George Sand au Luxembourg

Les Ailes d’or : poésies nouvelles, 1878-1880Bibliothèque-Charpentier (p. 229-230).

GEORGE SAND AU LUXEMBOURG

Alors que renaîtra, dans le bronze ou les marbres,
L’image au noble front de la femme au grand cœur,
Je voudrais, pour décor à son buste vainqueur,
La pureté du ciel et la fraîcheur des arbres.

Il faut la paix profonde et la sérénité
Au calme souvenir de ce calme génie
Qui mêla cependant sa puissante harmonie
Au retentissement de la grande cité.

Comme un coin de nature aux arômes sauvages,
Enfermé dans la ville aux mille carrefours,
Il faisait nos travaux et nos soucis moins lourds
En nous parlant des monts, des bois et des rivages.

Au symbole charmant de ton esprit en fleurs
Le bruit conviendrait mal de nos places publiques,
Toi qui voulus pour tombe à tes chères reliques
Un coin de terre obscur où l’aube mit ses pleurs.

Je veux à ton image en nos murs revenue
Un asile pareil en son recueillement,
Où ton rêve se puisse endormir un moment
S’il reprenait, un jour, quelque route connue.

Le Luxembourg t’offrit son tranquille chemin,
À l’heure où sentant naître, en ton âme blessée,
Le Dieu jeune et vivant de l’humaine pensée,
Superbe, tu parus une lyre à la main.