Histoire du Montréal, 1640-1672/07

de l’automne 1644 jusqu’à l’automne 1645 au départ des navires du canada.


Au commencement de cette année, il y eut diverses attaques où Dieu fut toujours très-favorable aux Montréalistes ; de vous dire combien ils ont tué d’ennemis, on ne le peut faire, tant ces barbares sont soigneux à cacher leurs morts et de les enlever ; mais je vous dirais bien une assez plaisante rencontre où il n’y eut point de sang répandu, ce qui arriva de la sorte : une partie de ces barbares étant venue pour faire quelque coup, et un de leurs découvreurs ayant apperçu que tous les travailleurs s’étaient retirés dans un instant, au son de la cloche qui les appelait pour diner, il s’avança et monta dans un arbre fort épais et fourni de branches, tout propre à se bien cacher, et bien découvrir quand quelqu’un reviendrait. Après le diner, la cloche ayant sonné, ils virent que tous revenaient au travail, en même temps ce que regardant de tous côtés, il attendit pour voir le quartier qui serait le plus aisé à surprendre, mais par malheur pour lui, on vint placer un corps de garde sous l’arbre où il était niché. Jamais il n’osa faire connaître sa voix, il est vrai que cela lui était pardonnable, parcequ’il avait une grosse fièvre qui lui dura tout autant que cet arbre fut investi si on eut aperçu ce corbeau au milieu de ces branches, il eut fait le saut périlleux, mais on ne le vit ni on ne l’entendit aucunement ; ce que l’on sait, c’est seulement par son rapport et celui de ses camarades ; venons aux navires et disons qu’ils nous apportèrent cet été de très-fâcheuses nouvelles, et à M. de Maison-Neufve surtout qui sut la mort de son père, ce qui l’obligea de repasser en France pour les affaires de sa maison à laquelle il fallait qu’il alla donner ordre ; il ne voulut point partir sans renvoyer auparavant en France le sieur de la Barre qu’il avait reconnu pour n’avoir rien de saint que son chapelet et sa mine trompeuse ; qu’ici le départ de Monsieur de Maison Neufve affligea beaucoup tous ceux d’ici qui le regardaient comme leur père. Mlle Mance reçut une lettre de son côté bien consolante, d’autant que sa Dame lui mandait en propres termes pour répondre à sa lettre. J’ai plus d’envie de vous donner les choses nécessaires que vous n’avez de les demander, pour cela, j’ai mis 20 000 francs entre les mains de la compagnie de Montréal pour vous les mettre en rente afin que vous serviez les pauvres sans leur être à charge, d’outre cela, je vous envoie 20 000 livres cette année. » La bonne Dame, qu’elle était admirable en ses charités, elle savait bien que l’aumône a de grandes lettres de change pour l’autre vie, puisqu’elle l’a fait si largement, jugez combien cette vénérable fondatrice inconnue à tous, hormis à Mlle Mance et au Père Bazin, était agréable à Dieu et consolait fortement cette demoiselle qu’elle avait fait ici administratrice de son hôpital. Mais laissons cette bonne Dame et finissons cette année par M. de Maison-Neufve, lequel en partant pour la France laissa le gouvernement de son cher Montréal à M. d’Ailleboutz, auquel il le recommanda plus que s’il eut été un autre soi-même.