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Gilles de Rais dit Barbe-Bleue/5

< Gilles de Rais dit Barbe-Bleue

H. Champion, libraire-éditeur. (p. 117-134).

V


ALCHIMIE. — LES OPÉRATEURS. — LEURS TENTATIVES. — LEURS INSUCCÈS. — ALCHIMISTES ET MAGICIENS.

Gilles de Rais l’avait compris : c’était la ruine terrible, menaçante y prochaine.

Pour consolider sa fortune croulante, il chercha partout des appuis. Ses expériences, ses tentatives, ses déceptions, nous font entrer de plain-pied dans les sciences occultes, l’alchimie et la magie.

Il n’y a peut-être pas de siècle, dans notre histoire littéraire et philosophique, plus ignorant et tout ensemble plus avide de connaître, que le temps malheureux, qui marqua la fin du moyen âge et prépara, comme dans un champ demeuré longtemps en repos, le fécond épanouissement de la renaissance ? Dans notre histoire nationale, le XIIe et le XIIIe siècles, avec le commencement du XIVe, ont laissé de glorieuses traces de lumière : un grand mouvement de l’esprit vers la littérature et la philosophie s’était accompli. C’était le temps où la Sorbonne naissait sous l’action puissante de saint Louis ; où Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et vingt autres docteurs célèbres professaient devant une jeunesse accourue en foule au pied de leurs chaires ; où Villehardouin et Joinville, ces pères de notre histoire, écrivaient leurs chroniques ; où fleurissait une littérature nationale, pleinement originale, une poésie lyrique gracieuse et brillante, une poésie épique grandiose, à laquelle Chanson de Roland avait donné un modèle ; où, enfin,

les grandes Universités de Paris, d’Angers, de Lyon et d’autres villes de France, attiraient la jeunesse de toute l’Europe. Quelque chose de ce qui eut lieu cinq siècles plus tard, sous Louis XIV, se passa alors en Occident : la littérature française donna le branle à toutes les littératures. Transportée par delà de la Manche sur les vaisseaux de Guillaume le Conquérant, elle s’y implante par la force ; une conquête plus pacifique la fait entrer à la cour de Frédéric II d’Allemagne ; l’Italie elle-même, qui paraît devoir être toujours la terre de la littérature et de l’art, voit ses meilleurs auteurs écrire en français. En vain plusieurs esprits, comme Benvenuto de Imola, s’élèvent contre cette mode de ne lire et de n’aimer que le français ; ces voix patriotiques ne trouvent pas d’échos : Marco Polo continue d’écrire ses voyages en français ; le maître de Dante, Brunetto Latini, déclare, en français, que cette langue est « le plus délitable langage et le plus commun », c’est-à-dire le plus répandu ; les étudiants de toutes les parties de l’Europe, italiens, anglais, allemands, affluent de toutes parts vers Paris ou en reviennent, comme le sang des parties les plus éloignées du corps arrive au cœur pour s’y refaire, et part ensuite de ce centre de la chaleur pour aller porter à ces mêmes extrémités le mouvement et la vie.

Mais, peu à peu, la philosophie, sous le souffle de la chicane, perdit tout son éclat ; au vent des guerres civiles, les lettres elles-mêmes bientôt s’éteignirent. Il arriva après saint Louis, par suite des invasions anglaises, ce qui advint après la mort de Charlemagne, par suite des invasions normandes : au sein des Universités, les grandes voix des docteurs demeurèrent silencieuses, et l’on n’entendit plus que les cris sauvages des nouveaux barbares qui se livraient dans l’ombre de gigantesques et stériles combats [1]. Si l’on excepte quelques hommes d’élite, comme Gerson et Pierre d’Ailly, de vains docteurs remplacèrent les Albert le Grand et les Thomas d’Aquin ; le bruit des armes, le hennissement des chevaux, les cris des combattants succédèrent au silence de l’étude, aux pacifiques joutes de l’esprit. Les lettres sont le fruit de la paix ; le trouble les rend stériles, comme il est stérile lui-même : les fruits ne se forment pas sur l’arbre agité par le vent ; ils tombent. Comment s’adonner à la culture des lettres durant cette guerre funeste qui dura cent ans ? Une seule préoccupation avait envahi tous les esprits ; une seule inquiétude tourmentait toutes les âmes : l’invasion étrangère, le péril de la patrie menacée dans son indépendance. Envahie par l’anglais, divisée et désorganisée par les révoltes intérieures ; n’ayant, pour ne pas se dissoudre complètement, que le faible lien de la suzeraineté si souvent brisé par l’orgueil ou par la vengeance ; démembrée, pour ainsi dire, par la défaite ou par la défection, la France ressemblait à un domaine dévasté par des barbares. Le sol appauvri ne pouvait nourrir ni les intelligences ni les corps ; les pensées n’y mûrissaient non plus que les épis : c’était la famine.

Et pourtant, ce XVe siècle, sur lequel tant de causes avaient épaissi les ténèbres, pareil à un homme longtemps plongé dans l’obscurité, était avide de voir et de connaître. Les hommes de cette époque troublée, d’autant plus curieux d’apprendre qu’ils ignoraient davantage, impatients de se retrouver, pour ainsi dire, au même point après des siècles d’efforts pour aller en avant, en vinrent à se dire que la science était un arcane impénétrable aux hommes ordinaires, mais accessible à ceux qui étaient favorisés des puissances surnaturelles. De là, les sciences occultes ; de là, l’alchimie, qui précède la magie ; de là, les évocations du démon ; de là, les relations établies entre l’homme et les puissances de l’enfer ; de là, enfin, toutes les pratiques mystérieuses des sciences interdites aux profanes. Il était bien difficile à l’homme de s’arrêter dans cette voie. Comme il y était entré avec des espérances inouïes, il mit à la parcourir une incroyable ardeur, qui le poussa jusqu’aux dernières extrémités. Comme il ne comptait plus sur ses forces naturelles toujours faibles, mais sur des puissances supérieures dans sa pensée toujours efficaces, par une contradiction logique, lui, qui naguères désespérait de tout lorsqu’il n’attendait rien que de lui-même, osa bientôt, quand il se fut allié à un pouvoir supérieur à lui, ne plus se refuser à aucune espérance : secrets de la nature et de la vie, secret de faire l’or au fond du creuset ou de le découvrir dans les profondeurs de la terre ; secret de prolonger l’existence au delà des bornes marquées par la nature ; secrets de lire dans les cœurs et d’enchanter la nature à ses volontés, il n’est pas de folies auxquelles ne croyaient des hommes devenus fous et par la grandeur de leur audace et par celle de leurs espérances. Malgré tout ce que disent plusieurs savants contemporains sur la possibilité du grand œuvre, on ne revient pas de son étonnement, quand on voit des hommes penchés toute leur vie sur un creuset où bouillonne je ne sais quel mélange, philtre enchanté et toujours impuissant. Rien n’est plus vrai cependant : il n’y a point de question historique plus solidement établie que cette monstrueuse prétention de l’orgueil ; c’est une preuve que la crédulité humaine est sans bornes quand l’esprit humain est aveugle [2].

Gilles de Rais, poussé d’un côté par ce désir de tout pénétrer et de tout connaître qui caractérise son siècle, stimulé d’un autre par le besoin d’argent chaque jour augmenté encore par de nouvelles dépenses, ne pouvait pas ne point s’arrêter à écouter les voix, qui lui annonçaient science, richesse et puissance. Parées de leurs promesses, l’alchimie et la magie, apparurent aux yeux de Gilles comme de séduisantes sirènes ; et Gilles malheureusement n’avait ni la prudence ni le courage du sage antique ; il leur prêta l’oreille, il fut séduit ; il se jeta à corps perdu, les mains tendues en avant, à la poursuite de ces belles chimères, et finit par aller se perdre, lui, sa fortune et son honneur, dans un gouffre plus profond que celui de Scylla. Comme il n’avait mis de frein ni à son imagination ni à ses désirs, et qu’il était toujours altéré de jouissances nouvelles par l’arrière-goût des plaisirs finis, il étudia d’abord par curiosité les sciences permises, et, lorsqu’elles ne lui eurent donné que l’amer fruit de la déception, il passa bientôt, par nécessité et sans remords, aux tentatives défendues. Sa crédulité inquiète fut savamment exploitée ; des hommes, ou crédules ou trompeurs, lui promirent monts et merveilles [3]. Mais tous ces brillants fantômes, qu’ils montrèrent à ses yeux, semblèrent se rire de ses espérances, et, par exaspération, il les poursuivit alors sur toutes les voies, même sur celle du crime ; et, sur cette route funeste, il alla si loin que nul homme ne l’a jamais dépassé  [4]. Nous verrons en leur lieu chacune de ses infamies, et le lecteur mesurera, non sans effroi, la profondeur de perversité et de dépravation où tombe une âme, qui, n’écoutant plus ni la voix d’un ami, ni le cri de la conscience, ni celui de la foi, ni même les menaces de la justice, n’entend et n’aime que la voix de ses passions.

Vraisemblablement le premier livre d’alchimie, que Gilles eut entre les mains, lui fut donné à Angers par un soldat incarcéré au château de cette ville pour crime d’hérésie. Ce livre traitait à la fois de l’alchimie et de l’évocation des démons, et donnait des règles de ces deux sciences occultes. Le maréchal de Rais le lut avec avidité et à plusieurs reprises ; il le fit connaître à diverses personnes, et vint même assez souvent à la prison s’entretenir en secret avec le soldat alchimiste et magicien. La lecture de cet ouvrage fut-elle pour Gilles de Rais à la fois une révélation par les secrets qu’elle lui dévoilait, et un aiguillon à sa cupidité par les trésors dont elle lui fit concevoir l’espérance ? On ne saurait le dire ; mais on peut affirmer qu’il le parcourut avec une extrême curiosité. Sur ces entrefaites, il fut obligé de quitter Angers, et il rendit le livre au soldat prisonnier en lui disant adieu [5]. Ce fait eut lieu probablement après sa retraite de l’armée ; mais aucune date n’est restée qui puisse fixer l’historien.

Eustache Blanchet, un de ses complices, nous apprend que, passant par Angers, Gilles descendit au Lion-d’Argent. Là, il entendit parler d’un orfèvre de la ville, célèbre, disait-on, dans la pratique de l’alchimie. Gilles commande à Blanchet de l’aller quérir en toute hâte ; aussitôt dit, aussitôt fait. L’orfèvre arrive ; Gilles lui donne un marc d’argent en lui demandant d’opérer sur cette matière ; puis il l’enferme dans une chambre de l’auberge. L’orfèvre était sans doute moins bon alchimiste par état que habile ivrogne de profession. Riche de l’argent qu’il avait reçu, il trouva, même sous clef, le moyen de se faire apporter du vin, s’enivra et s’endormit profondément. Quand le maréchal de Rais rentra, il le trouva couché par terre. À cette vue, il le prit par les épaules et le jeta à la porte avec colère, en lui criant : « Va donc, ivrogne ! va donc, imbécile ! va donc, vieux fou ! je me moque de toi ; va te faire pendre ailleurs. » L’orfèvre, revenu de sa surprise, tira rapidement ses grègues et s’enfuit, assez content, sans doute, d’en être quitte à si peu de frais, et satisfait de n’avoir pas été obligé à rendre le marc d’argent qu’il avait dépensé [6].

Cette mésaventure ne pouvait guérir Gilles de Rais de sa funeste passion. Il avait eu affaire à un escroc ou à un ivrogne ; raisonnablement, il ne pouvait en conclure que tous les alchimistes étaient ou des ivrognes ou des fripons. Par raison, non moins que par amour de l’or, Gilles sut donc se mettre en garde contre toute exagération. Bien loin de s’éteindre, le feu qui le brûlait prenait chaque jour une nouvelle ardeur. Au grand désespoir de sa famille et de ses vrais amis, il se lança à corps perdu dans des dépenses ruineuses [7]. La renommée, souvent menteuse, lui apporte que les pays lointains, l’Allemagne et l’Italie surtout, sont des terres privilégiées, où fleurit par excellence le grand art de l’alchimie [8]. Tout aussitôt ses désirs s’enflamment ; il envoie ses familiers les plus intimes parcourir ces contrées, les mains pleines d’or et de promesses, non moins pour éblouir les yeux des savants des bords du Rhin et du Pô, que pour suffire aux dépenses du voyage [9]. Aussi, comme des chiens avides de curée, les initiés accourent de toutes parts, et ce n’est pas sans orgueil que Gilles voit arriver devers lui ce que l’Allemagne, l’Angleterre et l’Italie ont produit de plus grand et de plus célèbre. Les Italiens, race intelligente et rouée en l’art de plaire, se distinguent parmi tous les autres par leur esprit, leurs belles manières, leurs mœurs polies [10].

Les Procès nous ont conservé les noms de plusieurs d’entre ces hommes ; presque tous sont des Italiens. Antoine de Palerne, François Lombard et Prélati, sont venus de la Lombardie et de la Toscane ; le premier de tous est Prélati, dont la vie appartient moins encore aux pratiques de l’alchimie qu’à celles de la magie noire. Avec Antoine de Palerne, François Lombard, un orfèvre de Paris, nommé Jean Petit, et quelques autres encore, Gilles de Rais s’enferme au château de Tiffauges, qui sera, jusqu’à la fin de sa vie, le lieu préféré de ses travaux secrets. On construit les fourneaux ; lés instruments sont achetés à grands frais ; Gilles fournit aux ouvriers du grand art l’or et les matières précieuses. Rien n’échappe à leurs investigations. Le mercure, « que Gilles dit être l’argent vif [11] », coule dans les creusets ; sous l’action de la science, il va se congeler et se prête à tous les caprices de l’imagination ; il n’est plus aucun secret pour ces ouvriers ardents ; le grimoire obscur des anciens est enfin expliqué ; sur le fourneau enflammé, l’œuf philosophique se forme ; et déjà la pierre philosophale, œuvre de patience, de veilles et de génie, l’objet de ses plus vifs désirs, composé des vils métaux et de l’or que Gilles a mélangés, se dessine au fond du creuset ; il l’entrevoit ; plus heureux mille fois que l’homme qui voit naître sur la branche le fruit qui chargera sa table, il le salue avec des tressaillements de joie ce quelque chose qu’il dévore des yeux, c’est son âme ; ce sont ses espérances, c’est l’or à profusion, c’est la puissance sans limite… [12], Mais tout à coup, — c’est Gilles lui-même qui nous le raconte avec désespoir, — un grand bruit se fait entendre au dehors du château ; du donjon, la sentinelle signale une troupe d’hommes armés ; on frappe, et Gilles apprend avec colère que le dauphin Charles, depuis Louis XI, est aux portes, et demande l’hospitalité. Nouvelle funeste, qui brise ses plus chères espérances ! C’était le temps où les lois de Charles V contre les alchimistes étaient encore en vigueur, et la magie s’était alliée, d’ailleurs, dans les travaux de Gilles de Rais, aux pratiques de l’alchimie ; le maréchal eut peur d’être découvert. Il commanda de renverser à la hâte les fourneaux et de briser les appareils, pendant qu’il courait lui même, la mort dans le cœur et la malédiction sur les lèvres, offrir ses hommages à l’hôte royal. Que venait faire à Tiffauges le fils de Charles VII ? Nous n’avons pu le savoir ; le procès ne nous dit rien de ce qui se passa entre le baron exilé et mécontent et le fils révolté déjà, ou secrètement décidé à la révolte contre son père : les documents, qui nous sont restés sur la visite du dauphin, ne la signalent que pour peindre le désespoir du maréchal de Rais. Il est plausible cependant, que, soit par amour du repos, soit par un secret mécontentement, soit encore par prévoyance de l’avenir ou par défiance de l’astucieux dauphin, Gilles n’entra pour rien dans la révolte du prince, et se tint constamment à l’écart de la lutte [13].

Trompé dans ses espérances, Gilles ne fut pas découragé par l’insuccès ; autant par caractère que par besoin, il était tenace dans son ambition. Aussi, après le départ de Louis, il reprit avec une ardeur nouvelle le cours de ses opérations. Mais cette ardeur était désormais mélangée de je ne sais quelle amertume ; s’il avait vu le moment où le secret de faire de l’or allait être livré à son impatience, il se souvenait que ce secret lui était échappé à l’instant même où il croyait le saisir, et il ne pouvait s’empêcher de voir dans ce contretemps une sorte de fatalité attachée à sa poursuite. Sur ces entrefaites, arrivèrent à Tiffauges Eustache Blanchet et François Prélati. Bien que ce dernier fût plus versé encore dans la science de la magie que dans les secrets de l’alchimie, son habileté dans cet art avait devancée sa venue et rallumé toutes les convoitises du cupide baron. Mais, par une résolution prise d’un commun accord, on convint que, à l’avenir, les expériences, au lieu de se faire dans l’enceinte fortifiée du château, auraient lieu en dehors des murs ; de la sorte, on devait se mettre plus sûrement à l’abri des visites dangereuses, et l’on était plus certain de n’être point troublé dans une œuvre qui demande le silence, un travail continu et le mystère.

Près de l’église de Saint-Nicolas de Tiffauges, habitait une vieille femme du nom de Perrota. Comme elle n’était pas, sans doute, plus étrangère aux secrets du baron qu’à ses plaisirs, elle avait près de lui ses entrées libres et familières. Sa maison, isolée des autres habitations, était bâtie à deux portées de trait du château, sur la colline qui s’élève, à l’ouest, en face de la forteresse. Ce fut dans une chambre réservée de cette maison que Gilles de Rais, Jean Petit, l’orfèvre parisien, et François Prelati, décidèrent de poursuivre la réalisation du grand œuvre. Leurs tentatives furent passionnées et durèrent longtemps ; Prélati opéra, tous les jours et presque continuellement, depuis l’Ascension 1439 jusqu’à la Toussaint de la même année. Les familiers intimes du baron se réunissaient quelquefois dans cette chambre autour de leur maître ; mais le plus souvent Prélati travaillait seul. Soit qu’Eustache Blanchet et Perrota fussent regardés comme des profanes, soit que la vieille femme eût naturellement la langue un peu longue, et que Blanchet fût un peu femme par ce côté-là, ils n’assistèrent qu’à l’une de ces opérations [14]. À part cette seule fois, sur l’ordre de Gilles, ils se retiraient aussitôt que Prélati était arrivé, et ne rentraient qu’après qu’il était sorti. Quant au maréchal, il visitait souvent son complice et s’informait anxieusement du point où en était rendu le grand œuvre. Il arrivait à toutes les heures du jour, tantôt le soir, à la tombée de la nuit ; tantôt le matin, au lever de l’aube et au premier chant du coq [15]. Que faisait-il, demeuré seul avec son nouvel ami ? Était-il du nombre de ces savants simples et purs d’intention, qu’aiguillonnait seul l’amour de la science ? Ou bien plutôt la passion de l’or ne fait-elle pas supposer qu’ils étaient de ces extravagants, qui, poussés hors du bon sens par leurs désirs impétueux, nous sont dépeints faisant usage de formules cabalistiques et superstitieuses, traçant des lignes et des cercles magiques, murmurant des formules de conjuration, pontifiant, prêtres d’une religion cachée, pieds nus, une lame d’or au front, à la clarté de deux cierges de cire, devant un autel où se déploie la carte sacrée ; écoutant enfin dans le creuset et dans le sein de la terre, la palpitation des métaux qui y respirent ; épiant l’influence des astres sur leur gestation au sein des roches épaisses [16] ? Que Gilles de Rais et François Prélati se soient adonnés à ces pratiques communes aux alchimistes, il n’y a rien en cela qui puisse surprendre. En même temps, en effet, qu’ils poursuivaient dans cette chambre le secret de faire de l’or, leurs compagnons curieux les aperçurent plus d’une fois, se livrant, dans une chambre voisine, à des évocations dont le but était évidemment d’obtenir le succès de leurs entreprises : cercles magiques, invocations infernales, feux ardents, où brûlaient l’encens et l’aloès, prostrations devant un génie invisible, mais présent, sacrifices en son honneur, toutes ces choses leur étaient familières, et l’on n’y trouve rien qui diffère beaucoup des cérémonies plus haut décrites ; tout, au contraire, les rappelle.

De la chambre voisine Eustache Blanchet prêta un jour une oreille curieuse : « Satan, disait à mi-voix Prelati, Satan, viens ou venez à notre secours ! » et d’autres paroles mystérieuses, que ne put saisir ou répéter Eustache Blanchet. Pendant une demi-heure environ, Gilles et Prélati se tinrent debout, ayant à la main un flambeau. Peu de temps après que ces paroles furent prononcées, un impétueux tourbillon d’un vent glacial s’abattit sur le château, à tel point violent qu’Eustache en fut effrayé jusqu’au fond de l’âme [17].

Mais quelques invocations qu’il fit, quelque habileté qu’il apportât dans ses travaux, si attentif qu’il fut à surveiller la naissance du grand œuvre, et encore bien qu’il ne ménageât ni l’or ni les dépenses ruineuses, la pierre philosophale ne se forma pas dans le creuset, où il avait jeté toutes ses espérances. La richesse, la grandeur, le pouvoir, ces trois brillants fantômes, dorés par son imagination ambitieuse, s’évanouirent comme des ombres, devant l’éclat de la réalité ; et Gilles fut contraint de reconnaître que l’alchimie, qu’il avait regardée comme le moyen de s’enrichir, n’avait été, au contraire, qu’un nouveau chemin, et le plus sûr et le plus rapide, pour aller à une ruine complète. Comme il voulait faire croire qu’il créait de l’or, il avait à cœur de faire dire qu’il en faisait réellement. Son orgueil ne pouvait s’habituer à la pensée que l’on pût se moquer de l’inutilité de ses efforts ; d’où sa prodigalité le jetait dans des folies plus insensées encore que les pratiques de l’alchimie. Jamais générosité ne fut plus ridicule. S’il empruntait quelques grosses sommes aux bourgeois d’Angers, de Nantes ou d’Orléans ; s’il recevait l’argent de ses pensions royales, de ses revenus ou de la vente de quelqu’une de ses belles et riches propriétés, tout aussitôt on voyait dans sa demeure l’or couler à flots : les chambres, les tables, les cheminées, les meubles, les lits en étaient couverts ; nul n’en connaissait au juste la valeur ; il aurait rougi lui-même de s’en enquérir un seul instant, comme d’une préoccupation indigne d’un si grand seigneur, lequel avait trouvé les sources inépuisables de la richesse. Les ouvriers, auxquels il fournissait abondamment l’or, l’argent et toutes les autres matières précieuses, faisaient or à la vérité, mais à leur profit. Laissant à leur maître les richesses imaginaires qui allaient sortir de leur creuset, ils empochaient pour leur propre compte les richesses réelles qu’il y versait [18]. Le sot amour-propre de Gilles transformait donc sa maison en l’un de ces palais enchantés de la Perse moderne, où les princes sèment sous leurs pas et l’or et les faveurs. Aussi, courtisans, aventuriers, serviteurs, amis, familiers de toute sorte et de bout état, clercs et soldats, puisaient largement aux eaux abondantes du pactole bienfaisant. Mais il était facile de prévoir qu’enfin le fleuve serait tari par les canaux qui se gonflaient de ses ondes, et ne pourrait alimenter son cours jusqu’au bout ; assez semblable à ce fleuve du nord, si puissant depuis son origine jusque vers la fin de sa course, et qui, enfin, pour avoir fourni ses eaux à plusieurs ruisseaux, se perd lui-même, avant d’arriver à la mer, épuisé et tari dans les sables de dunes arides. Il advint que, vers la fin de sa vie, Gilles de Rais manquait de tout, même du nécessaire de la table, alors que ses serviteurs et ses courtisans avaient en abondance et le vivre et le couvert, et roulaient sur l’or [19]. C’est ainsi que l’alchimie et les dépenses extravagantes qu’elle amena, achevèrent de dévorer une fortune si profondément entamée déjà par les frais des représentations théâtrales, les magnificences des cérémonies religieuses et les mille joyeusetés d’une vie de fêtes et de plaisirs [20].

Ce n’était pas là ce que lui avaient promis Antoine de Palerne, François Prélati et tant d’autres ; ce n’était pas là ce qu’il avait rêvé lui-même en présence de ses coffres vides et à la vue de ses terres aliénées. Après la puissance, après la richesse, qui d’ordinaire est le prix dont on paye les honneurs, aucune chose n’avait plus fasciné le cœur de Gilles que la science, qui devait le mener à l’une et à l’autre ; et ces trois choses, la science, l’or et la puissance, n’étaient entrées¡. dans ses désirs que pour servir son ambition, la passion qui fut en lui le moteur de toutes les autres. Après avoir demandé à la valeur des armes les honneurs qui suivent la puissance, il les avait demandés à la science, et la science elle-même, au seul art naturel qui la promettait à cette époque, à l’alchimie. Il est vrai que cet art caché, mystérieux, étant le seul qui offrît de la donner, la lui avait promise dans sa plénitude. À entendre les alchimistes, rien de ce qui peut tenter la curiosité humaine ne leur était inconnu, au moins dans leurs espérances, ni les secrets de la nature, ni l’or, qui fait l’éclat de la vie, ni la panacée universelle, qui la prolonge, si même elle ne donne l’immortalité. Cette science lui avait offert, en un mot, comme le tentateur de la Bible, le moyen de monter vers la puissance et de devenir un dieu : aussi rien n’avait fasciné plus puissamment les yeux de Gilles que le pouvoir divin de faire de l’or, qui, dans sa pensée, le devait élever au rang des rois. Il avait donc appelé à lui les prêtres de cette science sublime ; il en avait parcouru avec avidité tous les livres ; il en avait étudié tous les secrets ; leurs fourneaux, il les avait construits à grands frais ; leurs instruments, il les avait achetés à grand prix ; dans leurs creusets, il avait mis son or et le sang de son âme, ses désirs et ses espérances ; il avait suivi patiemment leurs élaborations : mais il n’avait jamais trouvé au fond du creuset que poussière, déception, ruine. Sur l’arbre de la science, sa main trompée n’avait cueilli qu’un fruit de mort, âcre et aride ; acre comme le désespoir, aride comme ces fruits qu’on nous dit mûrir aux rivages de la Mer-Morte, beaux d’apparence et désirables à la vue comme celui de l’Éden, mais cachant, sous leur peau veloutée et vermeille, une cendre amère et mortelle. C’est que Gilles n’avait pas été et ne pouvait pas être de ces savants modestes, dont le progrès est l’unique fin, et l’unique joie le savoir. Il avait compté sur autre chose que sur des découvertes chimiques, en apparence stériles, mais fécondes en réalité ; l’or seul avait été l’objet de ses désirs ; et il n’avait trouvé que la triste réalité de la ruine. Alors d’amers reproches s’échappèrent de ses lèvres ; il eut des paroles de moquerie et d’incrédulité à l’adresse des opérateurs [21] : ils pensèrent donc à trouver une nouvelle manière de l’amuser. Gilles était allé trop loin dans la poursuite de ses espérances pour se montrer difficile ou hésitant sur les moyens de les ressaisir et de les réaliser : « Non quibus modis id assequeretur, dum sibi pararet, quidquam pensi habebat [22].  » De l’alchimie, ils le firent donc passer de plain-pied dans la magie.

Beaucoup s’étonnent aujourd’hui qu’on ait accusé les alchimistes d’avoir été en même temps magiciens ; ils ne croient pas qu’il y ait eu beaucoup d’évocateurs des démons parmi les alchimistes : nous sommes convaincus du contraire. Plus d’un Paracelse faisait usage d’évocations des êtres surnaturels, ou en recommandait la pratique aux initiés. Nous dirons tout à l’heure les relations nécessaires qui devaient exister entre la magie et l’alchimie : l’amour immodéré de l’or unissait trop étroitement ces deux moyens de l’acquérir, pour qu’ils n’aient pas été pratiqués ensemble. Beaucoup de savants, assurément, résistèrent à la dangereuse et folle tentation qui en entraîna d’autres dans les secrets ténébreux de la magie ; car personne n’oserait accuser d’un pareil crime un Gerbet, un Raymond Lulle, un Alain de Lille, un Albert le Grand, et tant d’autres saints personnages du moyen âge. Mais le procès de Gilles de Rais et de ses complices prouve que trop souvent la magie était la funeste conséquence de l’alchimie. Parmi les alchimistes, qui affluaient à la cour de Gilles, presque tous cultivaient à la fois les deux arts : Antoine de Palerne, François Lombard, du Mesnil, Prélati. Les livres dont ils se servaient contenaient les règles de ces deux sciences. À Florence, comme nous le raconterons bientôt, lorsque Eustache Blanchet fit la connaissance de François Prélati et qu’il chercha à sonder le mystère de sa vie, il commença par lui demander s’il connaissait le grand art de l’alchimie, pour s’enquérir ensuite prudemment s’il savait également l’art plus sublime encore d’évoquer les démons : preuves manifestes qu’à cette époque, au moins, la plupart des alchimistes étaient magiciens, et que la croyance publique unissait étroitement, non sans raison, ces deux sciences secrètes. La scène enfin que nous avons décrite plus haut et dont Blanchet avait entrevu quelques détails, ne laisse aucun doute sur ce sujet. Ainsi, le personnage de Faust, si vigoureusement dessiné par le génie de Goethe, n’est pas une fiction dans l’histoire : or, c’est ce personnage seulement que poursuivirent l’Église et l’État ; contre lui, l’Église eut des foudres, et l’État des bûchers.

Car, à part une bulle de Jean XXII, en 1317, un édit royal de Charles V et plusieurs autres moins connus, qui bientôt tombèrent tous sans nul effet, aucune peine ne fut édictée contre les adeptes de l’alchimie [23]. Loin de proscrire cette science, au contraire, plusieurs papes et princes l’ont cultivée et se sont entourés des maîtres dans cet art ; bien plus, des saints l’ont pratiquée sans scrupules ; il est à remarquer enfin que, dans les deux procès de Gilles, on ne lui fait jamais un crime d’avoir cherché la pierre philosophale et la panacée universelle. On le verra devant ses juges : après les insultes hautaines du grand seigneur, viendront les ruses calculées du légiste. Ses crimes seront publics, dévoilés, convaincants ; alors l’accusé, pour couvrir par une apparence de sincérité ce qu’il a de mauvais dans sa vie et donner une explication à ce qu’elle renferme de mystérieux, avouera, sans peur comme sans contrainte, ses chimériques et infructueuses tentatives de faire de l’or. Au moment même où il niera les crimes qui le feront condamner à mort, il confessera volontiers les espérances qu’il avait mises dans un art dont les prétentions choquent peut-être le bon sens, mais contre lequel la justice n’a point de rigueurs ; il entrera même dans des détails précis, croyant que la curiosité de ses juges et du public en sera satisfaite. « Il a cru, dira-t-il, et il croit encore que cet art a des promesses réalisables » ; et, dans toutes ses paroles, il gardera un ton d’indifférence, qui montre clairement le peu de danger qu’il courait en faisant de tels aveux. Quant au reste, quant à ce qui pourra constituer un motif grave d’accusation, il s’écriera que c’est faux comme le mensonge et impudent comme la calomnie. L’imprudent ! il ira même jusqu’à porter à ses accusateurs un superbe défi, qui le condamnera d’avance : « Je suis innocent de tout ce qu’on élève ici contre moi ; et mon témoignage est si fort, que, si l’on prouve ces crimes, je consens à être brûlé vif ! » On le voit donc bien : il ne redoute pas qu’on puisse l’accuser d’avoir pratiqué l’alchimie, puisqu’il l’avoue lui-même ; on dira peut-être qu’il fut un insensé de mettre en cette science son espoir ; mais, pour lui, il a cru et il croit encore qu’il y a dans cet art des promesses réalisables. Seulement il se garde bien de dire qu’il y mêlait les pratiques criminelles, de la magie : or, c’étaient précisément ces crimes que poursuivaient dans les alchimistes magiciens les deux pouvoirs unis de l’Église et de l’État.

L’alliance était donc intime entre la science mystérieuse des alchimistes et l’art encore plus caché des sorciers, des magiciens, des évocateurs du démon. Il était inévitable que des hommes, si avides d’or et de puissance, n’allassent des agents naturels incapables de satisfaire leurs désirs, aux agents surnaturels dont la superstition, non moins que la foi, peuple le monde. Ce que les pratiques du laboratoire, ce que la fusion des métaux ne pouvaient produire, les esprits supérieurs pouvaient le donner : on pressa Gilles de les appeler à son aide. Mais, par un mouvement naturel à ceux qui font le, mal, comme les prières des magiciens étaient mêlées d’infamies et que leur culte renfermait encore plus de crimes que de ridicules, bien loin de s’adresser à Dieu et aux bons esprits, ils se retournèrent vers le démon et les esprits malins, résolus qu’ils étaient dès le début à tout faire dans le mal pour se les rendre soumis ou favorables. À Gilles de Rais découragé, le démon fut présenté comme une suprême ressource. Il vint sous le manteau de ses conseillers [24], promettant beaucoup, offrant cette puissance, cet or, cette science supérieure que le baron n’a cessé de poursuivre un seul instant. Auprès d’un homme tel que Gilles, le tentateur devait avoir l’accueil de Méphistophélès auprès de Faust : il fut reçu comme un nouveau et dernier maître. Tout lui fut abandonné en échange des biens qu’il offrait, tout, hormis deux choses, que Gilles n’aliéna jamais : ses droits sur sa vie et ses droits sur son âme. Dans les cédules qu’il signa de son sang pour les offrir au démon, il excepta toujours en termes exprès ces deux biens, auxquels, par prudence, par peur, et peut-être aussi par un reste de foi, il tenait plus qu’à l’or, à la science et au pouvoir, dont le désir pourtant est la source de tous ses crimes. Nous touchons aux pratiques criminelles de la magie noire qu’il nous faut maintenant raconter avec quelques détails.




  1. Ozanam a dit : « Les intelligences d’élite, comme le pieux Gerson, se consolaient dans la solitude, avec les œuvres des vieux maîtres, du spectacle fatigant d’une société corrompue et des disputes d’une école dégénérée. » (Ozanam, Dante et la philosophie, catholique au XIIIe siècle, Paris, 1839, p. 85 ; Voir aussi p. 91 et suivantes.)
  2. L’objet de l’alchimie, comme personne ne l’ignore, est la transmutation des métaux : faire de l’or ou de l’argent par des moyens artificiels, tel est le but de cette singulière science, qui passionna tout le moyen âge et qui n*est pas complètement éteinte de nos jours. Les alchimistes doivent arriver à leur but par la pierre philosophale dont ils poursuivent la découverte, et qui se trouve nommée dans nos Procès. Qu’était-ce donc que cette chose étrange ? Une substance mystérieuse dans son nom : on l’appelait la pierre, la poudre philosophale, le grand magistère, le grand élixir, la quintessence de teinture. Plus mystérieux encore était son pouvoir magique : elle devait, au gré de l’heureux possesseur, convertir en or ou eu argent les plus vils métaux, guérir les maladies et reculer les limites de la vie humaine au delà des bornes posées par la nature ; suivant le cas, c’était donc ou la pierre philosophale ou la panacée universelle. Les auteurs sont aussi loin d’être d’accord sur sa couleur que sur sa nature. L’un dit qu’elle est jaune comme le safran, l’autre rouge comme le pavot ; celui-ci la compare à l’escarboucle, celui-là à la couleur du soufre ; un dernier vient enfin, qui dit : « Cette pierre réunit toutes les couleurs : elle est blanche, rouge, jaune, bleu de ciel et verte » ; et les voilà tous d’accord.
  3. Mémoire des Héritiers. — Lettres patentes de Charles VII.
  4. Mémoire des Héritiers., f° 11, v° ; f° 16, v°, — Lettres patentes de Charles VII.
  5. Proc. ecclés., Conf, de Gilles, f° 40.
  6. Proc. ecclés., Conf. de Blanchet, p. LXXX, LXXXI.
  7. Mémoire des Héritiers, fos 11 et 16, r° et v°.
  8. Les écoles d’Italie étalent déjà des sources fécondes d’instruction, où les lettres et les sciences, sortant de leur longue torpeur, attiraient les esprits curieux de toutes les parties de l’Europe. C’était surtout une belle époque pour les sciences d’observation et en particulier pour les sciences naturelles.
  9. Lettres patentes de Charles VII, — Mémoire des hèritiers, f° 11, v°, et f° 16, r° et v°.
  10. Ibidem.
  11. Proc. ecclés., f° 40. — Le mercure, dont les alchimistes espéraient tirer de l’argent et même de l’or en se solidifiant, ne se congèle qu’à près de 40°.
  12. On verra plus tard où s’élevaient ses prétentions folles.
  13. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, f° 40.
  14. Proc., ecclés., Conf. de Blanchet, f° 92,
  15. Ibidem.
  16. V. Hoefer, Histoire de la Chimie, t. 1. p. 223, 242, etc. ; Figuier, L’Alchimie et les Alchimistes. — Albert le Grand, De Alkemiâ, etc. Cette croyance à l’influence des astres est une tradition des Chaldéens. V. Alf. Maury, la Magie et la Sorcellerie, Paris, 1860, p. 47, 48.
  17. Proc. ecclés., Conf. de Blanchet, f° 92.
  18. Mémoire des Héritiers, f° 6, v° ; f° 11, r°.
  19. Mémoire des Héritiers, f° 11, v°.
  20. Ibidem.
  21. Proc. ecclés. — Conf. de Blanchet, P. LXXVII.
  22. Salluste, Catilina, ch. v.
  23. V. Oct. Louis Figuier, L’Alchimie et les Alchimistes.
  24. Les Procès, les Lettres de Charles VII, le Mémoire des Héritiers, sont d’accord sur ce point.