Ouvrir le menu principal

Hetzel (p. 48-61).
◄  V
VII  ►

CHAPITRE VI


QUI ENGAGE LE LECTEUR À SUIVRE LE CAPITAINE SERVADAC PENDANT SA PREMIÈRE EXCURSION SUR SON NOUVEAU DOMAINE.


Le caractère aventureux du capitaine Servadac étant donné, on accordera sans peine qu’il ne se montrât point définitivement abasourdi de tant d’événements extraordinaires. Seulement, moins indifférent que Ben-Zouf, il aimait assez à savoir le pourquoi des choses. L’effet lui importait peu, mais à cette condition que la cause lui fût connue. À l’entendre, être tué par un boulet de canon n’était rien, du moment que l’on savait en vertu de quelles lois de balistique et par quelle trajectoire il vous arrivait en pleine poitrine. Telle était sa manière d’envisager les faits de ce monde. Aussi, après s’être préoccupé, autant que le comportait son tempérament, des conséquences du phénomène qui s’était produit, il ne songeait plus guère qu’à en découvrir la cause.

« Pardieu ! s’écria-t-il, au moment où la nuit se faisait subitement, il faudra voir cela au grand jour… en admettant que le jour, grand ou petit, revienne, car je veux qu’un loup me croque si je sais où s’en est allé le soleil !

— Mon capitaine, dit alors Ben-Zouf, sans vous commander, que faisons-nous maintenant ?

— Nous restons ici, et demain, s’il y a un demain, nous reviendrons au gourbi, après avoir reconnu la côte à l’ouest et au sud. Le plus important est de savoir où nous sommes et où nous en sommes, à défaut de pouvoir nous rendre compte de ce qui s’est passé par là-bas. Donc, après avoir suivi la côte à l’ouest et au sud…

— S’il y a une côte, fit observer l’ordonnance.

— Et s’il y a un sud ! répondit le capitaine Servadac.

— Alors on peut dormir ?

— Oui, si on le peut ! »

Et sur cette autorisation, Ben-Zouf, que tant d’incidents ne pouvaient émouvoir, se blottit dans une anfractuosité du littoral, mit ses deux poings sur ses yeux et s’endormit du sommeil de l’ignorant, qui est quelquefois plus profond que celui du juste.

Le capitaine Servadac, lui, alla errer sur le rivage de la nouvelle mer, au milieu d’un fourmillement de points d’interrogation qui s’entrecroisaient devant ses yeux.

Et d’abord, quelle pouvait être l’importance de la catastrophe ? S’était-elle exercée sur une portion restreinte de l’Afrique ? Alger, Oran, Mostaganem, ces villes si voisines cependant, avaient-elles été épargnées ? Hector Servadac devait-il croire que ses amis, ses camarades de la subdivision, étaient présentement engloutis avec les nombreux habitants de cette côte, ou que la Méditerranée, déplacée par une commotion quelconque, avait seulement envahi cette partie du territoire algérien par l’embouchure du Chéliff ? Cela expliquait bien, dans une certaine mesure, la disparition du fleuve. Mais les autres faits cosmiques, cela ne les expliquait pas du tout.

Autre hypothèse. Fallait-il admettre que le littoral africain avait été soudain reporté jusqu’à la zone équatoriale ? Cela expliquait à la fois et le nouvel arc diurne décrit par le soleil et l’absence totale de crépuscule, mais non pas pourquoi des jours de six heures remplaçaient ceux de douze, ni comment il se faisait que le soleil se levait à l’ouest et se couchait à l’est !

« Et il est pourtant bien certain, se répétait le capitaine Servadac, que nous n’avons eu aujourd’hui que six heures de jour, et que les points cardinaux sont changés cap pour cap, comme dirait un marin, du moins en ce qui concerne le levant et le couchant ! Enfin, nous verrons demain, quand le soleil reviendra, — s’il revient ! »

Le capitaine Servadac était devenu très-méfiant.

Il était vraiment fâcheux que le ciel fût couvert et que le firmament ne montrât pas son habituel étincellement d’étoiles. Bien que peu savant en cosmographie, Hector Servadac n’était pas sans connaître les principales constellations. Il aurait donc vu si la polaire était toujours à sa place, ou si, au contraire, quelque autre étoile ne la remplaçait pas, — ce qui eût irréfutablement prouvé que le globe terrestre tournait sur un nouvel axe, et peut-être en sens inverse, ce qui eût déjà donné la raison de bien des choses. Mais aucune trouée ne se fit dans ces nuages qui semblaient être assez denses pour contenir un déluge, et pas une étoile ne s’offrit aux yeux de l’observateur désappointé.

Quant à la lune, il ne fallait pas l’attendre, car elle était précisément nouvelle à cette époque du mois, et, par conséquent, elle avait disparu avec le soleil au-dessous de l’horizon.

Quelle fut donc la surprise du capitaine Servadac, lorsque, après une heure et demie de promenade, il aperçut au-dessus de l’horizon une forte lueur dont les rayons se tamisaient à travers le rideau de nuages.

« La lune ! s’écria-t-il. Mais non, ce ne peut être elle ! Est-ce que, par hasard, la chaste Diane ferait aussi des siennes et se lèverait dans l’ouest ? Non ! ce n’est pas la lune ! Elle ne produirait pas une lumière aussi intense, à moins qu’elle ne se fût singulièrement rapprochée de la terre. »

En effet, la lumière développée par cet astre, quel qu’il fût, était si considérable, qu’elle traversa l’écran des vapeurs, et un véritable demi-jour se répandit sur la campagne.

« Serait-ce donc le soleil ? se demanda l’officier. Mais il n’y a pas cent minutes qu’il s’est couché dans l’est ! Et pourtant, si ce n’est ni le soleil ni la lune, qu’est-ce donc ? Quelque monstrueux bolide ? Ah ! mille diables ! ces satanés nuages ne s’entr’ouvriront donc pas ? »

Puis, faisant un retour sur lui-même :

« Je vous demande un peu, se dit-il, si je n’aurais pas mieux fait d’employer une partie du temps que j’ai si sottement perdu, à apprendre l’astronomie ! Qui sait ? C’est peut-être très-simple tout ce que je me casse la tête à vouloir comprendre maintenant ! »

Les mystères de ce nouveau ciel restèrent impénétrables. L’énorme lueur, évidemment projetée par un disque éblouissant, de dimension gigantesque, inonda de ses rayons le dôme supérieur des nuages pendant une heure environ. Puis, — particularité non moins surprenante, — le disque, au lieu de décrire un arc, comme tout astre fidèle aux lois de la mécanique céleste, au lieu de redescendre sur l’horizon opposé, sembla s’éloigner suivant une ligne perpendiculaire au plan de l’équateur, entraînant avec lui ce demi-jour, si doux à l’œil, qui imprégnait vaguement l’atmosphère.

Tout rentra donc dans l’obscurité, et le cerveau du capitaine Servadac n’échappa point à cet assombrissement général. Le capitaine n’y comprenait absolument rien. Les règles les plus élémentaires de la mécanique étaient enfreintes, la sphère céleste ressemblait à une horloge dont le grand ressort vient de s’affoler subitement, les planètes manquaient à toutes les lois de la gravitation, et il n’existait plus aucune raison de penser que le soleil dût reparaître jamais sur un horizon quelconque de ce globe.

Trois heures après, cependant, l’astre du jour, sans aube à son lever, revenait à l’ouest, la lumière matinale blanchissait l’amas des nuées, le jour succédait à la nuit, et le capitaine Servadac, consultant sa montre, notait que cette nuit avait duré exactement six heures.

Six heures ne pouvaient faire le compte de Ben-Zouf. Il fallut donc réveiller l’intrépide dormeur.

Hector Servadac le secoua sans plus de façon.

« Allons ! lève-toi, et en route ! lui cria-t-il.

— Eh, mon capitaine ! répondit Ben-Zouf en se frottant les yeux, il me semble que je n’ai pas mon compte ! C’est à peine si je commence à m’endormir !

— Tu as dormi toute la nuit !

— Une nuit, ça !…

— Une nuit de six heures, mais il faudra bien t’y faire !

— On s’y fera.

— En route. Pas de temps à perdre. Retournons au gourbi par le plus court, et voyons ce que sont devenus nos chevaux et ce qu’ils pensent de tout cela !

— Ils pensent, sans doute, répondit l’ordonnance, qui ne répugnait pas au calembour, que je ne les ai guère « pansés » depuis hier. Aussi, je vais leur faire une toilette complète, mon capitaine !

— C’est bon, c’est bon ! mais tu feras vite, et, dès qu’ils seront sellés, nous opérerons une reconnaissance. C’est bien le moins que nous sachions ce qui reste de l’Algérie !

— Et puis ?...

— Et puis, si nous ne pouvons gagner Mostaganem par le sud, nous nous rabattrons sur Tenez par l’est. »

Le capitaine Servadac et son ordonnance reprirent le sentier des falaises, pour revenir au gourbi. Comme ils se sentaient grand appétit, ils ne se firent pas faute de cueillir, chemin faisant, figues, dattes et oranges qui pendaient à portée de leur main. Sur cette partie du territoire, absolument déserte, dont de nouvelles plantations avaient fait un riche et vaste verger, ils n’avaient à craindre aucun procès-verbal.

Une heure et demie après avoir quitté ce rivage qui avait été la rive droite du Chéliff, ils arrivaient au gourbi. Là, ils retrouvèrent les choses dans l’état où ils les avaient laissées. Personne, évidemment, n’était venu en cet endroit pendant leur absence, et la partie est du territoire semblait être aussi déserte que cette partie ouest qu’ils venaient de parcourir.

Les préparatifs de départ furent lestement faits. Quelques biscuits et des conserves de gibier emplirent la musette de Ben-Zouf. Quant à la boisson, l’eau ne manquait pas. De nombreux et limpides ruisseaux coulaient à travers la plaine, Ces anciens affluents d’un fleuve, devenus fleuves à leur tour, étaient maintenant tributaires de la Méditerranée.

Zéphyr — c’était le cheval du capitaine Servadac — et Galette (un souvenir du moulin de Montmartre) — c’était la jument de Ben-Zouf — furent harnachés en un tour de main. Les deux cavaliers se mirent rapidement en selle, et les voilà galopant vers le Chéliff.

Mais si eux-mêmes avaient déjà ressenti les effets de la diminution de la pesanteur, si leur force musculaire leur avait paru au moins quintuplée, les deux chevaux subirent dans la même proportion les mêmes modifications physiques. Ce n’étaient plus de simples quadrupèdes. Véritables hippogriffes, c’est à peine si leurs pieds touchaient le sol. Fort heureusement, Hector Servadac et Ben-Zouf étaient bons cavaliers, et, rendant la main, ils excitèrent plutôt qu’ils ne retinrent leurs montures.

En vingt minutes, les huit kilomètres qui séparaient le gourbi de l’embouchure du Chéliff furent franchis, et, prenant une allure plus modérée, les deux chevaux commencèrent à descendre vers le sud-est, en suivant l’ancienne rive droite du fleuve.

Ce littoral avait gardé l’aspect qui le caractérisait, lorsqu’il ne formait qu’une simple berge du Chéliff. Seulement, toute l’autre partie riveraine, on se le rappelle, avait disparu, et elle était remplacée par un horizon de mer. Ainsi donc, au moins jusqu’à la limite tracée par cet horizon, toute cette portion de la province d’Oran, en avant de Mostaganem, devait avoir été engloutie pendant la nuit du 31 décembre au 1er janvier.

Le capitaine Servadac connaissait parfaitement ce territoire, qu’il avait exploré. Il en avait fait autrefois la triangulation, et il pouvait s’orienter avec une exactitude parfaite. Son but, après l’avoir reconnu sur la plus grande étendue possible, était de faire un rapport qu’il adresserait… où, à qui et quand ? il l’ignorait.

Pendant les quatre heures de jour qui restaient, les deux cavaliers firent environ trente-cinq kilomètres depuis l’embouchure du Chéliff. La nuit venue, ils campèrent près d’un léger coude de ce qui avait été le fleuve, et devant lequel, la veille encore, se déversaient les eaux d’un affluent de sa rive gauche, la Mina, maintenant absorbée par la nouvelle mer.

Pendant cette excursion, on n’avait pas rencontré âme qui vive, ce qui ne laissait pas d’être surprenant.

Ben-Zouf organisa la couchée tant bien que mal. Les chevaux furent entravés et purent paître à loisir l’herbe épaisse qui tapissait la berge. La nuit se passa sans incident.

Le lendemain, 2 janvier, c’est-à-dire au moment où aurait dû commencer la nuit du 1er au 2 janvier suivant l’ancien calendrier terrestre, le capitaine Servadac et son ordonnance, remontant à cheval, continuèrent l’exploration du littoral. Partis au lever du soleil, ils franchirent pendant les six heures de jour une distance de soixante-dix kilomètres.

La délimitation du territoire était toujours formée par l’ancienne rive droite du fleuve. Seulement, à vingt kilomètres environ de la Mina, une portion importante de la rive avait disparu, et, avec elle, s’étaient engloutis l’annexe de Surkelmittou et les huit cents habitants qu’elle renfermait. Et qui sait si tel n’avait pas été le sort d’autres villes plus considérables de cette partie de l’Algérie, située au delà du Chéliff, telles que Mazagran, Mostaganem, Orléansville ?

Après avoir contourné la petite baie créée nouvellement par la rupture de la rive, le capitaine Servadac retrouva la berge du fleuve, précisément en face de la place qu’aurait dû occuper la commune mixte d’Ammi-Moussa, l’ancienne Khamis des Béni-Ouragh. Mais il ne restait pas un seul vestige de ce chef-lieu de cercle, ni même du pic de Mankoura, haut de onze cent vingt-six mètres, en avant duquel il était bâti.

Ce soir-là, les deux explorateurs campèrent à un angle qui, de ce côté, terminait brusquement leur nouveau domaine. C’était presque à l’endroit où aurait dû se trouver l’importante bourgade de Mémounturroy, dont il n’y avait plus aucune trace.

« Et moi qui comptais, ce soir, souper et coucher à Orléansville ! dit le capitaine Servadac, en considérant la sombre mer, étendue alors devant ses yeux.

— Impossible, mon capitaine, répondit Ben-Zouf, à moins d’y aller en bateau !

— Sais-tu bien, Ben-Zouf, que, tous les deux, nous avons eu une fière chance !

— Bon, mon capitaine ! C’est notre habitude ! Et vous verrez que nous trouverons le moyen de traverser cette mer pour aller flâner du côté de Mostaganem !

— Hum ! si nous sommes sur une presqu’île, ce qu’il faut espérer, c’est plutôt à Tenez que nous irons chercher des nouvelles !...

— Ou en donner, » répondit fort judicieusement Ben-Zouf.

Au retour du soleil, six heures plus tard, le capitaine Servadac pouvait examiner la nouvelle conformation du territoire.

Du point où il avait campé pendant la nuit, le littoral courait maintenant sud et nord. Ce n’était plus une rive naturelle, ainsi que l’était autrefois celle du Chéliff. Une brisure, nouvellement faite, délimitait là l’ancienne plaine. À cet angle manquait, on l’a dit, la bourgade de Mémounturroy. En outre, Ben-Zouf, ayant sauté sur une colline située en arrière, ne put rien apercevoir au delà de l’horizon de mer. Pas de terre en vue. Par conséquent, rien d’Orléansville, qui aurait dû se trouver à dix kilomètres dans le sud-ouest.

Le capitaine Servadac et lui, abandonnant donc le lieu de campement, suivirent la nouvelle lisière au milieu des terres éboulées, des champs tranchés brusquement, des arbres à demi déracinés et pendant sur les eaux, — entre autres quelques vieux oliviers dont le tronc, fantastiquement contourné, semblait avoir été coupé à la hache.

Les deux cavaliers allaient plus lentement, car le littoral, frangé de criques et de caps, les obligeait à faire d’incessants détours. Si bien qu’au soleil couchant, après un nouveau parcours de trente-cinq kilomètres, ils avaient seulement atteint le pied des montagnes de Dj Merjejah, qui, avant la catastrophe, terminaient de ce côté la chaîne du Petit-Atlas.

En cet endroit, la chaîne était violemment rompue et s’élevait à pic sur le littoral.

Le lendemain matin, après avoir franchi à cheval une des gorges de la montagne, le capitaine Servadac et Ben-Zouf gravissaient à pied l’un des plus hauts sommets, et ils prenaient enfin une connaissance exacte de cette étroite portion du territoire algérien, dont, maintenant, ils semblaient être les seuls habitants.

Une nouvelle côte se développait depuis la base de la Merjejah jusqu’aux derniers rivages de la Méditerranée, sur une longueur de trente kilomètres environ. Aucun isthme ne rattachait ce territoire à celui de Tenez, qui avait disparu. Ce n’était donc point une presqu’île, mais une île que les deux explorateurs venaient d’explorer. Des hauteurs qu’il occupait, le capitaine Servadac fut obligé, à sa grande surprise, de constater que la mer l’entourait de toutes parts, et, si loin que se portassent ses regards, il ne put découvrir aucune apparence de terre.

Cette île, nouvellement découpée dans le sol algérien, affectait la forme d’un quadrilatère irrégulier, presque un triangle, dont le périmètre pouvait se décomposer ainsi : cent vingt kilomètres sur l’ancienne rive droite du Chéliff ; trente-cinq kilomètres du sud au nord, en remontant vers la chaîne du Petit-Atlas ; trente kilomètres d’une ligne oblique qui aboutissait à la mer, et cent kilomètres de l’ancien littoral de la Méditerranée. En tout, deux cent quatre-vingt-cinq kilomètres.

« Très-bien ! dit l’officier, mais pourquoi ?

— Bah ! Pourquoi pas ? répondit Ben-Zouf. C’est comme ça, parce que c’est comme ça ! Si le Père éternel l’a voulu, mon capitaine, faudra s’en arranger tout de même ! »

Tous deux redescendirent la montagne et reprirent leurs chevaux, qui broutaient tranquillement l’herbe verte. Ce jour-là, ils poussèrent jusqu’au littoral de la Méditerranée, sans trouver aucun vestige de la petite ville de Montenotte, disparue comme Tenez, dont pas une maison en ruine ne put même être aperçue à l’horizon.

Le lendemain, 5 janvier, ils firent une marche forcée le long du rivage méditerranéen. Ce littoral n’avait pas été respecté aussi complètement que le pensait l’officier d’état-major. Quatre bourgades manquaient sur cette côte : Callaat-Chimah, Agmiss, Marabout et Pointe-Basse. Les caps n’avaient pu résister au choc et s’étaient détachés du territoire. Du reste, les explorateurs avaient pu constater que leur île était absolument dépourvue d’habitants autres qu’eux-mêmes, mais la faune y était représentée par quelques troupeaux de ruminants qui erraient à travers la plaine.

Le capitaine Servadac et son ordonnance avaient employé à parcourir le périmètre de cette ile cinq des nouveaux jours, soit, en réalité, deux et demi des anciens. Il y avait donc soixante heures qu’ils avaient quitté le gourbi, lorsqu’ils y rentrèrent.

« Eh bien, mon capitaine ? dit Ben-Zouf.

— Eh bien, Ben-Zouf ?

— Vous voilà gouverneur général de l’Algérie !

— Une Algérie sans habitants !

— Bon ! Est-ce que je ne compte pas ?

— Alors tu serais ?…

— La population, mon capitaine, la population !

— Et mon rondeau ? dit le capitaine Servadac en se couchant. C’était bien la peine de tant m’escrimer à le faire ! »