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IV

Entre deux orages


À mon ami Cauvet.


 
La trombe éclate, il grêle sur mon champ ;
Adieu mes blés, mes roses que je pleure !
La foudre encor va tomber tout à l’heure ;
Un tourbillon s’amoncelle au couchant.

Dans tout le ciel se heurtent les nuages ;
Celui-là passe, un plus sombre le suit…
Voilà pourtant qu’un peu d’azur nous luit,
Un rayon d’or glisse entre deux orages.

Charmant rayon, tu pourrais décevoir
Un cœur plus neuf et plus ardent à vivre.

Moi, je sais bien que l’éclair va te suivre
Et qu’il pleuvra… peut-être jusqu’au soir.

Oui, je vois trop ce que le sort prépare.
Salut pourtant, sourire mensonger !
Entre deux nuits que ta clarté sépare
Je me réchauffe à ton feu passager.

Sans m’abuser, espoir, plus qu’un vain.rêve,
Caresse un peu mes rosiers défleuris ;
Rayon menteur, tu n’es rien qu’une trêve,
Mais je respire, au moins, quand tu souris.

Luis donc, espoir, montre à l’âme une route
Par ce sillon ouvert sur un ciel bleu ;
Mon cœur te doit, dans la nuit de son doute,
Tout ce qu’il sait du bonheur et de Dieu.