Fragments d’histoire/02

Imprimerie officielle (p. 12-14).

LA VILLE DE FORT ROYAL


Une ville naquit dans le voisinage du Fort et comme sous sa protection. Elle se développa bien timidement tout d’abord. Mais par la force des choses et la persévérance des hommes, la modeste bourgade des premiers jours est devenue la belle cité actuelle. Elle prit le nom de Fort Royal, tout comme le quartier du Fort Saint-Pierre et la ville elle-même de Saint-Pierre avaient pris le nom de l’œuvre de défense dont les premières assises avaient été jetées par d’Esnambuc dans les jours qui suivirent le 15 septembre 1635, à l’embouchure de la Rivière qu’on a appelée la Roxelane.

Froger, ingénieur « sur le Faucon-Anglais » monté par de Gennes qui arriva à la Martinique en décembre 1696, a écrit, sans doute avec indulgence, que « le cul-de-sac royal, est un grand acu, situé vers le midi de l’isle et au fond duquel il y a un joli bourg de près de trois cents habitants, où le général et la justice font leur résidence ; les rues y sont droites et les maisons propres presque toutes en bois. Un homme qui a du bien peut y vivre aussi commodément qu’en France[1]. »

Rochambeau qui s’y est installé le 3 février 1793 la baptisa du nom de Fort de la République et le journal qu’il fit (27 Avril 1793-26 Juin 1793) du blocus et du siège de la Martinique est daté du Fort de la République[2]. On l’appela aussi « République-Ville ou Fort-République[3] ».

Un arrêté consulaire du 18 Avril 1802 (8 floréal an X) lui donna le nom de Fort-de-France[4] : « Aussitôt que le pavillon de la République sera arboré dans les îles de la Martinique, Sainte-Lucie et Tabago, le Fort et le bourg dit Royal, à la Martinique, prendront le nom de Fort-de-France. Signé : Bonaparte ». Il le perdit sous la Restauration pour redevenir Fort Royal et la seconde République le lui a rendu. Un arrêté du Maire Reboul du 28 mars 1848, fit, en effet, revivre l’arrêté consulaire cité ci-dessus « non abrogé jusqu’à ce jour ». (J. O. Martinique 29 mars 1848) et déclara que « la ville reprend son nom de Fort-de-France[5] ».

Comme celle de la Martinique, sa population s’est considérablement accrue : elle était de 4.000 habitants en 1751, de 7.604 suivant une carte de Moreau de Jonnès de 1816, tandis que Rufz de Lavison lui en attribue 8.711 en 1783.

D’après un recensement de 1823, elle comptait alors 11.827 habitants. En 1847, elle en avait 12.611, en 1853, 13.101 et au 1er janvier 1877, 15.529.

Enfin, elle s’est accrue encore après la destruction de Saint-Pierre. Elle a passé à 25.000 âmes en 1921, à 43.500 en 1926 et maintenant elle atteint 60.000 environ.

Fort-de-France a donné le jour à Moreau de Saint-Méry, au Général Alexandre de Beauharnais, au comte Tascher de la Pagerie, au député Victor Mazuline, à l’amiral Dubourdieu, au Général Reboul, à François Achille Marbot, auteur des « Bambous » et Ordonnateur des Colonies, au Commissaire général Charvein, au député Ernest Deproge, au Gouverneur Victor Ballot, au peintre Désiré Lucas.

C’est dans son passé, c’est dans ses rues, ses places et ses environs qu’on va conduire le lecteur et tout amoureux du vieux Fort Royal, en ajoutant à cette promenade, au hasard des rencontres et des souvenirs, quelques détails que beaucoup connaissent déjà.

  1. Cité en note par Cornilliac, dans ses « Recherches chronologiques sur l’origine et la propagation de la fièvre jaune aux Antilles ». Moniteur de la Martinique 15 juillet 1866.
  2. Arch. Min. Col. n° 461.
  3. La Révolution Française à la Martinique par M. H. Lémery, page 209.
  4. Code de la Martinique, tome 4, page 461. — B. O. Martinique, année 1848, page 210.
  5. J. O. Martinique, 29 mars 1848, n° 27.