DONATI

Donati (Jean-Baptiste) est né, en décembre 1826, à Pavie, du docteur Pierre Donati et de Louise Cantini. C’était quelques mois après la mort du célèbre Piazzi, de Palerme, illustre astronome que Donati peut être considéré comme ayant remplacé. Il n’avait encore que 25 ans lorsqu’il fut attaché à l’Observatoire de Florence que dirigeait l’illustre Amici de Modène, célèbre surtout en France, par les perfectionnements qu’il a introduits dans la construction des microscopes, et très-populaire en Italie par les efforts patriotiques qu’il a faits pour naturaliser à Florence la belle industrie de la construction des instruments de précision. Deux ans après, le jeune Donati était nommé astronome adjoint et professeur d’astronomie à l’École supérieure de Florence, et il découvrait la cinquième comète de 1855, dont il envoyait la description à l’Académie des sciences de Paris. À cette époque, ses communications avec cette grande assemblée étaient fréquentes et importantes.

Il venait d’être nommé astronome titulaire lorsqu’il découvrit, en juin 1858, la merveilleuse comète qui devait rester visible jusqu’en janvier 1859, et dont les immenses proportions devaient si vivement frapper le vulgaire. Par un bonheur mérité, dont les hommes supérieurs savent seuls profiter, le nom de Donati devenait tout d’un coup populaire. Cette comète, dont nous retraçons un des aspects, semblait bien faite pour ramener les astronomes aux sages théories d’Hévélius et de Gergonne. Donati se consacra à la décrire et à l’observer avec un soin admirable. Il reçut de l’Académie des sciences de Paris, le prix de la fondation Lalande pour 1859, partagé avec M. Goldsmidth et plusieurs autres observateurs. Peut-être fut-il peu satisfait de n’avoir point été distingué par un prix unique, car depuis cette époque ses rapports avec l’Académie devinrent rares. Il ne les reprit plus que peu de temps avant sa mort. La lettre de remerciements qu’il écrivit à l’Académie fut tardive. Il paraît qu’une première lettre avait été égarée, c’est au moins ainsi que l’on explique son silence. Une circonstance bizarre se produisit à cette époque. Le nom de Donati est estropié dans les tables académiques, on l’écrit Batta-Donati, et on le range sous la lettre B.

Donati, qui appartenait au parti national italien, applaudit aux événements qui s’accomplirent bientôt dans la haute Italie, et aux annexions qui, agrandissant l’œuvre interrompue par le traité de Villafranca, étaient autant d’étapes vers la constitution de l’Italia una. En 1864, il succéda à Amici, et le transport à Florence de la capitale de l’Italie vînt accroître considérablement l’importance de l’observatoire dont la direction lui était confiée. Décidément l’astronome semblait né sous une heureuse étoile. Il profita de cette circonstance pour obtenir du gouvernement italien des crédits suffisants et pour mettre son observatoire au niveau des grands établissements astronomiques des capitales de premier rang. Il fut aidé dans cette tâche nouvelle par l’enthousiasme que suscita la célébration du centenaire de Galilée, et par la résolution prise de transporter l’Observatoire de Florence dans les jardins d’Arcetri, où le fondateur de l’astronomie moderne était mort victime de la plus odieuse persécution. L’inauguration solennelle eut lieu en 1872. Donati, qui s’était foulé le pied quelques jours auparavant, ne put y assister. Il fut obligé de faire lire par un de ses amis le discours qu’il devait prononcer.

Malgré tout son génie, Amici n’avait pu parvenir à créer à Florence un centre de fabrication d’instruments de haute optique, digne de lutter avec les grands ateliers de précision de Paris et même de Munich. Son successeur fut plus heureux, grâce au glorieux anniversaire que nous venons de rappeler. Il parvint à faire fabriquer, à Florence, une grande machine parallactique, et un autre appareil du même genre, mais de dimensions moindres, qu’il transporta à Palerme, pour l’observation de l’éclipse de 1870, malheureusement perdue à cause des nuages. C’est encore à Florence, dans l’atelier placé sous l’invocation du grand nom de Galilée, que Donati fit construire un grand spectroscope à 25 prismes, qui fut exposé à Vienne en 1875, et qui devint la cause de sa mort.

En 1866 Donati publia un mémoire posthume de Massotti, sur la détermination des orbites à l’aide de trois observations. Il possédait si bien cette théorie qu’il se vantait de pouvoir calculer l’orbite d’une comète en moins de trois jours de travail.

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La comète Donati.

Dès que les méthodes de l’analyse spectrale furent connues, Donati songea à les appliquer à l’étude de la constitution physique des astres. Le mémoire qui lui assure l’honneur d’avoir inventé cette nouvelle branche si féconde d’astronomie physique a paru dans le Nuovo Cimento, en 1860.

Ces idées nouvelles mirent quelque temps à se développer. Quand elles eurent pris tout leur épanouissement, Donati songea à donner à ces études une organisation sérieuse. Il fut un des promoteurs de l’association des spectroscopistes italiens. Entraîné dans cette voie féconde il conçut le projet d’une autre science nouvelle, à laquelle il donna le nom de météorologie cosmique. L’idée mère repose sur cette idée que toutes les influences qui agissent sur l’état du temps, n’ont point leur origine dans notre atmosphère, mais qu’il y en a un grand nombre qui dépendent manifestement de l’état du soleil. M. Donati est arrivé à cette conception fondamentale par suite de l’observation de l’aurore boréale des 4 et 5 février 1872, qui s’est montrée dans tous les pays civilisés et partout à peu près à la même heure locale, comme si elle avait la même tendance à se propager que l’heure elle-même. En effet, ce fait mémorable étant constaté, on en doit conclure que les manifestations électriques ou magnétiques qui l’ont accompagnée ne pouvaient provenir d’un phénomène spécial à la terre, mais de quelque modification dont le pouvoir thermique ou magnétique du soleil était soudainement l’objet. Ces conceptions grandioses ont été développées dans un mémoire adressé à l’Académie des sciences de Paris, et inséré dans le n° du 25 mars 1872, et dans le dernier de ses écrits qui se trouve dans la 1re livraison du tome Ier des Annales de l’Observatoire d’Arcetri ; cette publication commença en 1873, un an seulement après l’inauguration de ce bel établissement.

Qui pouvait croire que l’astronome, si plein de vie, de santé, de projets, allait être enlevé si rapidement à la science, et que son mémoire des Annales de l’observatoire allait être son œuvre testamentaire.

C’est à Vienne qu’il reçut le germe fatal de l’épidémie cholérique. Parti malade, il fut atteint en route de la diarrhée prœmonitoire. Arrivée à Bologne, il visita l’Observatoire, et passa la journée avec quelques amis, au lieu de se soigner comme l’indiquait la prudence. C’est avec peine qu’il gagna Florence. Un médecin appelé en toute hâte ne put arrêter les progrès du mal, qui avait pris des développements effrayants. Il expira le 12 septembre, après quelques heures de souffrance. La questure le fit enterrer secrètement, remettant, par motif de prudence, à plus tard la cérémonie funèbre. Les personnes qui l’avaient soigné, dans sa courte maladie, furent soumises à une quarantaine rigoureuse. La plupart des détails biographiques que nous avons donnés sont dus à M. Dominique Cipoletti, son suppléant à l’Observatoire de Florence. La modestie de Donati était si grande, que, sans les patriotiques efforts de ce savant, on ignorerait certainement la grandeur de la perte que les sciences astronomiques viennent de faire.

W. de Fonvielle.