Chez l'auteur (p. 25-26).

Les lilas


Le beau printemps est revenu. Une fois de plus, la terre a retrouvé sa jeunesse et son charme enivrant. Tout dans la nature enchante les yeux, provoque l’allégresse : les jeunes feuilles d’un vert tendre, la rivière gonflée par mille fossés, qui coule à pleins bords, le chant des oiseaux, les premières fleurs de la saison.

C’est le temps des lilas, la plus belle période du printemps. Partout les lilas sont en fleurs : le long des clôtures, dans les cours, à côté des remises penchées, des laides maisons. À la faveur des chauds rayons du soleil, les grappes mauves se sont ouvertes, elles ravissent le regard et répandent un parfum capiteux. La généreuse nature prodigue ses dons. À côté de ces pitoyables baraques, de ces affreux bâtiments construits par l’homme, elle étale la grâce souveraine des lilas.

L’on va, l’on va, et partout, les lilas s’offrent aux regards, charment le cœur et l’esprit. C’est un perpétuel enchantement. Il en sera ainsi pendant plus de deux semaines.

Sur un côté de mon petit coin de terre, est une haie fleurie, une haie violette, parfumée. Ceux qui ont planté ces lilas sont morts depuis longtemps mais leur geste continue de produire de la beauté. Portant à mes narines un thyrse que je viens de détacher d’une branche, je le respire avec volupté et je suis reconnaissant à celui qui, fervent admirateur des fleurs comme moi, eut l’heureuse idée, la bonne inspiration de confier au sol quelques tiges de ces arbustes. Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement quelques plantes isolées, ce sont de larges touffes de lilas qui, de la route à la rivière, couvertes de grappes mauves, offrent un spectacle de toute beauté.

Chaque jour, des parents, des amis de la ville, moins favorisés que nous, viennent nous voir et repartent quelques heures plus tard contents, heureux, emportant d’énormes gerbes de fleurs qui leur rappelleront pendant quelques jours la modeste maison blanche entourée de lilas.