Histoire naturelle (trad. Littré)/Avertissement

Traduction par Émile Littré.
Dubochet, Le Chevalier et Cie (p. i-ii).

AVERTISSEMENT.

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Le texte que j’ai suivi est celui de l’édition de Lemaire ; et, à son tour ce texte est, à très-peu de chose près, celui de Hardouin. Le travail du savant jésuite est sans contredit le meilleur qui ait été fait sur Pline ; personne n’a eu plus que lui l’intelligence de la phrase de l’écrivain latin, et de plus il a compulsé avec un soin tout particulier les manuscrits qu’il avait à sa disposition. Ce soin même l’a entraîné à quelques erreurs, et lui a fait sacrifier de très bonnes leçons données par les éditions antérieures à de mauvaises leçons fournies par ces manuscrits. J’ai rétabli l’ancien texte là où Hardouin m’a paru s’être trompé. De plus, MM. Sillig et Jan ont publié des remarques sur différents livres de Pline, et en ont corrigé le texte ; j’ai profité de ces corrections. Mais le secours le plus efficace a été la collation du manuscrit de Bamberg. Ce manuscrit, très-ancien et très-précieux, ne contient malheureusement que les six derniers livres de Pline ; mais pour ces livres c’est une mine de corrections et de restitutions très-heureuses, grâce surtout aux savantes notes de M. Jan. C’est lui qui a mis la main sur le manuscrit, et en a reconnu toute l’importance ; c’est lui qui en a fait la collation minutieuse, et qui a montré toutes les ressources qu’on en pouvait tirer. Cette collation se trouve dans le tome V de l’édition de Pline de M. Sillig (Leipsick, 1836, p. 337-507) ; elle a fourni même un fragment qui termine l’ouvrage de Pline, et qui manquait partout ailleurs.

Dans ma traduction je me suis beaucoup aidé des traductions de Poinsinet de Sivry, de Gueroult et de M. Ajasson de Grandsagne ; cependant, tout en usant du secours fourni par mes devanciers, je me suis donné pour tâche de reproduire aussi fidèlement qu’il m’a été possible les traits caractéristiques de mon auteur : je ne me suis écarté d’une exactitude étroite que lorsqu’un besoin indispensable de clarté m’a paru l’exiger.

Dans le courant de la traduction, j’ai mis entre parenthèses, et aussi brièvement que possible, des explications qui rendent plus facile la lecture de Pline ; telles sont la correspondance des dates, la valeur des poids et mesures, et la synonymie des noms d’animaux et de plantes. Pour cette dernière j’ai particulièrement consulté Cuvier en son travail sur la zoologie de Pline, Sprengel, M. Fée, et le livre récent de M. Fraas sur la flore classique. Cela équivaut à un nombre infini de notes. Aussi les notes que j’ai mises à la suite de chaque livre sont-elles très-bornées : une bonne partie en est consacrée à relater les changements que j’ai faits dans le texte, indiquant la leçon de l’édition de Lemaire que je change, et l’autorité d’après laquelle ce changement est effectué. Quelques-unes cependant donnent des explications qui auraient été trop longues pour être mises entre parenthèses dans la traduction. Mais nulle part je ne me suis astreint à signaler en quoi Pline se trompe, et en quoi ses connaissances sont inférieures aux connaissances actuelles ; ceci exigerait non des notes, mais un commentaire, et est en dehors des conditions de mon travail.

Pline a donné la liste des auteurs grecs et latins qu’il a consultés pour composer son Histoire naturelle. Un catalogue de ces auteurs traduit de Hardouin, et çà et là augmenté et rectifié, a été placé à la suite du premier livre, et contient des renseignements très-brefs sur l’époque et les travaux de chaque écrivain.

Un catalogue pareil des artistes dont Pline parle se trouve à la fin de l’ouvrage.

Avec ces secours on n’éprouvera guère, je le pense, de difficultés à lire l’Histoire naturelle de Pline. Tel doit être, à mon sens, le but de toute traduction d’un livre de l’antiquité ; du moins c’est le but que je me suis proposé dans celle-ci.

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