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NOTIONS GENERALES SUR LE GROUPE DES COMORES ____________

I. GÉOLOGIE. – II. MÉTÉOROLOGIE. — III. FLORE. – IV. FAUNE. – V. POPULATION. — VI. ETHNOGRAPHIE. – VII. LANGAGE.

I. – GÉOLOGIEModifier

Situation et composition du groupe des Comores. – Formation du sol. – Système et époque présumée du soulèvement. – Forme et nature des montagnes. – Composition des chaînes principales et des buttes secondaires. – Hauteur relative des points culminants. – Cours d’eau. – Dépôts d’alluvion. – Sable du littoral. – Récifs. – Coraux.

Le groupe des Comores est compris entre le 11° et 13° de latitude sud et les 40° 30’ et 43°10’ de longitude orientale ; il occupe à peu près le milieu du canal de Mozambique, à son entrée septentrionale, et se compose de quatre îles : la Grande Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte, disposées du N.-O. au S.-E., 1, 2, 1. Le sol de ces îles, formées par des soulèvements et des éruptions volcaniques, est composé et basaltes, de trachytes, de laves, de scories, de pouzzolane, de ponces plus ou moins compactes, de grès, de calcaires, de matières arénacées, et d’argiles diversement colorées. On n’y trouve pas de fossiles.

Il est difficile de rattacher le soulèvement des Comores à aucun système des chaînes de Madagascar ou de la côte d’Afrique ; ces îles ne sont pas placées comme la Providence, Jean-de-Nova, les Amirantes, les Seychelles, etc., sur la ligne de soulèvement de Madagascar, et ne peuvent être prises pour un prolongement sous-marin des chaînes de la grande île. Leur émersion tient aux éruptions qui ont sillonné dans tous les sens la mer des Indes et produit d’innombrables archipels. Dans le canal de Mozambique ces éruptions ont formé tantôt des îles, tantôt, comme aux environs des Comores, de simples bas-fonds dont la forme semi-circulaire décèle l’origine volcanique.

Quand on étudie la marche et la durée de l’érosion de certaines falaises dont on peut facilement restituer les pentes, on est conduit à penser que si plusieurs parties de ces îles sont fort anciennes, d’autres sont relativement modernes. A la vérité, les cours d’eau sont encaissés, les dépôts d’alluvion, très épais, le littoral est profondément échancré ; mais ces résultats ont pu être rapidement obtenus par les pluies torrentielles qui, pendant sept mois, chaque année, déversent sur les Comores une masse d’eau égale à leur surface sur une hauteur de trois mètres environ, et par l’action incessante des vagues sur les débris ponceux, les tufs volcaniques et autres couches friables du sol. Elles ne semblent pas être les restes d’un ancien continent submergé car, dans les couches de relèvement du cratère de Pamanzi, près de Mayotte, sous des amas de déjections ponceuses pleines de fragments de corail et de bombes volcaniques, on voit une couche formée par des empâtements de sable et de coquilles modernes, parfaitement analogue aux dépôts qui se forment actuellement dans la baie. Le soulèvement de cette couche moderne au-dessus du niveau de la mer ou elle a été formée, et la présence du corail broyé dans les déjections du cratère, indiquent que l’émersion de Pamanzi, à Mayotte, a eu lieu pendant l’époque géologique actuelle.

Plusieurs montagnes des Comores affectent des formes géométriquement simples, comme le cône basaltique Outchougui, véritable pain de sucre, le pic Combani, le double piton de Mavégani, le morne carré, le pic d’Anjouan, etc. On trouve, aux environs, des prismes basaltiques. D’autres paraissent formées par des épanchements de basaltes poreux ; les roches basaltiques sont, d’ailleurs, très abondantes dans les Comores. On voit aussi de grosses masses de mornes superposés, comme le M’Sapéré et le Mouraniombé à Mayotte, les montagnes de Mohéli, etc. Toutes ces montagnes sont très charnues et couvertes de forêts ou tout au moins d’herbages ; nulle part le roc n’est à nu. Enfin, quelques unes, notamment le volcan de la Grande Comore, sont recouvertes d’une calotte de laves ou de scories. Je n’ai vu de cratères bien évidents qu’à Pamanzi et à la Grande Comore.

Ces formations ne paraissent pas s’être produites simultanément ; il semble que le sol de chaque île ait été plusieurs fois remanié ; les anciennes coulées sont disloquées et inclinées dans tous les sens ; tout le sol est accidenté, bâché et ravins profonds, et, à part quelques rares plateaux et quelques plages d’alluvion, il n’y a pas une seule plaine. Chaque île se compose d’une chaîne principale, de montagnes basaltiques ou trachytiques, et de collines secondaires qui sortent brusquement de la mer et s’élèvent graduellement vers le centre, la plupart des collines secondaires sont des buttes de relèvement ou des coulées détachées de la chaîne principale ; on y trouve des couches de grès, des roches amygdaloïdes, des laves, des tufs volcaniques, des masses d’une matière rouge ou grise qui ressemble à de la terre cuite et exhale, sous l’action des premières gouttes de pluie, une odeur de chlore assez prononcée, des argiles, des matières arénacées, des couches d’une terre blanchâtre, légère et ponceuse, formées, sans doute, par des éruptions de boue etc., etc. Souvent les éboulements mettent o nu un sol fortement coloré en rouge, et la terre des dépôts, à l’embouchure des vallées, est généralement rougeâtre.

A Mayotte, Anjouan, et la Grande Comore, la chaîne principale est orientée N.-S. ; cette chaîne se bifurque dans les deux premières et envoie des rameaux vers le N.-O. Il est à remarquer que la hauteur des montagnes va en doublant successivement du Sud au Nord pour ces trois îles ; ainsi les plus hauts sommets de Mayotte sont à 600 m, ceux d’Anjouan à 1200 m, et ceux de la Grande Comore à 2400 m au-dessus du niveau de la mer. La force d’expansion, dans les crevasses qui ont donné passage aux masses éruptives, paraît avoir diminué graduellement du Nord au Sud. La Grande Comore n’a pas le moindre cours d’eau ; les autres sont mieux partagés ; Mohéli, Anjouan et Mayotte ont, dans presque toutes leurs vallées, des ruisseaux d’une eau limpide et très saine ; peu abondants, pendant la saison sèche, ils deviennent des torrents ou de petites rivières pendant l’hivernage. Il s’est formé à leur embouchure des dépôts d’alluvion épais de un à 10 mètres, quelquefois marécageux et fort malsains, mais toujours d’une fertilité extraordinaire.

Sur plusieurs points des côtes le sable renferme du corail et est d’une blancheur éclatante, mais sur beaucoup d’autres il provient de la destruction de roches basaltiques, trachytiques, ou amygdaloïdes, et est complètement noir, très lourd, d’un brillant métallique, et extrêmement riche en nigrine ou en fer titané. Chaque Comore est entourée de récifs et de coraux. Sur les côtes escarpées de la Grande Comore, de Mohéli et d’Anjoua, les coraux tiennent aux assises de l’île et ne s’étendent guère au large ; excepté sur quelques points ou ils se sont établis sur les buttes sous marines de relèvement et ont formé des bancs parallèles au rivage. Ils entourent Mayotte, dont le massif est beaucoup moins élevé, d’une ceinture parfaitement régulière qui laisse entre elle et l’île un chenal, large de plusieurs milles, parsemé d’îlots et de bas fonds.

II. – METEOROLOGIEModifier

La vision de l’année. – Saison sèche. – Hivernage. – Variations de la température et de l’atmosphère. – Vents. – Pluies. – Orages. – Cyclones. – Raz-de-marée. – Tremblements de terre.

L’année, pour les Comores, est partagée en deux saisons qui se succèdent brusquement et presque sans transition, la saison sèche et la saison humide ou l’hivernage. La saison sèche, appelée aussi bonne saison, commence en mai et finit en octobre ; elle est caractérisée par l’absence de grandes pluies et un abaissement sensible de la température. C’est la seule époque de l’année où les Comores soient à peu près saines ; la végétation s’arrête faute d’humidité, l’herbe jaunit, les plantes et certains arbres perdent leurs feuilles, et sous un ciel embrasé on est tout étonné de retrouver, l’aspect froid et dépouillé des campagnes de France au mois de décembre.

Sans différer notablement, la température n’est pas la même pour les quatre îles qui peuvent se classer ainsi par ordre décroissant : Grande Comore, Mohéli, Mayotte, Anjouan. Pendant la saison sèche, la hauteur moyenne du thermomètre est 25° centigrades à l’ombre, avec maximum ordinaire de 29° et minimum exceptionnel de 18° ; les variations nyctémérales sont de 4° à 8°. Le baromètre oscille entre 0,761 m et 0,770 m ; sa hauteur moyenne est 0,765 m, avec oscillation diurne ordinaire de 1,4 mille.

Pendant les mois de mai, juin, juillet, août et septembre, les vents soufflent très régulièrement. Le matin, il se lève une petite brise de Sud ou de Sud-Sud-Est qui mollit vers dix heures, passe au Sud, puis au Sud-Ouest, pour s’établir définitivement au Sud-Ouest vers une heure de l’après-midi. Cette brise fraîchit rapidement et souffle jusqu’au coucher du soleil après lequel le calme s’établit et dure ordinairement toute la nuit.

L’autre saison, appelée hivernage, se distingue par de grandes chaleurs, des calmes fréquents, des pluies torrentielles, une énorme tension de l’électricité, et des orages incessants ; elle commence vers le mois d’octobre avec le renversement de la mousson. Presque chaque jour le tonnerre gronde et tous les soirs l’horizon est sillonné d’éclaires. C’est la saison malsaine et mortelle pour les Européens ; en revanche plantes et arbres reverdissent, et quelques jours après l’établissement des pluies le sol disparaît sous une végétation d’une vigueur extraordinaire. La quantité de pluie qui tombe sur Mayotte, Anjouan et Mohéli, du mois d’octobre au mois d’avril, varie de 2,85 m à 3m.

Pendant les mois d’octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars et avril, le thermomètre varie de 25° à 35° ; j’ai observé, en mars et novembre, 34° à la Grande Comore et Mohéli, 31° à Anjouan, et 33° à Mayotte. En mars 1867, à Mayotte, un thermomètre planté en terre au soleil, à midi, a indiqué 57° centigrades. La température moyenne est d’environ 29°,5 pour toutes les Comores pendant l’hivernage, avec variations nyctémérales de 3° à 7°. En exceptant bien entendu les cyclones, le baromètre oscille de 0,757 m à 0,765 m ; sa moyenne est 0,761 m avec oscillation diurne ordinaire de 1,5 mille.

Au commencement de l’hivernage, en octobre, le vent passe du Sud à l’Est-Nord-Est ; en novembre, au Nord ou il reste pendant décembre, janvier, février et mars ; en avril, il passe au Sud-Sud-Est et au Sud. Ces évolutions sont entremêlées de calmes plats, qui durent plusieurs jours, comme aussi de nombreux grains, plus ou moins violents, venant ordinairement de l’Ouest, du Nord-Ouest ou du Nord.

C’est pendant l’hivernage qu’ont lieu les cyclones, les coups de vent et les raz-de-marée ; ils coïncident souvent avec l’établissement de la mousson de Nord-Est. Les véritables cyclones, ceux dans lesquels le vent fait le tour du compas, sont moins communs et moins violents dans les Comores qu’à la Réunion et à la côte Est de Madagascar. Voici la liste des cyclones ou coups de vent dont les vieux marins arabes ont conservé le souvenir à Mayotte. 1819, mois de……. ? Le vent souffle d’abord de l’Ouest, passe au Nord, dure trois jours, détruit toutes les cases et beaucoup d’arbres.

1824, …….. ? Est, Nord, Ouest ; dure un jour ; pas de détails.

1829,……… ? Est, Sud, Ouest, Nord ; de midi à minuit ; nombreux boutres brisés ; grands dégâts ; tremblement de terre.

1836, février : Ouest, Nord. La flotte d’Abdallah, sultan d’Anjouan, est jetée à la côte, à Mohéli.

1838, …….. ? Ouest, dure six heures ; pas de détails.

1849, …….. ? Est, Nord, de trois heures du soir à onze heures ; renverse toutes les cases et beaucoup d’arbres.

1858, novembre : Ouest, vent très violent pendant six heures, sans mouvement giratoire.

1864, 25 octobre : Sud-Ouest, Sud, Sud-Est, Est-Sud-Est, Est, Est-Nord, Nord.

Je dois à l’obligeance de M. le docteur Monestier l’observation de ce dernier cyclone : "La mousson de Nord-Est paraissait établie depuis une dizaine de jours quand, le 23 octobre, s’éleva une brise carabinée du Sud qui passa au Sud-Sud-Ouest le 24.

Le 25, au matin, brise assez forte venant du Sud-Ouest et du Sud-Sud-Ouest ; ciel orageux, couvert. La brise passa au Sud franc dans la journée et va crescendo ; pluie intense vers deux heures et demie de l’après-midi.

Le vent force vers trois heures et augmente de violence jusqu’à cinq heures ; de quatre heures à cinq heures il passe du Sud au Sud-Est, à l’Est-Sud-Est, puis à l’Est franc ; c’est de quatre heures à six heures qu’il est dans sa plus grande intensité et qu’il produit des dégâts sérieux.

Une diminution sensible d’intensité se remarque vers six heures et demie du soir ; le vent passe au Nord-Est et s’établit au Nord à neuf heures ; bien que calmée la brise est encore carabinée et dure toute la nuit.

Observations, 25 octobre 8 h m. B.0,760 m T. 26°
4 h s.0,746 m T. 25°
6 h s.0,752 m T. 25°
8 h s.0,754 m T. 25°
26 octobre 9 h m.0,762 m 31°

Le 26, beau temps ; petite brise du Nord".

"Effets. A Mayotte, le Casimir-Delavigne, trois mâts du commerce, chargé complètement en rade de Soulon, a été jeté à la côte, le 25, pendant que le vent venait du Sud ; il a pu se relever le 26. Plusieurs boutres mal ancrés se sont brisés sur la côte, les végétaux grands et petits ont été dépouillés de leurs feuilles et de leurs fruits ; beaucoup d’arbres ont été arrachés ou brisés, les cannes couchées et desséchées.

Quelques bâtiments d’usines ont beaucoup souffert ; tous les toits ont été enlevés, sauf à Dzaoudzi, ou le magasin général seul a été démantelé ; mais les toitures d’ardoises n’ont été qu’en partie endommagées. La goëlette la Turquoise, ancrée à l’Ouest de Dzaoudzi, a chassé sur ses ancres et a trouvé spontanément un mouillage plus tenable près de Koëni. Un chaland en fer qui avait aussi chassé et disparu dans le Nord de Dzaoudzi a été retrouvé, le lendemain, au Sud, sans avaries.

Renseignements. La patron Abdallah-Ben-Salé du boutre Anna, a déclaré avoir ressenti un coup de vent vers la fin du mois d’octobre 1864, sans pouvoir préciser le jour, dans les parages de Mouzangaïe, côte Ouest de Madagascar. Ce coup de vent aurait duré de onze heures du matin à huit heures du soir. Le matin il ventait du Sud ; le soir, de l’Est au moment de la plus grande force du vent. Ayant relâché ensuite à Mouzangaïe, ce patron dit que les boutres, mouillés en rade, ont peu souffert, et que la végétation n’a pas été détruite.

Nossibé, Anjouan et Mohéli n’ont pas souffert".

Les raz de marée, assez communs, mais peu violents, sont probablement causés par les cyclones qui passent au large des Comores. Aucune perturbation apparente de l’atmosphère ne les accompagne ; pourtant le baromètre les annonce, ordinairement, par une baisse de 3 ou 4 millimètres. On les observe surtout au commencement et à la fin de l’hivernage.

Depuis le tremblement de terre de 1820, on croit avoir ressenti de légères secousses en 1865 ; ce qui ne donnerait que deux ébranlements notables du sol pendant le dernier demi-siècle. Cette stabilité est d’autant plus étonnante que le volcan de la Grande Comore est encore en activité.

III. – FLOREModifier

Aperçu de la Flore. – Disposition générale des végétaux sur les sommets, les versants, les plateaux et les vallées. – Principaux végétaux, non introduits, des forêts, des pâturages, des cultures et des marais. – Végétaux introduits par l’homme.

Le sol des Comores est d’une fertilité prodigieuse, surtout à l’embouchure des vallées où les dépôts d’alluvion atteignent une grande épaisseur ; on peut dire qu’il n’y a pas un pouce de terre qui ne soit recouvert de végétation. Les sommets des montagnes et les hauts des vallées sont généralement couverts de forêts ; les versants des rameaux secondaires et les plateaux, de pâturages, de bouquets de bois, d’arbres et d’arbustes isolés. Les cocotiers et les cultures occupent une partie des versants, les plateaux cultivables, les vallées, et la bande du littoral.

Avant l’établissement des premiers habitants, les forêts couvraient certainement toutes les Comores ; aujourd’hui elles n’occupent guère qu’un sixième de leur surface. La masse des forêts proprement dites est principalement composée des familles : clusiacées, combretacées, palmiers, sapotacées, légumineuses, celtidées, malvacées, sterculiacées, anacardiacées, morées, aurantiacées, ébénacées, myrtacées, etc. Principaux arbres :

Commun. – Takamaka. – Excellent bois de construction pour boutres, pirogues, charrettes, etc.
C. Badamier. – Bon bois de construction ; écorce liante.
C. Grand et petit natte. – Bon bois de menuiserie et d’ébénisterie.
R. Bois de fer. – Dur et veiné.
R. Arbre à gutta-percha. – Trop peu commun pour être utilisé.
C. Aréquier. – Les indigènes râpent la noix pour la mêler à leur bêtel.
T.R. Latanier.
T.C. Mouranda. – Faux dattier, épineux ; le tronc sert pour les charpentes des cases, les ponceaux, etc.
C. Mouhinga. – Arbre à feuilles pointues, épineux, à fibres enchevêtrées ; on en fait des plats, des écuelles et des plateaux.
C. Rafia. – Fruit comestible ; les côtes servent à la construction des cases ; les feuilles à leur couverture ; avec le bourgeon terminal on fait de très belles rabanes, etc.
C. Tamarinier. – Bois solide pour charrettes, embarcations, etc., ; le fruit mûr est employé en infusions, comme boisson laxative et rafraîchissante.
R. Corail végétal. – Bon bois de construction.
C. Mourongue. – Les feuilles et les gousses sont comestibles ; la racine pilée sert de sinapisme.
C. Andrèse. – Bois léger, sert pour balanciers de pirogue ; écorce liante bonne pour amarrages ; elle est, dit-on, fébrifuge.
C. Hibiscus. – De Madagascar.
C. Baobab. – Plusieurs individus mesurent à leur base plus de dix mètres de circonférence ; feuilles fébrifuges ; fruit très riche en tannin et puissant astringent ; écorce textile.
R. Ouatier. – Ouate végétale.
C. Adabou. – Bon bois de construction pour pirogues.
R. Azyme. – Bois très droit ; sert pour mâts de boutres.
C. Acajou. – Blanc, de mauvaise qualité.
T.R. Pallissandre. – Siendala lahi, bon bois d’ébénisterie.
C. Ebénier. – Plusieurs espèces.
C. Ficus. – Sans emploi.
T.R. Sandal. – Inférieur.
C. Mourmouroni. – Excellent bois de construction pour boutres, charpentes, charrettes, planches, etc., et de longue durée.
C. Cadoque. – Fébrifuge ; le fruit sert à une espèce de jeu de dames.
R. Oranger.
C. Citronnier. – Fruits petits, mais très acides.
C. Vagansailler. – Les écorces des fruits pourraient être employées pour liqueurs, etc.

Ces arbres, avec beaucoup d’autres que je n’ai pu déterminer, n’ont pas été introduits par l’homme et forment, en quelques endroits, des futaies très belles. Les énormes troncs blanchâtres des baobabs, les colonnes et les feuilles élégantes des aréquiers, les troncs et les racines bizarres des ficus, les lianes innombrables, parmi lesquelles la liane à caoutchouc, sous bois, les ananas, les caféiers, les piments, les bêtels, les ignames, les vacouas, les aloës, les énormes fougères, donnent un caractère particulier et très pittoresque aux paysages de ces forêts.

Entre les forêts uniquement composées d’arbres indigènes et les cultures, s’étendent les pâturages et les terres à riz où sont disséminés des mourandas, des baobabs, des cocotiers, des manguiers, des rafias, des jujubiers, des ricins, des pignons d’Inde, des indigotiers, etc. Les clairières et les crêtes dénudées sont couvertes de fougères, de graminées dont une espèce, la spartine arondinacée atteint jusqu’à huit ou dix pieds de hauteur, et de quelques légumineuses ; une de ces dernières porte une gousse, connue sous le nom de pois à gratter, couverte d’un velours jaune, qui remplace avantageusement l’ortie auprès des jambes des passants.

Sur la côte, les endroits marécageux sont garnis de palétuviers jusqu’à la limite de la haute mer ; il y en a deux espèces ; une petite qui n’atteint que deux à trois mètres de hauteur et dont l’écorce est excellente pour les teintures rouges ; ses branches immergées sont souvent couvertes de petites huîtres très délicates ; l’autre espèce, beaucoup plus grande, fournit de bonnes courbes pour les embarcations, charpentes, etc. C’est sur la grande espèce qu’on trouve l’orseille. A la limite de la haute mer croissent quelques arbustes épineux, des veloutiers, des plantes rampantes, etc.

Les cultures renferment des végétaux introduits par les hommes, d’autres d’une origine douteuse, d’autres, enfin, dont l’introduction est notoire.

VEGETAUX CULTIVABLES NON INTRODUITS.

R. Caféier (sauvage).C. Sorgho
R. Cotonnier (id.)C. Pipangaye.
R. Canne (id.)R. Cresson.
C. Patate (id.)C. Brèdes.
C. Indigotier (id.)C. Pourpier.
C. Igname.TC. Ananas.

D’ORIGINE DOUTEUSE

TC. Cocotier.TC. Bananier.
TC. Manguier.C. Papayer.

Les cocotiers, les manguiers et les bananiers existent en immense quantité ; on en trouve même dans les endroits les plus sauvages des forêts.

D’INTRODUCTION CERTAINE

RizBambou
MaïsGoyavier
CatronilleAttier
PotironCœur de bœuf
HaricotCorosol
PoisArbre à pain
LentilleRavenal
FèveGiroflier
MilletVétiver
Indigo (var.)Vacona (var.)
AubergineCannellier
TomateAvocatier
HennéCacaoyer
Bois noirPalmier (à colonne)
FilaoPalmiste
EvisLilas
JacquierFlamboyant
PêcherBancoulier
SapotteMimosa
AbresadierPamplemoussier
JamrosaMangoustan
BibassierManguier (var.)
Cerisier de ChineFiguier
OrangineCaféier (var.)
MûrierCanne (var.)
BilimbiVanille
LetchiDattier
AcaciaVigne

Collection des légumes d’Europe.

Je n’ai pas la prétention de donner des tableaux complets de tous les minéraux, végétaux et animaux des Comores ; beaucoup m’ont échappé ou me sont restés inconnus et, dans la crainte de les mal désigner, j’ai dû les passer sous silence ; je groupe, seulement ceux que je crois avoir reconnus, espérant que, malgré leur imperfection, ces tableaux donneront une idée générale de la physionomie des Comores.

IV. – FAUNEModifier

Mammifères. – Oiseaux. – Reptiles. – Poissons. – Insectes. – Mollusques. – Animaux domestiques.

MammifèresModifier

Quadrumanes

C. Make, une seule espèce, la brune.

Chats

C. Civette

Insectivores

C. Tang ou Tanrec R. Echasse
C. Crabier TC. Courli
C. Chevalier TC. Courlieu
TR. Flamand TC. Cul blanc
C. Aigrette TR. Poule d’eau

Palmipèdes

R. Sarcelle C. Goëlon
R. Plongeon R. Fou
TR. Frégate TC. Hirondelle de mer

ReptilesModifier

Ophidiens

R. Couleuvre jaune clair, taille 0,80 m
Couleuvre gris bleuàtre, t. 0,50 m
C. Couleuvre rousse à taches brunes, t. 1,20 m (il n’y a pas de serpents venimeux)

Sauriens

TC. Lézard vert à taches rouges
TC. Lézard livide ou margouillat
TR. Jecko
R. Lézard doré
TC. Caméléon
TC. Lézard Brun

Batraciens

R. Crapaud
R. Grenouille

Chéloniens

TC. Tortue franche
C. Caret

Rongeurs

TC. Rat
TC. Souris
TC. Mulot

Cheiroptères

TC. Roussette
TC. Chauve-souris
TC. Fanihi
TC. Rhinolophe

Cétacés

TR. Baleine
C. Marsouin

OiseauxModifier

Rapaces

TC. Papangue
C. Emérillon
R. Buse
TC. Hibou

Passereaux

TC. Corneille à mantelet blanc
C. Guèpier
C. Saint-Esprit
C. Kirambo
C. Martin-pêcheur
C. Merle
R. Pluvier
C. Huppe
C. Moineau ou linot, vivant en famille de 15 à 20 individus, dans un nid en forme de bourse.
C. Hirondelle
C. Cardinal
C. Veuve
C. Tarin
C. Roitelet

Grimpeurs

C. Pic

Gallinacés

TC. Pigeon
TC. Tourterelle
TC. Pigeon bleu
TC. Touterelle malgache
TC. Pigeon rouge
TR. Pintade
TC. Pigeon vert
TC. Caille

Poissons (des côtes)Modifier

Coffre
Squale
Ostracion
Espadon
Diodon
Aiguille
Tétrodon
Loucoudana
Poisson lune
Requin
Raie
Perroquet
Sole
Labre
Plie
Poisson du corail
Dorade
Rouget
Thon
Mulet
Congre
Anguille
Cabot
Gourami
Scarre
Poisson blanc

Les rivières sont pleines d’anguilles énormes ; on trouve dans quelques unes des gouramis et des poissons blancs.

InsectesModifier

Coléoptères

Scarabée
Scarabée du cocotier
Scarabée de la canne
Coccinelle
Cicindèle
Marteau
Veillette
Lampyre
Lucane

Orthoptères

Phyllie
Mante
Grillon
Blatte
Sauterelle
Cancrelat

Nevroptères

Fourmi lion
Libellule
Termite

Hymenoptères

Abeille
Ichneumon
Guêpe-maçonne
Bourdon

Lépidoptères

Diurnes
Papillon
Vanessa
Nymphe
Danaïs
Sphinx
Nocturnes
Phalène
Bombyce
Noctuelle
Pyrale
Teigue

Hémiptères

Punaise
Halys

Diptères

Mouche
Cousin
Moustique

Myriapodes

Scolopendre
Jule

Arachnides

Epeïre
Epeire à soie jaune
Mygale
Scorpion
Tête de mort

Crustacés

Crabe
Camaron
Gécarcin
Hermite
Langouste
Cloporte

Annélides

Lombric
Sangsue

Mollusques (des côtes)Modifier

Huître
Huître des palétuviers
Huître armée
Huître dentelée
Spondyle
Nasse
Pinne
Ricinule
Jambonneau
Buccin
Lime
Vis
Vis tachetée
Vis tour de Babel
Peigne
Peigne manteau ducal
Peigne pèlerin
Peigne écaille
Peigne orangé
Peigne violet
Peigne pourpré
Peigne noueux
Harpe
Casque
Casque pourpré
Ptérocère
araignée
scorpion
Moule
Triton
Triton corne d’abondance
Solen
Cardite
Cône
Cône impérial
Cône royal
Cône amiral
Cône géographique
Cône marbré
Cône damier
Cône rubanné
Cône miliaire
Cône hébraïque
Cône tigré
Cône carotte
Cône drap d’or
Tridacne
Vénus ou Cythérée
Lucine
Lucine à bords roses
Telline
Bucarde
Arche
Tarière
Olive
Mitre
Mitre épiscopale
Mitre flambée
Mitre couronnée
Porcelaine
Porcelaine argus
Porcelaine faux argus
Porcelaine maure
Porcelaine géographique
Porcelaine tigrée
Porcelaine isabelle
Porcelaine monnaie de Guinée
Volute
Volute peau de serpent
Volute musicale
Volute hébraïque
Fasciolaire
Turbinelle
Pirule
Ovule
Ovule œuf
Cérite
Turbo
Bulle
Bulle ampoule
Bulle rayée
Dauphinule
Scalaire
Natice
Nérite
Rocher
Rocher chicorée
Rocher fine épine
Rocher à bouche rose
Rocher à bouche jaune
Navicelle (eau douce)
Mélanie (id.)
Lymnée (id.)
Argonaute
Fuseau
Fuseau blanc
Fuseau rubané
Seiche
Hélice (terrestre)
Bulime (id.)

ZOOPHYTES

Astérie
Méandrine
Oursin
Astrée
Oscabrion
Madrépore
Balanite
Fongie
Taret
Tubipore
Polypier
Eponge, etc., etc.

Le monde des coraux offrirait, à lui seul, un sujet inépuisable d’étude, avec ses hôtes innombrables, ses pholades, ses foraminifères, ses poissons, ses arborescences gélatineuses, etc. Rien n’est plus curieux que d’observer, pendant les basses mers des grandes marées, les bassins où il reste de l’eau après que la mer s’est retirée des récifs ; les mollusques, développés hors de leur têt, circulent librement ; des milliers de corpuscules insaisissables lancent alternativement des éclairs rouges, verts ou blancs ; on voit se mouvoir des objets étrangers ; enfin on surprend la vie de ces êtres ambigus qui tiennent à la fois des végétaux et des animaux.

Animaux domestiques introduitsModifier

Bœufs. – Deux espèces, une grande et une petite, à loupe sur le dos et à longues cornes ; quelques individus pourtant n’ont pas de cornes ou les ont mobiles et tournées vers la terre.
Chèvres. – Espèce connue sous le nom de cabris de Surate ; très grande taille, poil ras, grandes oreilles tombantes, pas de cornes, deux glandes des très saillantes sous le cou. – Espèce ordinaire.
Moutons. – Deux espèces, l’une dite mouton du Cap, à laine et à grosse queue ; l’autre, dite d’Aden, à poil au lieu de laine.
Chameaux. – Deux individus introduits à Mayotte par la Compagnie des Comores.
Chevaux, mules, ânes, chiens, chats, cochons, lapins, dindons, oies, canards, poules, pigeons, etc.

V. – POPULATIONModifier

Premiers habitants, Arabes ou Iduméens. – Les Zaffe Hibrahim de Flacourt. – Les Zendjes et les Chambaras. – établissements de Magadoxe et Kiloua. – Les Zaffe Ramini – Premiers Etablissements musulmans dans les Comores. – Les Portugais. – Mohamed Ben Haissa et les Chiraziens. – Migrations malgaches. – Introduction des nègres. – Commerçants arabes et indiens.

D’après un manuscrit arabe, écrit à Mayotte et fort curieux malgré les nombreuses erreurs et contradictions qu’il renferme, les Comores eurent pour premiers habitants des Iduméens ou des Arabes qui s’y établirent peu après le règne de Salomon. Ce manuscrit, traduit de l’arabe en souahéli par Saïd Omar, et, du Souahéli en français par Bonali Combo, interprète du tribunal, commence ainsi :

"Voici l’histoire des temps anciens dans les îles Comores c’est à dire Gazizad, Andjouan, M’Héli et M’Ayâta. Nos aïeux nous apprirent que des quatre îles Comores Gazizad fut habitée la première, après la venue du prophète Salomon Ben Daoudou, que la paix de Dieu soit avec lui. A cette époque apparurent deux Arabes, venant de la mer Rouge avec leurs femmes, leurs enfants et leurs domestiques ou esclaves. Ils s’établirent à la Grande Comore. Après, il arriva beaucoup d’hommes d’Afrique, de la côte de Zanguebar, pour habiter dans les îles".

Ces Iduméens ou Arabes y vinrent-ils volontairement ou y furent-ils jetés par une tempête ? Il est probable que, naviguant le long de la côte orientale d’Afrique, ils auront été poussés par un coup de vent sur la Grande Comore, peu éloignée du continent.

D’un autre côté, un passage de Flacourt donne à penser que ces émigrants faisaient partie d’une troupe plus considérable qui se serait fixée à Madagascar vers la même époque et dont Flacourt désigne les descendants par le nom de Zaffe-Hibrahim (enfants d’Abraham), dans son énumération des peuplades malgaches : "Ceux, dit-il, que j’estime y être venus les premiers (à Madagascar), ce sont les Zaffe-Hibrahim, ou de la lignée d’Abraham, habitants de l’isle de Saincte-Marie et des terres voisines ; d’autant qu’ayant l’usage de la circoncision, ils n’ont aucune tache de mahométisme, ne connaissent Mahomet ni les Caliphes et réputent ses sectateurs pour Caffres et hommes sans loy, ne mangent point et ne contractent aucune alliance avec eux. Ils célèbrent et chôment le samedy, non le vendredy, comme les Maures, et n’ont aucun nom semblable à ceux qu’ils portent ; ce qui me fait croire que leurs ancêtres sont passés en ceste isle dès les premières transmigrations des Juifs, ou qu’ils sont descendus des plus anciennes familles des Ismaëlites dès avant la captivité de Babylone, ou de ceux qui pouvaient être restés dans l’Égypte environ la sortie des enfants d’Israël. Ils ont retenu le nom de Moïse, d’Isaac, des Joseph, de Jacob, et de Noé. Il en peut être venu quelques uns des côtes d’Ethiopie : mais les blancs nommés Zaffe-Ramini y sont venus depuis 500 ans, et les Zaffe-Casimanbous des Matatanes, qui sont les Escrivains, n’y sont venus que depuis 150 ans". M. Epidariste Colin a partagé ce sentiment en écrivant que Madagascar a été peuplée, depuis plus de 2000 ans par des Juifs, des Arabes, des Indiens, des Malais, des Cafres et des Makouas. (De Flacourt, Histoire de la grande isle Madagascar. – M. Epidariste Colin, Notes sur les Fragments de M. Chapelier sur Madagascar ; Malte-Brun, Annales des voyages, tome XIV, 1811).

Les noirs de la côte d’Afrique qui se répandirent dans les Comores, après ces Sémites, étaient des Zendjes et des Chambaras qui pourraient bien être les Comr d’Ibn-Saïd.

Quelques auteurs placent l’arrivée des Arabes, dans les Comores et à Madagascar, au VIIIè siècle de notre ère ; j’ignore sur quels textes s’appuie leur opinion, mais elle est certainement fondée si, par son île, puisque lors de son voyage à Cambalou, l’an 940 de notre ère, il la trouva peuplée de Musulmans et de Zendjes mêlés. Toujours est-il qu’il est fort difficile de donner une date certaine à l’établissement des Musulmans dans les Comores ; à moins qu’on accepte la date de la fin du règne des Omnyades, donnée par Massoudi pour la conquête de l’île Cambalou par les Musulmans.

Dès la plus haute antiquité, les Arabes ont fréquenté la côte orientale d’Afrique ; suivant le Périple, les petits souverains des marchés de l’Azanie étaient tributaires d’un prince de l’Arabie heureuse ; mais c’est surtout après Mahomet que le caractère de l’occupation arabe changea ; au lieu de marchands isolés, allant pacifiquement établir des comptoirs, des tribus entières émigrèrent et allèrent fonder sur cette côte des Etablissements politiques et militaires. Le premier fut celui des Emozéides, après le combat de Coufa, l’an 122 de l’hégyre ; vers l’an 295, l’émigration de la tribu d’El-Haça, du Baharin, dite des sept frères, fonda Magadoxo et Brava. Ces Arabes se répandirent rapidement le long de la côte et arrivèrent jusqu’à Sofala où leurs navires vinrent chercher de la poudre d’or.

Enfin, vers l’an 360 de l’hégyre, lors de l’établissement des Bouïdes à Chiraz, une émigration considérable de Chiraziens fonda l’État de Kiloua qui prit bientôt de grands développements et étendit sa domination sur Patta, Zanzibar, Sofala, les îles Comores et une partie de Madagascar.

Une légende intéressante pour les Comores est celle de la venue des Zaffe-Ramini rapportée par Flacourt ; je passe le préambule dans lequel il est facile de deviner qu’il s’agit d’une émigration musulmane causée, comme toutes les autres, par des dissidences politiques ou religieuses : "La flotte de Rahadzi arriva au port de Mangadsini ; Rakoube appréhendant que son frère ne le fit mourir, fait promptement équiper un grand navire (d’autres disent 30 navires) et se met en mer avec 300 hommes entre lesquels étaient ses plus confidents amis et domestiques, embarque tout ce qu’il avait de richesses, or, argent, et autres choses, met la voile au vent, et s’envient le long de la côte de la mer vers le sud. Rahadzi sachant la fuite de son frère, ne voulut point desbarquer, et de met en mer à le suivre sur un autre grand navire où il y avait 300 hommes ; et furent ainsi trois mois en mer tant que Rakoube arrive à l’isle de Comoro qu’il trouva habitée ; de là tire vers l’Orient, et passe au nord de l’isle Madagascar. Il suit en après la coste jusques à ce qu’il arrivast à l’embouscheure d’une rivière nommée Harangazavac, à deux lieues de Mananzari, dans la province des Antavares, et là il eschoüa son navire, desbarqua tout son monde et toutes ses richesses et meubles. Treize jours après Rahadzi arriva à Lamanoussi, terre des Ambohitsmènes, et là il eschoüa aussi son navire……. de Rahadzi sont descendus tous les blancs qui se nomment Zaffe-Ramini qui demeurent aux Ambohitsmènes, chez les Antavares et aux Matatanes". Cette arrivée des Musulmans à Madagascar aurait eu lieu, d’après Flacourt, vers l’an 1160 de notre ère. Bien que Flacourt semble confondre Magadsini avec la ville indienne de Mangalore, je pense que le nom de Mangadsini est une corruption de Mangadchou, Moguedchou ou Magadoxo, d’abord parce que cette dernière ville répond parfaitement à l’itinéraire suivi par les deux boutres pour se rendre à Comores, ensuite parce qu’un déplacement semblable eut lieu lors de l’arrivée des Arabes d’El-Haça à Magadoxo ; la différence de secte fit émigrer les Emozéides, premiers habitants, et c’est, sans doute, à un fait analogue que se rapporte la légende des Zaffes-Ramini.

Entre les années 1500 et 1505 des Portugais abordèrent à la Grande Comore. "Longtemps après l’arrivée des hommes du Zanguebar, il est venu des chrétiens de nation portugaise, qui ont pris possession de Gazizad. Lorsque les Portugais ont établi leur autorité sur cette île, les anciens habitants se sont enfuis et dispersés dans les îles voisines Andjouan, M’Héli et M’Ayâta. Ceux qui sont venus à M’Ayâta se sont établis dans un endroit, au nord, appelé M’Chambara". (Ou M’Sambara d’où l’on a fait plus tard M’Zambourou. – Extrait du manuscrit). Ces Portugais ne restèrent pas longtemps à la Grande Comore et ils l’avaient déjà abandonnée lorsqu’un parti considérable de Chiraziens, quittant la côte d’Afrique, ou, d’après une autre version, arrivant directement de Chiraz, vint, sous la conduite de Mohamed-ben-Haïssa, s’établit, vers 1506, à la Grande Comore, Anjouan et Mohéli. Cette migration forme, encore aujourd’hui, la race dominante dans les Comores ; elle est ainsi rapportée par le manuscrit de Mayotte : "Peu après les Portugais, il est venu beaucoup d’hommes de Chirazi, vers la Palestine (sic), pour rester dans les îles. Ils sont partis de Palestine au nombre de sept boutres. Le premier aborda à Souahéli, le deuxième à Zanzibar, le troisième à Tonguy, le quatrième à Gongué, le cinquième à Gazizad, le sixième à Anjouan et le septième à Bouéni, sur la côte de Madagascar. Dans chacun des sept boutres il y avait un prince de Chirazi, et tous professaient la religion mahométane ; et dans tous les pays cités plus haut il y eut prince de Chirazi qui régna. Ceux qui sont arrivés à Bouéni ne régnèrent que fort peu de temps ; ils furent dominés par les Sakalaves qui sont encore aujourd’hui leurs maîtres ; ils sont connus sous le nom d’Antalaoussi (Antalotes)".

Les migrations malgaches suivirent de près l’arrivée des Européens dans la mer des Indes. Peut-être commencèrent-elles plus tôt ? Mais une des premières connues est celle de Diva-Mamé, un des chefs du Bouéni, qui vint avec une troupe nombreuse de Sakalaves s’établir à Mayotte dans les premières années du XVIè siècle. Ces émigrations, composées principalement de Sakalaves, devinrent fréquentes pendant les siècles suivants ; on peut les attribuer aux guerres incessantes et sans merci que se faisaient les peuplades malgaches ; il ne faut pas les confondre avec les expéditions dévastatrices que firent, pendant le siècle dernier et les premières années de ce siècle, les Sakalaves, les Antankares, les Betsimitsaracs, etc. Les guerres et les conquêtes des Hovas ont, depuis une quarantaine d’années, chassé du littoral de Madagascar une foule de famille qui se sont réfugiées dans les Comores, isolément ou par troupes plus ou moins considérables. Il y est même venu des Hovas, surtout à Mohéli, à la suite de Ramanatéka.

De tout temps, la traite des esclaves a été pratiquée par les Comoriens, et a introduit dans les Comores une foule de nègres de toutes les tribus de Madagascar et de la côte d’Afrique ; si bien qu’il est fort difficile aujourd’hui de les distinguer des nègres provenant des premières migrations spontanées. On y trouve des Makouas, des Moutchaouas, des Chambaras, des Cafres, etc.

Depuis l’arrivée des Chiraziens de Mohamed-Ben-Haïssa, l’élément arabe s’est renforcé d’Arabes de Patta, de Zanzibar, de Mascate, de l’Yemen, etc., qui se sont définitivement établis dans les Comores. Le commerce y a attiré aussi environ 200 Indiens ou Banians de Bombay et de la côte de Malabar. Enfin je dois mentionner ici, pour mémoire, les 250 Européens ou créoles établis à Mayotte, Anjouan et Mohéli.

Tous ces éléments, plus ou moins croisés et mélangés, ont formé la population actuelle qu’on peut évaluer, pour les quatre îles Comores, à environ 65000 habitants.

VI. – ETHNOGRAPHIEModifier

Divisions de la population. – Les Antalotes. – Type. – Mœurs. – Langage. – Nombre. – Les Cafres, Makouas, Moutchaouas, M’Chambaras. – Type. – Condition. – Nombre. – Mœurs. – Cases. – Vêtements. – Religion. – Danses. – Maladies. — Sépultures. – Les Malgaches. – Provenance. – Condition. – Type. – Mœurs. – Vêtements. – Cases. – Mariage. – Cultures. – Chasse. – Chants. – Religion. – Sépultures. – Les Arabes. – Caractère. – Langage. – Costume. – Armes. – Habitations. – Religion. – Propagande. – Superstitions. – Mariage. – Education. – Arts et métiers. – Chirurgie et médecine. – Sépultures. – Justice. – Navigation et commerce.

Prise dans son ensemble, la population sédentaire peut être ramenée à quatre types principaux : les Antalotes, les Cafres, les Malgaches et les Arabes.

Seule race purement indigène, les Antalotes proviennent du croisement des Sémites avec les premiers Africains venus dans les Comores. On comprend aussi sous ce nom les descendants des Malgaches qui se sont croisés avec les Arabes ou avec les Africains, enfin les descendants des Antalotes croisés avec les Africains.

Toutes ces nuances originaires se sont fondues, avec le temps, en un type particulier qui se caractérise par une grande taille, un teint jaunâtre, les cheveux crépus, la barbe rare, les muscles bien dessinés, les veines saillantes, l’œil vif, les lèvres un peu épaisses mais sans exagération, le nez légèrement arqué avec les narines dilatées, le front haut mais fuyant, la tête s’effilant un peu au sinciput. A la Grande Comore et à Anjouan, le sang sémitique domine chez les Antalotes ; à Mayotte et surtout à Mohéli, ils se rapprochent davantage du type éthiopique par un teint foncé, un nez épaté et de grosses lèvres.

Presque tous les Antalotes ont adopté la religion et les usages des Arabes ; leur langue, véritablement la langue nationale des Comores, est un composé de mots souahélis et malgaches. Je donnerai plus loin un vocabulaire de quelques termes usuels.

Les Antalotes forment, à peu près, les quatre dixièmes de la population totale.

Sous le nom général de Cafres, on comprend tous les esclaves introduits par la traite, soit de la côte d’Afrique, soit de Madagascar, et dont il est impossible de déterminer exactement la provenance. La masse appartient aux tribus Makoua, Moutchaoua et M’Chambara ; on y trouve tous les degrés du type éthiopique, depuis le nègre croisé du Souahéli, provenant du marché de Zanzibar, jusqu’au Cafre aux dents limées en pointe et aux tatouages bizarres. Ils sont restés les esclaves des Arabes, des Malgaches ou des Antalotes, et forment, au moins, les quatre dixièmes de la population.

Leurs mœurs varient avec la durée de leur séjour ; pendant quelque temps ils conservent les mœurs et le langage de leur pays, mais presque tous finissent par adopter la religion et les usages des Arabes. Toutes leurs cases sont de la plus simple architecture ; ils déblaient un rectangle de 4 m sur 2, plantent aux quatre coins, des troncs de mourandas ou de cocotiers sortant du sol d’environ 1.50 m et reliés par des poutres semblables, fixent, au milieu des petits côtés, deux fourches supportant une perche, clayonnent cette cage avec des baguettes et la recouvrent, sur le toit, de feuilles de cocotier tressées et posées les unes sur les autres, sur les côtés, de même feuilles cousues verticalement ; pas de fenêtres, une petite porte fournit l’entrée et le jour ; à l’intérieur, un kibani[1], une natte, un pot, une écuelle, deux sajoies[2], un pilon à riz en bois ; tel est le type de la case d’un nègre dans les Comores.

Rien de plus simple que le vêtement ; les hommes portent, ou un modeste langouti[3], ou un simbou[4] bleu ou blanc, long de 2 mètres, large de 0,80 m, roulé autour des reins et couvrant le corps de la ceinture aux genoux. Les femmes se roulent sous les bras, au-dessus des seins, un pagne un peu plus large qui descend jusqu’au genou ; l’enfant, tant qu’il n’est pas sevré, se loge dans le pagne du matin au soir, sur le dos de la mère qui vaque à ses occupations, pioche la terre, puise de l’eau, pile le riz, sans que jamais le petit crie ou pleure. Presque toutes les femmes ont la narine percée et y mettent une petite fleur ou un bouton de métal. Toutes se percent et s’étirent le lobule de l’oreille qui prend des proportions considérables ; elles y passent des doubles boutons en laque, en bois ou en argent, quelquefois larges comme une pièce de cinq francs. Hommes et femmes se tatouent, les hommes surtout ; ceux qui ont les dents limées portent les lignes formées de verrues au front, au coin des paupières et de la bouche, sur la poitrine, à l’attache des bras etc. ; d’autres ont des raies disposées en demi cercles concentriques, ou des rayons, sur le front, au-dessus du nez.

Ils ne célèbrent pas le mariage et n’ont pas de culte apparent, si ce n’est peut-être pour quelques pierres noires qu’ils plantent en terre et qu’on rencontre autour de leurs villages, dans les endroits écartés. Leurs danses consistent, dans les endroits écartés. Leurs danses consistent principalement à tourner en cercle autour d’un tam-tam pendant plusieurs heures, tous en mesure, les coudes au corps, secouant, en sautant alternativement sur chaque pied, des grelots de fruits de rafia attachés autour de leurs mollets, et chantant un air plaintif et monotone. La sueur découle de tous les membres des danseurs et des musiciens, et on est obligé d’entretenir, au milieu du cercle, un grand feu où l’orchestre retend, à chaque instant, les peaux relâchées de ses tambours. Leurs figures et leurs chants paraissent si tristes qu’on ne s’imaginerait jamais qu’ils s’amusent. En dehors des danses, ils jouent d’une espèce de bobre fait d’une côte évidée de rafia, fixée à une calebasse, sur laquelle ils tendent une corde.

Chez les nègres des Comores, les maladies les plus communes sont l’ulcère de Mozambique, la phtisie, l’éléphantiaisis, le pian, la gale, la lèpre et la dysenterie ; la petite vérole leur est souvent mortelle et cause, de temps en temps, de grands ravages. Ils ne sont pas sujets aux fièvres paludéennes.

J’ai eu dans une instruction criminelle, l’occasion de faire exhumer un Makoua. Le corps, enveloppe d’une toile cousue, avait été descendu dans une fosse orientée N.-S. et profonde d’un mètre environ ; dans la paroi occidentale, on avait creusé une espèce de grotte ou gisait le corps, allongé, posé sur le côté gauche, la face tournée vers l’Orient ; l’ouverture de la grotte avait été fermée par une moitié arrondie de pirogue qui achevait de recouvrir le corps à côté duquel ou avait déposé du riz, dans un fragment de sajoie, et un petit pot qui avait dû contenir un liquide.

Les Malgaches purs sont surtout des Sakalaves, des Antakares, des Betsimitsaracs, types bien connus et décrits dans tous les voyages à Madagascar, et quelques Hovas, à la physionomie malaise ou chinoise. Fort nombreux à Mayotte et à Mohéli, qu’ils ont tenues sont leur domination pendant plusieurs années, les Malgaches ont à peu près conservé les mœurs de leur pays, et leurs villages sont distincts des villages arabes ou cafres. Cependant, depuis quelques années, les Arabes prennent sur eux une grande suprématie, et ils finiront par s’effacer complètement ou se convertit au mahométisme.

Ils sont généralement grands et bien faits ; leur teint est cuivré ; leurs cheveux, très abondants, frisent sans être trop crépus ; leurs épaules un peu trop relevées, les font ressembler aux anciens dessins égyptiens ; quelques femmes malgaches sont très belles. Les hommes portent le simbou et une camisole ; quelquefois, au lieu de la camisole, une espèce de plaid en rabane ; ils se coiffent de calottes finement tissées avec des fibres de rafia et teintes de riches couleurs végétales ; leur arme nationale est la sagaïe. Les femmes portent une espèce de fourreau en cotonnade, roulé au-dessous des seins et descendant jusqu’à la cheville, et un corsage à manches, canezou, qui étrangle les bras et la poitrine ; quelques-unes y ajoutent un lamba en écharpe. Leurs cheveux sont tressés en petites nattes, terminée chacune par un pompon, avec une natte plus grosse et plus longue, en guise de queue par derrière. Comme parure, elles ont des colliers de sandal, de grains d’or, d’argent ou de corail, de longues chaînes d’argent qui font trois ou quatre fois le tour du cou, et des bracelets d’or ou d’argent. Leurs cases en bois de construction et en rafia sont assez élégantes. Chez les Malgaches, le mariage n’est pas accompagné de cérémonies particulières. Quand un garçon et une fille se conviennent, ils vivent ensemble ; dès que la vie commune les ennuie, ils se séparent, partagent à l’amiable les enfants, et restent les meilleurs amis du monde. Excepté dans les familles de chefs où les choses se passent un peu plus régulièrement, on ne donne aucune instruction aux enfants. Il est à remarquer que la langue malgache est une langue parlée, qui n’a pas de caractères particuliers d’écriture.

Habiles pêcheurs, ils sont aussi très adroits chasseurs. Tous les cochons sauvages qu’ils avaient introduits ont été détruits par les Arabes, à la Grande Comore, Anjouan et Mohéli, mais il en reste beaucoup à Mayotte ; les Malgaches les chassent à la sagaïe avec des chiens jaunes à long poil. Chaque chasseur a deux sagaies ; quand les chiens ont rejoint la sanglier qui fait ordinairement ferme de suite, le chasseur lui lance une de ses sagaïes et se sert de l’autre, comme d’une lance, pour aller en rampant reprendre celle qu’il a lancée ; et il recommence jusqu’à ce que la bête soit tuée.

Leurs principales occupations sont l’élève du bétail et la culture du riz ; ils emploient, suivant la nature des lieux, deux procédés de défrichement fort ingénieux pour épargner leur travail. S’ils veulent cultiver une plaine ou une vallée où coule un ruisseau, ils le barrent et inondent de terrain voisin ; puis ils font piétiner ce marais par des troupeaux de bœufs, ce qui remplace le coup de charrue. Une fois le sol préparé, ils laissent écouler l’eau et plantent leur riz dans la boue. Si le terrain qu’ils veulent cultiver ne peut être inondé, ils l’incendient, et quand le feu a débarrassé la terre de tous les végétaux, ils remuent les cendres et plantent. Comme ils ne prennent jamais la précaution de circonscrire l’incendie, il s’en suit ordinairement que le feu gagne les pâturages et les forêts voisines et quelquefois se promène dans les îles pendant des semaines entières. C’est principalement à ce procédé de culture qu’il faut attribuer le déboisement regrettable de la plus grande partie des Comores.

Comme les Antalotes et les Cafres, les Malgaches chantent toutes les fois qu’ils exécutent un travail d’ensemble ; ils ont l’oreille musicale et beaucoup d’imagination. Ordinairement, un seul chante les couplets sur un rythme lent ou accéléré, suivant les circonstances ; le chœur répond en faisant des accords. Leurs airs sont peu variés, mais ils composent les paroles avec la plus grande facilité ; un jour que j’allais à M’Sapéré, des pigeons qui, volaient dans cette direction, passèrent au-dessus de ma pirogue ; les rameurs chantaient une de leurs chansons habituelles ; à la vue des pigeons, l’un d’eux improvisa immédiatement ; "Pigeons, qui volez si vite, vous arriverez avant moi à M’Sapéré, dites à mon amie que je viens auprès d’elle, etc., etc".

On peut dire que les Malgaches n’ont pas de religion. "Ils sçavent bien, dit Flacourt, qu’il y a un Dieu, mais ils ne le prient ny l’adorent, n’ayans ny temples ny autels ; ils sacrifient des bœufs quand ils sont malades, et qu’ils ont fait quelque songe qui leur fait peur. Ou quand ils ont vu en dormant leur père et leur mère, ils sacrifient proche leur tombeau quelque beste, dont ils jettent un morceau pour le diable et un autre morceau pour Dieu ; tous leurs sacrifices ne sont une partie que pour manger de la viande : car ils ne adressent à Dieu aucune prière, si ce n’est quelque particulier qui sera plus sage et plus advisé que les autres…… en lui demandant des richesses, des bœufs, des esclaves, de l’or, de l’argent et des choses temporelles ; mais pour les spirituelles ils n’y pensent point.

Il ne pratiquent, dit M. le docteur Monestier, qu’un fétichisme grossier, quoique généralement ils aient l’idée d’un Dieu juste et rémunératuer. Les rares Malgaches qui ne sont ni christianisés, ni arabisés, reconnaissent un bon et un mauvais principe, aiment le surnaturel comme tous les gens naïfs, et se font exploiter par les sorciers comme les Africains. Mais au fond de tout cela, il règne une profonde insouciance ; leur horizon est très borné et du moment que l’avenir terrestre ne semble pas les préoccuper, que leur fait un avenir plus éloigné. Manger, boire, dormir, chanter, danser, satisfaire les besoins essentiels de la vie matérielle, voilà le cercle de leurs préoccupations. Nous exceptons de ce tableau les Betsimitsaracs de Sainte-Marie transportés à Mayotte ; chrétiens, pour la forme au moins, ils s’assimilent aux Européens ; mais trop souvent, sous des apparences honnêtes, ils cachent le fond le plus pervers".

S’ils ne connaissent aucun lieu moral, ils sont, en revanche, extrêmement superstitieux. Sur la route d’un de leurs villages, à Mayotte, il y avait une grosse pierre pour laquelle ils semblaient avoir une dévotion particulière, car elle était toujours couverte de fleurs, de colliers de grains, de fruits, quelquefois même de pièces de monnaie. Il est vrai que cette pierre se trouvait à côté d’un cimetière et qu’ils ont une peur horrible des morts ; ces offrandes provenaient, sans doute, des passants attardés. Leur frayeur des morts est telle que, malgré leur tendance à toujours mentir, on peut être assuré qu’ils disent la vérité quand ils invoquent leurs parents ou leurs amis défunts.

Ils enterrent leurs morts sans leur faire de mausolées et entourent seulement d’une ou de deux rangées de pieux, plantés en carré, l’endroit où ils reposent. Quelquefois, ils plantent, autour de la fosse, une rangée de baguettes vertes qui poussent et forment un bouquet d’arbres. Pour les grands personnages, chaque année, à l’anniversaire de la mort, la famille et les amis se réunissent auprès du tombeau et font des cérémonies.

On verra, par l’histoire des Comores, combien était juste et profonde cette appréciation de la race malgache faite, il y a plus de 200 ans, par Flacourt : "S’il y a nation au monde adonnée à la trahison, dissimulation, flatterie, cruauté, mensonge et tromperie, c’est celle-cy ; ce sont le plus grands adulateurs, menteurs et dissiumulez qu’il y aye au monde ; gens sans cœur et qui ne font vertu que de trahir et tromper, promettans beaucoup et n’accomplissant rien, si ce n’est que par la force et par la crainte, ils accomplissent leurs paroles ; gens qu’il faut mener et gouverner par la rigueur, et qu’il faut châtier sans pardon, tant grands que petits, estant trouvez en faute ; autrement estant eschappez d’entre les mains de ceux qui les tiennent, et qui leur auraient pardonné, ils n’en sçavent aucun gré ; mais attribuent leur délivrance à leur bonne fortune, ou à leur auli, et font pis encor qu’auparavant ; ainsy que i’ay expérimenté plusieurs fois".

Aujourd’hui, les Malgaches, qui ne rentrent pas dans la classe des Antalotes, comptent pour un dixième environ, dans la population totale des Comores.

Répandus dans les quatre Comores où ils exercent une suprématie incontestable sur les Malgaches et les Africains, les Arabes offrent tous les degrés de dégénérescence du sang sémitique, depuis le descendant des Chiraziens offrant le pur type de la famille sémitique, jusqu’au Souahéli et Zanzibar assez voisin du nègre. A Mayotte et Anjouan, où les Arabes ont de fréquents rapports avec les Européens, leur caractère est sociable et assez honnête. On pourrait leur reprocher leur rapacité, leur orgueil, et le peu de sympathie qu’ils éprouvent pour les Européens ; mais ces défauts sont si habilement dissimulés sous une apparence de bonhomie, d’humilité et de dévouement, qu’il faut les bien connaître pour deviner le fond de leur pensée. A la Grande Comore et Mohéli, ils sont farouches, méfiants, et ont gardé quelque chose de leur ancienne férocité. Quant à la probité dans les contrats, ils ne sont pas aussi malhonnêtes qu’on pourrait le croire ; certainement ils cherches plutôt leur propre profit que celui de leur prochain, mais ils ne sont ni plus ni moins Arabes, sous ce rapport, que beaucoup d’Européens.

Très peu de personnes, dans les Comores, parlent et écrivent la véritable langue arabe ; l’immense majorité parle et écrit en Souahéli. C’est la langue qu’on apprend dans les écoles et qui est devenue la langue commune des quatre îles. Il est encore de bon ton, dans la haute société, d’employer l’Arabe pour sa correspondance ; mais cet usage tend à disparaître.

Le costume des hommes se compose d’un simbou roulé, couvrant de la ceinture au genou, d’une longue robe blanche ou jaune, à manches, fendu et boutonnée sur la poitrine et descendant jusqu’au-dessus de la cheville, d’un turban, d’une paire de sandales plates et d’un chapelet. Voilà le costume essentiel de tout Arabe ; mais la plupart y joignent un gilet sans manches, noir, rouge ou vert, plus ou moins richement brodé. Les gens aisés portent, sur la robe, un ample pardessus à manches de drap noir ou rouge, orné de passementeries de soie et d’or. Quelques grands personnages portent, dans les réceptions, le pantalon et la veste turcs ; mais ils font exception. La large ceinture n’est pas d’un usage général ; on ne la met que les jours de cérémonie et on y passe le kandjiar ; poignard à lame recourbée, qui est l’arme de luxe des Arabes ; beaucoup de kandjiars ont des poignées en corne de rhinocéros, incrustées d’or, d’un beau travail et d’une grande valeur. Quand ils sortent, ils ont ordinairement sous le bras un sabre long et droit, sans pointe, à deux tranchants, à poignée effilée, ornée de filigrane d’argent et terminée par une boule, avec un fourreau de bois recouvert d’étoffe ou de maroquin ; ou bien un long sabre, à poignée de fer ouvragé ; quelques-uns ont des sabres recourbés, à lame damassée, poignée de corne et garde d’argent. Les armes à feu sont rares et ils ne les portent pas ordinairement avec eux.

Les femmes se vêtent d’une large pièce d’étoffe roulée sous les bras au-dessus des seins, et descendant judqu’au-dessus de la cheville ; une même pièce, drapée, recouvre les épaules, les bras, et sert le capuchon quand elles sortent. Elles ont une faible pour les bijoux et se chargent d’anneaux, de bagues énormes, de colliers de sandal, de corail, d’ambre, de grains d’or ou d’argent, avec des médaillons pour les amulettes, de boutons d’or ou d’argent qu’elles placent dans le lobule de l’oreille, percé et distendu pour cet usage ; elles se mettent, en outre, au-dessus des chevilles, des manilles ou d’énormes bracelets d’argent repoussé. Leurs pieds sont toujours nus.

Aux jours de fête, les élégantes portent un large pantalon serré à la cheville, à raies de diverses couleurs, mais ou le rouge domine, au corsage à manches courtes, en étoffe riche, et un lamba en écharpe. Avec ce costume, elles se mettent une calotte dorée sur le sommet de la tête et relèvent leurs cheveux sur le chignon, ou en font deux grosses nattes qu’elles laissent pendre sur le dos : plusieurs ont adopté la mode malgache et les tressent, en petites nattes, tout autour de la tête. En dépit du Coran, toutes les femmes arabes ne se font pas raser la tête ; les jeunes conservent très bien leurs cheveux ; quelques rigides, et les vieilles surtout, se font scrupuleusement raser et s’affublent d’affreuses calottes à oreilles. Elles se rasent aussi les sourcils et les remplacent par du noir de fumée. Celles qui sont à peu près blanches se peignent le tour des yeux en bleu foncé ; les noires se font avec un pinceau des croissants, des perles ou des rosaces, blanches ou jaunes, au front et aux joues. Quelques-unes ont la narine percée et y mettent un petit bouton d’or semblable à une fleur myosotis. Toutes se teignent les ongles et la paume des mains en rouge, avec du henné.

L’accessoire obligé du costume est une longue tabatière, en cuivre pointillé, à trois compartiments, pour le bétel, la chaux et l’areck ; car toutes ces dames chiquent. Du matin au soir, elles mâchent un mélange de feuilles de bétel, de noix d’areck râpée et de chaux pilée qui leur ronge et noircit les dents, et lancent perpétuellement d’énormes crachats rouges. Les hommes, du reste, partagent le goût des femmes pour chiquer le bétel ; ils fument aussi du chanvre et du hatschich ; ils chiquent le tabac, le fument rarement.

Quand les femmes sortent, elles se voilent avec un lamba qui leur couvre la tête et les épaules ; quelques rares familles ont conservé l’usage du masque carré couvrant la figure jusqu’au menton, avec une fente à la hauteur des yeux.

A part quelques villes bâties en pierres ou en béton, les maisons sont généralement construites en bois, rectangulaires, et n’ont qu’un rez-de-chaussée ; les poteaux et les poutres sont en cocotier, les murs en côtes de rafian juxtaposées verticalement, reliées par d’autres côtes disposées transversalement, à un pied l’une de l’autre, de façon à former extérieurement de petits panneaux carrés ; la toiture, à deux versants, est en vétiver, en chaume, ou en feuilles de cocotier tressées et superposées. Toutes les maisons ont, sur le devant, une varangue et, sur le derrière, une cour plantée de cocotiers, d’attiers, ou d’autres arbres fruitiers, et entourée, jusqu’à hauteur d’homme, d’une palissade en feuilles de cocotier nattées et cousues ensemble, arrête les regards indiscrets des passants. A l’intérieur, une cloison partage la case vers le milieu ; la première pièce, meublée de quelques kibanis et de chaises, sert de salon de réception et de chambre à coucher pour l’homme, l’autre, séparée en deux par une autre cloison, forme le logement de la femme ; elle renferme ordinairement un lit élevé, à la baldaquin avec rideaux, des kibanis, quelques étagères, des nattes, des miroirs, etc. Cette pièce ouvre sur la cour fermé où se tiennent pendant la journée les femmes, les enfants et les esclaves, occupés à piler le riz, faire la cuisine, tisser des pagnes, des nattes ou des rabanes, et surtout à chiquer le bétel. La case ne reçoit de lumière que par les portes ; il n’y a presque jamais de fenêtres. Dans la journée, les hommes fument de hatschich, assis sur des nattes sous la varangue causent entre eux, jouent aux dames ou aux cartes, ou vaquent à leurs occupations.

Pour les Arabes, la religion est le principal mobile de la vie ; tous leurs actes sont réglés par le Coran dont ils suivent aveuglément et très rigoureusement les prescriptions ; presque tous appartiennent à la secte d’Ali. La suprême ambition de chaque Arabe est de faire, au moins une fois en sa vie, le pèlerinage de la Mecque ; et, de fait, plusieurs y parviennent. En attendant, ils se font circoncire, se rasent la tête ; portent toute la barbe, font leurs ablutions très régulièrement, se prosternent vers la Mecque aux heures de la prière, ne mangent pas de porc, ne boivent de vin qu’en cachette, et observent rigoureusement les jours des jeûnes. Dans leur jeunesse, ils ont des allures assez dégagées, mais, dès qu’ils commencent à grisonner, il ne marchent plus que lentement, avec un long bâton, les yeux baissés, égrenant leur chapelet et marmottant continuellement des prières. Ils n’ont pas de lieux de réunion, mais ordinairement ils se ressemblent le soir devant les mosquées, avant le chant du muezzin.

"Les Arabes, dit M. Monestier, se faisant un devoir de faire le la propagande pour Mahomet, font de nombreux adeptes dans les populations sakalaves et africaines. Porter la tête rasée couverte d’une calotte rouge ou blanche, se faire circoncire, faire des ablutions, se prosterner avec ostentation vers l’Orient, mettre une longue robe et un ruban, cela suffit pour être accepté comme frère par les Islamistes. Les noirs, qui sont de grands enfants, se laissent facilement séduire par l’Arabe à la figure vénérable qui, en égrenant son chapelet, sait leur parler dans leur langue et leur promettre les houris du septième ciel. En général, on rencontre peu de fanatiques parmi les Musulmans à Mayotte ; mais ceux qui ont voyagé en pays arabe, ceux surtout qui ont fait le pèlerinage de la Mecque, sont extrêmement rigides".

Très superstitieux, les Arabes croient aux philtres pour se faire aimer, obtenir de l’influence sur quelqu’un, ou se faire faire un présent ; ils achètent, à des sorciers, des amulettes ou des talismans ; ce sont, ordinairement, des écrits mystérieux enveloppés dans un morceau de toile qu’ils se cousent, en bracelet, autour du bras ; j’ai vu un Arabe antalote payer six piastres un semblable chiffon de papier. Lorsqu’un Arabe est atteint d’épilepsie, ou comme ils disent, possédé du diable, sa famille convie ses connaissances pour un jour favorable, déterminé par les phases de la lune ; on assoit le malade au milieu d’une grande pièce, ornée pour la circonstance ; les femmes s’accroupissent en cercle, sur des nattes, autour de malade, et les hommes autour des femmes ; elles commencent un chant monotone, s’accompagnant, de temps et temps, avec de petites baguettes qu’elles choquent l’une contre l’autre, ou frappant des mains toutes ensemble, pendant que les tam-tams jouent à la porte ; l’orchestre va crescendo avec les accès du malade. De temps en temps ou passe, sur des plateaux de cuivre, des chiques de bétel ou des gâteaux épicés. Enfin, quand le jour va paraître et quand le malade n’en peut plus, chacun rentre chez soi.

A l’époque des fêtes les tam-tams sont très fréquents ; il y en a d’ailleurs toute l’année dès qu’il se trouve une personne assez généreuse pour payer les musiciens et régaler les danseurs. Ceux-ci se forment sur deux files, serrés les uns contre les autres et emboîtent le pas ; ils font de contorsions à droite et à gauche, tous en même temps, tournent sur eux-mêmes, gesticulent avec des sabres, des fourreaux, des bâtons, ou simplement avec les bras ; les deux rangs se rapprochent, s’éloignent alternativement et parcourent lentement les rues les plus larges du village. Les hommes vont les premiers, les femmes suivent, frappant des baguettes et faisant entendre un sifflement strident et prolongé ; ce sont surtout les femmes de service ou d’un rang inférieur, car les femmes d’un certain rang ne paraissent pas dans les processions. Tout cela marche en cadence, se balançant à droite et à gauche avec la lus grande gravité ; quelques voix chantent les couplets, tous répondent le refrain avec assez d’harmonie ; le chant est, du reste, presque couvert par un tapage assourdissant de tambours, de cornemuses, de clarinettes, de plateaux de cuivre, de cornes, de conques, de crécelles, etc., etc.

Dans chaque fête un peu brillante, les commissaires se tiennent hors des rangs avec une palme et un aspersoir, en argent ou en cuivre, avec lequel ils arrosent d’eau de rose les curieux et les passants. Entre les rangs, après l’orchestre, la personne qui donne le tam-tam marche gravement avec ses intimes, entourée d’esclaves qui portent des plateaux et jettent du riz en l’air comme on jette des fleurs dans nos processions. La danse se termine par un repas. Quelquefois ils font l’exercice du sabre ou du bâton ; deux partis se rangent en face ; deux champions se détachent, se portent quelques coups en mesure et en dansant, puis font place à deux autres et ainsi de suite. Ils sont assez adroits, car malgré le cohue il n’arrive presque jamais d’accidents. Pour ce jeu, ils ont à la main gauche un petit bouclier rond, en peau de rhinocéros, qu’ils frappent du plat de leur sabre.

Un jeu intéressant est celui du bœuf ; on attache un jeune taureau par le cou avec une longue corde passée, mais non nouée, autour d’un poteau très solide, ce qui lui conserve sa mobilité ; l’orchestre joue et une nuée de danseurs s’avancent autour du taureau, faisant des contorsions et l’agaçant. Lorsque le taureau charge un groupe, quelques-uns attrapent le bout libre de la corde et tirent, pendant que d’autres font une diversion. Quelquefois le taureau emporte la corde et alors c’est un sauve-qui-peut général, mais ils le rattrapent bien vite et très adroitement.

Leur nourriture se compose de riz, d’œufs, de légumes, de fruits, de viande de bœuf et de cabris, de volaille et de poisson. Quand ils veulent tuer un bœuf, ils le tournent vers la Mecque ; le sacrificateur invoque Allah miséricordieux, et lui tranche la tête. Ils ont en horreur les chiens et les cochons qu’ils détruisent tant qu’ils peuvent ; et si, par hasard, ils sont touchés par un de ces animaux, ils courent bien vite se purifier.

Ils peuvent épouser légitimement jusqu’à quatre femmes, à condition pourtant de pouvoir leur fournir à chacune une chambre séparée ; le nombre des concubines est indéterminé. Se marier veut dire acheter une femme, car c’est un véritable marché ; le cœur ou la volonté de la femme n’y est pour rien ; aussi les divorces sont-ils très fréquents ; quelques femmes, comme les Romaines, par les consuls, pourraient compter leurs maris par les ramadans. Une chose pourtant retient maris et femmes, c’est la considération de la dot qu’il faut liquider. Les riches seuls, ou tout au moins les personnes aisées, peuvent se marier légitimement ; les prolétaires vivent en concubinage ; les avortements sont très nombreux et, si l’on y joint le vice habituel des Arabes, qu’ils ont importé dans les Comores comme dans tous les pays où ils se sont répandus, on reconnaîtra que sous les dehors les plus austères et les plus purs, cette société arabe cache une profonde dépravation morale.

Ce sont les femmes qui élèvent les enfants jusqu’à l’âge de cinq ou six ans ; on les envoie alors à l’école où, assis par terre, ils répètent leur leçon à haute voix, tous à la fois ; on leur apprend à écrire le souahéli sur des tablettes de bois, avec des roseaux ou des bambous taillés et une encre faite de noir de fumée ; quand les tablettes sont couvertes, on les racle. Lorsqu’un enfant sait lire le Coran, écrire le souahéli et compter, son éducation est parfaite.

Celui qui doit apprendre un métier fait son apprentissage chez un maître ouvrier. En fait de métiers, on ne rencontre dans les Comores que des charpentiers, maçons, bijoutiers, forgerons, tailleurs, savetiers et pâtissiers ; les nattes, pagnes, calottes, paniers, colliers, etc. que l’on exporte, sont faits dans les maisons particulières. Les bijoutiers surtout sont très habiles ; ils ne sont pas adroits à buriner une masse de métal, mais leurs ouvrages au repoussé, en incrustation, ou en filigrane, sont fort bien confectionnés.

Quand ils n’ont pas recours aux sorciers, dans leurs maladies, ils s’adressent à des empiriques dont les pratiques ont des origines raisonnées, mais ceux qui sont aujourd’hui dépositaires des recettes seraient bien embarrassés pour les expliquer. On ne connaît pas au juste la composition des breuvages ou des emplâtres qu’ils ordonnent dans certains cas ; ils font des ventouses par succion avec corne de bœuf percée et les scarifient, connaissent l’emploi des attelles brisées pour les fractures, cautérisent les ulcères avec le sulfate de cuivre ou des applications à base végétale, et crépissent les varioleux d’une pâte de composition inconnue. Les maladies internes et locales se traitent par l’application d’une pâte jaune sur la partie du corps où siège le mal.

Les Comoriens enterrent leurs morts et leur font des mausolées plus ou moins riches, suivant l’importance du défunt. Autrefois, les tombeaux que construisent les Arabes étaient beaucoup plus élégants que ceux qu’ils élèvent aujourd’hui. On voit encore, à Mayotte et à Mohéli, les tombeaux des premiers Sultans chiraziens ; ils sont tous bâtis dans le même genre et ne diffèrent que par l’ornementation. Celui d’Haïssa, à Mayotte, est un cube creux en ciment avec socle, corniche et couronnement, éclairé à l’intérieur par des ouvertures en forme de trèfles. Il était orné d’applications de porcelaines, à fleurs bleues, dont il reste des fragments.

Sur le morne de Fongouzou, à Mayotte, on voit quelques sépultures rectangulaires en pierres taillées, plantées dans le sol ; l’intérieur du tombeau est éclairé par deux échancrures, en forme de V, et couvert par une grande pierre taillée en dos d’âne.

Pour les Arabes de basse classe, on se contente de planter verticalement, autour de la fosse, un cordon de pierres plates disposées en ellipse ; on remplit l’intérieur de cette ellipse avec une espèce de béton rouge, et on place au-dessus un coquillage (tridacne vulg. bénitier), ou un fragment de sajoie. Ces précautions, sans utilité à Mayotte où il n’y a ni hyènes ni chacals, ont été probablement inspirés, dans l’origine, par la crainte de voir les corps déterrés par les animaux carnassiers.

La justice est rendue par des cadis, tous Arabes et Mahométans ; mais les causes graves sont jugées par les Sultans, en présence de leurs cadis et des seigneurs assemblés en Kabar. Le seul texte de loi est le Coran ; quelques cadis ont des recueils manuscrits de jurisprudence musulmane ; leurs arrêts sont généralement sages. Malheureusement ils achètent leur place et, pour se rembourser, ne demandent qu’à se laisser corrompre ; aussi est-il bien rare que le plus riche plaideur n’ait pas raison. Voici quelques jugements qui donneront une idée de l’esprit et de la forme de leurs sentences :

On me demande : Quelqu’un a loué un boutre pour un prix convenu et un temps convenu, le boutre a fait naufrage avant l’expiration du temps convenu ; celui qui a loué le boutre doit-il payer la totalité du prix convenu ou seulement une partie ?

Je réponds à celui qui m’a posé ces questions qu’il ne doit rien payer ; car le boutre ayant fait naufrage, le marché est fini ; et le maître du boutre ne doit pas fournir un autre boutre pour transporter les marchandises de celui qui a loué le premier boutre. S’il avait loué le premier boutre pour transporter des marchandises d’un lieu à un autre et que le boutre eût fait naufrage, le propriétaire serait obligé d’en fournir un autre pour transporter les marchandises désignées ; mais on a loué un boutre pour un temps déterminé, le propriétaire n’en doit pas un autre. Celui qui l’a loué doit payer seulement la moitié du prix de louage convenu et non le prix du boutre. Dieu seul sait tout. Cadi d’Anjouan

On m’a demandé : Quelqu’un a loué un boutre, est-il maître de déterminer la nature du chargement, ou le propriétaire a-t-il le droit de l’empêcher d’embarquer telles ou telles choses ?

Je réponds : Le preneur peut charger ce qui lui convient, le bailleur n’a rien à y voir. A moins qu’ils ne soient convenus, lors du bail, de la nature du chargement. Dieu est le meilleur juge. Cadi d’Anjouan

On m’a demandé : Quelqu’un est chargé par une personne d’aller chercher sur un boutre des esclaves dans un port indiqué ; le boutre et les esclaves appartiennent à cette personne, l’envoyé n’a pas fait embarquer les esclaves parce qu’il a eu peur des chrétiens : doit-il payer une somme au propriétaire du boutre et des esclaves pour n’avoir pas fait embarquer les esclaves ?

Je réponds qu’il ne doit rien payer ; car ils savaient tous deux, au moment du contrat, que les chrétiens défendent de faire la traite des nègres, sans avoir un délégué à bord. Dieu est le meilleur juge. Cadi d’Anjouan

Que le Clément dont j’implore le secours me donne l’intelligence afin que je réponde à ces questions :

On m’a demandé : Quelqu’un a loué un boutre pour un voyage déterminé ; le boutre a fait naufrage ; celui qui loué le boutre doit-il payer la valeur ?

Je réponds : Celui qui a loué un boutre n’est responsable que de sa bonne garde ; si celui qui a loué le boutre s’en est servi pour l’usage convenu et sans manquer à ses devoirs de bon gardien, il ne doit rien. Dieu seul est sage. Cadi d’Anjouan

On me demande : Quelqu’un a été chargé d’une mission ; il n’a pas rempli cette mission, dans la crainte de perdre le boutre et le chargement ; doit-il indemniser celui qui l’a chargé de cette mission ?

Je réponds : Si celui qui a été chargé d’une affaire ne l’a pas accomplie parce qu’il se serait mis en danger de perdre le boutre et le chargement, il ne doit rien ; car celui qui est chargé d’une affaire doit veiller aux intérêts de celui qui a eu confiance en lui ; il doit faire tous ses efforts, à la fois, pour la réussite de l’affaire et pour la conservation des biens qui lui ont été confiés. Après cela, si la perte est arrivée par sa faute, il doit payer le dommage ; si, au contraire, il a fait son possible pour conserver les biens, il ne doit riens : conformément au Livre. Dieu seul est sage. Cadi de la Grande Comore

Le commerce et la navigation ont été introduits dans les Comores par les Arabes. Les Comoriens ne construisent et n’emploient que des boutres. Cette sorte de bateau est répandue dans toute la mer des Indiens et bien connue avec son mât unique penché sur l’avant, sa grande voile latine, son château d’arrière, sa proue relevée et ornée à son extrémité d’une palme ou d’une volute, comme les galères antiques. On les distingue, d’après la forme de l’avant, en baala, boutres à proue allongée, handja, à proue recourbée, et baiden, à proue taillée verticalement. Depuis plusieurs siècles, les Comoriens parcourent, avec ces boutres les ports de Madagascar, de la côte d’Afrique et de l’Inde. Ces boutres jaugent de 5 à 50 tonneaux ; presque tous sont munis de compas ; bons marcheurs quand ils ont le vent arrière ou grand largue, ils ne peuvent gagner dans le vent parce que, obligés de se servir du vent pour changer la voile, ils virent vent arrière et perdent dans la manœuvre ce que la bordée leur avait fait gagner.

Lors de l’arrivée des Européens dans la mer des Indes, les Comoriens se servaient aussi de barques cousues comme les chelingues de l’Inde ; mais cet usage a disparu. Leurs pirogues sont de deux sortes ; les unes sont faites d’un seul tronc de takamaka, creusé au feu et à la gouge en ménageant les encoches des bancs et l’emplanture du mât ; elles sont arrondies et terminées, à chaque extrémité, par une pomme qui sert à amarrer la voile, faite de rabanes ; cette espèce de voile, forte et légère, a l’avantage d’augmenter très peu de poids lorsqu’elle est mouillée ; les cordages sont en brou de cocotier. Ces pirogues pontées à l’avant et à l’arrière, ont de six à dix bancs, et, suivant leurs dimensions, peuvent contenir de deux à vingt personnes. Avant de les mettre à l’eau, on les imprègne d’huile de requin. Toutes ont un balancier sur lequel passe une partie de l’équipage lorsqu’on marche à la voile et que le vent fraîchit ; sans cette précaution, la pirogue chavirerait ; lorsque la balancier est sous le vent, deux hommes passent sur les perches de soutien du balancier, qui dépassent la pirogue d’environ 1,50 m.

L’autre espèce, appelé lakampiar, est fait de plusieurs morceaux ; elle est très étroite, taillée en lame de couteau, et ne pourrait tenir sur l’eau sans balancier ; on lui en donne ordinairement deux ; l’avant très effilé et légèrement relevé se termine par un tranchant vertical surmonté d’une volute ; souvent on y peint deux grands yeux qui lui donnent l’air d’un poisson ; elle marche également à la voile et à la pagaie, mais elle n’est pas capable de tenir contre une grosse mer, comme l’autre peut le faire.

Avec les pirogues d’une seule pièce, les noirs passent fréquemment d’une Comore à une autre, quelquefois même des pêcheurs sont arrivés de Madagascar à Mayotte dans de semblables pirogues, faisant en pleine mer et par de gros temps, un trajet d’une centaine de lieues.

Avant l’installation des Européens, les Comores ne produisaient aucun article d’exportation, mais leurs bateaux transportaient en Arabie les produits de Madagascar et de la côte d’Afrique. En 1614, les Hollandais en trouvèrent dans les ports de la mer Rouge, où ils se rendaient tous les ans avec la mousson de S.-O., en passant par les marchés de la côte orientale d’Afrique. Un peu plus tard, Flacourt les trouva à Madagascar : "Cette rivière, dit-il, descend d’une grande montagne qui est au milieu de l’isle, de laquelle descend une autre rivière du mêsme nom, qui court devers l’ouëst, dans une grande baye fréquentée par ceux des isles de Comoro, dont l’habitation se nomme Taulangh, ou Itolle. Cette montagne est dans le pays des Ancianactes qui sont riches en or, bœufs et ris………

Ensuite le long de la mer de l’ouëst, le païs se nomme Andouvouche, qui signifie baye. Ceux des isles Comoro fréquentent avec des barques et y viennent acheter du ris, des pagnes de soye et des esclaves ; et troquent de l’argent pour de l’or ainsi que j’ay appris".

Le principal commerce des Comoriens a toujours été la traite des esclaves. Autrefois ils allaient les vendre dans les ports de la mer Rouge ; mais vers la fin du siècle dernier, et jusqu’à l’établissement des Français à Mayotte, ils les apportaient de Madagascar et de la côte d’Afrique dans les Comores, où les négriers Européens venaient les chercher. Aujourd’hui que les boutres ne peuvent se charger, qu’en secret, de cette lucrative marchandise et qu’ils ont des sérieux dangers à courir en faisant la traite, ils se bornent à transporter du riz, des bœufs et des rabanes de Madagascar, et vont chercher à Zanzibar et à Bombay des produits manufacturés qu’ils consomment dans les Comores ou échangent à Madagascar.

Les Arabes (je ne veux parler que de ceux qui sont purs de tout mélange avec les Malgaches, les nègres ou les Antalotes) ne représentent qu’un dixième environ de la population totale.

VII. – LANGAGEModifier

Langage. – Ecriture. – Calendrier. – Numération.

Du souahéli et du malgache, il s’est formé dans les Comores un idiome véritablement indigène, l’antalote, qui renferme, en outre, plusieurs mots cafres. L’antalote est à peu près exclusivement parlé dans les campagnes et les villages ; les villes parlent souahéli.

Bien que les caractères souahélis aient été empruntés à la langue arabe, il y a de telles différences, dans la manière d’écrire cette langue et ce dialecte, qu’un Arabe ne peut lire le souahéli et réciproquement un souahéli, l’arabe, à moins d’en avoir fait une étude spéciale ; cela tient à ce que les mots souahélis sont hérissés de points et d’accents qui ont une signification particulière et remplacent les voyelles. Le souahéli des Comores n’est, du reste, qu’un patois de celui de Zanzibar. Voici quelques mots usuels du souahéli des Comores et de l’antalote :

  Souahéli Antalote
A    

Air (élément) Poumou Poumousi
Ambition Oupenda Oupenda
Amitié Niango Fakatia
Amour Mahaba Manzo
Ancre Nangga Andidja
Année Mouaka Mouaka
Arbre Mouti Kakasou
Arc Tcharé Houta
Argent Féda Fandzava
Assez Bassi Bassi
Attendre Kousabouri Sabouri
Avarice Baïli Baïli
B    
Bain Tahouasa Tahouasa
Baleine Mongoumé Mongoumé
Banane Dizi Onzi
Baobab Bouyou Bouyou
Barbe Dévou Soumoutsi
Bâton Bakor Kibahi
Beaucoup Nihingui Marou
Beurre Samouli Soudounounou
Blanc Gniope Malande
Bleu Kiani Kouhili Handséta
Bœuf Ombé Aombé
Boire Kounoua Minou
Bois Miti Miri
Bon Gnéma Mahéva
Boue Béhoué Bengué laï laï
Bouche Kinioua Vava
Boutre Diasi Bouti
Bras Moukono Tanga
Brise Pépo Tsouki
C    
Canard Bapa Doukouti
Canon Moudzinga Tafoumbou
Canot Boutikéli Machoua

Cancrelat Kalalaoui Kalalaoui
Cent Miia Satou
Cent pieds Tamboui Tamboui
Chagrin Hamou Ousouni
Chaîne Silsil Silsil
Chaise Kiti Fipetaha
Chant Kouimba Niandza
Chat Paka Tabia
Chaud Ari Mafana
Chauve-souris Dema Fanihi
Chemin Djia Lala
Cheveux Tchongui Maramara (les nombreux)
Chèvre Bouzi Bengué
Chien Boua Fandoka
Cinq Tano Païpo
Citron Dimou Kouha
Cochon Enguéroué Lambou
Coco Nasi Vaniou
Colère Azéra Mélouki
Collier Tchanga Grésa
Coq Diogo Kolahi
Corail Maridjani Maridiani
Corbeau Gahoua Gouaka
Corde Kamba Oussi
Corne Gnionga Apoundou
Cou Tchingo Vousou
Couteau Kissou Messou
Cri Azani Kouadini
Cruche M’tongui Sadjoua
Cuivre Châba Châba
D    
Dent Mêno Hihi
Descendre Kouchouka Mitsoutsou
Deux Bili Rohi
Dieu Mongou Moiniesi Mongou (créateur de l’univers)
Dimanche Foumobili Foumobili
Dix Koumi Foulou

Dizaine Mingo Foulou
Douceur Soukalina Moura
E    
Eau Magi Mahetaka, ranou
Éclair Péni Mivêlatsi
Écrire Kouandika Kouandika
Enfant Kidiana Tsaki
Épaule Béga Mavégani
Étoile Gniota Anakinta
F    
Faible Dzahef Mafouté
Femme Mananke Ambisafi
Fenêtre Djoubaka Djoubaka
Fer Tchouma Vi
Fête Hidi Idi
Feu Moto Mahamahi, alou
Flèche Chimbé Chimbé
Fleur Mahoua Mahoua
Fort Gouvoufou Mahéré
Fourmi Soutsou Vitki
Franc (monnaie) Robo Kirobo
Froid Bardi Manitsi
Front Housso Andi
G    
Gourmandise Roumbi Roumbi
Gouvernail Soukani Soukani
Grand Kouba
Grappin Nangga Andidja
Gros Néné
H    
Hami Bohodza Adouhi
Herbe Madjiani Malavou
Heure Sa Oukati
Homme Mouenamoumé Laïlaï

Huile Mafoura Koulika
Huit Nané Valou
I    
Ici Apa Apa
Île Kissioua Nossi
J    
Jalousie Ouivou Mamarahi
Jambe Mégouhou Tambouki
Jaune Mandjiano Ména
Jeudi Iahoua Iahoua
Jeune Kidiana Tsaki
Jour Tsikou Tsouva
Juge Kadi Kadi
Jugement Oukouné Oukouné
L    
Lac Ziia Ziani
Lait Zioua Rounounou
Lampe Combelata Combelatsa
Langue Oulimi Léla
Larmes Niatosi Ranou massou (eau des yeux)
Lentement Polli Moura
Lettre Ouaraka Ouaraka (vas-vite)
Lire Kousouma Mitsourou
Lit Kitanda Kibani
Livre Kitou Tchouho
Loi Tchara Tchara
Louis Robo dabou Robo dabou (franc d’or)
Lumière Ta Fandzava
Lundi Foumo rarou Foumo rarou
Lune Mouëzzi Diafandzava

M    
Makis Comba Acomba
Maladie Ongoujoua Arête
Mains Kiouhandza Toundou
Maison Gniomba Tahougou
Manger Koukoula Mina
Mangue Manga Manga
Manioc Mohogou Mohogo
Mardi Foumoné Foumoné
Mât Mingoti Mangori
Matin Souboui Marandahi
Mensonge Ourongo Mavandé
Mer Bahâri Bâri
Mercredi Foumotsanou Foumotsanou
Mère Mama Nènè
Meurtre Adouhi Adouhi
Midi (heure) Moutchana Matsa
Mille Alf Arivou
Mois Mouezzi Raki
Monnaie Tourtourou Tourtourou
Montagne M’lima Bongou
Monter Koukoueïa Manouga
Mort Koufa Maté
Mosquée Moskéti Moussikiri
Moustique M’bou Alohi
Mur Oukouta Koura
N    
Naissance Koussalioua Ateraka
Natte Moukika Dao
Navire Iasi Iasi
Nez Poua Ourou
Noir Gniaoussi Mahiti
Non Acha Tsizi
Nuage Ouhingou Ouhingou
Nuit Ousikou Matoungali
O    
Œil Kitchou Guidchoua
Œuf Diahi Fandataka
Oie Guissi Guissi

Oiseau Dégué Vourou
Ongle Kofou Hohou
Or Dabou Fandzavamena (argent jaune)
Orange Tchounga Tsouaka
Oreille Tchikio M’soufi
Oui Divo Itsi
Ouragan Djarba Tsoukibé (vent grand)
P    
Pagaïe Kafi Fivé
Palétuvier Koko Aaoko
Palmier Moutendé Moutendé
Papangue Kosi Papang
Parenté Diama Lougou
Parler Kousema Mitsoula
Pars (imp) Menda Madiani
Patate Patata Mataïdè
Père Baba Baba
Petit Dogo Keli
Peu Kidogo Kelikeli
Piastre Reali Parata
Pied Gniamigou Gniamigou
Pierre Djioué Vatou
Pigeon Dioua Dioua
Pirogue Galoua Laka
Plomb Rissani Toukouningui
Pluie Voua Malé
Poisson Tsamaki Filao
Poitrine Kifoua Tata
Poivre Pilpil Mango
Porte M’langgo Varavara
Poudre Barouti Poundé
Poule Koukou Akokou
Prêtre Soufi Soufi
Prière Souala Souala
Puits Kissima Kissima

Q    
Quatre Effati
R    
Rat Bania Valavou
Remède Dahoua Aouli
Repas Takoula Ani
Requin Papa Akiou
Rire Koutchéka Ouméhé
Rivalité Adouhi Adouhi
Rivière Mouto Mouro
Riz Pounga Vari
Robe Kitongoua Kitongoua
Rocher Diabani Vatou
Roi M’falmé Ampadjaka
Rose (fl.) Ouardi Ouardi
Rouge Gniekoundou Andséta
S    
Sable Moutchanga Alanga
Sabre Panga Panga
Sagaïe Foumo Saboua
Samedi Foumotsi Foumotsi
Sang Damou Liou
Scorpion Gué Gué
Sel Tchouvi Sira
Semaine Foumo Hérémamahi
Sept Saba Fitou
Serment Viapo Fipoui
Serpent Gnioka Bibilava
Singe Mouréka Antavarou
Soir Diioni Ariva
Soleil Djoua Dzouva
Sommeil Singuizi Matoro (autre mort)
Sou (monnaie) Pessa Marké
Source Guitolamagi Guitolamage
Souvent Daïma Fadzahi

T    
Table Mésa Mésa
Terre Intchi Tani
Tête Kitchoua Louha
Toit Outo Outo
Tombeau Kabouri Djara
Tonnerre Raâdi Outouki
Tortue Namba Fanou
Toujours Koullamara Koulla dzou a
Trois Rarou Mamoukou
Trop Gniengui Lotsi
Tuer Kouhouhoua Mamounou
U    
Un Modjia Raki
Univers Moiniesi Moinesi
V    
Venir Koudjia Avi
Vendredi Djouma Djouma
Vent Djarba Tsouki
Ventre Mimba Kibou
Vérité Kouéli Ankiténi
Verre Bellaor Bellaor
Vert Kianikivitchi
Veste (corsage) Kisibao Kanezou
Vêtement M’gouho Siki
Viens (imp.) Djo Avia
Vieux Koukou Taniki (près de la terre)
Village Moudji Tana
Violence Ragabi Ragabi
Vite Araka Malaki
Voile Tanga Lahi
Voix Sahouti Féhou
Vol Ouivi Pangalè
Y    
Yeux Madchou Massou

CALENDRIER

Les Comoriens comptent le temps comme les Arabes et se servent de leur calendrier, avec quelques légères différences dans l’écriture et la prononciation des termes. L’année se partage en douze mois :

1° Maharam

2° Soufouri

3° Râbi-el-aouel

4° Rabi-tani

5° Djoumadi-el-aouel

6° Djoumadi-el-aker

7° Aradjiab

8° Schahaban

9° Ramadan

10° Schahouel

11° Dzulkadi

12° Dzulhadji

Excepté le jeudi et le vendredi qui ont des noms particuliers, les jours de la semaine se comptent de la semaine jour premier, deux etc.

1er Samedi Foumotsi
Dimanche Foumovili
Lundi Foumorarou
Mardi Foumonè
Mercredi Foumotsanou
Jeudi Iahoua
Vendredi Djouma

NUMERATION

Ils emploient, pour compter, le système décimal des Arabes.

  Souaheli Antalote
Un Modja Raki
Deux Bili Rohi
Trois Rarou Mamoukou
Quatre Effati
Cinq Tsano Taïpo
Six Sita Tchouta
Sept Saba Fitou
Huit Nané Valou
Neuf Tchinda Tsivi
Dix Koumi Foulou
Vingt Mingobili Rohifoulou
Trente Mingorarou Mamoukou-foulou
Cinquante Mingotsano Païpoufoulou
Cent Miia Satou
Mille Alf Arivou

De dix à vingt, on compte dix et un, dix et deux, dix et trois, etc., en ajoutant na entre koumi et le chiffre des unités, exemple :

  Souaheli Antalote
Onze Koumi-na-modjia Foulou-na-raki

Et ainsi de suite jusqu’à vingt.

Pour trente, quarante, cinquante, soixante, etc., on dit : dizaines trois, dizaines quatre, dizaines cinq, dizaines six, etc. Les nombres intermédiaires se comptent en ajoutant na et le nombre des unités à celui des dizaines, par exemple :

  Souaheli Antalote
Vingt-et-un Mingobili-na-modjia Rohifoulou-na-raki
Quarante-trois Mingoné-na-rarou Effatifoulou-na-Mamoukou


  1. Espèce de lit composé d’un cadre de bois sur lequel est tendu un petit filet de cordes.
  2. Sajoie, sadjoua, grand vase en terre, rond et sans pied, dans lequel ou conserve l’eau.
  3. Bande d’étoffe large de quelques pouces ; on la passe entre les jambes et on la relève à l’aide d’un cordon noué à la ceinture.
  4. On appelle simbous, dans les Comores, les pièces d’étoffe roulées autour du corps, qui servent de vêtement aux hommes et aux femmes.