Mercure de France (p. 145-146).

LXXVII

Les prêtres sont des hommes comme les autres.


« Comme les autres » est certainement une politesse. Il est bien certain qu’un homme qui pratique la continence et qui dit la messe chaque jour est fort inférieur aux autres. Si le Bourgeois n’était pas si bon, il dirait avec plus d’exactitude et de fermeté que les prêtres ne sont pas des hommes comme les autres. Juste le contraire. Mais il convient d’être généreux et de n’écraser personne, la pensée du Bourgeois n’étant pas, d’ailleurs, une automobile.

Puis, tous les prêtres ne se ressemblent pas. Il y en a encore, Dieu merci ! en assez grand nombre qui ne donnent pas dans les nuages, qui sont pour le sérieux, le solide, le confortable. Ceux-là font passer les autres. On peut les recevoir, les inviter à dîner, leur faire faire des commissions, leur confier des paquets, les utiliser enfin, — ce qui change un peu de ces faiseurs d’embarras qui parlent toujours de la dignité sacerdotale.

Il y en a même qui ont de belles situations, qui gagnent beaucoup. À plat ventre devant ceux-ci, naturellement. Mais, en principe, ne nous emballons pas sur les prêtres. La vie est courte. N’oublions pas non plus que le Lieu Commun qui nous occupe est une contre-vérité, une antiphrase chargée de mystère, et qu’il peut cacher la mort.