Édition de la « Société nouvelle » (p. 14-15).
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IV


J’héberge en mon âme, ô mon âme, un hôte
aux délices de sourires et de baisers,
sur l’été de ma vie penché
pour que mes voix et mes yeux viennent fêter
un clair frisson de joie des étés.
Je t’ai prise et conquise et te garderai.

J’ai mis à ton cortège les mages,
les pèlerins et l’Hécate des nuits d’été.
De pâles chevaliers muets au bord des routes
tenaient les hampes des drapeaux vers le passage adoré,
j’ai fait chanter les lieds, de pauvres filles, près de ta route,
pour que ton sourire puisse consoler leurs doutes.
Je t’ai prise et conquise et te garderai.


Et ne pouvant t’offrir qu’un maigre Occident
mal paré de chansons, un Occident somnolent,
je t’ai sacrée reine de l’Orient
que je possède, large et pur et haut,
crucifié de martyrs riants,
joyaux de la Sulamite que j’ai.
Je t’ai prise et conquise et te garderai.