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LICE, s. f. Barrière, palissade, par extension, espace réservé entre les deux enceintes d’une ville fortifiée, ou entre les murs et les barrières extérieures (voy. Architecture Militaire). On donnait aussi le nom de lices aux champs clos destinés aux exercices, joutes, tournois, pas d’armes et jugements de Dieu.

Lorsqu’une armée campait et s’entourait de palis, on disait « sortir des lices » pour sortir de l’enceinte palissadée. Quand Harold vient de Londres au-devant de Guillaume le Bâtard, il fait placer son corps d’armée derrière des palissades. Le matin de la bataille, Harold va reconnaître l’ennemi,

« E de lor lices furz issu[1]. »

Après la bataille de Mansourah ou de la Massoure, des espions viennent avertir saint Louis qu’il sera attaqué de grand matin dans son camp. « Et lors commanda le roy à touz les cheveteins des batailles que il feissent leur gent armer dès la mienuit, et se traisissent hors des paveillons jusques à la lice, qui estoit tele que il y avoit lous merriens, pour ce que les Sarrazins ne se férissent parmi l’ost ; et estoient atachiés en terre en tel manière, que l’en pooit passer parmi le merrien à pié[2]. » Ainsi, dans les campements faits à la hâte, les pieux qui formaient la lice étaient espacés l’un de l’autre de manière à permettre aux gens de pied de passer entre eux. Ces pieux formaient ainsi une suite de merlons qui n’empêchaient pas les fantassins de se jeter sur l’assaillant, mais qui arrêtaient les charges de cavalerie, et permettaient aux soldats de se rallier s’ils étaient obligés de se replier.

Les châteaux étaient toujours entourés de lices, c’est-à-dire de barrières palissadées, quelquefois avec fossés, qui protégeaient le pied des remparts et permettaient de faire des rondes extérieures lorsque l’on était investi. C’était là une tradition des populations guerrières du Nord.

« Amis, beau-frère, est Orenge si riche ?
Dist li chêtis : « Si m’aïst Dex, beau sire,
Se véiez le palés de la vile,
Qui toz est fez à voltes et à lices[3] ! »

Ce qui veut dire que le château de la ville est maçonné, voûté et entouré de palissades de bois.

  1. Le Roman de Rou, vers 12 125.
  2. Hist. de saint Louis, Joinville. Pub. par M. Franc. Michel ; 1858.
  3. La prise d’Orenge ; Guillaume d’Orange, chanson de geste des XIe et XIIe siècles, pub. par M. W. J. A. Jonckbloet ; 1854.