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J. A. Chenevert (p. 12-24).

VIII

Un jour néfaste, plusieurs mois après leur mariage, le mari de Julie, en l’absence de cette dernière, en fouillant dans un meuble pour chercher un objet quelconque qui lui manquait, mit la main sur la jolie cassette dont nous avons parlé, renfermant la correspondance amoureuse de Julie. Elle était fermée à clef, ce qui surprit un peu le mari de Julie et plutôt par ce sentiment de curiosité transmis autant, avouons-le pour une fois, en part égale, par Ève et Adam à leurs descendants, qu’autre chose, avec toutefois la pensée secrète de faire une bonne niche à sa jeune femme, il força la serrure et éclata d’un rire joyeux en reconnaissant ses épîtres amoureuses soigneusement arrangées et attachées, mais son sourire devint amer en trouvant parmi les papiers, ceux encore parfumés de son rival inconnu.

Il lut et relut surtout l’ode à Julie et le billet doux et il en aurait peut-être ri de bon cœur, s’il eût connu plus tôt l’auteur, mais ce qu’il ne s’expliquait point non plus, était l’ignorance soignée dans laquelle on l’avait toujours laissé quant aux aspirations de cet amoureux authentique et surtout le silence absolu de Julie avant et même après le mariage. Les jeunes filles dont le cœur n’est pas épris ailleurs, pensait le mari, mettent généralement une espèce d’amour-propre, du reste légitime, avoir reçu d’autres hommages, ce qui, loin d’avoir rien de blessant même pour un jeune mari, ne peut que chatouiller agréablement son amour-propre.

Quoi qu’il en soit, le mari de Julie, après quelques moments de réflexion, remit les papiers dans la cassette, la referma soigneusement et résolut de n’en pas parler à Julie. Ce fut son malheur, car l’explication qu’il en aurait obtenue se serait, sans doute, terminée par de chauds baisers. Mais telle est la pauvre humanité ! La jalousie avait empoigné l’âme du mari de Julie et meurtri tout-à-coup son cœur ! Ce sentiment de la jalousie est inexplicable, même par les physiologistes les plus expérimentés.

Le mari de Julie devenait tout-à-coup soupçonneux. Et lorsque le mari ou la femme deviennent soupçonneux, le bonheur domestique a vécu ! Quiconque a été jaloux une fois dans sa vie le sera longtemps, sinon toujours, quoique par intermittence. L’esprit s’habitue au soupçon et se tourmente quand même avec ou sans motif. C’est une maladie de l’esprit, ou de l’âme, inexplicable et que la confiance réciproque, absolument mise à nu, peut seule guérir, mais là est précisément la difficulté d’administrer le remède, car le jaloux ou les jaloux ne sont pas communicatifs ; le sentiment de jalousie est un ver caché et rongeur. C’est au moral un poison subtil, un microbe introuvable, mais qui opère la destruction du bonheur domestique.

Aussi Julie ne fut pas longtemps sans s’apercevoir du changement subit et inexplicable survenu chez son mari. Il était sombre et avait l’air souvent préoccupé de choses non existantes. Les tête-à-tête, l’abandon amoureux avaient tout-à-coup cessé. Non pas que le mari de Julie l’avait cru ou la croyait infidèle ! ah non ! mais il était jaloux !… Et on a vu des maris jaloux, de leur femme, mère de plusieurs enfants, comme si la sainteté de la maternité et les soins incessants non ignorés chez l’époux (à moins d’une dépravité exceptionnelle, chez les femmes) n’étaient pas une garantie du bonheur domestique…

Jusqu’à présent, le bonheur de Julie et de son mari avait été infini et paraissait, comme tous les jeunes époux, devoir être éternel, et, tout-à-coup, voilà que, dans le ciel brillant, apparaissait un point noir, signe précurseur de l’épouvantable tempête !

Ce qui frappait surtout Julie était, la profonde tristesse qui s’imprimait, de plus en plus, sur la physionomie jadis souriante de son mari, chose inexplicable pour Julie, car elle n’avait et ne pouvait, la chère enfant, n’avoir que des tendresses pour son mari et il savait du reste qu’elle ne les lui ménageait pas. Disons que le malheureux en proie à sa jalousie faisait usage d’opium comme beaucoup de médecins d’alors et comme il n’y a pas, dit-on, de pire médecin que celui qui se soigne lui-même, de même de pire avocat que celui qui se prend pour client, le mari de Julie avait substitué les alcools à l’opium, espérant, sinon la guérison de cet abus de l’opium, au moins, noyer plus aisément son noir chagrin de mari jaloux. Et, depuis quelques mois, il abusait étrangement des alcools au grand désespoir de Julie, dont le malheur subit devenait intolérable.

De là l’explication de la visite inattendue de Julie chez son vieil ami et protecteur, le curé de Sorel.

Elle venait lui confier sa peine ; elle sentait que les bonnes paroles qu’elle recueillerait de son père adoptif, seraient, pour son âme endolorie, ce qu’avaient été, autrefois, les toniques pour son corps malade. Aussi, trois jours après son arrivée au presbytère, elle résolut de s’en ouvrir complètement et, abordant le curé avec sa grâce habituelle, à laquelle rien ne résistait, elle lui dit : — Cher père, j’irai tout à l’heure vous surprendre à votre office, ayant à causer particulièrement avec vous. C’est bien, mon enfant, tu seras la bienvenue et je me réjouis d’avance du bonheur que me procurera ta présence, rétorqua l’excellent homme.

Nous avons dit que le gendre du père Gabriel D… devait repartir le lendemain au petit jour, ce qu’il fit en effet. La traverse entre Sorel et Berthier était impraticable et comme l’eau avait beaucoup monté durant la nuit, force fut au gendre du père Gabriel D… d’éviter le trajet par la Baie de Lavallière et suivre la côte. Le retour lui prit deux longues journées, en sorte que les quatre louis (4 £) payés, n’étaient pas du boodlage ! et ce n’est qu’à grande peine qu’il put traverser vis-à-vis Yamachiche. Pas besoin de dire que le père Gabriel était dans les transes et ajoutons en l’honneur de sa mémoire qu’il était moins inquiet de la belle dame que de son attelage.

La débâcle ! la débâcle ! avait dit le bonhomme à la belle dame, était à redouter, et il la redoutait avec raison. Enfin, ce, fut avec un bonheur accompli que le père Gabriel revit son gendre, car deux heures après l’arrivée, la glace se mettait en mouvement vis-à-vis Trois-Rivières.

La même chose s’accomplissait à Sorel.

Au moment où Julie se proposait de s’ouvrir à son vieil ami, trois petits coups discrets, mais précipités, se faisaient entendre à la porte de l’appartement où ils se trouvaient réunis.

Entrez, dit le curé, et alors apparut la binette du père Antoine, cumulant les fonctions de bedeau et d’homme de peine.

— Ah ! M. le curé ! s’écria-t-il, vite ! vite ! là, on se neye !… la glace marche et on a peur qu’elle emporte les maisons du Colonel H… et l’auberge du père G… les deux seules bâtisses en bois qu’il y avait alors sur la rue longeant le Richelieu. Le père Antoine était surtout en peine pour l’auberge, car c’était là qu’il dégustait son verre de rhum au moins trois fois par jour, à part le résidu des burettes qu’il asséchait consciencieusement à la sacristie, ce dont, du reste, son nez rouge, bourgeonné, faisait preuve, au point que les Sorelois disaient que le bonhomme avait pour nez une roupie de coq-d’inde… Mais ajoutons pour ne pas offenser les mânes du père Antoine, que le vieux docteur de Laterrière, un type de ce temps jadis… parlant des gens de Sorel d’alors, dans ses mémoires imprimés seulement pour la famille et que nous avons eu l’avantage de lire, il y a quelques années, disait, que ça n’est qu’au Portugal qu’il avait rencontré des gens usant d’un pareil langage imagé et ressemblant aux Sorelois… d’alors, bien entendu. Quoi qu’il en soit, le récit du commencement de la débâcle, que fit le père Antoine au curé, alarma ce dernier, car la brunante commençait, et la présence du bon curé était pour les gens de Sorel toujours indispensable, surtout là où il pouvait y avoir danger soit pour la vie ou la propriété.

Voilà pourquoi l’entretien avec Julie fut ajourné et que le brave curé partit précipitamment, sans toutefois oublier sa pipe, compagne inséparable, avec le père Antoine, auquel se réunirent quatre ou cinq paroissiens qui attendaient à la porte du presbytère. On se rendit en hâte au bord du fleuve et à la route longeant le Richelieu. L’eau gagnait la rue et atteignait la maison du coin de la rue, actuellement appelée, du Fleuve, c’est-à-dire l’auberge du père G… l’inondant — la maison du Colonel H… ayant été détruite. Il n’y avait pas de quais alors et la glace était massée sur la côte. On en voyait une montagne à la Pointe des Pins dont les arbres alors touffus protégeaient les rives.

Pour donner une idée à nos lecteurs de ce qui eut lieu, lors de ces débâcles du Richelieu, nous relatons, foi de romancier, ce qui s’est passé, aux dates ci-dessous, tel qu’on dit au Palais, sauf à retrouver notre vénérable Curé et ses compagnons et à reprendre notre récit relatif au drame dé notre héroïne.

Extrait des notes de l’auteur de cette véridique histoire portant la date de
Sorel, samedi, 19 avril 1862.
débâcle du richelieu

Nous avons à rendre compte d’un désastre épouvantable, la débâcle du Richelieu qui, d’ordinaire, ne se fait presque jamais sentir, mais qui a eu lieu, hier matin, avec un fracas terrible, la crue extraordinaire et soudaine des eaux du Richelieu, encore grossie, sans doute, par celles du Lac Champlain, ont soulevé la glace du Richelieu avant qu’elle fût mûre et ont amené la débâcle que nous avons pu contempler hier, dans toute sa grandiose horreur, et dont nous avons à raconter les déplorables conséquences. Jeudi soir, le Richelieu était libre de glace vis-a-vis la ville. Vendredi matin, le courant était très fort et faisait présager le commencement de la débâcle. Vers neuf heures, un énorme monceau de glace, entraîné par un fort courant, poussait devant lui plusieurs bâtiments à voiles et bateaux-à-vapeur et les rendait ainsi jusqu’à Ventrée du St-Laurent. Ces bâtiments furent massés là, et malgré les efforts d’un grand nombre d’hommes, il fut impossible d’en dégager un seul, mais on se hâta de préparer un des vapeurs pour remorquer les autres. Un cultivateur demeurant à près de deux lieues de Sorel arriva alors à course de cheval et nous apprit que la débâcle avait fait de terribles ravages tout le long de la rivière Chambly, que l’écluse de St-Ours était submergée et brisée ; que la glace avait enlevé le moulin de Madame de St-Ours ainsi que des quais, des hangars, etc. ; il ajouta que la débâcle se faisait alors à environ deux milles de Sorel, et y causait de grands ravages, que la glace entraînait tout sur son passage et que les eaux étaient extrêmement hautes. Cette nouvelle porta la consternation dans l’âme de tous.

Vers midi, l’affreuse nouvelle se réalisa : — on aperçut de loin les énormes monceaux de glace qui couvraient la rivière et qui s’avançaient avec rapidité. Quelques minutes après ces monceaux atteignaient les premiers bâtiments qui étaient ancrés dans la rivière et les poussaient en avant avec fracas, les uns contre les autres, les entraînant tous et les massant ainsi à la suite les uns des autres tout le long de la distance qu’il y a du lieu où les bâtiments étaient ancrés à venir jusqu’aux quais de la Cie du Richelieu.

On vit alors un affreux pêle-mêle de bâtiments à voiles, bateaux-à-vapeur, barges, chalands, tous s’avançant, s’entre choquant et se brisant les uns sur les autres avec un bruit terrible. C’était un spectacle désolant de voir tous ces magnifiques bateaux-à-vapeur, tout frais peinturés, en grande partie meublés et prêts pour la navigation, enlevés ainsi le long du rivage où ils étaient fortement amarrés, et rejetés avec force les uns contre les autres par la glace qui s’amoncelait pardessus en les broyant.

Tous les bateaux à vapeur de la Cie Richelieu qui n’étaient pas sur les chantiers sont plus ou moins endommagés ; d’autres bâtiments ont sombré et sont disparus sous la glace. Pas un n’a complètement échappé au désastre ; quelques-uns sont hors d’usage ; un plus grand nombre sont littéralement broyés ; l’œil ne distingue partout que des ruines amoncelées les unes sur les autres et au loin la glace amassée par monceaux.

Entre 4 et 5 heures la glace refoula davantage, les amarres qui retenaient encore les bâtiments se cassèrent et tous furent poussés vers le St-Laurent. Là, plusieurs sombrèrent ; le Castor, le Boston, et un des curemoles disparurent complètement.

Le Napoléon fut coulé, le Montréal, l’Arabian, le Yamaska et plusieurs autres bâtiments furent précipités dans le St-Laurent à travers la glace.

Une foule nombreuse couvrait les quais, et les cris se mêlaient au craquement des amarres et des bâtiments broyés. Le vapeur Unity a aussi sombré.

Il est impossible de calculer les dommages causés jusqu’à présent ; jamais pareille débâcle n’a eu lieu ici, et on ne la prévoyait pas ; il est impossible de dire si les suites n’en seront pas encore plus désastreuses. On peut évaluer les dommages à quelques centaines de mille piastres et Dieu seul sait ce que la nuit nous réserve. Nous donnons ces détails à la hâte, et au moment où c’est écrit, on n’est pas sans inquiétude sur ce qui doit arriver.

Malgré ces ravages, nous avons du moins la consolation de dire qu’aucune vie n’a été perdue, bien qu’il y ait eu, comme toujours, dans des cas pareils, beaucoup d’imprudences commises. Seulement un nommé Lemay a été blessé par une chaîne qui s’est cassée, mais on espère que la victime de cet accident n’est pas en danger de perdre la vie.

P.S. — La nuit est très noire ; la débâcle continue ses ravages. La pluie tombe par torrent et une brume épaisse empêche de voir. On entend le bruit sourd et le fracas de la glace qui passe avec une rapidité extraordinaire et entraîne tout sur son passage.

« Le Cultivateur » et le « St-Pierre » sont coulés, le « Victoria » a été emporté avec les autres dans le St-Laurent. Un grand nombre de petits bâtiments sont littéralement broyés. Pour comble de malheur on rapporte que deux hommes et un enfant se sont noyés. On entend les cris des hommes à bord des bâtiments entraînés dans le St-Laurent. La nuit a un aspect sinistre. Que Dieu ait pitié de nous !

Si le 19 avril 1862, aucune vie ne fut perdue, il n’en fut pas ainsi lors de la journée néfaste du 8 avril 1865, anniversaire de la débâcle, tel que racontée par le même témoin oculaire.

Nous reproduisons cela textuellement parce que, d’abord, les drames que nous racontons et raconterons sont réels, tel que dit dans l’intitulé de ce roman et ensuite, pour donner une idée comparative au lecteur de ce qu’a pu être la débâcle du Richelieu, lors du voyage de notre héroïne, voyage si fort redouté par le père Gabriel N…

L’inondation — pronostics
8 Avril 1865. 

À Sorel l’eau est entièrement disparue des rues mais couvre encore les quais. À Berthier, l’eau continue d’inonder tout le village mais nous sommes heureux d’apprendre que la glace n’a fait aucun dommage. Le vent d’hier et d’avant hier a balayé une banquise de glace fort menaçante qui se trouvait vis-à-vis le village et on espère à présent que le danger est passé.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

L’eau continue à couvrir nos quais à Sorel et les maisons qui bordent le fleuve sont inondées, mais personne n’a encore souffert de dommages.

Au Chenal du Moine l’eau couvre les terres à perte de vue. La glace a renversé une maison et une grange, mais on ne signale aucun autre dommage.

Les pauvres habitants sont forcés d’abandonner, leurs habitations ou de s’y échafauder pour pouvoir y demeurer.

Des canots sont aux portes des habitations et on s’y jette avec précipitation, lorsque la glace devient menaçante.

Hier des masses de neige et de glace étaient amoncelées à divers endroits sur le fleuve. Vers midi la glace a commencé à marcher, et il est probable que d’ici à dimanche le fleuve sera libre. Trois « chalands » sont sortis hier matin de la rivière Richelieu espérant gagner à temps le « chenal du Moine » et éviter les glaces ; — l’un a pu s’échapper et atteindre la Rivière Yamaska, mais les deux autres ont été emportés par un vent contraire au milieu des glaces ; l’un appartenait à un nommé Boucher, de Sorel et paraissait avoir beaucoup souffert, l’autre, qui appartient, dit-on, à un nommé Lacouture, n’avait pas éprouvé de dommages. Le vent, hier, poussait la glace vers la rive nord du fleuve ; on en voyait, au loin, des montagnes. Nous craignons beaucoup d’avoir à enregistrer de grandes pertes souffertes par les habitants des Îles.

15 avril, 1865. 
terrible désastre résultant de l’inondation.

Ce que nous avons à raconter aujourd’hui, dépasse, malheureusement, les prévisions que nous exprimions l’autre jour. Depuis samedi, au grand désespoir de tous, l’eau montait, montait toujours. Les plus anciens citoyens de Sorel répétaient à qui mieux mieux, que jamais l’eau ne s’était élevée à la hauteur, qu’elle a atteint ce printemps…

Dès midi on apprenait que les habitants de Berthier, des Îles de Sorel et du Chenal du Moine étaient littéralement submergés ; — à Berthier, on manquait même de pain, les boulangeries subissant le sort des autres habitations.

Quelques citoyens de Sorel apprenant cela, se cotisèrent spontanément et on envoya à Berthier quelques provisions.

Grâce au zèle charitable de quelques dames et messieurs, ces secours purent être augmentés. Le lendemain le nom de la Cie Richelieu figurait déjà en tête de l’une des listes de souscription pour 50 $, et celui de l’hon. D. M. Armstrong pour 80 $. Malgré son âge avancé, n’écoutant que les inspirations de son cœur généreux, le Capt. G. L. Armstrong avait engagé une chaloupe et s’était empressé de se rendre, dès lundi, à Berthier, pour porter des secours aux malheureux mondés et quelques autres citoyens avaient suivi ce noble exemple.

Mardi matin, la Cie du Richelieu mit un de ses vapeurs au service des citoyens de Sorel qui s’empressèrent de se rendre, en assez grand nombre, à Berthier avec encore des provisions : — pauvres et riches les reçurent avec reconnaissance, car tous manquaient absolument de pain. Le village de Berthier offrait réellement un triste aspect. Les maisons étaient, partout, à moitié remplies d’eau ; on voyageait en chaloupe dans toutes les rues et l’eau atteignait les balustres de l’église.

Quelques bâtisses avaient été endommagées par les glaces, mais heureusement les dommages étaient peu considérables. Les inconvénients résultant de l’inondation étaient bien plus grands. Les magasins étaient fermés et toutes les affaires complètement paralysées, depuis plusieurs jours. Malgré tout, nos amis de Berthier ne paraissaient pas trop abattus et la gaieté française qui est le propre de notre caractère national, dominait l’inquiétude et les épreuves du moment. Et plus heureusement encore, tous nos amis de Berthier paraissaient jouir d’une excellente santé en dépit de tous les contretemps qu’ils avaient subis et qu’il leur restait à subir…

Le même jour, à deux heures p. m., le même vapeur, ayant à son bord un grand nombre de citoyens et des provisions en quantité, quittait le port de Sorel pour porter secours aux pauvres inondés du « Chenal du Moine » et des Îles de Sorel. Là un plus triste spectacle nous attendait. D’aussi loin que le regard pouvait porter, on ne voyait que de l’eau. Les pauvres familles avaient abandonné leurs demeures où il n’y avait plus ni feu ni pain, et s’étaient rendues chez les plus aisées qui les avaient reçus à cœur ouvert. Dans certaines maisons, on comptait jusqu’à soixante personnes. Ces pauvres gens étaient montés au grenier et attendaient, comme l’on dit, la providence. Elle ne leur fit pas défaut, car le Rév. M. Millier, curé de Sorel, et deux bonnes Sœurs de Charité étaient déjà rendus lorsque le vapeur arriva. On distribua largement des provisions aux nécessiteux, et quelques bonnes paroles de sympathie et d’encouragement contribuèrent encore plus à relever le moral quelque peu abattu de ces pauvres gens.

L’Île de Grâce avait disparu sous l’eau ; on mesurait jusqu’à dix pieds d’eau en certains endroits. On peut juger si les maisons et les bâtiments étaient submergés. Le soleil dardait parfois des rayons ardents ; des nuages s’amoncelaient à l’horizon et ce n’était pas sans inquiétude que l’on songeait au lendemain, et l’eau montait, montait toujours… comme dirait Victor Hugo.

Mercredi, vers midi, le ciel s’assombrissait ; à une heure, un habitant des Îles, vint demander au Président de la Compagnie du Richelieu, s’il voulait bien permettre à un des vapeurs d’aller aux Îles, pour ramener quelques familles et transporter des animaux, la position n’étant plus tenable. M. Sincennes accueillit favorablement cette demande, mais comme aucun des vapeurs de la Compagnie n’était prêt, le capitaine Laforce propriétaire du Cygne offrit généreusement de s’y rendre.

À peine le Cygne avait-il laissé le port que le vent s’éleva plus fort. Vers deux heures et demie, c’était une vraie tempête dans le port. Des bâtiments qui étaient mouillés furent emportés par la bourrasque ; un hangar du chantier de MM. McCarthy fut jeté par terre ; du bois en quantité appartenant à ces messieurs et à d’autres personnes était entraîné dans le fleuve, et c’est à peine si les nombreux vapeurs de la Compagnie, dans le port de Sorel, pouvaient se tenir à l’ancre. On voyait sur le fleuve deux ou trois barges, chargées de bois, qui résistaient difficilement à la tempête. Une entre autres fixait particulièrement l’attention. Deux jeunes gens étaient à bord. Pendant que leur père était allé au magasin chercher du câble pour amarrer solidement son bateau, le bâtiment ou barge avait dérapé et il roulait sur la houle ; son unique mat s’était rompu et on voyait encore les deux jeunes gens sur le pont et n’ayant plus-rien pour s’y tenir.

Le bâtiment menaçait à chaque instant de sombrer. On peut juger du désespoir du pauvre père et de l’anxiété de la foule qui était sur le rivage. Le vent était si violent que l’eau poudrait comme en hiver, la neige, durant les plus fortes tempêtes. Vers quatre heures le vapeur Bell essaya de sortir du port pour aller au secours des pauvres jeunes gens qui étaient sur le bateau, mais le vent obligea son brave capitaine à rebrousser chemin.

Néanmoins, trois hommes prirent une chaloupe et ramenèrent les deux jeunes gens épuisés.

Pendant que cela se passait, on pouvait voir, du rivage de Sorel, les épouvantables ravages que le vent faisait déjà sur l’Île de Grâce. Les maisons et les bâtiments étaient renversés et on redoutait les nombreux malheurs que nous avons la douleur d’être obligés de raconter. Le Cygne avait pu se rendre jusqu’à l’île de Grâce, mais c’est à peine si, au moyen des efforts incessants et presque surhumains de tous ceux qui étaient à bord, il pouvait résister à la tempête devenue furieuse. Cela dura trois longues heures. Pendant ce temps les passagers du Cygne, le désespoir dans l’âme, étaient témoins de pertes de vies et de propriétés ; des scènes terribles se passaient sous leurs yeux et ils se sentaient incapables de porter secours ! Des maisons, des granges, étaient renversées ; des hommes, des femmes et des enfants étaient précipités dans les flots et se noyaient. On voyait çà et là ces pauvres gens s’attacher avec désespoir aux épaves et aux arbres ; on entendait les cris déchirants se mêler aux mugissements du vent, mais on ne pouvait pas les atteindre.

Les ténèbres se faisaient et une nuit noire vint encore ajouter au lugubre de cette situation déjà si terrible. Vers onze heures, deux autres vapeurs de la Cie Richelieu, ayant à leur bord plusieurs citoyens, entre autres deux prêtres, M. le Dr Cadieux et l’auteur de ces notes, laissaient le port pour aller au secours de ces malheureux. Ici, la plume nous tombe des mains, car les choses que nous avons à raconter sont de plus en plus navrantes !

Il s’est passé là, pendant cette nuit noire, autour de cette île inondée, de ces habitations renversées, des scènes impossibles à décrire. Mais s’il y a eu des choses déchirantes, on peut signaler aussi des traits d’héroïsme.

Pendant que le Cygne pouvait à peine se soutenir sur son ancre, le capitaine Labelle avec deux hommes, se jetaient résolument dans un canot et se dirigeaient à force de rames là où ils entendaient les cris de malheureux qui se noyaient.

Mais leur frêle embarcation résistait difficilement à la tempête ; la lame emplissait le canot ; ils atteignirent quelques arbres à l’abri desquels ils se mirent ; là se trouvait une jeune fille qui se soutenait d’une main aux branches d’un arbre et se maintenait au-dessus de la vague au moyen d’une cuvette avec laquelle elle avait pu atteindre cet endroit ; voyant arriver le canot, elle s’y précipita, mais ce nouveau poids faillit faire chavirer l’embarcation, presqu’aux trois quarts remplie d’eau. La jeune fille saisit résolument la cuvette et pendant que les hommes relevaient le canot près des arbres, elle réussit à le vider. Un peu plus loin, une autre fille ayant deux jeunes enfants dans les bras, se maintenait, elle aussi, au milieu d’un arbre qui craquait sous les coups répétés d’un vent violent. Après trois heures de ces terribles angoisses, ces braves gens réussirent à rejoindre le Cygne. À part le Capt. Laforce, qui risqua alors son bâtiment pour porter secours aux naufragés et de ce que nous venons de raconter du Capt. Labelle, mon brave ami Jean-Baptiste Lavallée, de Sorel, qui se trouvait à bord, déploya pendant tout ce temps un courage à toute épreuve et une grande présence d’esprit ; sans le concours et l’expérience de cet homme courageux, il est probable que nous aurions à enregistrer la perte du Cygne et conséquemment à déplorer celle de plusieurs existences.

Les passagers des autres vapeurs recueillirent dans cette même nuit et toute la journée d’hier de malheureux naufragés, hommes, femmes et enfants qu’ils amenèrent à Sorel à demi morts d’angoisses et de misère.

Un nommé Lavallée, dit Bloche, avait vu sa maison s’écrouler sous les coups de la vague et il s’était jeté, avec sa femme et cinq enfants, dans un canot. Quelques minutes après le canot se brisa sur les pierres. La pauvre mère saisit les branches d’un arbre et son mari, parvint, avec ses cinq enfants, à un autre arbre. Il se maintint là, un enfant sur chaque bras et les trois autres auprès de lui, pendant seize heures. La pauvre femme, épuisée de fatigue, se noya sous ses yeux et un de ses enfants expira dans ses bras ! Lorsqu’on les recueillit, les enfants étaient engourdis par le froid, mais dès que le père fut dans un canot, il saisit une aviron et aida courageusement à gagner le vapeur à force de rames. Le corps de la pauvre femme a été repêché hier. Voulez-vous encore quelque chose de plus saisissant ? Lisez : Une pauvre femme était alors dans son lit à la veille d’accoucher. Le mari, voyant que la tempête menaçait d’emporter la maison, demanda à sa femme d’avoir le courage de se lever et de se rendre au canot. Elle lui répondit : « sauve-toi, avec les enfants, si tu peux, quant à moi, je comprends que c’est impossible. Nous nous reverrons dans l’autre monde ». Et pendant qu’elle disait cela, la maison croula et tous furent précipités dans les flots. Ce n’est pas du roman que nous faisons ; c’est la vérité toute nue que nous racontons. Ces choses se sont passées avant-hier… ! Mais c’est assez.

Le narré de toutes les scènes attendrissantes que nous avons vues et que l’on nous a racontées serait trop long…

Voici les noms des personnes noyées, que nous avons pu nous procurer :

île de grâce

L’épouse de Joseph Lavallée et un enfant ; l’épouse de Louis Cardin, trois enfants et sa belle-sœur ; quatre enfants de Paul Péloquin ; deux enfants d’Ignace Lavallée ; un enfant de Patrice Lavallée (sa femme a été recueillie expirante) un enfant de Paul Cardiu.

Une autre femme du nom de Lavallée a été recueillie à demi-morte sur une épave, tenant deux enfants dans ses bras.

Sauf trois, toutes les maisons qui se trouvaient sur cette île ont été balayées par le vent et les flots et la plus grande partie des animaux, du grain, etc., etc., sont perdus.

île aux ours

Ignace Bergeron, Pierre St-Martin, François St-Martin, Joseph et Athanase Cardin ont perdu leurs maisons, granges, animaux, grains. On suppose que Pierre Plante s’est noyé ; on ne l’a pas revu.

île madame

Les nommés Bruno Ethier, Bélonie Cournoyer, Joseph Cardin et Athanase Cardin ont perdu leurs maisons, granges, animaux, grains, etc. Bruno Ethier avait dans sa grange mille minots d’avoine.

Les autres habitants de ces îles ont plus ou moins soufferts ; nous n’avons pas encore de détails précis.

chenal du moine

On compte soixante-onze maisons, granges, etc., etc., qui ont été balayées par la tempête.

Un grand nombre d’animaux et une grande quantité de grain et d’effets sont aussi perdus, mais heureusement personne ne s’est noyé. Les habitants ont abandonné leurs maisons au commencement de la tempête et ils ont gagné les bois en canot.

île du pads

On rapporte que dix-sept bâtiments, tant maisons que granges, sont perdus, mais nous n’avons pu savoir positivement si ce nombre était correct.

Deux chalands remplis de monde ont été entraînés par le vent jusqu’au lac. Il n’y avait pas de provisions à bord, mais on n’a pas lieu de craindre qu’ils aient fait naufrage. Entre Berthier et Maskinongé on a lieu de craindre qu’il n’y ait eu de grands dégâts. Au village de Berthier on me mentionne deux ou trois bâtisses emportées.

On peut juger de l’émotion que tout cela a causé dans notre petite ville. Disons à l’honneur de nos concitoyens qu’ils ont rivalisé de zèle pour venir au secours des malheureux.

Depuis le maire jusqu’au plus pauvre électeur, tous ont compati aux souffrances de ces pauvres gens et ont fait leur possible pour leur venir en aide. Et quel cœur aurait pu demeurer froid à la vue de ces pauvres femmes, arrivant ici avec un ou deux enfants dans les bras, demandant leurs maris et leurs parents, le désespoir point sur la figure et à demi-mortes de misère ! Aussi nos concitoyens ont-ils rivalisé de zèle, de dévouement et de charité. C’est à qui donnerait l’hospitalité à ces pauvres gens. Vers dix heures et demie, hier matin, grâce à la sollicitation de l’hon. juge Loranger, les principaux citoyens de Sorel se réunirent au Palais de Justice, où un plan d’organisation fut soumis et après quelques minutes de délibération, les résolutions suivantes furent adoptées :

« Qu’un comité composé du Rév. Messire Millier, de l’hon. T. J. J. Loranger, de Son Honneur le maire, G. I. Barthe, avocat, Capt. Chs Armstrong. J. F. Sinconnes, avec pouvoir de s’adjoindre telles autres personnes qu’ils choisiront, soient nommés comme comité de secours permanent aux victimes de l’inondation.

« Que le comité se mette en rapport avec les autorités municipales du comté et notamment avec le comité nommé par la corporation de la ville de Sorel et demande leur coopération, afin d’agir avec l’entente cordiale nécessaire pour promouvoir le but de cette assemblée :

« Que séance tenante le comité fasse choix de personnes convenables pour recueillir dans la ville et la paroisse de Sorel les secours nécessaires pour venir en aide aux victimes de l’inondation.

« Il est encore proposé qu’une liste de souscription soit maintenant ouverte. »

T. J. J. Loranger 
 150 $
J. F. Sincennes 
 150 $
D. M. Armstrong 
 100 $
G. L. Armstrong 
 50 $
L. U. Turcotte 
 100 $
D. et J. McCarthy & Co 
 250 $
James Morgan 
 50 $
Wm. Lunan 
 50 $
A. N. Gouin 
 50 $
P. R. Chevalier 
 50 $
Wm. Buttery 
 150 $
G. I. Barthe 
 50 $
Eugène Bruneau 
 50 $
et nombre d’autres formant en tout 1 500 $, par sommes de 10 $ et moindres, le tout séance tenante.

La Corporation de Sorel a, en outre voté 100 $ mercredi soir.

Honneur soit rendu à nos concitoyens et merci, grand merci au nom de nos pauvres habitants si rudement éprouvés, à l’hon. juge qui a pris l’initiative dans cette œuvre si pleine d’humanité et à la fois de patriotisme !

Maintenant, il nous reste à faire un appel peu éloquent, mais bien sincère, à tous nos compatriotes de ce district. Nous les supplions au nom du malheur, de la charité et au nom de la nationalité de venir en aide aux pauvres habitants de cette paroisse. Il y a trois ans à peine, nous faisions appel au patriotisme de nos abonnés en faveur des Acadiens qui avaient besoin de secours, et des souscriptions comparativement considérables furent recueillies dans nos bureaux pour ces pauvres gens. Aujourd’hui, ceux qui sont éprouvés par le malheur le sont plus rudement encore et nous touchent de plus près. Nous espérons donc qu’un chacun fera un sacrifice pour venir en aide à nos co-paroissiens. Qui donne aux malheureux prête à Dieu ! Si nous ne voulons pas que la plus grande partie de notre paroisse se dépeuple, que nos pauvres habitants vendent leurs terres et émigrent aux États-Unis, venons-leur en aide. Aidons-les à rebâtir leurs maisons et à ensemencer leurs terres !

Au-delà de 1 600 $ sont souscrites par le chef-lieu de ce district. Seize cents autres piastres peuvent être souscrites par les autres paroisses de ce district qui n’ont pas été éprouvées comme la nôtre ! Nous recevrons, avec reconnaissance, les souscriptions qu’on voudra bien nous adresser des paroisses environnantes ; nous en accuserons réception dans ce journal et nous nous ferons un devoir comme un plaisir de les remettre aux MM. du comité de secours organisé en cette ville.

Il n’y a pas de doute que lorsque l’étendue de cette calamité sera entièrement connue, le gouvernement ne vienne aussi en aide à notre paroisse. De cette manière nous pourrons réparer en grande partie, sinon entièrement, les pertes que viennent de subir les habitants de cette paroisse.

Nous terminons ici ces remarques.

Sans doute que dans ce rapport il doit y avoir des omissions. Il y a des personnes dont les noms auraient du être mentionnés comme ayant rendu d’importants services dans l’occasion, mais écrivant à la hâte et obligés de glaner nos renseignements, un peu partout, il nous est impossible de remplir notre devoir envers tous comme nous aurions désiré le faire.

D’ailleurs, le peu que nous pourrions dire ne rencontrerait que bien faiblement les éloges que tous out mérité à cause de leur dévouement.

Si d’autres détails importants viennent à notre connaissance, nous publierons un extra demain ou lundi.

Berthier, 12 avril 1865. 
M. le Rédacteur, G. I. Barthe,

Vous voudrez bien nous permettre de nous servir des colonnes de votre journal pour témoigner aux citoyens de la ville de Sorel, en particulier, quelques mots de remerciements, l’expression de nos vifs sentiments de gratitude, pour leurs nobles procédés à l’égard des nécessiteux de notre village.

Par la manifestation spontanée des vives sympathies, dont nous avons eu des preuves non équivoques, nous avons dans Sorel plus que des amis, nous y avons des frères. Les cœurs qui paraissent touchés des maux d’autrui, ajoutent à la main qui soulage. Ainsi ce mouvement sympathique et généreux, ce doux élan du cœur, pour venir en aide à des amis dans une position pénible, établit entre la population des deux rives un lien de fraternité dont les nœuds ne chercheront qu’à se resserrer par la suite des temps. Sorel au secours de Berthier ne presse pas une main ingrate ; la reconnaissance répondra plus tard ; l’amitié cimentée par des bienfaits ne fait que s’accroître et la distance des lieux disparaîtra sous la chaleur de la bienveillante union des cœurs de leurs enfants. Merci donc, encore une fois merci, pour et aux noms des indigents de Berthier, généreux bienfaiteurs. Puisse le juste dispensateur de toutes choses vous rendre au centuple ce que vous faites aujourd’hui pour nous. Avec reconnaissance, messieurs de la ville de Sorel, nous sous-signons

J. F. Gagnon, Ptre.
Wm. C. Merrick,
Clerk Min. Ch. of England
L. H. Ferland,
Maire du Village de Berthier
Wm. Morrisson.
Ls. Moll, M. D.
Alex. Kittson.
F. R. Tranchemontagne.

Au Maire de la Ville de Sorel.

Monsieur,

Comme faisant partie de ceux que vous avez désignés pour faire la distribution aux pauvres de notre village du grand nombre de pains et de lard que vous avez déposés entre nos mains, je vous prie de bien vouloir agréer les remerciements les plus sincères de la part des nombreux amis que vous avez au village, et de les faire accepter aux cœurs généreux de ceux de votre ville, qui ont contribué dans cette grande œuvre de charité pour les nécessiteux en détresse, et de sympathie pour leurs amis.

J’ai l’honneur d’être,     
Monsieur le Maire,    
Votre humble serviteur,   
F. R. TRANCHEMONTAGNE. 
Berthier, 10 avril 1865.

Berthier, 11 avril 1865. 
M. le Maire,

Je croirais manquer à un devoir essentiel si je ne vous témoignais aussitôt ma reconnaissance, à vous M. le maire et aux messieurs de votre comité, pour les dons généreux que vous avez fait parvenir aux submergés de notre village. Que Dieu vous rende au centuple l’acte généreux que vous venez d’exercer à notre égard.

Je suis bien parfaitement de votre comité   
Le dévoué serviteur,   
J. P. GAGNON, Ptre Curé. 

Berthier Parsonage, April l0th 1865. 
Gentlemen,

In the name of the suffering poor of Berthier, I hasten to return sincere thanks to the friends at Sorel who have so kindly thought of us in this time of danger and trial.

This is now the eighteenth day of high water far beyond the usual mark ; under such circumstances the suffering of the poor in their garrets, to which they have been obliged to be take themselves, is very great indeed. But besides hëlping to relieve the distress this expression of sympathy from Sorel, is very encouraging to us all and will excite, I am sure, a general feeling of gratitude here.

I remain gentlemen,   
Yours very respectfully,  
Wm. C. MERRIOK. 

To the friends at Sorel.