Histoire du Montréal, 1640-1672/33

de l’automne 1670 jusqu’à l’automne 1671 au départ des vaisseaux du canada.


M. de Courcelle ayant beaucoup inspiré de frayeur aux Iroquois comme ils est remarqué dans la relation des pères Jésuites, ils lui amenèrent ici afin de calmer quelque colère qu’il leur avait fait paraître avec raison la nouvelle des captifs qu’ils avaient pris du côté des Putuotamistes, dont messieurs les ecclésiastiques de ce lieu profitèrent parcequ’ils en obtinrent deux filles sous le bon plaisir de monsieur le directeur du Montréal en attendant la venue de M. de Courcelle au Montréal qui fut le printemps suivant, c’est-à-dire environ trois mois après, d’autant que nous étions assez avant dans l’hiver lorsque ces esclaves furent rendus et qu’ils promirent ces deux filles ; M. de Courcelle a ratifié agréablement ce don et ces deux filles sont chez les sœurs de la Congrégation où elles ont appris le langage français et ont été élevées à l’Européenne, en sorte que la grande qui a été baptisée est en état de se marier avec un Français, mais ce qui serait à souhaiter ce seroit qu’on eut un peu moyen de la doter, afin qu’étant à son aise, cela donne exemple aux autres et les animât du désir d’être élevée à la Française ; la plus petite des deux filles dont nous parlons étant enlevée quelque temps après avoir été à la Congrégation par sa mère laquelle l’avait donné conjointement avec les Iroquois, une fille de la Congrégation courant après pour la faire revenir, cet enfant quitta sa mère qui la tenait à bras pour se jetter dans les mains des filles de la Congrégation. Feue Mad. la princesse de Conti a bonne part avec quelques autres personnes de qualité à l’instruction de ces deux filles pour certaine somme de 12 ou 13 cents livres que leur charité avait donné l’automne dernier et qu’on eut soin d’employer selon leur pieuse intention. Au reste si l’eau de vie était bannie de par tous les sauvages, nous aurions des milliers d’exemples de convertis à vous rapporter. «Je ne doute pas que la plupart qui hantent les Français n’embrassassent tons la religion, mais cette liqueur leur est un appas si diabolique qu’il attrape tous les sauvages qui sont proches des Français à l’exception de quelques uns d’entre lesquels sont des Hurons que Dieu conserve quasi miraculeusement. Si un jour on voyait le désordre de la traite des boissons passé, on aurait ici de la satisfaction, mais comme on voit tout périr, par ce malheureux commerce cela donne beaucoup d’affliction à ceux qui sont le plus dans l’intérêt de Dieu, il n’y a quasi rien à faire qu’avec les enfants, les vieilles et les vieillards, les autres regardant l’eau de vie avec une telle avidité, soit qu’ils soient Algonquins, soit qu’ils soient Iroquois, qu’ils ne le peuvent quitter qu’après être ivres à n’en pouvoir plus, enfin, c’est une marchandise dont tout moralement parlant ils font le même usage que le furieux fait de son épée, jugez si selon Dieu on doit la leur distribuer sans discrétion aucune et si celui qui donne et celui qui reçoit ne seront pas égaux au poids de ce redoutable.......... au jour de la mort qui sera bien étrange à tous ceux qui ici journellement contribuent sans se soucier,aussi librement qu’ils font au péché ; pour moi quelques certains casuistes en disent ce qui leur plaira, je ne crois pas que le plus hardi voulut mourrir immédiatement après avoir donné à un sauvage une portion suffisante pour l’enivrer, ce qui est l’enivrer infailliblement et le faire tomber en péché mortel, vu qu’il est écrit : Malheur à celui par qui le scandale arrive ; à cela on me dira, si la traite de boisson ainsi faite n’est pas permise aux gens de bien, il faut qu’ils se résolvent à mourir de faim, de froid et de misère, laissant toutaller à des gens sans conscience qui traitent des liqueurs sans discrétion. Je réponds à cela qu’il est vrai et qu’il leur faut continuer de souffrir jusqu’au tombeau, sans que l’amour de commodité ou du nécessaire leur permette jamais de consentir au péché pour leur intérêt propre ou celui de leur famille, qu’ils doivent tout naturellement sacrifier à Dieu quelque compassion et peine naturelle qu’ils en aient ; mais à ceci, je vas au delà de l’histoire, passons au printemps de cette année où M. de Courcelle étant monté au Montréal reçut les captifs que les Iroquois lui avaient amenés et y attendit les Othaouais, selon la prière qu’ils lui en avaient faite et comme il leur avait promis ; mais comme il jugea qu’ils seraient encore quelque temps auparavant que de venir, il se résolut de profiter du séjour qu’il avait à faire hors de Québec et de monter tout d’un coup sans que personne en fut averti jusqu’au grand lac Nontario sur lequel sont placés les Iroquois, ce qu’il conçut avec beaucoup de prudence et exécuta avec beaucoup de résolution. Si les Iroquois eussent su sa venue comme c’est leur redoutable, ils lui eussent joué peut-être quelque mauvais parti sur les chemins afin d’exécuter leur mauvaise volonté contrôle pays après l’avoir défait ; c’est pourquoi il fit prudemment de ne point découvrir son dessein ; mais il lui fallait autant de vigueur que colle avec laquelle il l’accomplit pour franchir aussi facilement et aussi promptement qu’il fit ces mauvais pas qu’il y a à faire pour aller jusqu’au lieu où il voulait aller ; au reste cette résolution étant considérable pour le pays parce que les Iroquois commençaient à murmurer et nous menacer par entre eux delà guerre, se confiant sur la difficulté de leurs rapides qu’ils croyaient indomptables à nos bateaux pour s’en aller chez eux. Mais M. de Courcelle leur ayant fait voir par expérience en cette occasion comme ils se trompaient, cela les intimida beaucoup et rabatit même tellement leur audace qu’ils firent passer la frayeur que cette entreprise leur donna jusque chez les Européens qui leur sont voisins, lesquels suivant leur rapport appréhendaient l’arrivée de M. de Courcelle avec une multitude de gens de guerre que l’épouvante des Iroquois leur avait fabriqué. Plusieurs personnes de mérite accompagnaient M. le Gouverneur en cette belle entreprise, entre autres M. Perrot, gouverneur du Montréal, lequel pensa périr par un accident de canot, ce qui est assez à craindre dans tant de différents périls, M. de Loubiat, dont chacun sait le mérite, fut aussi de la partie, M. de Varennes, gouverneur des Trois-Rivières, et autres officiers, comme aussi M. Lemoine, M. de la Vallière, M. de Marinentville et autres habitants qui y allaient seulement pour accompagner M. le Gouverneur et lui donner des marques de leur estime et bonne volonté ; Champagne, sergent de la compagnie de M. Perrot y gouverna un bateau plat où il commença pendant le voyage où il eut des peines très considérables et risqua sa vie quantité de fois, donnant des preuves à tout le monde de son courage tant dans les travaux que dans les périls Un prêtre du séminaire de Saint Sulpice eut aussi l’honneur d’accompagner et d’assister M. le Gouverneur avec toute sa troupe dans ce voyage dont je ne dirai pas davantage à cause que les R.R. P.P. Jésuites l’ont écrit en leur relation. Si je l’ai touché après eux, ça a été par une pure obligation, à cause qu’il se trouve à propos dans l’histoire du Montréal que je décris. Passons à l’arrivée des vaisseaux laquelle amène une digne gouvernante au Montréal on la personne de Madame Perrot, à la louange de laquelle nous dirons beaucoup sans nous écarter de ce qui lui est dû, quand nous dirons qu’elle se fait voir on sa manière d’agir pour nièce de M. de Tallon, l’Intendant de ce pays et son oncle. Il n’est pas aisé de juger quelle fut la joie de M. Perrot son mari et celle d’un chacun en ce lieu, quand on y ont les premières nouvelles de son arrivée, ma plume est trop faible pour le pouvoir exprimer, j’aime mieux le laisser à penser à chacun et venir au plus fâcheux point que nous ayons de cette année qui fut la mort de M. Gallinier, très-digne prêtre dont la mémoire est dans une singulière vénération, surtout parmi ses confrères qui soupirent après la bonne odeur de ses vertus. Il est mort de la mort de son lit ; mais auparavant pour secourir le prochain et lui donner ses assistances spirituelles, il a exposé sa vie toutes les fois qu’il y eut ici des alarmes l’espace de 14 ou 15 années, sans se soucier de toutes les cruautés que les Iroquois auraient exercées sur lui, ne demandant pas mieux que de périr dans ses charitables emplois ; nous ajouterons à la porte de ce laborieux soldat de J. C. le départ de M. l’abbé de Quélus rappelé en France pour ses affaires domestiques et de deux autres ecclésiastiques de ce lieu, l’un appelé M. Dalbecq, qui est auprès de M. l’abbé de Quélus, l’autre nommé M. de Gallinée dont nous avons parlé ci-devant.