emplacement où il s’élevait est occupé par une partie des bâtiments du lycée. Les tombeaux de Christophe de Bassompierre et de Louise de Radeval, dont l’abbé Lyonnois donne la description dans son Histoire des ville vieille et neuve de Nancy (t. II, p. 293), ont été brisés. Quelques fragments d’inscriptions et des débris de statues, provenant de leur chapelle, ont été déposés au Musée lorrain.

Je dois ces derniers renseignements à l’obligeance de M. H. Lepage, président de la Société d’archéologie de Nancy.


V


(Voir p. 38).


Les Observations sur la généalogie de la maison de Bassompierre, par M. l’abbé Lyonnois, travail basé en grande partie sur des titres authentiques, peuvent se résumer dans le tableau suivant, qui rectifie quelques erreurs commises par le maréchal de Bassompierre et complète les degrés supérieurs.


Olry Ier de Dompierre, sire de Bassompierre (1281-1293)[6].
Agnès.
_
Simon Ier, sire de Bassompierre (1293-1333).
Jeanne.
_
Olry II, sire de Bassompierre (1333-1352).
N.
_
Simon II, sire de Bassompierre (1352-1403).
N.
_
Geoffroy Ier, sire de Bassompierre (1403-1418).
Jeanne de Reinex ?
_
Jean, sire de Bassompierre (1418-1456).
1o Jeanne d’Orne, 2o Jeanne de Pulligny.
_
Geoffroy II, sire de Bassompierre et de Harouel (1456-1519).
1o Marguerite de Pulligny, 2o Philippe de Wisse de Gerbevillier.
_
Christophe Ier, sire de Bassompierre et de Harouel (1484-1524).
Jeanne de Ville.
_

François Ier, sire de Bassompierre, Harouel, Removille, et Baudricourt (1529-1556).
Marguerite de Dompmartin.
_
Christophe II, baron de Bassompierre.
Louise le Picart de Radeval.
_
François, maréchal de Bassompierre.


Ce tableau est entièrement conforme à un autre tableau écrit de la main du généalogiste Bertin du Rocheret, et conservé au Cabinet des titres de la Bibliothèque impériale ; à une note écrite et signée par Chérin et intitulée Origine et grandeur de la maison de Bassompierre, note qui est en ma possession ; enfin à la généalogie donnée par le P. Anselme.

Il est exact, comme le dit Bassompierre, que Marguerite, héritière des comtés de Berg et de Ravensberg, épousa Gérard, fils de Guillaume, premier duc de Juliers[7] ; mais ce ne fut probablement pas l’empereur Adolphe, mort en 1298, qui fit ce mariage, puisque Gérard mourut seulement en 1360, et Marguerite vivait encore en 1389. Le fait du mariage projeté avec l’héritière de Ravensberg pourrait se rapporter au fils de Simon Ier, Olry II de Bassompierre ou Betstein, qui vivait à la même époque.


VI


(Voir p. 40).


Le Mémoire de diverses notes concernant le genuit de la maison de Bassompierre mentionne, au no 131, la pièce suivante :

« Original en papier portant que le Roy ayant ouy par le sieur de Bassompierre l’assurance qu’il luy a donnée de la part des sieurs de la Roche-Guyon et Chantelou, comme ils n’ont eu volonté que de luy demeurer loyaux sujets, et de se faire connoitre en toutes occasions fort esloignés de l’accusation que l’on leur a voulu mettre qu’ils ayent eu en l’esprit de faire entreprise d’esmouvoir le peuple a rebellion, a esté fort content d’entendre ces choses, et pretend faire sentir sa benignité aux dits sieurs de la Roche-Guyon et Chantelou toutes et quantes fois qu’ils voudront se retirer vers Sa Majesté, ainsy qu’il est bien raisonnable pourveu qu’ils montrent avoir toute bonne devotion de demeurer loyaux et fidels sujets ; et a donné charge audit sieur de Bassompierre de porter cette parole et assurance de sa part à Monsieur de Lorraine ; il leur pourra aussy declarer sous semblable assurance qu’ils pourront se retirer vers Sa Majesté pour leur pardonner s’ils ont fait choses qui ayent pu luy desplaire ; ou bien pour luy faire toute autre remontrance et requisition sur ce qu’ils aviseront estre pour le mieux, ce qu’ils pourront faire en toute seureté sans crainte d’estre molestés, inquiettés, ny travaillés en quelque sorte que ce soit en vertu des poursuittes qui ont été commencées contre eux, et comme ils peuvent bien sçavoir ont esté discontinuées par le commandement de Sa Majesté depuis quelque temps ; et seront du tout absous pour l’avenir, et s’il est besoin, ledit sieur de Bassompierre donnera parole et asseurance aux sieurs de la Roche-Guyon et Chantelou de ce que dessus de la part de Sa Majesté qu’estant arrivés près d’elle, ils la connoitront pleine de bonté et de clemence en leur endroit, et qu’en tout et partout, elle leur fera connoitre combien elle veut leur estre bon roy et maître. »


Cette pièce porte dans le Mémoire la date du 22 mars 1580 ; mais d’après le récit de Bassompierre, nous devons la rapporter au 22 mars 1587 : c’était en effet à la fin de 1586 et au commencement de 1587 que les ligueurs avaient fait en Picardie et en Normandie quelques mouvements auxquels MM. de la Roche-Guyon et de Chantelou avaient sans doute pris part. Christophe de Bassompierre lui-même quitta Paris vers cette époque avec le duc de Mayenne, à la suite de la découverte d’un complot formé pour s’emparer de la personne du roi.

Benoit Milon, seigneur de Videville, intendant des finances, avait été intendant de l’ordre du Saint-Esprit de 1580 à 1584.


VII


(Voir p.81).


La mère du maréchal de Créquy et le maréchal de Bassompierre, étaient enfants de cousins issus de germain. On peut le voir par le tableau suivant :


Colignon, sire de Ville-sur-Illon.
Mahaut de Ville.
_
N. de Ville-sur-Illon. Jeanne de Ville-sur-Illon.
Thierry, seigneur de Lenoncourt. Christophe Ier, sire de Bassompierre.
_
_
Jacquette de Lenoncourt. François, sire de Bassompierre.
Jean d’Aguerre, baron de Vienne. Marguerite de Dommartin.
_
_
Claude d’Aguerre, baron de Vienne. Christophe II, baron de Bassompierre.
Jeanne de Hangest. Louise le Picart de Radeval.
_
_
Chrestienne d’Aguerre. François, maréchal de Bassompierre.
Antoine de Blanchefort-Créquy.
_
Charles, maréchal de Créquy.


Colignon, sire de Ville-sur-Illon, auteur commun de Créquy et de Bassompierre, était un seigneur d’une ancienne et puissante maison de Lorraine.


VIII


(Voir p. 166).


Voici les principaux détails d’un récit de ce combat, qui se trouve (p. 932-934) dans l’Histoire universelle des guerres du Turc depuis l’an 1565 jusques à la trève faicte en l’année 1606, par N. de Montreulx, sr du Mont-Sacré, M.DC.VIII, tome II, faisant suite à l’Histoire generale des troubles de Hongrie et Transilvanie, par Martin Fumée, sr de Genillé.

« Cette disgrace ne les destourna pas de l’entreprinse d’un pont sur le Danube pour passer vers nous, et la nuict nous faire une charge. Mais leur dessain descouvert aux nostres, on invente son remède. Car nostre general ayant sceu le jour et l’heure que les Turcs devoient passer, leur dresse une ambuscade de quatre mille lansquenets, et deux mille reistres. Derrière estoit le regiment de Coleniche, accoustumé de vaincre, qui regardoit à sa teste Monsieur le prince de Joinville, avec quelque nombre de gentilshommes françois, qui l’avoient suivi par courage et desir, et le sieur de Bassompierre, avec ses domestiques, peu de nombre, et beaucoup de valeur. Aux flancs estoient les quatre trouppes de carabins, François, Lorrains et Wallons. »

« Le pont des Turcs achevé, le voila chargé de trouppes adversaires qui le passent en esperance de nous surprendre. Nos gens de pied les regardoient passer, et consideroient leur ordre et le temps de commencer leur charge. Comme ils l’eurent apperceu, et que jà dix mille Turcs avoient la teste tournée contre eux, les Wallons, sur la rive du fleuve, les saluent de plomb et de feu. Ils poussent au travers de ces difficultez, et passent sur le ventre des Wallons. Mais cette poincte fut bientost esmoussée, car passez, les voilà chargez de nos lansquenets et de nostre cavallerie. Nos Wallons ralliés retournent d’une autre part furieusement à la charge. Le prince de Joinville charge selon son ordinaire, et fait jour dans cette masse. Coleniche ne mesprisa pas cette occasion, car enfonçant ce front estonné, il le renverse à vive force, pendant que noz carabins en chargent les flancs, et les Wallons la queue. Le nombre des adversaires estoit grand, mais se croyant chargez de toute l’armée, ils s’estonnent et prennent le party de la retraicte. Monsieur de Joinville alors, avec Monsieur de Bassompierre, les enfonce, suivy de Coleniche, de sorte que voila ce grand nombre en fuitte, qui pense regagner son pont. Mais leurs compagnons de l’autre costé du fleuve preferèrent laschement leur deshonneur à leur devoir, de sorte qu’ils rompent le pont, et jettent à la mort les leurs qui trouvent en teste le fleuve qui les noye, et le fer ennemy dans le dos qui les tue. »


On peut voir une narration à peu près semblable de cette affaire dans l’Inventaire de l’histoire generalle des Turcz, par le sr Michel Baudier ; Paris, 1631 (pp. 605, 606). Le récit de N. de Montreulx a, comme celui de Bassompierre, l’avantage d’être écrit par un témoin oculaire.


IX


(Voir p. 147).


Le Porc-Espic était un des ouvrages avancés de la ville d’Ostende du côté de l’occident.

Voici comment Haestens, dans le livre intitulé : La nouvelle Troye ou Mémorable histoire du siège d’Ostende, raconte l’assaut qui coûta la vie à Jean de Bassompierre, seigneur de Removille :


« Le 5 de Juing, veille de la Pentecoste, il se fit un assaut general par trois divers endroits, le plus opiniastrement que les assiegeans peurent faire : ils recommencerent par trois fois, et le combat dura huict heures. Les assiegeans avoyent fait quelques mines qui leur firent plus de dommage qu’a ceux de la ville, pour les avoir faict jouer trop tost, il y fut tué 800 hommes, et 500 de blessez de leur part : entre autres le sieur de Bassompierre. De ceux de la ville, il y en eult quelque cent de tuez, et quelque nombre de blessez. »


X


(Voir p. 148).


La seigneurie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, autrefois possédée par la maison de Harcourt, disputée entre la France et l’Angleterre à la suite de la défection de Godefroy de Harcourt, avait fini par faire retour à la couronne. On peut voir dans l’Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, par M. Léopold Delisle, le récit des péripéties diverses par lesquelles passa cette puissante seigneurie du Cotentin. La baronnie de Nehou avait aussi appartenu à la maison de Harcourt. La seigneurie de Saint-Sauveur-Lendelin était plus rapprochée de Coutances.

Ce fut par lettres-patentes de Henri III, à la date du 15 octobre 1575, que ces domaines furent engagés à Christophe, baron de Bassompierre.

On verra par la lettre suivante que les difficultés avaient bientôt commencé au sujet de cet engagement.

« Sire, Vostre Majesté se peult bien rememorer comme elle et son conseil me feist rechercher pour lors que me baillaistes par engagement les terres de Sainct Saulveur, et que faisant ledict engagement il pleut a Vostre Majesté m’accorder qu’il entreroit au payement la somme de quarante mil livres qui m’estoient deubz et a feu mon frère à cause de noz pentions, lesquels messieurs de la chambre de voz comptes faisant l’évaluation de ces terres n’auroient voulu passer ladite partie de . . . . . .et feus contraint pour joyr d’icelles terres, ayant desja fourny mes deniers, de payer manuellement content es mains du tresorier de vostre espargne la somme de dix neuf mil livres, et d’autant, Sire, que j’ay traicté de bonne foy et que maintenant l’on me veult empescher en la jouissance d’icelles soubz le nom de la royne vostre mere, a quoy je me serois opposé de sorte que nous en aurions esté remis a vostre conseil privé lequel voyant ledit contract estre sy solempnellement faict et promys par Vostre Majesté n’auroient voulu passer oultre, l’ayant remys a Vostre Majesté pour en ordonner ce qui luy plaira ; m’est l’occasion que je suplye tres humblement Vostre Majesté me vouloir maintenir et garder en la jouissance de mondict contract ainsy que me l’avez promys, sy tant n’est qu’il vous plaise me faire faire le remboursement au contenu d’iceluy, et d’aultant que je sçay que Vostre dicte Majesté ne vouldroit en rien contrevenir a sa parolle et a ce qu’elle a une fois promys en l’assemblée de son conseil, me faict asseurer qu’elle me conservera en la jouissance de ces terres selon le contenu de mondict contract auquel je suys entré par l’expres commandement de Vostre dicte Majesté, chose qui m’a de beaucoup mys en arriere pour accommoder l’estat de voz affaires, ayant prins argent a grant interest pour payer mes reystres et qui court encore sur moy. A quoy Vostre Majesté aura esgard sy luy plaist et a la bonne volunté que j’ay tousjours heue a son service et continuer pour n’y espargner ny vye ny biens ; mays me traictant de ceste façon ce me seroit bien oster les moyens. Je suplye le Createur, Sire, de maintenir et garder Vostre Majesté en parfaicte santé, tres bonne, tres longue et tres heureuse vye.

De Haroé, ce xxie janvier 1578.

De Vostre Majesté

Tres humble et tres obeissant serviteur a jamais

BASSOMPIERRE.

(500 Colb. T. IX. fol. 102).

À la suite du traité de Laon, négocié par Christophe de Bassompierre entre Henri IV et le duc de Lorraine, et ratifié à Saint-Germain, le roi avait donné à Bassompierre de nouvelles garanties pour le payement de ses créances. Voici ce qu’on lit au tome XIV, 500 Colb. fol. 434 et suiv.

Articles de paix entre le roy et le duc de Lorraine du 16 novembre 1594.

. . . . . Et d’autant que le sr de Bassompierre s’est entremis de grande affection au faict du present traicté et a tourtout service a Sa Majesté tel qu’il l’a rendu aux Roys ses predecesseurs, Sadicte Majesté a promis de le faire paier des deniers qui luy seront deuz et ont esté par luy advancez pour le service du feu roy Henry son predecesseur, montant a la somme de liiijm vic livres ou envyron, et davantage le faire rembourser de la somme de xiijm iiijc lxxv livres receues et levées ez années dernieres par les receveurs generaux de Normandie establis a Caen, ainsy qu’il est apparu par leurs quictances, du revenu des terres et seigneuries de Saint Sauveur le Vicomte et Saint Sauveur Landelin et baronnie de Nehou, pour le payement desquelles sommes et de celle de xxxvjm lviij livres qu’il doit mettre comptant ez mains du tresorier de l’espargne, Sa Majesté promect luy engager et vendre a faculté de rachapt perpetuel la terre et seigneurie de Vaucouleur en Champaigne, ensemble tous et chascuns les droicts de presentations de benefices et promotions d’offices avec toutes ses autres appartenances et dependances sans aucune reservation que de la couppe des bois de haulte fustaye, ressort et souveraineté d’icelle terre, et ce pour la somme de quarante mil deux cens escuz, oultre laquelle neamoins il sera tenu rembourser en deniers comtans le sr de Malp. . . . et aultres acquereurs des portions ez domaine dudict Vaucouleur tant de leur principal que des fraiz, mises et loyaux coustz, et pour le surplus dudit deub et desdicts xiijm iiijc lxxv livres et xxxvjm lviij livres revenans a la somme de lxiiijm livres, lesdictes terres et seigneuries de Saint Sauveur le Vicomte et de Saint Sauveur Landelin et baronnie de Nehou luy seront et demoureront surengagez sans qu’il puisse estre cy apres depossedé d’icelles terres et seigneuries qu’il ne soit prealablement remboursé desdictes sommes de xlm ijc livres et desdictes lxiiijm livres comme de ce qu’il a premierement paié pour les premieres ventes de Saint Sauveur et remboursement des acquereurs de ladicte terre de Vaucouleur et de ses fraiz et loyaux coultz, promectant en oultre audict sr de Bassompierre de retirer lesdictes terres de Saint Sauveur le Vicomte et Saint Sauveur Landelin et la baronnie de Nehou nouvellement revendues, en remboursant aussy lesdicts acquereurs de leur principal et loyaux coultz, lequel remboursement tiendra pareillement lieu et surengagement desdictes terres audict sr de Bassompierre. De quoy Sa Majesté luy fera expedier telz contracts, lettres patentes et quitances de ses officiers comptables que besoing sera pour servir audit sr de Bassompierre au remboursement desdictes sommes et remboursement susdict quand Sa Majesté ou ses successeurs voudront rachepter lesdictes terres et seigneuries. Fait a Saint Germain en Laye le xvje jour de novembre mvc iiijxx xiiij.


XI


(Voir p. 160).


Les gentilshommes qui composaient cette troupe étaient en effet tous parents à divers degrés.

Marie de Brichanteau, mère du marquis de Senecey, était fille de Nicolas de Brichanteau, seigneur de Nangis, et de Jeanne d’Aguerre, et celle-ci était sœur de Claude d’Aguerre, baron de Vienne, dont le degré de parenté avec Christophe II de Bassompierre est indiqué à l’Appendice. VII.

Beauvais-Nangis était cousin-germain du marquis de Senecey, dont la mère était sœur d’Antoine de Brichanteau, marquis de Nangis, et comme le marquis de Senecey, il était parent plus éloigné de M. de Bassompierre.

Le marquis de Senecey et Beauvais-Nangis étaient cousins germains du jeune Vitry, dont le père, qui conduisait la partie, avait épousé Françoise de Brichanteau, sœur d’Antoine et de Marie.

Enfin le comte de Sault et M. de Créquy, son frère utérin, étaient par leur mère, Chrestienne d’Aguerre, également parents des Vitry, des Baufremont, des Brichanteau et des Bassompierre.

Saint-Luc avait épousé la sœur de Bassompierre, et avant cette alliance, il était déjà son parent (voir p. 59, notes 4 et 5).


XII


(Voir p. 201).


Sully, dans ses mémoires, détermine ainsi l’itinéraire du roi pendant l’année 1608 :

« Je le retrouvai à Fontainebleau, où il ne fit pas un moindre séjour cette année que les précédentes. Il s’y en retourna à la mi-may, après le court voyage à Paris, dont j’ai parlé[8] ; et il y passa les mois de juin et de juillet entiers[9]. De retour à Paris, au mois d’août, il fit un tour à Saint-Germain ; ensuite un autre de quinze jours à Monceaux ; d’où il revint à Paris, après avoir passé par Fontainebleau, au commencement d’octobre. À la mi-octobre il partit pour Fontainebleau ; d’où il revint à la mi-novembre à Paris. »

Le roi, d’après Bassompierre, séjourna quelque temps à Paris vers la fin du mois d’août et le commencement de septembre pour recevoir le duc de Mantoue qui revenait sans doute des funérailles du duc de Lorraine, père de son gendre.

Suivant l’Estoile, ce fut le 27 août que la reine Marguerite donna la bague.


XIII


(Voir p. 244).


On ne connaissait pas jusqu’ici d’édition de la première partie de l’Astrée, qui fut antérieure à 1610. Brunet pensait que la première édition en avait été donnée en 1610, en même temps que la première de la seconde partie ; mais il signalait cette édition comme introuvable. Auguste Bernard, dans ses Recherches bibliographiques sur le roman d’Astrée, exprimait, sur la foi de Bassompierre, l’opinion que la première partie de ce roman avait déjà paru en 1608 ; mais il ajoutait qu’on ne connaissait aucun exemplaire de cette édition présumée. Bassompierre cependant avait raison ; ses souvenirs étaient fidèles, et il avait pu charmer les insomnies du roi Henri IV avec les récits de M. d’Urfé. Un exemplaire du précieux volume qui les renfermait a été découvert récemment à Augsbourg ; il a figuré dans un catalogue de Tross, au mois de septembre 1869, et il a été acheté par M. James de Rothschild. Ce volume est ainsi intitulé : LES DOUZE LIVRES D’ASTRÉE ou par plusieurs histoires, et sous personnes de Bergers et d’autres sont deduits les diuers effets de l’honneste amitié. A PARIS, chez TOUSSAINCTS DU BRAY. M.DC.VII. Auec priuilege du Roy. L’édition ne contient pas la dédicace au roi, qui figure en tête de la seconde partie, imprimée en 1610 ; mais elle renferme l’allocution de l’auteur à la bergère Astrée. On peut voir une description plus détaillée de cette édition originale de la première partie de l’Astrée, dans la Revue forezienne du mois de décembre 1869.

Je dois à la bienveillante obligeance de M. Léopold Delisle cette information qui joint à sa valeur bibliographique le mérite de confirmer le témoignage de Bassompierre.


XIV


(Voir p. 225).


Le mariage du jeune Montmorency avec Mlle de Scepeaux avait eu lieu par surprise et contre le gré du roi, qui chercha même à l’empêcher par un enlèvement. Cependant « Dame Jeanne d’Espeaux, duchesse de Beaupreau » parut au contrat de mariage du prince de Condé comme « femme de mond. seigneur de Montmorancy. » (Histoire des princes de Condé, par M. le duc d’Aumale, pièces et documents, t. II, p. 443), et à l’époque dont il est ici question, le roi ne l’avait pas encore « desmariée. » Ce fut seulement en février 1610 que le mariage fut annulé (Lettres de Malherbe du 2, du 6, et du 12 février 1610). Il est donc probable que les propositions du roi à Bassompierre n’eurent lieu qu’au moment où celui-ci en parle pour la seconde fois, c’est-à-dire à la date de février 1610, à moins que le dessein du roi, qui cette fois voulait donner Mlle de Vendôme au jeune Montmorency, ne fut dès lors si fermement arrêté qu’il le considérât déjà comme accompli.

La seigneurie de Beaupreau avait été érigée par le roi Charles IX, d’abord en marquisat, puis en duché non-pairie, en faveur de Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, lequel avait épousé Philippe de Montespedon, dame de Beaupreau, comtesse de Chemillé. Le prince de la Roche-sur-Yon n’ayant pas laissé d’enfants de son mariage, les seigneuries de Beaupreau et de Chemillé avaient passé de la maison de Montespedon dans celle de Scepeaux. L’érection de la terre de Beaupreau en duché-pairie eût été, non un simple rétablissement, mais une faveur nouvelle accordée à M. de Bassompierre.


XV


(Voir p. 284).


Louis de Bassompierre eut pour mère Marie de Balsac d’Entragues, dignam quam conjugem duceret Bassompetrus, dit naïvement l’auteur du Gallia christiana. Bassompierre ne fut pas de cet avis, et n’épousa jamais la mère ; mais il reconnut probablement le fils, et s’occupa de son avenir. En effet, dans l’inventaire dressé après la mort du maréchal[10], on trouve parmi ses titres les cotes suivantes :


« Item une copie non signée d’un brevet du Roy datté du dr 9bre 1625 par lequel S. M. a fait don à Me Louis de Bassompierre, clerc du diocese de Paris, de l’abbaye de St George de Baucherville, ordre de St Benoist, diocese de Rouen, inventorié au dos 94. »

« Item une coppie non signée d’un brevet du Roy datté dud. jour et an, par lequel S. M. a fait don aud. Me Louis de Bassompierre de l’abbaye de St Pierre de Chezy, ordre de St Benoist, diocese de Soissons, inventorié 95. »

« Item une copie non signée de la profession de foy dud. Me Louis de Bassompierre escrite en latin, cottée copie de la profession de foy, 29 mars 1626, inventorié sous laditte cotte 96. »

« Item six pieces en papier non signées escrites en latin, cottées sur l’une d’icelles copie d’information de vie et mœurs du 3e avril 1626, inventorié sur chacune d’icelles l’une comme l’autre 97. »

Et dans le cours même de l’inventaire, suivant un jugement rendu entre les neveux et nièce du maréchal et Louis de Bassompierre, celui-ci parait avec les qualités de « Mre Louis de Bassompierre, abbé des abbayes de St Pierre de Chezy et St Georges de Beaucherville, fils et seul heritier par benefice d’inventaire du defunt seigneur mareschal. »

C’était sans doute aussi par la protection de son père que Louis de Bassompierre avait été désigné d’abord pour l’évêché d’Oloron, puis pour l’évêché de Saintes devenu vacant en 1646 ; mais il n’obtint ses bulles pour ce dernier siège qu’au mois de décembre 1648. Il y donna l’exemple de toutes les vertus épiscopales, et particulièrement d’une fidélité au devoir de la résidence qui lui fit résigner les fonctions de premier aumônier de Monsieur, frère du roi Louis XIV. Pendant les troubles de la Fronde, il travailla à maintenir dans le devoir ou à ramener les populations de Saintes, de Brouage et des Iles, et il fut le négociateur de l’accommodement de Du Doignon avec la cour. Le 27 juin 1675 il fit son testament, par lequel il laissait tout son bien aux pauvres et aux églises, « sans aucune charge, disait-il, de remploy du patrimoine que je devois avoir de mes Pere et Mere, parce que leurs dettes ont excedé les biens qu’ils avoient au jour de leur mort et qui ont esté ou vendus par decret, ou par moy pour le payement de leurs creances. » Enfin il mourut le 1er juillet 1676 à Paris où l’avaient appelé les affaires de son diocèse ; suivant son désir son corps fut enterré dans l’église de la Mission de Saint-Lazare, et son cœur dans son église cathédrale avec cette seule inscription que lui-même avait ordonnée : HIC JACET COR LUDOVICI EPISCOPI SANTONENSIS. OBIIT DIE I JULII AN. DOM. M.DC.LXXVI.


XVI


(Voir p. 314).


On trouve dans une lettre du temps, dont la copie est conservée à la Bibliothèque impériale (500 Colb. t. XIV. fol. 369), le récit suivant de la mort de Saint-Paul :

« Monsr, j’ay estimé que la nouvelle de la mort du cap.ne St Paul qui voulloit establir sa tirannie en ceste province vous sera tres agreable. Elle est arrivée le xxve de ce moys que Mr de Guise estant à Reins et ayant receu des habitans de grandes plaintes des desseings et des forces que ledict St Paul avoit jettées dans lad. ville, il luy dist qu’il ne trouvoit nullement bon telles entreprises, et le pria de s’en departir et que c’estoit trop de mespris de loger des forces aux places de son gouvernement sans en avoir son advis et commandement, et qu’il se fioit entierement des habitans de ladicte ville et que l’amitié qu’ils avoient porté au pere ils la continuoient au filz, ce qui l’obligeoit a avoir soing d’eux. Sur quoy il fut respondu par ledict St Paul qu’il se passeroit bien de son commandement pour cela, qu’il falloit estre maistre d’un peuple pour le commander a baguette, et que ce qu’il en faisoit estoit pour bonne occasion et pour son service, encores qu’il ne le reconneust en rien que volontairement ny en la place ny au gouvernement que pour prince de Lorraine qui n’avoit nul commandement sur un mal de France tel qu’il estoit. Il dist ces parolles ayant la main sur le pommeau de son espée et avec telle arrogance que Mr de Guise s’en estant offencé jusques au vif, sans aultre repartie, luy donna un coup d’espée au travert du corps, duquel coup il cheut mort. Quelques ungs des siens et principallement deux des Suisses mirent l’espée a la main qui mirent ledict sr de Guise en grand peril ; l’un d’iceux fut tué et incontinant apres la rumeur fut appaisée par la presence de Mr de Mayenne et le tort donné audict St Paul. Voila ce qui s’est passé de deça, dont je vous fais part pour en faire de mesme a voz amis. Ne doubtez point que ce coup inesperé n’apporte promptement un grand bien a toutte ceste province qui estoit a la veille d’estre perdue par la pratique des Espagnols, et ce secours sy innopiné ne se pouvoit humainement attendre. Sur ce je vous baise humbt les mains ; de Reins ce xxviije avril mvc iiijxx xiiij. »


XVII


(Voir p. 366).


Malherbe, dans sa correspondance, raconte jour par jour la brouillerie de la reine et de Bassompierre avec des détails presque exactement semblables à ceux que donne le maréchal. Je transcris ici dans leur ordre les passages de ses lettres qui sont relatifs à ce sujet.

20 octobre. - « Il s’en faut beaucoup que 66[11] ne soit bien comme de coutume ;

Mais non plus que du Nil je n’en sais point la source ;

il faudra que je l’apprenne de lui-même : l’on m’a dit qu’il a été huit jours sans que 51[12] ait parlé à lui. Il y en a qui croyent qu’il a reçu de mauvais offices de 65[13]. L’affaire est un peu rhabillée ; à quoi 59[14] l’a fort assisté. Je l’ai vu ces jours-ci au cabinet, mais moins hardi beaucoup que de coutume, et sans que 51 lui dit jamais rien : cela passera. »

27 octobre. - « La défaveur de 66 continue visiblement ; la source en est l’alliance de 55[15] et 65, qui se sont conté l’un à l’autre que durant qu’ils étoient mal, 66 les trahissoit tous deux, et là-dessus ont donné à entendre à 51 qu’il faisoit vanité de sa faveur. »

24 novembre. - « 66 est moins mal ; mais je crains qu’il ne soit jamais comme il a été. »

27 novembre. - « J’ai vu 66 que la reine a appelé, et a parlé fort longtemps à lui, tellement que je crois que sa brouillerie se rhabillera ou est rhabillée. »

(Œuvres de Malherbe, t. III, pp. 348, 351, 358, 361).


Comme on peut le voir, la principale différence entre les deux récits est dans les dates. Bassompierre avait sans doute ses raisons pour croire son « rhabillement » parfait après l’entretien du 16 octobre, dont l’époque était fixée dans son souvenir par le voyage de la reine à Paris.


XVIII


(Voir p. 368).


Les princes dont parle ici le maréchal de Bassompierre sont : Pierre, d’abord sire de Beaujeu, puis duc de Bourbon, gendre de Louis XI ; un autre prince qui n’est pas désigné ; Engilbert de Clèves, comte de Nevers, fils de Jean II, duc de Clèves, et d’Élisabeth de Bourgogne, comtesse de Nevers et d’Eu, lequel commandait les Suisses à Fornoue ; deux princes de la maison de Longueville, qu’il est difficile de désigner d’une manière précise, et un troisième, qui était François III d’Orléans, duc de Longueville, fils de Louis II d’Orléans, duc de Longueville, et de Marie de Lorraine, mort en 1551, à l’âge de 16 ans ; enfin les deux fils de Claude de Lorraine, duc de Guise, sont François de Lorraine, duc de Guise, qui fut grand chambellan, et René de Lorraine, marquis d’Elbeuf, qui commanda les Suisses en Italie, en 1557.

Tout cet historique de la charge de colonel général des Suisses est contesté par le P. Daniel dans son Histoire de la milice françoise. Suivant lui le premier colonel général des Suisses en titre d’office fut M. de Méru ; encore ses lettres étant de 1571, ce ne fut pas son père qui les lui fit obtenir : M. de Sancy fut pourvu de la charge en 1596 et la posséda jusqu’en 1605 : ce fut seulement alors que M. de Rohan l’obtint par sa démission. M. de Bassompierre était donc seulement le quatrième colonel général des Suisses. Le P. Daniel cite ou énonce les documents à l’appui de sa thèse. On peut lire cette dissertation dans l’Histoire de la milice françoise, t. II, p. 290 et suiv.


XIX


(voir p. 374).


L’enlèvement de l’abbesse de Remiremont, autorisé par la reine-mère, devint plus tard un grief contre cette princesse. Le sieur de Saint-Germain ayant dit dans sa « Très-humble, très-véritable et très-importante remontrance au Roy »[16], que la reine-mère avait défendu le roi mineur contre ses ennemis et lui avait rendu ses états tout entiers, le cardinal de Richelieu, ou son défenseur, dans la « Response au libelle intitulé Tres humble, très-véritable et très-importante remontrance au Roy », imprimée en 1632, critiqua cette proposition de la manière suivante :

« Dieu nous garde de blâmer la regance de la Reyne : mais de la mettre en avant comme une si grande obligation que le Roy luy a, il n’est pas raisonnable..... »

« L’Abbesse de Remiremont, qui est une Abbaye qui pretend autant de souveraineté en ses terres en Lorraine, que le Duc de Lorraine en a aux siennes, estant persécutée à droict ou à tort, je ne l’examine pas icy, car ce n’est pas le lieu, eut recours à elle, comme Regente, en la fin de l’année mil six cens dix, et offroit de resigner son Abbaye à qui il luy plairoit, pourveu qu’elle fust asseurée de quelque raisonnable pension, pour son entretenement, le reste de sa vie. La princesse de Conty, qui estoit passionnée pour la grandeur de sa maison, et le mareschal de Bassompierre, qui est Lorrain de naissance, obtindrent de la Reyne qu’elle l’abandonnast, et permist qu’elle fust enlevée par le Ringrave son frere, qui l’emmena en Lorraine : où elle fut contrainte de resigner son Abbaye à une sœur du Duc qui estoit lors, sans qu’il y ayt plus d’apparence que cette Abbaye sorte de leur maison, en laquelle ils la conserveront pour faire oublier l’usurpation qu’ils ont faite de sa souveraineté : et c’est une Abbaye qui estoit bien importante à la France, et qui estendoit ses limites bien avant vers l’Allemaigne. »

Mais Saint-Germain, dans ses « Reparties sur la response à la tres-humble, très-veritable et très-importante remonstrance au Roy », imprimées en 1632, répondait ainsi à ce reproche :

« Plusieurs sçavent la vie scandaleuse de cette Abbesse : la France n’avoit point ny droict ny d’interest en la resignation de l’Abbaye : sa souveraineté n’est pas perdue, et demeure separée, encore qu’elle soit dans la maison de Lorraine. »

Du reste Élisabeth avait, dès l’année 1610, résigné ses fonctions à Catherine de Lorraine, sœur du duc Henri.

Malherbe dans sa lettre du 4 juillet racontait ainsi ce fait :

« Je crois que vous avez su que Mme de Remiremont, sœur du landgrave, qui etoit en cette ville (à Paris) il y avoit fort longtemps, fut, par la menée de ses parents, qui n’étoient pas contents de sa vie, enlevée dans un carrosse le 15e du passé ; on l’amène chez un sien beau-frère. »


XX


(Voir p. 375).


Les véritables séditieux dans cette affaire n’étaient pas l’évêque de Poitiers et ceux qui agissaient à son instigation. Le prince de Condé, non content d’avoir reçu Amboise en dépôt par une clause du traité de Sainte-Menehould, avait formé des desseins sur Poitiers, où il entretenait des intelligences. Surveillé dans ses menées par l’évêque Chasteignier de la Rocheposay, il envoya La Trie dans cette ville avec une lettre altière pour ce prélat. Le 22 juin La Trie fut attaqué dans les rues de Poitiers, blessé et réduit à se cacher et à fuir. Le duc de Roannez, à la nouvelle de l’approche du prince, fut assailli le 26 par le peuple, et se trouva heureux de sortir de la ville. Sur les plaintes du prince de Condé, la reine ordonna que l’affaire fut instruite par le parlement, afin que justice lui fut rendue. Mais par le fait l’évêque fut bien accueilli quand il vint à Tours, accompagné des principaux habitants, donner ses explications à la reine, et le prince de Condé n’eut rien de mieux à faire que de se retirer à Châteauroux.





FIN DE L’APPENDICE.


  1. L’argent pour la levée et l’entrée au service.
  2. Il y en avoit 40, mais Maschault, Solly et un autre en prirent chacun une.
  3. Allusion aux noms de Maschault et Solly.
  4. Il faut lire : quinze cents chevaux.
  5. Catherine-Diane de Beauvau, veuve de Anne-François-Joseph, marquis de Bassompierre, petit-neveu du maréchal, épousa en secondes noces François de Stainville, comte de Couvonges, et en troisièmes noces Eugène comte de Rouerke.
  6. Les dates indiquent les époques entre lesquelles sont compris les actes attribués à chaque degré.
  7. Seulement le comte de Ravensberg, père de Marguerite, s’appelait Otto, et non pas Ewerard.
  8. Celui que Bassompierre place à la Pentecôte, c’est-à-dire au 26 mai.
  9. Ce fut à la fin de juillet que Bassompierre vint à Fontainebleau s’associer au grand jeu de Pimentel, qui se continua en août à Monceaux.
  10. Inventaire fait apres le deceds de Mr le mareschal de Bassompierre le 15e octobre 1646 et autres jours suivants par les notaires et garde-nottes du Roy nostre sire au Châtelet de Paris, soussignés, Lesemelier et Lecat.
  11. M. de Bassompierre.
  12. La reine.
  13. Le marquis d’Ancre.
  14. Le duc de Guise.
  15. M. de Villeroy.
  16. Diverses pièces pour la défense de la reine mère du roi très-chrétien, faites et revues par messire Mathurin de Morgues.