Traduction par Pierre de Puliga.
Journal des débats (p. 53-64).



IX


M. Knightley espaça plus que de coutume sa visite à Hartfield ; quand Emma le revit sa physionomie sérieuse montrait qu’il n’avait pas pardonné. Emma le regrettait mais ne pouvait pas se repentir. Au contraire ses plans semblaient chaque jour plus réalisables et ses espérances plus justifiées. Le portrait élégamment encadré, était arrivé peu de jours après le retour de M. Elton ; il fut suspendu au dessus de la cheminée du petit salon ; M. Elton le contempla longuement et exprima comme il convenait son admiration. Quant à Harriet il était visible qu’elle s’attachait à M. Elton, autant du moins que le lui permettait sa jeunesse et son caractère ; au bout de peu de temps M. Martin n’occupait plus le souvenir de la jeune fille, si ce n’était par opposition à M. Elton, comparaison qui tournait, bien entendu, tout à l’avantage de ce dernier.

Les projets d’Emma d’améliorer l’esprit de sa jeune amie par la lecture et la conversation sérieuse s’étaient réduits, jusqu’à présent, à parcourir quelques premiers chapitres, avec l’intention de continuer le lendemain. Il était beaucoup plus commode de causer que d’étudier, bien plus agréable de se laisser aller à édifier en imagination la fortune d’Harriet que de s’appliquer à élargir sa compréhension ou à l’exercer sur des faits précis. La seule occupation littéraire à laquelle s’adonnait Harriet consistait à transcrire toutes les charades qu’elle parvenait à recueillir sur un petit registre in-quarto qu’Emma avait orné d’initiales et de trophées.

Mlle Nash possédait une collection de plus de trois cents charades et Harriet, qui lui était redevable de l’idée première, ne désespérait pas d’atteindre un chiffre bien plus considérable. Emma l’aidait de son imagination, de sa mémoire et de son goût. De son côté Harriet avait une très jolie écriture de sorte que le recueil promettait d’être de premier ordre.

Emma s’empressa d’avoir recours à la collaboration de M. Elton ; elle eut le plaisir de le voir se mettre attentivement au travail : il s’appliquait surtout à ne choisir que des textes de la plus parfaite galanterie. Les deux amies lui furent redevables de deux ou trois de leurs meilleures charades et furent très désappointées de devoir confesser qu’elles avaient déjà copié la dernière qu’il récita. Emma lui dit :

— Vous devriez nous en écrire une vous-même, monsieur Elton : ce serait un sûr garant de sa nouveauté et rien ne vous serait plus facile.

M. Elton protesta ; il n’avait jamais cultivé ce genre de littérature. Il craignait que Mlle Woodhouse et, ajouta-t-il après une pause, ou Mlle Smith ne puissent l’inspirer.

Dès le lendemain néanmoins elles eurent la preuve du contraire. M. Elton en arrivant déposa sur la table une feuille de papier où il avait transcrit, dit-il, une charade qu’un de ses amis venait d’adresser à une jeune fille, objet de son admiration. Mais d’après le style Emma fut immédiatement convaincue que l’œuvre était du crû de M. Elton.

— Je ne l’offre pas pour la collection de Mlle Smith, dit M. Elton ; c’est la propriété de mon ami et je n’ai pas le droit de la livrer au public, mais peut-être ne vous déplaira-t-il pas d’en prendre connaissance ?

Ce discours s’adressait plus particulièrement à Emma qui ne s’en étonna pas : elle comprenait que, dans cette circonstance décisive, M. Elton préférât éviter le regard d’Harriet. Il prit congé au bout de quelques instant.

— Lisez, dit Emma en présentant le papier à Harriet, ceci vous est destiné !

Harriet était trop émue pour lire et Emma fut obligée d’examiner elle-même le document : c’était un véritable panégyrique de la femme ; l’auteur y faisait discrètement allusion à ses sentiments et à son amour. Les deux dernières lignes formaient une sorte d’ « envoi » où après avoir vanté la subtilité de sa dame, le poète exprimait l’espoir de lire dans un « doux regard » l’approbation de sa muse et de ses vœux !

Après avoir deviné le mot de l’énigme, Emma passa le papier à Harriet et tandis que celle-ci s’efforçait de comprendre elle se disait : « Très bien ! M. Elton : j’ai lu de plus mauvaises charades. L’idée est bonne ; vous cherchez à reconnaître votre route. Le « doux regard ! » C’est précisément l’épithète qui convient à celui d’Harriet, on ne pouvait mieux choisir. Quant à la subtilité, il faut qu’un homme soit bien amoureux pour se permettre une pareille licence poétique ! Ah ! M. Knightley, voici, je pense, une preuve convaincante ! Pour une fois dans votre vie, vous serez forcé de reconnaître que vous vous êtes trompé. La situation est évidemment sur le point de se dénouer !

Elle fut forcée d’interrompre ces agréables réflexions pour donner quelques éclaircissements à Harriet :

— Voilà un compliment bien tourné, n’est-il pas vrai ? J’espère que vous n’avez pas eu de peine à comprendre le sens des deux dernières lignes. Il n’y a pas de doute, elle vous sont adressées. Au lieu de : « pour Mlle … », lisez : pour Mlle Smith. »

Harriet ne put résister plus longtemps à une si délicieuse révélation. Elle relut « l’envoi » et apprécia son bonheur. Emma développa son commentaire :

— Je ne puis douter plus longtemps des intentions de M. Elton. C’est à vous que vont ses pensées et vous en aurez bientôt la preuve évidente. Je pensais bien ne m’être pas trompée ; il se propose précisément de réaliser mon plus cher désir. Je suis très heureuse, je vous félicite, ma chère Harriet, de tout mon cœur. C’est un attachement que toute femme serait fière d’inspirer, une alliance qui n’offre que des avantages ; elle vous apportera tout ce que vous avez besoin : considération, indépendance, une maison agréable ; vous serez fixée au milieu même de vos amis, tout près d’Hartfield ; voici notre intimité scellée pour toujours !

« Chère mademoiselle Woodhouse ! » fut d’abord la seule parole qu’Harriet put trouver à répondre en embrassant son amie ; la première émotion passée, ses idées se précisèrent et elle dit :

— Vous avez toujours raison. Je suppose, je crois, j’espère qu’il en est ainsi cette fois encore ; mais autrement je n’aurais jamais pu imaginer !… M. Elton, qui pouvait prétendre à la plus brillante des alliances ! Quand je pense à ces vers charmants ! Comme c’est spirituel ! Est-ce possible qu’il ait voulu parler de moi ?

— Il n’y a pas matière à controverse, répondit Emma ; croyez-moi sur parole. C’est une sorte de prologue pour la pièce, de devise pour le chapitre, et le reste suivra bientôt.

— C’est un événement que personne n’aurait pu prévoir ; je n’en n’avais pas la moindre idée, il y a un mois. Comme c’est étrange !

— Il est rare en effet de voir se réaliser une union si parfaitement assortie ! Votre mariage sera le pendant de Randalls. Il semble bien que la brise d’Hartfield pousse l’amour précisément dans la direction idéale :

« Le véritable amour ne coule pas comme un fleuve paisible. »

Le Shakespeare de la bibliothèque d’Hartfield devrait avoir une longue note à ce passage.

— Est-ce possible que M. Elton soit véritablement amoureux de moi : Un homme de si belle mine ! Entouré de la considération générale comme M. Knightley ! Il est si parfait dans ses fonctions sacerdotales ! Mlle Nash a collectionné tous les textes de ses sermons depuis qu’il est arrivé à Hartfield. Je me souviens de la première fois que je l’ai vu ! Comme je me doutais peu à ce moment de ce qui arriverait ! Les deux Abotts et moi nous avions couru dans le salon pour le regarder passer à travers le rideau ! Mlle Nash arriva et nous renvoya en nous grondant ; elle demeura néanmoins près de la porte vitrée et m’ayant rappelée elle m’autorisa à rester à son côté. Nous l’avons admiré ! Il donnait le bras à M. Cole.

— C’est une alliance que tous vos amis approuveront, du moins s’ils ont du bon sens ; et nous ne devons pas conformer notre conduite à l’appréciation des imbéciles ! Si ceux qui s’intéressent à vous sont désireux de vous voir heureuse : voici un homme dont l’aimable caractère est un sûr garant de votre bonheur ; s’ils souhaitent que vous vous fixiez dans le milieu et dans le pays qu’ils avaient choisi pour vous, leur vœu sera réalisé, et si leur but est que vous fassiez, suivant la phrase consacrée, un bon mariage, ils seront satisfaits.

— Tout ce que vous dites est juste ; j’aime à vous entendre parler ! Vous et M. Elton êtes aussi intelligents l’un que l’autre. Quand bien même je m’y serais appliquée pendant un an je n’aurais jamais pu écrire une charade comme celle-ci.

— J’ai tout de suite compris hier, d’après sa manière, qu’il se proposait de vous montrer ce dont il était capable. C’est vraiment une des plus jolies charades que j’ai jamais lue.

— Et comme elle est appropriée ! Elle est plus longue que toutes celles que nous avons recueillies jusqu’ici.

— Ce n’est pas sa principale qualité. Ce genre d’écrit ne saurait être trop court.

Harriet était trop excitée pour prêter attention à cette légère critique et elle reprit, les joues rouges d’émotion :

— Je puis apprécier maintenant la distance qui sépare un homme de bon sens capable à l’occasion d’écrire une lettre convenable, de celui qui sait donner à sa pensée une forme aussi délicate ! Mais, chère Mlle Woodhouse, je n’aurai jamais le courage de rendre le papier et de dire que j’ai deviné.

— Je m’en charge. Il importe que vous puissiez choisir votre moment pour lui sourire ; rapportez-vous-en à moi.

— Quel malheur que je ne puisse pas copier cette ravissante charade dans mon livre !

— Laissez de côté les deux dernières lignes et il n’y a pas de raison pour que vous ne la transcriviez pas.

— Oh ! mais ces deux dernières lignes sont…

— Les plus précieuses, je vous l’accorde, mais elles ont été écrites pour vous seule et il faut leur conserver ce caractère intime. L’allusion personnelle mise à part, il reste une fort jolie charade qui peut tenir sa place dans n’importe quel recueil. Croyez-moi, M. Elton ne serait pas flatté de voir son œuvre mise de côté ; donnez-moi le registre ; la copie sera de ma main ; de cette façon vous resterez tout à fait en dehors de cette initiative.

Harriet se soumit à contre cœur et dit seulement :

— Je ne laisserai plus jamais traîner mon livre.

— Très bien ! dit Emma, c’est un sentiment naturel ; mais voici mon père : vous ne verrez pas d’objection, je pense, à ce que je lui lise la charade. Il trouvera grand plaisir à l’écouter. Il aime tout ce qui est à la louange de la femme. Ses sentiments de galanterie vis-à-vis de notre sexe sont des plus prononcés. Je vais la lui lire.

Harriet resta grave.

— Ma chère Harriet, il ne faut pas attacher une importance exagérée à cette charade. Ne soyez pas confuse d’un si petit tribut d’admiration. Si M. Elton avait désiré le secret il n’eut pas laissé le papier en ma présence et il a affecté au contraire de me le remettre à moi. N’apportons pas trop de solennité dans cette affaire.

— Oh ! non ; j’espère bien ne pas me rendre ridicule. Faites comme vous voudrez.

M. Woodhouse entra et ramena bientôt le sujet sur le tapis, en posant son habituelle question :

— Eh bien, mes chères enfants, votre travail avance-t-il ? Avez-vous reçu quelque nouvelle contribution ?

— Oui papa, nous allons vous lire quelque chose d’inédit. Nous avons trouvé, ce matin, sur la table, un papier déposé sans doute par une fée et qui contenait une très jolie charade : je l’ai immédiatement copiée.

Elle la lui lut comme il aimait qu’on lui lise : doucement et distinctement, à deux ou trois reprises, en y ajoutant des explications relatives à chacune des parties. Il fut particulièrement frappé, comme elle l’avait prévu, par le compliment final.

— Voici qui est très juste et bien dit : la femme, la divine femme. Cette charade est si jolie, ma chère, que je devine facilement la fée qui l’a laissée : ce ne peut-être que vous.

Emma sourit sans protester. Après quelques minutes de réflexion et un soupir, il ajouta :

— Vous tenez ce don de votre chère mère qui écrivait avec tant d’élégance. Si seulement j’avais sa mémoire ! Mais je ne me souviens de rien, même pas de cette charade dont je vous ai parlé ; vous m’avez dit, je crois, ma chère, que vous l’aviez transcrite.

— Oui papa, en effet, elle est écrite à la seconde page de notre cahier ; nous l’avons copiée dans les morceaux choisis. Elle est de Garrick.

— Je me rappelle seulement qu’elle commençait par « Kitty ». Ce nom me faisait toujours penser à la pauvre Isabelle qui a failli recevoir au baptême le nom de Catherine. J’espère que ma fille viendra la semaine prochaine Avez-vous décidé, ma chère, dans quelle chambre vous la mettrez ? Et les enfants ?

— Oh ! oui, Isabelle aura sa chambre comme d’habitude et les enfants seront installés dans la nursery. Quelle raison y aurait-il de faire une modification ?

— Je ne sais pas, ma chère, mais il y a si longtemps qu’elle n’a été ici, depuis Pâques et seulement pour quelques jours ! Pauvre Isabelle ! Elle sera bien triste quand elle arrivera de ne pas trouver Mlle Taylor.

— Dans tous les cas, papa, ce ne sera pas une surprise.

— Je n’en suis pas sûr, ma chère. Pour ma part, j’ai été bien étonné quand j’ai appris qu’elle allait se marier.

— Il nous faudra inviter M. et Mme Weston à dîner pendant le séjour d’Isabelle.

— Oui ma chère, s’il y a le temps. Elle vient pour une semaine ; nous ne pourrons rien faire.

— C’est un malheur, évidemment, qu’ils ne puissent pas rester plus longtemps, mais c’est un cas de force majeure : les exigences de sa profession obligent M. John Knightley à être de retour le 28 de ce mois ; réjouissons-nous plutôt, papa, que ce court séjour ne soit pas abrégé encore par une visite de deux ou trois jours à l’abbaye. M. Knightley a promis de ne pas se prévaloir de ses droits.

— Ce serait bien dur, ma chère si la pauvre Isabelle devait habiter ailleurs qu’à Hartfield.

M. Woodhouse demeura un moment silencieux, puis ajouta :

— Mais je ne vois pas pourquoi la pauvre Isabelle serait obligée de rentrer si tôt à cause de son mari. Il faut que je la persuade de prolonger son séjour. Elle pourrait parfaitement rester avec les enfants.

— Ah ! papa, c’est ce que vous n’avez jamais pu obtenir, et vous n’aurez pas plus de succès cette fois-ci : Isabelle ne peut supporter quitter son mari.

Cette constatation était trop évidente pour permettre la contradiction. Bien malgré lui, M. Woodhouse fut obligé de se soumettre en soupirant ; Emma se rendait compte qu’il était attristé à l’idée de l’affection conjugale de sa fille et elle se hâta de mettre le sujet sur un terrain plus agréable.

— Il faudra qu’Harriet nous consacre une grande partie de son temps pendant le séjour de mon beau-frère et de ma sœur. Je suis sûre qu’elle aimera les enfants. Nous sommes très fiers des enfants, n’est-ce pas, papa. Je me demande lequel d’Henri ou de Jean plaira le plus à Harriet ?

— Pauvres chéris, comme ils seront contents de venir. Vous savez Harriet, ils aiment beaucoup être à Hartfield.

— Je n’en doute pas, Monsieur. Qui ne le serait pas ?

— Henri est un beau garçon, mais Jean ressemble beaucoup à sa maman. Henri est l’aîné ; il porte mon nom : C’est un garçon très intelligent. Ils ont tous deux de si gracieuses manières. Je suis d’avis que leur père est souvent brusque avec eux.

— Il vous semble brusque, dit Emma parce que vous avez vous-même des manières si douces. M. John Knightley veut que ses garçons soient hardis et actifs et il sait à l’occasion parler sévèrement, mais c’est un père très affectueux et les enfants l’aiment beaucoup.

— Quand leur oncle vient, il les attrape et il les soulève jusqu’au plafond d’une manière bien effrayante.

— Mais papa il n’y a rien qu’ils aiment autant. C’est un si grand plaisir pour eux que si leur oncle n’avait établi la règle de les prendre l’un après l’autre, le premier empoigné ne voudrait jamais céder sa place !

Au moment où les jeunes filles allaient se séparer pour le dîner de quatre heures, le héros de la journée fit son apparition. Harriet détourna la tête, mais Emma le reçut avec son sourire habituel. Tout indiquait dans l’attitude de M. Elton qu’il avait conscience d’avoir fait un pas en avant et Emma supposa qu’il venait se rendre compte de l’effet produit. Le prétexte ostensible de sa visite était de s’informer si on avait besoin de lui pour la partie de M. Woodhouse ce soir-là : si sa présence pouvait être utile, il remettrait n’importe qu’elle autre obligation, mais, dans le cas contraire, il s’excuserait, ayant promis conditionnellement à son ami, M. Cole, de dîner avec lui.

Emma le remercia de sa prévenance, mais ne voulut pas entendre parler qu’il désappointât son ami à cause d’eux. M. Elton se crut tenu à de nouvelles protestations ; puis, comme il allait se retirer, Emma prit le papier sur la table et le lui passa.

— Voici la charade que vous nous avez si aimablement laissée et dont nous vous remercions. Nous l’avons tant admirée que je me suis permis de la transcrire sur l’album de Mlle Smith. J’espère que votre ami n’y verra pas d’inconvénient. Naturellement, je n’ai copié que les huit premières lignes.

M. Elton parut un peu interdit. Il bredouilla une allusion à « l’honneur… » en regardant Emma et Harriet alternativement ; enfin, il prit le cahier qui était sur la table et l’examina avec attention. Désireuse de dissiper la gêne, Emma dit en souriant :

— Je vous prie de faire nos excuses à votre ami, mais une si jolie charade ne doit pas rester le monopole de quelques privilégiés. L’auteur peut être sûr d’obtenir le suffrage de toutes les femmes chaque fois qu’il donnera à ses écrits un tour aussi galant.

— Je crois pouvoir m’avancer, répondit M. Elton avec une certaine hésitation, et me porter garant que si mon ami voyait sa petite composition à cette place d’honneur, il en éprouverait un sentiment de légitime fierté.

Ce discours terminé, M. Elton prit congé prestement ; Emma ne le retint pas, car il y avait dans la manière de parler du jeune vicaire une sorte de grandiloquence qui, malgré les dispositions bienveillantes qu’elle nourrissait à son égard, était très apte à l’inciter au rire. Elle se sauva pour donner libre cours à son hilarité, laissant Harriet jouir de son bonheur.