Dictionnaire philosophique/La Raison par alphabet - 6e ed. - Cramer (1769)/Jephté

Cramer (Tome 1p. 356-357).

JEPHTÉ.

ou des sacrifices de sang humain



Il est évident par le texte du livre des Juges que Jephté promit de sacrifier la première personne qui sortirait de sa maison pour venir le féliciter de sa victoire contre les Ammonites. Sa fille unique vint au-devant de lui ; il déchira ses vêtemens, & il l’immola après lui avoir permis d’aller pleurer sur les montagnes le malheur de mourir vierge. Les filles juives célébrèrent longtems cette avanture, en pleurant la fille de Jephté pendant quatre jours. (Voyez chap. 12. des Juges.)

En quelque temps que cette histoire ait été écrite, qu’elle soit imitée de l’histoire Grecque, d’Agamemnon & d’Idoménée, ou qu’elle en soit le modèle, qu’elle soit antérieure ou postérieure à de pareilles histoires assyriennes, ce n’est pas ce que j’examine ; je m’en tiens au texte : Jephté voua sa fille en holocauste, & accomplit son vœu.

Il était expressément ordonné par la loi juive, d’immoler les hommes voués au Seigneur. Tout homme voué ne sera point racheté, mais sera mis à mort sans rémission. La Vulgate traduit, Non redimetur, sed morte morietur. Lévitique, chap. 27. verset 29.

C’est en vertu de cette loi que Samuël coupa en morceaux le roi Agag, à qui (comme nous l’avons déjà dit) Saül avait pardonné ; & c’est même pour avoir épargné Agag, que Saül fut réprouvé du Seigneur, & perdit son royaume.

Voilà donc les sacrifices de sang humain clairement établis ; il n’y a aucun point d’histoire mieux constaté. On ne peut juger d’une nation que par ses archives, & par ce qu’elle rapporte d’elle-même.