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Le coup d’État permanent >> L’Europe à la carte


Le choix de 2007


L’instant de vérité approche. Après le 29 mai, on aurait pu croire que la raison l’emporterait, mais non. Aujourd’hui, plus que jamais, comme tous les systèmes autoritaires, le système fédéral bruxellois joue son va-tout. Il veut passer en force. La date est déjà fixée: 2008. Laisser passer l’élection présidentielle française pour imposer ensuite par voie parlementaire ce qui n’a pu être obtenu par la voie populaire.

Incontestablement, cet entêtement est pure folie dans la mesure où il entraînera à terme une réaction violente des peuples qui finiront, à la longue et à tort, par détester l’idée européenne. Croit-on sincèrement qu’on fera aimer l’Europe en en faisant le tombeau de nos démocraties et de notre prospérité? Peut-on mobiliser les citoyens dans un continent en régression économique et sociale? Peut-on relever les défis du XXIe siècle avec une politique malthusienne?

Pour éviter ce scénario catastrophe, je propose une refondation européenne, le passage de la « mauvaise » Europe à la bonne, de l’antieuropéenne à l’européenne: « L’Europe sera européenne ou elle ne sera pas! » (Charles de Gaulle.) Bâtissons avec les peuples de manière à aider chaque nation pour mieux se défendre au présent et préparer l’avenir.

Refonder l’Europe c’est avant tout s’interroger sur sa raison d’être. Pourquoi? De cette réponse découlera naturellement la réponse à l’autre question essentielle: comment?

La réconciliation et la paix ont été au cœur du projet européen. Après les terribles conflits du xxe siècle, les nations se sont engagées dans cette construction commune pour ne jamais revivre cela. La recherche de la prospérité a ensuite motivé les populations. Aujourd’hui qu’attend-on? Pour les fédéralistes, seule la construction d’un État européen peut achever l’entreprise. Soit. Mais, pour qu’un tel État fonctionne démocratiquement, au sens où l’on a toujours entendu le mot « démocratie » (du grec demos, « le peuple »), cela implique au minimum, par définition, l’existence d’un « peuple » européen. Existe-t-il? Tous les experts, philosophes, scientifiques, politologues et sociologues s’accordent à le reconnaître: il n’existe pas à l’heure actuelle et n’est pas en vue. Même si nous partageons des valeurs communes, la barrière des cultures, des langues, des traditions diverses, rend impossible le fonctionnement d’une démocratie à l’échelle du continent. L’indifférence que soulèvent les élections européennes en est une preuve indéniable. Elle s’explique simplement par la diversité de programmes politiques entre les partis frères des différents pays, qu’ils soient de gauche ou de droite. Le projet de l’UMP se rapproche plus de celui des travaillistes anglais que de celui des conservateurs. Celui du PS est contradictoire avec celui des sociaux-démocrates, etc.

L’Europe doit donc s’appuyer sur les nations qui sont désormais les seuls échelons vraiment démo­cratiques. C’est ce qu’a toujours préconisé le général de Gaulle[1].

Pour la démocratiser, il nous faut donc bâtir une confédération et non une fédération. Cela n’exclut nullement des délégations de compétences, pour celles exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées grâce à chaque Parlement national ou par le peuple par référendum.

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que les pays qui réussissent le mieux soient ceux qui, conservant un projet national, ont su gérer avec intelligence leur engagement européen. À distance de Bruxelles quand il le faut, mais investissant en même temps ses rouages pour éviter tout dérapage nuisible à leurs intérêts.

L’Angleterre et le Danemark par exemple utilisent l’Europe comme un démultiplicateur de puissance quand nous l’avons épousée comme un substitut d’ambition nationale.

L’avenir du continent face aux mastodontes (Chine, Inde, États-Unis) dépend donc de notre capacité à articuler projets nationaux, seuls ressorts de notre démocratie, et coopération européenne, moyen de relever les grands défis communs du xxie siècle. Des coopérations qui réussiront d’autant mieux que chacun de ses peuples sera épanoui et puissant.

Dans le cadre de la mondialisation, l’objectif est de faire ensemble ce que l’on ne peut plus faire seul. Mais bâtir ensemble ne veut pas dire de manière uniforme. Dans un monde où le réseau compte davantage que la masse, où l’agilité et la réactivité sont plus importantes que la puissance, il va de soi que seule une Europe des projets à la carte est viable, c’est-à-dire légitime et efficace.


  1. Voir annexe n°1.