Histoire du Montréal, 1640-1672/29

De l’automne 1666, jusqu’à l’automne 1667 au départ des vaisseaux du Canada.


Dans la fin de cet automne, M. Frémont, prêtre de cette communauté, se rendit aux Trois-Rivières, afin d’y assister les habitants selon son ministère, mais il fit un voyage fort rude et dangereux, d’autant qu’il fut obligé de descendre fort tard dans une petite barque fort mal provisionnée qui croyait être bientôt rendu, mais qu’un vent contraire fit tromper en son calcul, car elle fut longtemps à se rendre, et par dessus cela, on y souffrit de froid dans le dernier excès, tous les bords du fleuve se glacèrent jusqu’au courant qui, se trouvant moins fort lorsqu’ils furent dans le lac St. Pierre, se gela aussi bien que le reste, si bien qu’il leur fut impossible d’avancer ni de reculer, non plus que d’aller à terre par dessus les glaces à cause qu’elles étaient trop faibles, ce qui réduisait tout le monde dans une extrême anxiété, surtout à cause que l’on avait pas de quoi se couvrir et que l’on manquait de bois pour faire du feu, ce qui eut été insupportable à quelques-uns entre autres pendant la nuit, si M. Frémont ne leur eut donné sa couverte par charitable compassion, d’autant qu’il n’en avait point et qu’il était fort mal vêtu ; après que Dieu les eut tenu assez longtemps en cette épreuve où la diète était jointe aux rigueurs du froid, il fit souffler les vents avec une telle impétuosité, qu’ils firent sortir ce bâtiment du lac et le porta jusqu’à l’autre côte des Trois-Rivières où ayant mis pied à terre ils firent un grand régal par le moyen d’un grand feu qu’ils allumèrent, ce que MM. des Trois-Rivières ayant vu, s’imaginant bien que ce prêtre dont nous venons de parler était dans cette compagnie à cause qu’ils l’attendaient pour leur servir de curé, ils se résolurent d’hasarder le passage pour aller le chercher en canot d’écorce, ce qui réussit fort bien, parce que jamais ils n’eussent pu venir à eux en ce temps-là à cause des grosses glaces qui étaient aux Trois-Rivières. Je ne vous dis point ici ce qu’ils firent étant arrivés aux Trois-Rivières, parceque vous jugerez bien qu’après avoir remercié Dieu, ils ne manquèrent pas de se bien réchauffer et de bien faire voir leur appétit. Quant à ce qui regarde la guerre des Iroquois, nous ne vous parlerons plus de leurs embuscades, car la peur de la précédente campagne les avait tellement effrayés que chaque arbre leur paraissait un Français et qu’ils ne savaient où se mettre ; néanmoins comme on n’était pas informé de leur terreur, on se tenait toujours fort ici sur ses gardes, ce qui donna beaucoup de peine aux ecclésiastiques de ce lieu pour aller visiter le fort Ste. Anne qui était sans prêtre, encore qu’il fut le plus exposé aux ennemis comme étant beaucoup plus avancé que les autres qu’on avait fait depuis la venue des troupes. Mr. de Tracy ayant bien considéré combien il était fâcheux de laisser ce lion sans aucun secours spirituel, écrivit à M. Laurent, le supérieur du séminaire, le priant d’y envoyer un prêtre, il n’y eut personne de cette communauté qui n’estima cette commission fort avantageuse, parcequ’on y devait avoir l’occasion d’y bien souffrir et do beaucoup s’exposer pour Dieu ; cependant Mr. Souard qui devait avoir de la prudence pour tous, ne pouvait pas se résoudre à envoyer nu prêtre dans un temps de guerre où il y allait d’être brûlé vif, sans une escorte considérable, ce fort nouvellement fait était à près de 25 lieues d’ici du côté des ennemis, c’est pour cela que tout demeura en suspens. Mr. Souard voyait bien une lettre de Mr. de Tracy qui lui proposait le secours spirituel de tous ses soldats et officiers qui étaient là dans un état assez pitoyable, maie il n’avait pas songé à donner aucun aide pour y escorter un missionnaire et les officiers de ce lieu ne jugèrent pas à propos de risquer leurs soldats et de leur donner une telle fatigue sans Un commandement absolu de sa part. Cela étant, Mr. Souard se contenta de nommer l’ecclésiastique qu’il jugea à propos devoir aller à Ste. Anne afin de se tenir prêt, s’il s’en trouvait l’occasion : ce qui arriva dans un temps assez fâcheux pour lui quelque temps après ; puisque cet ecclésiastique étant allé à la guerre de l’automne, il lui en avait resté une grosse enflure en forme d’une loupe sur le genou. Or après plusieurs remèdes, il se fit saigner, mais le chirurgien mal à propos lui ayant tiré une furieuse quantité de sang, il s’évanouit entre ses bras, revenant à soi, il vit entrer deux soldats en sa chambre qui le saluèrent et lui dirent qu’ils venaient du fort St. Louis qui est à 4 lieues d’ici, sur le chemin de Ste. Anne, entendant ces paroles, après leur avoir demandé des nouvelles de leur fort, il s’enquit d’eux quand ils s’en voulaient retourner, ils lui répondirent que ce serait le lendemain, à quoi il repartit :—“ Donnez-moi un jour et je partirai avec vous pour Ste. Anne où je ne puis aller si vite à cause d’une terrible saignée qu’on vient de me faire.” Ce délai obtenu et écoulé, il partit avec le congé du supérieur qui fut plus difficile à avoir, accompagné de Messieurs Lebert, Lemoine et Mijeon qui voulurent aller avec lui à St. Louis, il est vrai que dans cette route, ce prêtre qui était nouvellement arrivé de France, trouva bien à qui parler tant pour l’infériorité de son genou que pour les faiblesses que lui avait causées sa saignée, que pour aussi la difficulté des neiges qui étaient pour lors très mauvaises surtout à un nouveau Canadien qui n’avait jamais marché en raquette et qui avait un fardeau sur ses épaules pendant une partie du chemin ; quand il fut à St. Louis on lui refusa de l’escorter 24 heures durant, mais à la fin comme on le vit résolu de partir nonobstant, on lui donna dix hommes dont un enseigne demanda le commandement pour l’amitié qu’il lui portait. La providence est admirable, il ne croit jamais avoir tant souffert que pendant ces 24 heures où il lui eut été impossible de marcher, ce qu’il dissimulait de son mieux, crainte qu’on ne lui fit encore plus de difficultés à lui donner de l’escorte et sans qu’on sut son mal on lui donna du temps pour se reposer, après quoi on lui donna ce monde et il partit, quoiqu’il eut ordre de son supérieur de ne pas passer outre qu’il n’eut 25 ou 30 hommes, parcequ’il est vrai qu’il avait un tort pressentiment des misères que nous verrons qu’il trouva au fort Ste. Anne lors de son arrivée ; y allant, il ne trouva rien autre chose de remarquable si ce n’est la difficulté des glaces qui le mit beaucoup en péril et même une fois,on croyait un soldat perdu parceque la glace ayant rompu sous lui et s’étant retenu avec son fusil sans couler tout-à-fait à fond, il ne pouvait remonter sur la glace à cause de ses raquettes qu’il avait aux pieds : l’ecclésiastique le voyant en si proche et manifeste péril pour l’amour de lui crut qu’il se devait hasarder pour le tirer de là, ce qu’il fit ; après s’être armé du signe de la croix, il alla à lui et le prit par les bras, mais cet homme étant si pesant et embarassé avec ses raquettes qu’il ne le pouvait tirer qu’à demi ; c’est pourquoi il demanda du secours, mais personne n’était d’humeur à lui aider en cette rencontre sans que ayant assuré M. Darienne qui était l’enseigne dont nous avons parlé, que la glace était fort bonne sur le bord du trou, il vint lui-même n’osant pas faire de commandement à personne, étant venus, ils tirèrent tous deux ce grand corps et l’allèrent faire chauffer au plus vite remerciant Dieu de l’avoir tiré de là. Mais passons outre et approchons du fort Ste. Anne, car on y crie déjà depuis plusieurs jours et on y appelle un prêtre, déjà deux soldats sont morts sans ce secours et l’un d’eux en a demandé un huit jours entiers sans l’avoir pu obtenir, mourant dans ce regret ; plusieurs moribonds jettaient vers le ciel la même clameur, lorsqu’à ce moment, il leur en envoya un pour les assister. Ces soupirs, ces attentes et ces désirs firent que tant loin qu’on le vit sur le lac Champlain qui environnait ce fort, on alla donner l’avis à M. Lamothe qui commandait ce lieu là ; lui sachant cette nouvelle sortit incontinent avec Messieurs les officiers et les soldats qui n’étaient pas absolument nécessaires pour la garde du fort, allant tous avec une joie indicible au devant de lui, l’embrassant avec une affection si tendre qu’il ne peut s’exprimer, tous lui disaient : “ Soyez le bienvenu, que n’êtes vous venu encore un peu plus tôt, que vous étiez souhaité par deux soldats qui viennent de mourir, que vous allez apporter de joie à tous nos malades, que la nouvelle de votre arrivée les réjouit, que nous vous avons d’obligation.” Comme on lui faisait ces compliments, l’un le déchargeait de son sac, l’autre lui enlevait sa chapelle, et enfin l’avant mis dans un état plus commode, on le mena au fort où après quelques prières faites, il visita quantité de malades dans leurs cabanes, ensuite de quoi, il alla se rafraîchir avec Mrs. Lamothe et Durantaye et tous messieurs les officiers subalternes ; au reste, il était temps d’arriver, car de 60 soldats qui étaient dans ce fort, en peu il s’en trouva 40 attaqués du mal de terre tout à la fois : maladie qui les infecte tellement et les mettait dans un si pitoyable état qu’on ne savait qui en réchapperait tant ils étaient grandement malades, même on appréhendait que ceux qui restaient encore sains ne fussent saisis de ce mal contagieux, surtout à cause qu’ils n’avaient aucuns légumes, qu’ils n’avaient que du pain et du lard et que même leur pain était mauvais à cause que leur farine s’était corrompue sur la mer. Ce qui leur causa toutes ces disgrâces à l’égard des vivres, ce fut que jusqu’à la fin de l’automne, on avait résolu d’abandonner ce lieu qu’on ne pensa à garder que dans un temps où l’approche de l’hiver réduisit M. l’intendant, nonobstant tous ses soins, à l’impossibilité de le mieux ravitailler, ce qui obligea un chacun de se contenter de la subsistance qu’on y put jetter en ce peu de temps qu’il y eut. Or malheureusement, il leur échut de la farine gâtée et de l’eau-de-vie que les matelots avaient remplie d’eau de mer en la traversée de France, ils avaient en outre cela une barrique de vinaigre laquelle eut été excellente pour leur mal, mais malheureusement, elle coula et se perdit entièrement, enfin tout était en un si pitoyable état que tout eut péri sans que M. de Lamothe voulant tout tenter afin de sauver la vie à un de ses cadets, l’envoya au Montréal avec quelques hommes qui en revinrent chargés, parceque M. Souard et Mlle. Mance appréhendant surtout la mort de cet ecclésiastique qui était à Ste. Anne, lui envoyèrent plusieurs traines chargées de tous les rafraîchissements possibles ; comme pourpier, salé, oignons, poules et chapons avec une quantité de pruneaux de Tours ; M. de Lamothe voyant entrer toutes ces provisions dans son fort et que ses amis lui en avaient envoyé fort peu pour n’en avoir pas pu trouver, il pensa y avoir une petite querelle entre lui et son missionnaire, il est vrai que comme ils étaient bons amis elle ne fut pas sanglante, il disait à cet ecclésiastique : “ puisque nous mangeons ensemble, il faut que cela vienne chez moi.” L’ecclésiastique répondit : “ Je travaille assez pour les soldats, le roi me nourrira bien, quant à mes provisions je n’y goûterai pas, elles seront toutes pour nos malades, car je me porte assez bien pour m’en passer.” Cela dit, il fit entrer cependant tout ce qui était venu dans sa chambre et il commença à donner tous les matins des bouillons qu’il faisait à tous les malades, sur lequel il mettait un petit morceau de lard avec un morceau de volaille. Le soir, il donnait à chacun 12 ou 15 pruneaux qu’il faisait cuire, ce qui a sauvé la vie à quantité de soldats ; parceque cela les faisant vivre plus longtemps on les transférait au Montréal successivement sur des traînes, ce qui était l’unique moyen de les guérir, parceque l’air était si infesté à Ste. Anne qu’il n’en réchappa pas un de ceux auxquels on ne put faire faire le voyage ; ces maladies duraient des trois mois entiers ; ils étaient des huit jours à l’agonie, la puanteur en était si grande que même il s’en trouvait dont l’infection s’en ressentait quasi jusqu’au milieu du fort, encore qu’ils fussent bien enfermés dans leurs chambres ; ces moribonds étaient si abandonnés que personne ne les osait quasi approcher hormis l’ecclésiastique et un nommé Forestier, chirurgien, lequel fit fort bien et n’aurait pas manqué de récompense si on avait bien su la charité avec laquelle il s’exposa, qui fut jusqu’au point qu’on ne croyait pas qu’il en réchappât, l’ecclésiastique qui était toujours auprès des malades a rendu ce témoignage de lui, qui est que jamais il ne l’a appelé soit de jour, soit de nuit, qu’il n’ait été fort prompt à venir, il est vrai que sur la fin, voyant qu’il était trop abattu, craignant qu’il ne demeurât tout-à-fait, et l’appelait le moins qu’il pouvait. Les malades se voyant dans ce délaissement trouvèrent un moyen admirable afin d’avoir quelques camarades à les aider ; pour cela, ils s’avisèrent de faire de grands testaments comme s’ils eussent été bien riches, disant : “Je donne tant à un tel à cause qu’il m’assiste dans cette dernière maladie, dans l’abandon où je suis.” Tous les jours on voyait de ces testaments ; et chacun de ceux qui étaient plus éclairés riaient de l’invention de ces pauvres gens qui n’avaient pas un sol dans ce monde et ne laissaient pas de se servir utilement de ces biens imaginaires. Ce qu’on peut dire de toutes ces misères est que si le corps y était abattu, l’esprit y avait de la satisfaction à cause de la sainte vie que l’on commença à mener dans ce lieu, les soldats vivaient sains et malades comme s’ils eussent communié tous les jours,aussi le faisaient-ils très souvent,les messes. et les prières étaient réglées, et chacun était soigneux de s’y rendre, les jurements et les paroles moins honnêtes ne s’y entendaient quasi point du tout, la piété y était si grande que le missionnaire qui y servait s’en trouvait abondamment payé de ses peines, il assista à la mort 11 de ces soldats, assurément aussi bien disposés qu’on le pouvait souhaiter. Tous les voyages du Montréal lui apportaient de nouveaux rafraîchissements qui le rendait bon orateur auprès de ses malades, s’il n’était pas dans leur chambre ou bien dans la sienne à prendre un peu de repos, il était obligé pour éviter le mal, d’aller entre les bastions du fort où la neige était battue prendre l’air et faire des courses afin d’éviter le mal dont il se ressentait un peu, ce qui l’aurait fait prendre pour fou si on l’avait vu et on n’aurait pas su combien un exercice aussi violent était nécessaire pour préserver de ce mal ; il est vrai que cela était plaisant de voir réciter un bréviaire à la course, mais comme il n’avait point d’autre temps, il croyait bien employer celui-ci à dire son office, sans que messieurs les casuistes y puissent trouver à redire, si sa chambre eut été plus commode, il l’eut fait dedans avec plus de bienséance, mais c’était un bouge si étroit, si petit et si noir que le soleil n’y entra peut-être jamais et d’un si bas étage qu’il ne s’y put tenir debout. Un jour M. de Lamothe se voyant avec si peu de monde, pour combattre et si avancé vers les ennemis, il dit en riant à son missionnnaire : “—Voyez, monsieur, je ne me rendrai jamais, je vous donnerai un bastion à garder ; ” Cet ecclésiastique afin de rendre le change à sa raillerie lui dit : “ M. ma compagnie est composée de malades dont le frater est le lieutenant, faites moi préparer des civières roulantes, nous les conduirons dans le bastion que vous nous direz, ils sont braves maintenant, ils ne s’enfuiront pas comme ils ont fait de votre compagnie et de celle de M. de la Durantaye dont ils ont déserté pour venir à la mienne.” Après ces railleries, on se vit dans la croyance que nous allions être attaqués, mais heureusement c’était des ambassadeurs Iroquois qui venaient demander la paix, accompagnés de quelques Français qu’ils ramenaient de leur pays, aussitôt que l’on les vit, on fit faire grand feu par toutes les cabanes afin de leur faire accroire qu’il y avait du monde partout, étant venu au fort, on ferma toutes les cabanes afin de leur faire croire qu’elles étaient pleines de monde ; outre cela on leur dit que c’était merveille qu’ils n’avaient pas été tués à venir jusqu’à ce lieu, d’autant qu’il y avait de tous côtés des soldats en parti, ce qu’ils crurent par après très-véritable, à cause que s’en allant de là au Montréal, ils trouveront une troupe de convalescents qui en venaient au nombre de 14 ou 15, qui visèrent sur eux le fusil bandé jusqu’à brûle-pourpoint, ils les eurent tirés, sans que le Batara Flamand qui est un célèbre entre les Iroquois, cria à un Français lequel étant derrière de parler promptement, ce Français ayant dit : “ Ne tirez pas camarades, ils viennent en paix.” Alors les convalescents cessèrent de les tenir couchés en joue et s’approchèrent comme amis ; ce qui fit bien plaisir à messieurs les Iroquois. Ce que nous avons encore à remarquer du fort St. Anne, au sujet du Montréal, est que si l’ecclésiastique du Montréal n’y était allé en ce temps-là, on n’aurait pas du moins sitôt tenté le voyage du Montréal, parcequ’on ne le croyait pas sitôt possible à cause des glaces, ce qui aurait causé la mort à bien des gens qui seraient morts sans confession ; je dois dire outre ceci que l’hôpital du Montréal s’est signalé par une confusion de malades qu’il a reçu de celui-là, auquel il a rendu tant de services en cette maladie qu’il en mérite trop de louanges pour n’en pas parler, comme aussi de la quantité de malades et de blessés qu’il reçut tout l’an dernier des forts de St. Louis et de St. Jean, sans omettre ceux de cette petite armée de M. de Courcelle qui trouva heureusement ce lieu à son retour pour ses malades et blessés, après cette terrible guerre de l’hiver que nous avons oublié de dire en son lieu. Nous n’avons rien à dire du voyage que fit M. de Tracy cette année en l’Ile du Montréal, parcequ’il ne s’y passa rien d’extraordinaire, de telles courses n’étaient pas surprenantes à M. de Tracy qui en a beaucoup entrepris de semblables pour le service du Roi qui l’obligea de se transporter en ce lieu, afin de se faire connaître aux sauvages, comme étant le lieu le plus avancé du fleuve et où ils se rendent plus communément. M. Tallon y monta aussi dans le même temps tant pour le même sujet que pour y exercer, en qualité d’intendant,toutes les fonctions que le service du Roi pouvait exiger de sa personne, lequel fit à l’édification et à la satisfaction de tout le public, qui le vit marcher de maison en maison suivant les côtes de cette Ile, afin de voir jusqu’au plus pauvre, si tous étaient traités selon la justice et l’équité, et si la nécessité de quelques uns n’exigeait point la participation de ses libéralités et aumônes, de quoi il s’est dignement acquitté. Nous ne devons pas oublier en cette année le passage de M. Souart en France, qui y alla exprès pour chercher des ouvriers évangéliques, parceque le nombre en était trop petit pour des nations d’une aussi vaste étendue.