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Chez l'auteur (p. 41).

Les lis


Un soir de juillet infiniment doux. Le jardin est un tapis de roses mais au-dessus de leur parfum flotte l’arôme grisant des lis dont la blancheur luit dans la nuit qui tombe, dont les fleurs sont comme les pâles et lointaines étoiles qui s’allument au ciel. Invinciblement me revient à la mémoire ce vers de Baudelaire :

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir.

C’est une heure d’un charme unique, une heure qui met un rayonnement dans la vie. Le silence est une caresse et dans l’air tiède et doux, l’arôme des lis est d’une troublante volupté.

Je ne puis me décider à rentrer. Tout de même, comme il se fait tard et que tout le monde dort, je dis bonsoir aux fleurs et me mets au lit, mais la tête à peine posée sur l’oreiller, la nuit m’apporte une odeur chaude, capiteuse et une nuée de troublantes visions entre par la fenêtre ouverte.

Le moment que je vis présentement vaut mieux que bien des existences toutes entières. Je goûte ces minutes d’une façon intense, c’est comme si tout le charme de l’univers entrait en moi.