Histoire du Montréal, 1640-1672/11

de l’automne 1648 jusqu’à l’automne 1649, au départ des navires du canada.


La plupart des Iroquois furent tous occupés cette année à harceler les Hurons et les réduire aux abois dans leur propre pays ; nous ne fumes travaillés ici que par de petits partis dont on vint facilement à son honneur par la prudence de M. de Maison-Neufve et la générosité des braves Montréalistes qu’il commandait. Le printemps arrivé, M. d’Aillebout envoya ici M. de …… son neveu, avec 40 hommes qu’il commandait sous le nom de camp volant, afin d’y aider à y repousser des ennemis, ce qui fut plus aisé que de les battre, car aussitôt qu’ils entendaient le bruit des rames de ses chaloupes, ils s’enfuyaient avec une telle vitesse qu’il n’était pas facile de les attraper et de les joindre ; ce renfort encouragea beaucoup les nôtres aussitôt qu’il parut, à quoi contribua beaucoup le nom et la qualité de celui qui le commandait, si l’on avait eu l’expérience que l’on a aujourd’hui avec la connaissance que nous avons présentement de leur pays, 40 bons hommes bien commandés, se seraient acquis beaucoup de gloire, auraient rendu des services très-signalés au pays et auraient retenu nos ennemis dans une grande crainte parles coups qu’ils auraient faits sur eux ; mais nous n’avions pas les lumières que nous avons aujourd’hui, et nous étions moins habiles à la navigation du canot qui est l’unique dont on doit user contre ces gens-là, que nous ne sommes maintenant.

L’été étant venu, Mlle Mance descendit à Québec, pour y recevoir les nouvelles de France, lesquelles lui furent fort tristes, car premièrement, elle apprit la mort du R. P. Rapin, son pieux ami et charitable protecteur auprez de sa pieuse fondatrice. Deuxièmement que la compagnie du Montréal était quasi toute dissipée ; en troisième lieu, que ce bon M. de la Doversière était si mal dans ses affaires qu’il avait quasi fait banqueroute, même qu’on l’avait laissé si mal qu’il était en danger de mort et qu’on était sur le point de lui saisir tout sou bien. Mlle Mance, frappée de ces trois coups de massue en la personne du R. P. Rapin qui lui faisait avoir tous les besoins de sa dame, en la personne de M. de la Doversière, qui depuis 1641 qu’elle fut uni à la compagnie, recevait tous ses effets et gérait toutes ses affaires de France, enfin, en la personne de tous les associés dont la désunion faisait l’entière destruction de leur commerce ; elle fut bien abattue, mais enfin, s’étant remise et abandonnée entre les mains de Notre Seigneur, éclairée de son divin esprit, elle crut qu’elle devait passer en France, comme sa chère fondatrice vivait encore, afin de lui rendre compte de toutes choses et faire ensuite tout ce qu’il lui plairait ; afin qu’elle n’eut le mécontentement de tout voir renverser dans cet ouvrage, et que l’œuvre de Dieu ne se trouva détruit, elle médita les moyens de joindre tous les membres de la compagnie du Montréal et pensa à leur faire faire quelqu’acte public qui cimenta mieux leur union, si elle y pouvait parvenir, parce que, de là, elle prévoyait bien clairement que dépendrait non-seulement l’hôpital, mais encore la subsistance de tout le Montréal, et même de tout le Canada qui ayant perdu ce boulevard avait bien la mine de périr, car enfin, tout ce pays pour lors était fort épouvanté, surtout par les cruautés et entières destructions des Hurons, lesquels menaçaient ensuite généralement tous les Français d’encourir la même disgrâce et de suivre le même traitement. Mlle Mance considérant ces choses, résolut de s’embarquer au plus tôt pour la France, où M. de Maison-Neufve et tous ceux du Montréal l’accompagnèrent de leurs vœux.